‹ De l'enseignement à l'école et dans les classes élémentaires des lycées et collègesChapitre 96 sur 262 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

entier, à marquer les traits de son caractère dans les traits de son visage ; à amener son âme à la surface et à la répandre sur sa figure et sur toute sa personne ; à faire dire au front, aux yeux, à la bouche, au port de la tête, au geste, à l'attitude, presque tout ce que l'écrivain détaille ou déroule à son aise dans ses descriptions.

Voici. un maître dans l'art de pourtraicter les gens : c'est Saint-Simon, l'auteur des Mémoires. Voyons-le commencer le portrait de Fénelon :

« Ce prélat était un grand homme, maigre, bien fait, pâle, avec un grand nez, des yeux dont le feu et l'esprit sortaient comme un torrent, et une physionomie telle que jen'en ai point vu qui y ressemblât et qui ne se pouvait oublier, quand on ne l'aurait vu qu'une fois, etc.. »

Et les premiers coups de crayon du portrait de J'abbé Dubois :

« L'abbé Dubois était un petit homme maigre, affilé, chafouin, à perruque blonde, à mine de fouine, à physionomie d'esprit, qui était à plein ce qu'un mauvais français appelle un sacre (espèce de faucon), mais qui ne se peut guère exprimer autrement. Tous les vices combattaient en lui à qui en demeurerait le maître, etc. »

Il est clair que le visage est dans ces portraits comme une lumière qui éclaire l'intérieur, et qu'à travers le visage on voit dans l'âme. Cependant tous les visages ne sont point parlants comme ceux de

Fénelon ou de Dubois, il en est d'obscurs, d'énigmatiques, d'impénétrables ; il en est de douteux, de changeants, de fuyants, sur lesquels il serait hasardeux d'asseoir un jugement; il en est enfin qui trompent dans les deux sens et qui tantôt font tort à ceux qui les portent, et tantôt leur font trop d'honneur.

En dehors de cette interprétation toujours délicate et dangereuse des traits du visage, n'y a-t-il pas quelque procédé sûr d'observation morale? N'y a-t-il pas quelque fil conducteur à mettre entre les mains de l'enfant pour le guider dans l'étude d'un caractère ? Ou la personne à peindre est une personne ordinaire, ou c'est un personnage important; dans le premier cas nous n'avons qu'à passer en revue les devoirs qui s'imposent à tout homme et à observer comment notre modèle les remplit; au cours de cette petite revue, nous recueillerons tous les traits nécessaires pour composer une physionomie morale. Tout homme fait partie d'un faisceau et il est lié à d'autres de toute manière, par le sang et par la loi, par le hasard et par son choix. Gomment se conduit-il envers ses père et mère, envers ses frères et sœurs, envers ses enfants? comment envers ses amis, ses concitoyens, envers les hommes en général ? comment envers ses supérieurs, ses égaux, ses inférieurs ? comment envers son pays? comment envers lui-même ? Quelles sont ses habitudes, ses goûts, ses travaux, ses plaisirs ?

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