Deuxième Partie
Et maintenant, oserai-je prendre sur moi de vous présenter un programme d'enseignement antialcoolique? Oui, car je ne veux consulter que votre désir de donner cet enseignement et mon intention d'être uniquement pratique. Si cette conférence peut avoir de l'effet, ce sera précisément par le point de vue pratique auquel je me place.
Et tout d'abord, il s'agit bel et bien d'une véritable éducation antialcoolique. Education, œuvre infiniment plus vaste que l'instruction, mais qui se fait surtout par ceUe-ci. Education, c'est-à-dire qu'il faut faire l'entraînement des jeunes âmes dans la crainte, l'horreur et la haine de l'alcool. Education, c'est-à-dire encore formation antialcoolique persévérante et intelligente de tout l'enfant: de son esprit, de son cœur, de sa volonté.
D'abord, de son esprit. Vous commencerez par édifier reniant sur la nature et la valeur réelle des boissons alcooliques. Vous lui dénoncerez ces boissons comme nuisibles à sa santé et ne pouvant produire aucun bien. Vous aurez une grande facilité à l'aire pénétrer ces enseignements et ces démonstrations clans ces esprits vierges encore de tout préjugé, et ce sera votre consolation de voir se former des convictions éclairées dans ces jeunes intelligences. Oh! oui, empêchez qu'ils ne s'emparent de ces esprits les préjugés néfastes qu'il est si difficile d'arracher quand ils ont pris racine et qu'ils se sont fortifiés. De grâce, démontrez aux enfants que la boisson ne donne pas la véritable joie, qu'elle ne réchauffe pas, qu'elle n'étanche pas la soif, qu'elle n'est pas un remède. Faites cela, et l'éducation antialcoolique sera à moitié taite.
Ne manquez aucune occasion d'inspirer aux ('-lèves l'horreur de l'ivrognerie. il faut leur faire le tableau d'un homme ivre, et mieux encore, leur rappeler— avec discrétion— les tableaux vivants que trop souvent, hélas! ils ont eus eux-mêmes sous les yeux. Vous savez (pie les législateurs du peuple viril de Lncédémone, pour inspirer aux jeunes gens l'horreur de l'ivrognerie, leur donnaient le spectacle d'un esclave en état d'ivresse. Il v a eti effet quelque chose d'extrêmement répugnant dans un homme qui a perdu l'usage de la raison et (pie ses jambes ne peuvent plus porter. Ne craignez clone pas de leur tracer le portrait détaillé de l'ivrogne, non pas toutefois de manière à provoquer le rire: vous auriez manqué votre but, qui est de remplir l'âme de l'enfant d'horreur pour ce vice qui fait d'un chrétien, d'un enfant de Dieu, l'égal de la brute.
L'iVresse est une faute mortelle. Se mettre dans l'occasion de s'enivrer ou prendre dès habitudes qui conduiraient à l'ivresse, est aussi une faute qui peut aisément
devenir mortelle. 11 faut le répéter aux entants. Ce n'est pas tout. La conscience de l'ivrogne est encore chargée de toutes les fautes — et vous savez si elles sont nombreuses et variées — qu'il a prévu devoir probablement commettre durant son ivresse. Apprenez tout cela aux entants pour former leur conscience et leur faire craindre ce vice, père de teint de péchés.
Formez aussi leur cœur. Vous le ferez, je crois, en leur répétant que l'intempérance dti père fait souffrir la mère — ils songeront à leur mère qu'ils aiment — et les petits enfants. C'est ici que viendra à votre secours le récit de scènes de familles d'ivrognes. Vous savez de nombreux ménages où régnent la misère, les larmes, parce que le père est ivrogne. Racontez cela atix enfants. La boisson fait pleurer les mères et souffrir les petits enfants : revenez sans cesse là-dessus avec une nouvelle histoire à l'appui. Le cœur de l'enfant se révoltera contre la boisson, monstre cruel.
Il faudra enfin former la volonté de vos élèves et l'armer de fortes résolutions contre l'alcoolisme. Les leçons qui précèdent y contribueront dans une large mesure. Vous vous aiderez encore de l'entraînement. Je m'explique. L'enfant par nature est imitateur. De plus, des exemples de courage chez des enfants réveilleront en lui de nobles instincts, et il voudra les imiter. Vous leur proposerez donc l'exemple de certains enfants courageux qui se sont engagés à ne jamais faire usage de boisson et qui ont tenu parole malgré de grands obstacles. Voici entre mille autres semblables un trait que vous potirrez leur raconter pour donner conscience d'elle-même à leur jeune volonté et la pousser à s'affirmer:
"Un petit garçon de 12 ans venait de s'engager comme mousse à bord d'un navire quittant Liverpool. A peine en mer, quelques matelots lui offrirent un ver d'eau-de-vie.
