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I. Pages xii-xv

DE NOTRE LAKGU

A ponctuation est peut-être de toutes les parties de la grammaire celle sur laquelle on est le moins d'accord.

Si nous lisons la même page de Bossuet, de Pascal, ou de Fénelon, dans plusieurs de ces belles éditions publiées, sous le premier Empire ou pendant la Restauration, chez nos meilleurs imprimeurs, nous sommes frappés des différences considérables que présente la manière dont elle est ponctuJe.

Si maintenant nous comparons l'une de ces éditions aux éditions originales, les différences, encore plus nombreuses, ne portent plus seulement sur de menus détails, mais sur l'ensemble tout entier et sur le principe même qui a servi de point de départ.

Ce qui frappe tout d'abord, c'est qu'au xvii* sijcle on répétait les signes beaucoup moins souvent que de nos jours; et, bien qu'autrefois, comme aujourd'hui, l'arbitraire et la fantaisie de chacun jouent en cette matière un rôle considérable, on ne se trompera guère en disant qu'en thèse générale l'ancienne ponctuation est plus faite pour la voix et le débit, la nouvelle pour l'œil et pour la lecture silencieuse et personnelle.

La première marquait largement les divisions

principales, la seconde fait ressortir jusqu'aux moindres incidentes.

Enfantée par les grammairiens du xviii* siècle, elle peut, sans inconvénient, s'appliquer aux petites phrases incisives et morcelées de cette époque, et convient pour le langage à courte haleine du pamphlet et du journal; mais c'est un véritable contre-sens de la transporter aux orateurs du xvii*^ siècle et surtout aux chroniqueurs et aux historiens des époques antérieures. En effet, elle découpe et détaille trop, et donne indiscrètement, comme en une photographie, un relief exagéré à des portions secondaires, tandis que les grandes lignes s'atténuent et s'effacent, et que, par suite, l'ensemble s'obscurcit.

Nous avons donc à rechercher ce qu'il y a de mieux à faire pour le présent, à guider le lecteur au milieu des divers systèmes proposés, et en même temps à insister vivement sur la nécessité de conserver à notre ancienne littérature, en cela comme en tout le reste, sa véritable physionomie.

OUT ceci n'a trait qu'à l'en&eignement grammatical.

Le plus important, le plus difficile,

et surtout le plus neuf, serait de créer

Véttide pratique du vocabulaire.

Pour y parvenir par la bonne et véritable route,

il faudrait se livrer à un examen général et rapide

de l'histoire de la formation de notre langue

depuis son origine jusqu'à la fin du xvi^ siècle.

Au commencement de ses Commentaires, César signale en Gaule, dans la vaste étendue de pays qui n'était pas encore soumise aux Romains , trois peuples également divers par leur langue, leurs institutions et leurs lois : les Belges, les Aquitains, et les Celtes appelés Gaulois par les Romains.

Il nous fait connaître avec précision la position respective de chacun d'eux : les Gaulois étaient séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Seine et la Marne.

Bientôt la langue du vainqueur pénètre profondément ces divers idiomes, qui se modifient et se confondent sous l'action puissante de l'élément latin et se développent ensuite dans ce sens nouveau.

Plus tard viennent les Francs ; ils soumettent à leur tour une portion du pays auquel ils auront la gloire de donner un nom définitif, et pourtant ils introduisent à peine dans la langue quelques mots isolés, sans rien changer à son ensemble.

Il est intéressant et vraiment philosophique d'examiner la nature des m.ots celtes ou germaniques qui ont persisté jusque dans notre français moderne :

Les mots celtes sont, en général , des nom.s d'animaux, de plantes, de productions naturelles, des termes d'agriculture;

Les mots germaniques sont des noms d'armes, des termes de guerre.

Tout cela ne va pas bien loin : c'est toujours le latin qui est la vraie et principale source.

On a cherché à établir d'une façon mathématique la part de chaque élément dans la formation de notre langue. M. A. de Chevallet, qui a tenté de dresser cette curieuse statistique, a soigneusement examiné l'origine de chacun des termes contenus dans nos plus anciens textes français ; voici le résultat auquel il est arrivé :

« Si l'on juge d'après ces textes, les mots dérivés du germanique ne formaient qu'environ un quinzième de notre langue dans la première période de son développement, et les dérivés du celtique n'y figuraient que pour à peu près un quatre-vingt-deuxième; le reste était de race latine. Il est bien entendu que je ne donne ces

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caiculs que sous toute réserve, et comme une simple approximation 1. »

En tenant compte de quelques erreurs de détail qu'une critique plus rigoureuse a constatées dans ce travail, le résultat général ne se trouve pas sensiblement modifié, l'influence latine est seulement un peu accrue.

