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A l'Oliuier de Robert Eftienne (iS57)> in-S

2. Par foi, fet-il, ce croi-geo bien, Car nus eftuet fére vne rien.

(Poésies de Marie de France, publiées par B. de Roquefort. — Paris, Chasseriau, 1820, 3 vol. in-80, t. I, p. 290.)

'orthographe aura son traité a part.

Elle a d'ailleurs dans notre pays une importance capitale, et elle est, aux yeux de bien des gens, le seul signe certain d'une bonne éducation.

Faciles et indulgents pour tout le reste, ils se montrent intraitables sur ce point. Ils ne se contentent pas de voir un mot écrit suivant l'usage habituel ; ils tiennent à ce que cet usage soit sanctionné par le Dictionnaire de l'Académie française; encore ne font-ils cas que de la dernière édition de ce livre.

Ne craignez pas d'ailleurs qu'ils poussent la chose plus loin et entreprennent de discuter cette orthographe si chaleureusement imposée : ils ne connaissent même pas les principes sur lesquels elle repose; tout ce qui touche à la philosophie du langage, à son histoire, leur est étranger; leur pédantisme est, comme presque tous les pédantismes, celui de l'ignorance.

Ce n'est que depuis peu que cette singulière intolérance trouve occasion d'éclater.

Au xvii^ siècle on pouvait, sans crime, écrire et même faire imprimer un mot de plusieurs manières ; et l'orthographe était encore tellement

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flottante, entre plusieurs systèmes divers et parfois opposés, que beaucoup d'écrivains avaient soin d'indiquer en tête de leur ouvrage celui qu'ils désiraient suivre.

Quelques-uns des plus illustres prirent même l'initiative de certaines réformes importantes.

En 1663, Corneille, dans la belle édition in-folio qu'il donne de son théâtre, distingue Vu du v, et Vi du /; il accentue tous les e fermés, qui ne l'étaient jusqu'alors qu'à la fin des mots ; et ce n'est pas sans quelques précautions préliminaires qu'il annonce ces utiles innovations, que nous serions portés à croire plus anciennes, et qui ne furent cependant généralement adoptées que beaucoup plus tard i.

Vers le dernier quart du xvii* siècle, en 1674., l'Académie française, ré.solue à travailler sérieusement au Dictionnaire qu'elle avait entrepris depuis si longtemps et qui ne parut pour la première fois que vingt ans après, désigna plusieurs de ses membres afin de déterminer l'orthographe qu'on adopterait dans cet ouvrage. Corneille, dont le nom figure sur la liste de cette commission, n'en partagea point les travaux ; Bossuet et Pellisson, au contraire, y prirent une part active et présentèrent de judicieuses observations; mais, moins influents en ces matières que ne l'était alors le grammairien Doujat, ils virent adopter, contre leur avis, beaucoup de règles absolues et mal fon-

I. Voyez notre édition des Œuvres de P. Corneille, t. I, p. 4.

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dées dont plusieurs, encore en usage aujourd'hui, jouissent par malheur du bénéfice de ]a prescription *.

On le voit, l'orthographe illogique et capricieuse que nous subissons (et que nous ferons bien, après tout, de conserver, par le seul motif qu'elle est en vigueur) n'a commencé à se constituer d'une façon quelque peu uniforme qu'après l'apparition de nos plus grands chefs-d'œuvre, et malgré l'opposition de nos meilleurs écrivains ; tronquée encore pendant tout le xviii* siècle, elle ne mérite à aucun point de vue l'importance quasi superstitieuse qu'on lui accorde, et n'indique point, ainsi qu'on le croit, chez celui qui la pratique avec exactitude, une connaissance satisfaisante de notre langue.

Dans nos écoles primaires, il est impossible aux élèves, et même aux maîtres, de remonter, à l'aide des livres actuels d'enseignement élémentaire, aux véritables principes des règles; ce qui en rend l'application aussi difficile qu'incertaine.

Dans les collèges, l'étude des langues anciennes est censée conduire à la connaissance de la nôtre. Cela serait vrai si ces langues étaient étudiées historiquement ; mais, avec l'état actuel des choses, on peut avancer, sans exagération ni paradoxe, que nos bacheliers es lettres ne sont pas tous par-

I. Cahiers de Remarques fur l'orthographe françoife, pour ejire examinez par chacun de Mepeurs de l'Académie, publiés par Ch, Marty-Laveaux. — Paris, Gay, 1863, in-i8,

p. XIV-XXIII.

venus à cette correction orthographique inconsciente et routinière, apanage assuré des bons élèves de nos écoles.