— Excusez-moi, .s'il vous plaît, répondit reniant. |e préfère ne pas le boire.
Ils se mirent a rire, mais ne parvinrent pas à le décider. Le Capitaine, entendant parler de la chose, dit an petit mousse :
— Il tant que tn apprennes a boire de IVan-de-vie, si tn veux être un vrai matelot.
— Excusez-moi, Capitaine, je préfère ne pas le faire. Le Capitaine n'avait pas l'habitude d'entendre ses mousses disenter ses ordres.
---Prends cette corde, cria-t-il a un matelot, et qu'il fasse connaissance avec elle ; nous verrons si nous le ferons céder.
Le matelot prit la corde et battit cruellement l'enfant.
— Maintenant, dit le Capitaine, boiras-tn ou ne boirastn pas?
— S'il vous plaît, excusez-moi, je préfère ne pas le faire. — Alors, monte jusqu'au haut dit grand mât, tn y passeras la nuit.
Le pauvre garçon leva les yeux vers le mât, tremblant à la pensée d'y rester toute la nuit, cramponné aux cordages. Mais il fallait obéir.
Le lendemain matin, le Capitaine, en se promenant suite pont, se souvint du mousse.
— Hé î là haut, cria-t-il.
Pas (.le réponse.
—Descends, m'entends-tu ?
Toujours rien.
Un matelot grimpe le long des cordages et trouve l'enfant à moitié gelé; dans la crainte de tomber dans la mer, quand le navire plongeait, il avait entouré le mât de ses deux bras et le tenait serré si fort, que le matelot eut de la peine- à l'en détacher. 11 le descendit sur le pont, et là
ils le frottèrent jusqu'à ce qu'il reprit connaissance. Quand il fut en état de s'asseoir, le Capitaine lui versa un verre de cognac :
— A présent, bois cela, mon garçon!
— S'il vous plaît, Capitaine, je préfère ne pas le faire. kaissez-moi vous dire pourquoi et ne vous fâchez pas contre moi. Nous étions heureux dans notre maison, autrefois, mais notre père se mit à boire. Il ne nous donnait plus d'argent pour nous acheter du pain, et, un jour, on vendit notre maison et tout ce qu'elle contenait; et, voyez-vous, cela brisa le cœur de ma pauvre mère. Elle languit quelque temps, puis elle mourut. Peu d'heures axant sa fin, elle m'appela près de son lit et me dit : "Jean, lu sais ce que la boisson a fait de ton père. Je voudrais que tu promisses à ta mère mourante que tu ne boiras jamais de boisson enivrante. Je voudrais te savoir à l'abri de la chose maudite qui a causé la ruine de ton père."
— "Oh I monsieur, eontinua le petit mousse, voudriezvous me voir manquer à la promesse faite à ma mère mourante? Je ne le puis ni ne le veux."
Ces paroles touchèrent le cœur du Capitaine. Des larmes montèrent à ses yeux, et, se baissant, il prit l'enfant dans ses bras, en s'écriant :
— Non, non, mon petit héros! Tiens ta promesse, et si quelqu'un essayait encore de te faire boire, viens me le dire! Je le protégerai, et pour te dédommager de la punition que je t'ai fait subir, voici un billet dont tu disposeras à ton gré.
Kl disant cela, le Capitaine ouvrit sa bourse, et remit au jeune héros tin billet de banque de $50.00." (1).
( 1 ) Le Monde illustré
[e pourrais appeler ce qui précède l'enseignemeni moral de l'antialcoolisme, et ce qui suit l'enseignement technique.
Ce sera une leçon et un exercice scolaire au même titre
que les autres. L'enfant apprendra sa leçon de manuel antialcoolique comme il apprendra sa leçon de grammaire et de catéchisme.
Dans certains pays d'Europe, en Belgique et en France notamment, l'enseignement spécial de l'antialcoolisme est inscrit au programme des études. Au Canada, il ne l'est pas encore, du moins dans la Province de Québec; espérons qu'on l'y mettra bientôt .
Vous aurez besoin d'un ouvrage plus complet qu'un simple manuel sur la matière. Le manuel est à l'usage des enfants, ce n'est pas le manuel "à l'usage du professeur", qui n'y puiserait aucunement la doctrine plus abondante qu'il lui faut posséder pour développer à ses jeunes auditeurs le questionnaire absolument succint du manuel de l'élève. Je me permets donc de signaler à votre attention le livre de monsieur Edmond Rousseau: Alcool ri Alcoolisme, qui sera pour vous un parfait commentaire du manuel de l'élève.