Lorsqu'on accorde au latin une part si étendue dans le développement de notre langue, il importe de bien caractériser cet élément : au-dessous du latin classique, de celui qu'on nous a enseigné au collège et qu'on nous y a conseillé de reproduire et d'imiter, il y en avait un autre, qui se devine dans les plus anciens textes, se trahit plus fréquemment chez les auteurs comiques, et se montre à découvert dans la plupart des inscriptions : c'est le latin familier en usage parmi le peuple et dans les armées.

Ce parler courant des légions romaines est devenu la matière principale de notre vocabulaire.

Lorsque les Gaulois répétaient les mots latins, ils en altéraient profondément la prononciation, et créaient ainsi une langue nouvelle, en croyant adopter celle du vainqueur.

M. A. de Chevallet a fait à ce sujet une observation curieuse. Il a recueilli, dans ces listes toutes modernes de mauvais langage corrigé que des grammairiens pratiques destinent à rectifier les altérations populaires, l'indication des syllabes

I. Origine et Formation de la langue française, t. I, p. 214.

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qui sont le plus souvent estropiées, et ii a établi qu'en faisant subir à certains mots latins les mêmes altérations on obtient nos mots français correspondants ^.

Ainsi le peuple, aveuglément attaché à ses habitudes, garde encore les traditions de la prononciation gauloise ; et s'il ne parvient plus à modifier le français dans le sens oîi il a jadis modifié le latin, c'est seulement à cause de la résistance opiniâtre que lui opposent l'enseignement public, le langage des gens instruits, et surtout les livres imprimés.

Si le fond de notre langue s'est formé de la sorte par un travail inconscient, il en est tout autrement de la partie érudite de notre vocabulaire : elle ne tire pas son origine du langage du peuple, mais des œuvres d'imagination et des livres des savants. Lorsque ceux-ci francisaient un mot latin, au lieu de lui faire subir une altération semblable à celle qu'avaient éproavée les termes de création populaire, ils se contentaient de le transcrire en modifiant sa terminaison aussi peu qu'il était possible, et seulement dans la mesure indispensable pour lui donner, en quelque sorte, le costume de la langue dans laquelle ils l'introduisaient.

Ces deux procédés de formation, l'un populaire

I. Origine et Formation de la langue française, t. II, F- 33.

et tout spontané, ne s'exerçant qu'à l'origine de la langue, l'autre artificiel et érudit, relativement récent, mais commençant à se manifester bien plus tôt qu'on ne serait tenté de le croire, ont eu fréquemment des résultats très-bizarres.

Parfois ils se sont exercés tous deux sur un même mot latin qui a fourni deux mots français, également différents par la forme et par le sens, bien qu'ayant une même origine.

Potio, par exemple, a d'abord produit poison, forme populaire, puis potion, forme savante.

Souvent, au contraire, deux mots français intimement liés par leur sens, tels qu'un substantif et un adjectif de sii^nification analogue, dérivés du latin, chacun par un procédé particulier, présentent dans leur forme une notable différence. C'est ainsi que schola a fait eschole, école, dont l'adjectif correspondant est scolaire, formé plus tard dans les collèges et transcrit directement du primitif latin.

Cette double formation des mots, dont la constatation a passé d'abord pour une découverte toute moderne, était déjà connue au xvii^ siècle.

Un érudit protestant qui a eu quelque part à l'éducation du Dauphin, Jean Rou, parle en passant de ce fait curieux dans ses Mémoires ^, et Nicolas Catherinot, conseiller au présidial de Bourges, compose dès 1683 un petit traité spécial, longtemps oublié, sur ce qu'il appelle d'un nom

I. Mémoires inédits et opuscules Je Jean Rou, publiés par Francis Wadington. — Paris, 1837, tome II, page 209.

JO DE r/ E N S E I G N E M E N T

bien français et fort digne d'être définitivement adopté : les Doublets de la langue françoife^.

Les mots à forme savante ont été d'abord regardés comme des créations de la Renaissance, et c'est en effet à cette époque qu'il s'en est le plus introduit; mais peu à peu une étude plus attentive a permis de préciser davantage les faits. Deux thèses intéressantes, l'une sur Nicole Oresme 2, l'autre sur Pierre Bersuire 3^ nous ont indiqué la très-large part que les traducteurs ont prise, au xiv*"- siècle, à la formation du langage oratoire et poétique; il importe toutefois de remarquer que la plupart des mots qu'ils créaient, ou plutôt qu'ils transcrivaient du latin, sont demeurés fort longtemps en dehors de la langue courante, et que plusieurs d'entre eux ne sont entrés dans nos dictionnaires qu'à la fin du xviii* siècle *,

1. Voyez Dictionnaires des doublets ou doubles formes de la langue française, par Auguste Brachet. — Paris, Franck 1868, in-80, p. 7 et 49.

2. Essai sur la vie et les ouvrages de Nicole Oresme, par Francis Meunier. — Paris, Durand, 1857, in-S». — Thèse soutenue devant la Faculté des lettres de Paris.

