‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 84 sur 262 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

cette marche de l'esprit, d'abord un peu pénible, deviendra et c'est là l'important pour l'éducation et le progrès de l'esprit, deviendra, par l'effet de l'habitude, un mouvement naturel et presque un besoin.

Voici une description de la Suisse vue d'un sommet du Jura.

« Comme le voyageur est ravi d'admiration, lorsque dans un beau jour d'été, après avoir péniblement traversé les sommets du Jura, il arrive à cette gorge, où se déploie subitement devant lui l'immense bassin de Genève ; qu'il voit d'un coup d'œil ce beau lac, dont les eaux réfléchissent le bleu du ciel, mais plus pur et plus profond ; cette vaste campagne, si bien cultivée, peuplée d'habitations si riantes ; ces coteaux qui s'élèvent par degrés, et que revêt une si riche végétation ; ces montagnes couvertes de forêts toujours vertes ; la crête sourcilleuse des hautes Alpes, ceignant ce superbe amphithéâtre, et le mont Blanc, ce géant des montagnes européennes, le couronnant d'un immense groupe de neiges ! »

Croit-on que ces traits soient jetés pêle-mêle, au hasard? croit-on que cette courte description fît une sensation si vive, si l'auteur n'y avait mis un certain ordre, emprunté à la nature elle-même? C'est cet ordre qu'il faut chercher et faire chercher à l'enfant, parce que, lorsqu'il l'aura découvert et qu'il en aura compris la raison, il deviendra capable de le suivre

à son tour, et qu'il aura appris à conduire son esprit, au moins dans des sujets semblables.

Quelquefois à l'école les maîtres font reproduire aux enfants la description qu'on vient de lire et, pour les y aider, ils dictent des questions, dont chacune réveille le souvenir d'un détail, et dont la suite forme la trame, le plan de la description tout entière. C'est là assurément un bon exercice, mais c'est surtout un exercice de mémoire, propre à imprimer un morceau dans l'esprit et non à livrer le secret de la composition, et par suite à mettre en possession d'une méthode pour l'imitation.

D'autres énumèrent non sans raison les qualités que doit avoir une bonne description, mais ils oublient d'indiquer le moyen de les acquérir.

Tous donnent des exemples, souvent bien choisis, mais ils se bornent à les mettre sous les yeux, ils n'enseignent pas à en tirer parti.

C'est ce que je voudrais essayer de faire.

Revenons donc sur la description qui précède, suivons l'auteur pas à pas, marquons d'un point c hacun de ces pas ; la série nous tracera le chemin, la direction qu'il a prise, c'est-à-dire sa méthode.

L'auteur,arrivéà cette gorge d'où sa vue embrasse le bassin de Genève, décrit ou peint d'abord le lac lui-même, puis la campagne qui le borde, ensuite les coteaux qui s'élèvent par degrés, puis les montagnes auxquelles ils conduisent, puis les crêtes qui terminent les montagnes et enfin le mont Blanc qui

Page 1