Mais vous vous rappelez qu'il s'agit de faire ['éducation antialcoolique de l'enfant. Ce qu'il faut en effet, ce n'est pas tant lui donner tin bagage de science antialcoolique, comme on le munit d'un bagage de géographie ou d'histoire, que former un homme sobre, un ennemi de l'alcool, ce qui est bien différent et supérieur, il fatit faire de l'élève un tempérant, dans le même sens et dans la même mesure, et pour cela par les mêmes procédés que VOUS formez un chrétien. Or, vous ne vous contentez pas d'ens< içner une demi-heure de catéchisme chaque jour en isolant
l'idée religieuse des autres exercices scolaires; mais vous mêlez cette idée à tout l'enseignement el vous imprégnez
de la morale chrétienne toutes vos leçons. Par ce procédé qui met sans cesse l'esprit, le cœur et la volonté de l'enfant en contact avec la religion, vous faites son éducation chrétienne. Vous procéderez de la même manière pour faire son éducation antialcoolique. Vous vous servirez donc dans ce but des divers exercices scolaires, sans que le programme des (-tudes en soit modifié ni plus chargé. Or, votre programme comprend tes exercices suivants: dictées, compositions, analyses grammaticales, récitations, lecture, hygiène, arithmétique, économie domestique.
A) Dictées. — Donnez en dictées des sujets de tempérance: suites de l'alcoolisme, bienfaits de la sobriété, etc.
B) Compositions. — Donnez également à développer des sujets qui régardent la tempérance ou le vice contraire.
C) Analyses grammaticales et phrases à étudier au tableau noir. — Choisissez quelques sentences frappantes sur l'alcoolisme. L'Enseignement Primaire vous fournit chaque mois le thème de ces dictées, compositions et analyses.
D) Lecture. — Pourquoi au cours de la classe, pour reposer l'esprit des élèves, ne leur liriez-vous pas une belle page simple, claire et convaincante sur cette matière ? Vous n'aurez qu'à puiser dans le bulletin de La Tempérance.
E) Hygiène. — Vous aurez là l'occasion toute naturelle de parler souvent et abondamment des suites de l'usage des boissons fortes pour la santé, et de répéter que l'alcool est un poison. Vous saurez bien mettre ces leçons à la portée de vos jeunes élèves.
F) Arithmétique. — Ici le champ est vaste, chaque problème, depuis la simple addition jusqu'aux problèmes d'intérêts composés, peut être une leçon d'antialcoolisme. Fn voici quelques-uns, à titre d'exemples:
i. Un homme gagne $600 par an. Il en dépense $200 en boisson. De combien celle-ci a-t-elle diminué son salaire?
2. In homme prend 3 petits verres par jour. Or, le verre coûte cinq cents. Pour quelle somme a-t-il bu au bout de l'année ?
3. Et maintenant, étant donné qu'un quartier de bœuf coûte $7.00, un sac de farine $2.00, un sac de sel $0.20, une livre de beurre $0.20, une douzaine d'œufs S0.15, une paire de chaussures $2.50, un chapeau $2. 00, un pain $0.15, une livre de bonbons $0.20, faire l'équivalent en marchandises de la somme que cet homme a bue.
4. Si, dans une paroisse de 250 familles, chacune dépense en moyenne cinquante piastres par an pour la boisson, de quelle somme la boisson appauvrit-elle la paroisse chaque année? — Or, il y a sur l'église de cette paroisse une dette de vingl mille piastres. Combien d'années faudraitil être sobre pour éteindre cette dette?
5. Un lot du Gouvernement dans les cantons de colonisation coûte trente piastres, et il fattt à peu près 200 lots pour fonder une paroisse de 1,000 âmes. Combien de ces paroisses nouvelles pourrait-on fonder en dix ans, avec l'argent qui se dépense peur la boisson dans une seule paroisse de 250 familles, en supposant que l'on y boit annuellement en moyenne cinquante piastres par famille?
o. Un homme dépense $80.00 par année pour la boisson. S'il plaçait cet argenf à intérêts composés, quel montant aurait-il au bout de 20 ans, de 40 ans?
7. Il y a dans le fromage 35% de substance propre à la nutrition, et dans la bière seulement 2%. Or s'il faut deux livres de fromage pour former la quantité nutritive nécessaire à tin repas, combien de gallons de bière faudrait-il boire pour obtenir la même quantité? L'enfant sera stupéfait de constater qu'il en faudrait près de So livres, soit
un nombre considérable de bouteilles. Vous lui apprendrez à conclure que la bière ne nourrit pas.
Il vous sera facile de multiplier et de varier à l'infini ces problèmes. Vous ne manquerez pas d'en dégager tous les enseignements qu'ils comportent. Je crois savoir que L'Enseignement Primaire contiendra désormais dans chaque livraison un ou plusieurs de ces problèmes. Dans la quatrième édition de l'ouvrage déjà cité de M. Rousseau il v aura aussi, après chaque chapitre, un problème qui sera comme une démonstration mathématique de la doctrine contenue dans le chapitre.