Pour remédier à de tels inconvénients et rendre ces études plus faciles, chaque grammairien a proposé à son tour sa réforme orthographique; et, actuellement encore, des tentatives fort érudites et fort consciencieuses ont lieu en ce sens^.

Quant à nous, nous contentant d'expliquer de notre mieux les irrégularités de notre orthographe, nous en ferons connaître les origines, nous en indiquerons les courants contraires; mais, tout en montrant qu'elle est également insulTisaute pour peindre la prononciation et pour rappeler l'étymologie, nous l'accepterons comme un fait, et nous nous garderons d'y rien changer, de peur d'augmenter encore la confusion que nous avons pour tâche de dissiper.

I, Observations sur l'orthographe française, suivies d'un exposé historique des opinions et des systèmes sur ce sujet depuis if2j jusqu'à nos jours, par Ambroise Firmin Didot. — Paris, Ambroise Firmin Didot, 1867, in-8°.

'enseignement de la prononciation jette beaucoup de jour sur l'orthographe.

Ces deux études sont si intimement liées qu'il est parfois difficile de savoir où l'une finit et oîi l'autre commence.

Savoir comment on doit prononcer ce qu'on écrit, savoir comment on doit écrire ce qu'on prononce : ce sont au fond deux faces différentes d'un même problème.

La prononciation, du reste, tend à se rapprocher de plus en plus de l'écriture, parfois de la manière la plus fâcheuse.

Ce même scrupule, qui, de notre temps, a fait regarder comme une faute indigne de pardon l'oublij dans l'écriture, de la moindre lettre parasite, s'est étendu peu à peu à la langue parlée, par une conséquence fatale mais logique; et l'on a cru faire preuve d'instruction en prononçant toutes les lettres de chaque mot, et en faisant sonner, sans aucune exception, toutes les consonnes finales devant toutes les voyelles initiales.

Respect se prononçait d'abord respè^; La Fon

I. Le vil troupeau de ce groffier vulgaire Qui a l'honneur d'vn faux re/pet fait fcorte.

DE NOTRE tAN GUE. 6(

taine l'a fait rimer avec bec^, ce qui prouve que de son temps on commençait à dire respec ; aujourd'hui il ne manque pas de beaux parleurs pour prononcer respect comme Timpératif de respecter : respecte.

Jusqu'à ces derniers temps on ne faisait sonner la lettre n qu'à la fin des adjectifs immédiatement suivis d'un nom commentant par une voyelle ou par une h non aspirée: ancien ami, vilain homme; aujourd'hui l'on prononce de même les finales des substantifs, au risque de tomber dans l'obscurité : on dit la nation sarmée, la population ^est grande; et, dans ce dernier cas, il faut que la fin de la phrase vienne rectifier le sens auquel notre oreille nous avait d'abord préparés, car, en entendant la nation n'est, nous pensions tout naturellement que la phrase était négative. Il serait grand temps de s'arrêter sur cette pente, et même de rebrousser quelque peu chemin^ s'il était possible.

Comme les habitudes dont il s'agit, bornées jusqu'à présent à une seule classe de personnes, n'ont point pénétré dans le peuple, et ne se sont pas

(Pontus de Tyard, Erreurs amoureufes , livre III, pièce XXIX, p. 117 de notre édition.)

K 11 luy a pieu auoir refpet non fulemant a mon eage mais à mon defir, » (Montaigne, Lettre du 18 janvier if 90 à Henry IV.)

I. Ce peuple cependant, fort fouvent en furie Pour la dame étrangère ayant peu de rejpec, Luy donnoit fort fouvent d'horribles coups de bec. (La ?cràrxx & Us Cocs. — Livre X, fable 7.)

encore transformées en règles écrites, le mal n'est peut-être pas irréparable ; si par bonheur il en est ainsij un coup d'œil historique sur les principes de notre prononciation peut devenir le remède le plus sérieux et le plus efficace. M. Littré a indiqué, dans la préface de son excellent Dictionnaire ^, le programme à suivre à cet égard ; sans songer à le remplir dans toute son étendue, nous chercherons du moins à éclaircir la prononciation de notre temps par celle des époques antérieures et à en bien préciser le caractère et la véritable tradition.

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