CHAPITRE XVI
DESCRIPTION DE i/flOMME — PORTRAITS ET CARACTÈRES
Sommaire. — Description de l'homme. — Portrait. — Gustave Wasa. — Fénelon. — Le cardinal Dubois. — Portrait physique. — Portrait moral. — Portrait intellectuel. — Méthode à Suivre. —Types ou caractères.— Procédés de .La Bruyère.— Exemples: Tégoïste, le riche la manie des oiseaux.
Si de Tanimal nous nous élevons à l'homme, nous ne sortons pas du genre, car l'homme est lui aussi un animal, mais raisonnable, ou, pour mieux dire, doué de raison, car l'un n'implique pas l'autre. Aussi notre méthode de description sera-t-elle à peu de chose près la même; seulement, comme les hommes sont loin d'être aussi différents de forme que les animaux le sont entre eux, la part faite à la description physique sera beaucoup moindre et portera surtout sur le visage, la physionomie, la taille et les manières.
Au début de son histoire de Charles XII, avant de raconter la vie de Gustave Wasa, Voltaire trace en quelques lignes le portrait du héros :
« C'était une de ces grandes âmes que la nature
forme si rarement, avec toutes les qualités nécessaires pour commander aux hommes. Sa taille avantageuse et son grand air lui faisaient des partisans dès qu'il se montrait ; son éloquence, à qui sa bonne mine donnait de la force, était d'autant plus persuasive qu'elle était sans art; son génie formait de ces entreprises que le vulgaire croit téméraires, et qui ne sont que hardies aux. yeux des grands hommes ; son courage infatigable les faisait réussir. Il était intrépide avec prudence, d'un naturel doux dans un siècle féroce, vertueux enfin, autant qu'un chef de parti peut l'être. »
Voilà un de ces portraits sobres comme ils conviennent à l'histoire; l'auteur a commencé par l'idée principale, celle dont le portrait n'est qu'un développement, et qui, de même que la morale dans la fable, peut-être placée soit au début pour l'éclairer, soit à la fin pour Ja résumer; mais l'ordre qu'il a suivi est le même que plus haut. Cet ordre n'est pas invariable; on peut le voir par le portrait que Voltaire fait de Charles XII à la fin de son histoire, en manière de conclusion ; mais il semble plus naturel, car l'extérieur d'un homme, son visage surtout laisse transpirer quelque chose de son ânie : le visage est toujours une indication, souvent une révélation et, comme on l'a dit, un miroir. Le peintre ne peut représenter de l'homme que ce qui tombé sous les yeux, et cependant, grâce à cette vertu révélatrice des formes, il arrive à nous montrer l'homme tout