G) Phrases à apprendre. — Faites apprendre par cœur des maximes brèves, simples et frappantes sur l'alcoolisme; que quelqu'une de ces sentences soit constamment écrite au tableau noir.
H) Economie et comptabilité domestique. — Voici ce qu'écrit l'auteur de Alcool et Alcoolisme : "Le grand défaut de nos habitants, dans les campagnes, et de nos ouvriers dans les villes — défaut qui amène infailliblement l'imprévoyance — c'est l'absence de calcul, sans lequel il est impossible d'équilibrer le budget de la famille.
Tant qu'il y a de l'argent à la maison, on pige dans le tas, sans s'occuper si les revenus égalent la dépense.
A part quelques rares exceptions, quel est le cultivateur, quel est l'ouvrier capable de répondre exactement si on lui pose la question suivante: "Mon ami, votre terre vaut tant, disons $3,000.00, combien par an vous rapporte-t-elle ? Mon ami l'ouvrier, quels sont vos revenus, bon an mal an ?" Le nombre en est certainement très restreint.
"Si on allait au fond des choses, on trouverait que ce défaut de calcul qui naît de l'imprévoyance est souvent une des causes de l'intempérance ; je n'hésite pas à dire que bien des épouses ne pleureraient pas aujourd'hui l'inconduite de leurs maris, si, dès le début, avant que la passion
ait été enracinée, alors que ces maris axaient encore le sentiment de la famille, elles axaient mis sons leurs veii\ le montant des dépenses occasionnées par l'entrée de la boisson au foyer." ( i )
Inculquez donc à VOS élèves, Mesdemoiselles, l'idée d'économie, apprenez-leur à tenir des comptes de famille, afin que plus tard ils en prennent la sage pratique. Ce sera la mère surtout à qui incombera ce soin. Préparez en conséquence les petites filles à cette fonction, lu ici je rappelle que l'éducation antialcoolique n'est pas seulement pour les garçons, mais que les filles aussi en ont besoin. On n'a pas sans doute ou l'on n'a guère à les empêcher de devenir ivrognesses, mais il faut les empêcher d'êtrç la cause que leurs enfants ou leur mari le deviennent lorsqu'elles seront à la tête d'une famille. L'éducation antialcoolique qu'elles auront reçue, elles ne manqueront certainement pas, plus tard, de la donner elles-mêmes à leurs enfants. Elles y auront tout intérêt. Et puis, elles ne pousseront pas leur mari au cabaret, pour n'avoir pas su lui rendre le chez soi agréable, attrayant. Sans doute l'école primaire n'est pas une école ménagère, et il ne faudrait pas vous demander de donner aux fillettes des leçons de cuisine, mais vous devrez du moins leur inculquer qu'une bonne cuisine, un logis propre, un intérieur bien rangé et agréable empêchent l'homme d'aller demander au cabaret et à la boisson des consolations et des joies qu'il ne trouve pas chez lui. Les petites filles n'oublieront pas ces choses, soyez-en sûres.
Permettez-moi enfin de porter à votre connaissance les cahiers d'écoliers que la Maison Rolland (2) vient de mettre sur le marché. La couverture en est illustrée de
(i) Alcool et Alcoolisme, 2e éd., pp. 42 et suiv.
(2) Depuis, la Librairie Beauchemin et MM. Granger
Frères ont suivi cet exemple.
sujets antialcooliques. Or, vous savez avec quelle puissance les images parlent aux enfants- Vous pourriez leur mettre ees cahiers entre les mains.
Vous pourriez encore faire apprendre à vos élèves des morceaux de prose ou de poésie et des chants — cantiques et chansons antialcooliques. Le bulletin de La Tempérance vous fournira tout cela. Ne manquez pas de placer à l'école la belle croix noire de tempérance, d'en rappeler aux enfants le symbole ainsi que le glorieux et consolant mystère, et de réciter avec eux tous les jours les prières de la Société de tempérance de la Croix.
Conclusion.
Voilà, Mesdemoiselles, tel que j'ai pu l'ébaucher, le programme de renseignement antialcoolique. Il convient de le mettre à exécution, et sans retard.
En avant donc, avec courage, les veux fixés sur le but et sur la croix! Quelle belle perspective s'ouvre devant votre zèle et vos efforts, et combien digne de solliciter des cœurs de femmes et d'éducatrices ! Formez-nous une génération sobre, formez-nous un peuple sobre, sauvez le pays! Oui, sauvez le pays, car il ne s'agit de rien de moins que de cette mission glorieuse. Y serez-vous inférieures? Y serez-vous infidèles? Non, non, non, je ne le veux pas croire
Il faut que la prochaine génération soit sobre. 11 le
faut, entendez-vous? Il le faut! Et elle le sera par
vous. C'est le mot par lequel je termine, et qui ouvre des horizons à votre zèle et donne des espérances à mon âme :
Le pays sera sobre par vous.