CHAPITRE XIII
domine tout le paysage. Il y a là une marche très méthodique facile à saisir ; Fauteur est parti du lac qui est à ses pieds, et, avançant et montant progressivement, il s'est élevé jusqu'au point extrême et culminant ; il s'est dirigé de l'endroit le plus rapproché à l'endroit le plus éloigné, et du point le plus bas au point le plus élevé. Voilà sa marche.
Maintenant, pourquoi a-t-il suivi cette marche et non une autre, la marche contraire, par exemple, celle qui eût consisté à partir des extrémités pour arriver au centre, c'est-à-dire de la crête des montagnes pour redescendre au lac ?
La raison en est que, dans un spectacle, quel qu'il soit, instinctivement et par attraction, le regard va droit à l'objet principal ; or du point de vue où s'est placé l'auteur, le lac qui s'étend à ses pieds attire immédiatement ses regards, non parce qu'il est le plus près, nous le verrons tout à l'heure, mais parce qu'il forme le centre, qu'il fait l'unité du tableau, les campagnes, les coteaux, les montagnes et leurs crêtes décrivant tout autour comme une série de cercles concentriques ou de cadres qui vont s'élargissant.
Supposons que l'auteur se fût trouvé placé au Kanzli, promenade de Berne, ou, mieux encore, au sommet du Righi (i) ; certes les lacs ne manquent pas en cette partie de la Suisse, puisque du haut de
l. Montagne de 1850 mètres de haut, sur le bord du lac des Quatre-Cautons.
cette montagne on en peut compter jusqu'à douze; et cependant ce n'est point par la description des iacs ou des campagnes étendus à ses pieds que l'auteur eût vraisemblablement commencé, car son regard eût été irrésistiblement attiré au fond même, à 'horizon, par l'éblouissant et majestueux amphithéâtre des Alpes Bernoises.
Ainsi donc, dans une description de ce genre, or* peut se diriger soit du point le plus voisin vers le plus éloigné, soit du point extrême au plus rapproché, selon la disposition du paysage, mais il faut suivre une marche et non aller à l'aventure.
. Après avoir dégagé de l'étude d'un morceau la méthode de l'auteur, un exercice vraiment utile consistera à faire appliquer cette méthode aux enfants dans un sujet du même genre. C'est ainsi qu'ils prendront de bonnes habitudes d'esprit et apprendront à composer.
En général la description doit avoir le caractère même de l'objet décrit, et ce caractère nous est indiqué par l'étude de l'objet, et presque toujours révélé par l'impression que cet objet nous cause. En effet nous ne pouvons voir un site, un paysage* une scène, une personne, un phénomène, un spectacle quelconque,sahsenêtreaffectés dans un sens ou dans l'autre, sans éprouver un sentiment agréable ou désagréable. Tel spectacle inspire l'admiration, tel autre le dégoût; l'un repose l'âme ou l'élève, l'autre la trouble ou l'accable ; celui-ci respire la joie, celui-là