CHAPITRE XV
croupe, et il a fini par la fin, c'est-à-dire par la queue. Avec un mot sur cette voix ingrate qui, malgré la discrétion avec laquelle l'âne en use, lui fait tant de tort auprès de notre espèce mélodieuse, la description est finie ou plutôt la première partie de la description , car la dernière phrase annonce une suite et sert de transition.
Eh effet, on ne connaît pas un animal pour l'avoir vu en peinture; ses qualités physiques, ses qualités intellectuelles, et même, ne vous déplaise, ses qualités morales, car.il peut en avoir, il faut les faire connaître. Aussi M. Figuier nous apprend-il que l'âne a de bons yeux, un excellent odorat, une oreille d'une grande finesse, qu'il dort moins que le cheval, que de tous les animaux, c'est lui qui, eu égard à sa taille, peut porter le plus grand poids, qu'il résiste très bien à la fatigue, qu'il a le pied sûr àlamontée, sûr à la descente ; voilà pour les qualités physiques.
Avec cela l'âne n'est pas dépourvu d'intelligence; il reconnaît très bien son maître, il reconnaît aussi les lieux où il a habité, les chemins qu'il a suivis ; mais c'est par la valeur morale qu'il l'emporte sur biendes animaux, pour ne rien dire de plus ; sobriété, tempérance, patience, ténacité, résignation, attachement, que de qualités, grand Dieu! Vraiment je n'ose dire ce que je pense : j'aime mieux citer les dernières lignes de M. Figuier, elles sont une conclusion, elles expriment le sentiment qui se
dégage de toutes les parties de la description, et qui en forme l'unité et le lien.
« Comment se fait-il donc que cet animal si utile et si dévoué, cet ami, ce serviteur du faible, ce cheval du pauvre, ait une réputation proverbiale de sottise et d'entêtement ? C'est que l'homme est parfois ingrat et capricieux dans ses affections comme dans ses haines; on le voit trop souvent fouler aux pieds, sans motif et au détriment de ses. intérêts mêmes, les règles les plus simples de la justice et du bon sens. »
Cette conclusion n'est pas flatteuse pour notre amour-propre; du moins[avons-nous trouvé, dans le morceau qu'elle termine, un excellent procédé de description, dont maîtres et élèves pourront tirer parti.
Pour nous reposer de la leçon un peu rude que M. Figuier vient de nous administrer, je ne puis résister au plaisir de mettre sous les yeux la charmante et piquante description que Buffon fait de l'oiseau-mouche. Le peintre a rivalisé avec son modèle et je ne sais lequel est le plus joli de l'oiseau ou du morceau.
« Les Indiens, frappés de l'éclat et du feu que rendent les couleurs de ces brillants oiseaux, leur avaient donné les noms de rayons ou cheveux du soleil. Les petites espèces de ces oiseaux sont audessous du taon pour la grandeur et du bourdon
pour la grosseur.