3. Pierre Bersuire et sa traduction de Tite-Live considérée comme monument de la formation savante de la langue

française au xiv« siècle, par Léopold Pannier (dans les Positions des thèses soutenues par les élèves de l'École des Chartes, de la promotion 1867 -1868). — Paris, S. Raçon, i8é8, in-80. — La thèse est encore manuscrite.

4. Je l'ai prouvé par quelques exemples dans un compte rendu de l'ouvrage de M. Meunier (^Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 19* année, p. 97.)

DE NOTRE LANGUE. Jl

Du reste , quoique les érudits du xiv* siècle méritent d'être étudiés de très-près par qui veut bien connaître l'origine de la plupart des mots à forme savante, il faut rechercher les premières traces de ces expressions à une date beaucoup plus reculée : elles apparaissent déjà, en petit nombre il est vrai, dans la traduction dei Quatre Livres des Rois, et même dans la Cantilène de sainte Eulalie , c'est-à-dire à l'origine de la langue.

Toutefois, malgré l'ancienneté des premiers termes transcrits du latin, les deux courants de langage, qui résultent de la formation populaire et de la formation savante, sont restés distincts à certains égards, comme les eaux de deux rivières qui se réunissent sans se confondre.

Le peuple continue, même de nos jours, à n'employer que les mots qu'il a faits; à peine comprend-il les autres, et jamais il ne s'en sert. Les beautés les plus délicates de nos grands écrivains demeurent par là lettres closes pour la majeure partie de la population, qui ne saurait saisir les raffinements et les allusions savantes d'une langue un peu artificielle.

On commence à entrevoir ces faits ; mais, en général, on n'en aperçoit point la cause première, ou du moins l'on ne s'en préoccupe pas. Bien au contraire, nos divers gouvernem.ents, si opposés pourtant dans leurs principes et dans leurs doctrines, poussés par je ne sais quel besoin de mystérieux prestige, semblent s'entendre de la façon la plus singulière pour parler à tous, préci-

sèment dans les circonstances décisives et solennelles, un langage qui ne peut être compris que de quelques-uns.

Croit-on que ce ne soit pas sans étonnement, ni même parfois sans une sorte d'appréhension, que les habitants de quelque petit hameau perdu lisent à la porte de la chaumière de monsieur le maire qu'ils vont être convoqués dans leurs comices? et l'administration n'aurait-elle point tout avantage à parler une langue plus simple et plus généralement compréhensible?

On s'étonne qu'à intelligence à peu près égale, un homme ignorant ait plus d'action sur les masses qu'un autre qui lui est supérieur en instruction.

Cela provient de causes très-complexes. Mais une des principales est assurément que ce harangueur improvisé parle avec d'autant plus d'aisance la langue du peuple qu'il n'en connaît point d'autre, tandis qu'un orateur de profession ne se doute même pas de l'immense distance qui sépare ce langage du dialecte propre aux gens lettrés, et n'essaye point, par conséquent, de faire la difficile séparation, le laborieux triage, qui rendrait sa parole claire pour tous, et empêcherait seul que le discours le plus populaire, quant à l'intention, fût, en fin de compte, un morceau fort aristocratique.

'ÉTUDE historique de notre langue, la détermination rigoureuse du moment où chaque forme nouvelle se produitj la constatation précise des lois de permutation des lettres font aujourd'hui de Vétymologie une science exacte. Comme toute autre, elle peut, sur un point particulier, se trouver entachée d'erreur ; mais du moins elle ne donne plus rien à l'imagination, à la conjecture, et ne repose que sur des principes certains.

Ce sont ces principes que nous tâcherons d'exposer dans un traité de courte étendue.

Nous ferons voir que les simples rapports de sons ne peuvent plus être des prétextes suffisants pour établir entre deux termes une prétendue parenté, tandis qu'au contraire des mots très-différents doivent être considérés comme venant l'un de l'autre lorsque la série des formes intermédiaires peut être établie sans incertitude ni lacune. Nous essayerons de faire bien comprendre aussi que la linguistique procède à l'analyse de chaque partie des mots avec autant de rigueur que la chimie à celle des corps.

Il n'y a dans les mots rien d'inutile : leurs moindres parties sont profondément significatives:

lo

chacun de leurs tronçons, réduit à une syllabe, parfois même à une lettre, fournit son contingent au sens total ; et l'analyse de ces divers éléments est si naturelle, si instinctive, qu'il n'est personne qui ne la fasse, mais souvent, il faut en convenir, à la façon dont M. Jourdain disait de la prose : sans le savoir.

Le verbe raffermir, par exemple, contient dans les trois syllabes dont il se compose quatre éléments bien distincts : d'abord , la portion qui donne au mot sa signification principale, le radical FERM qui , suivant la terminaison qu'on y joint, peut former :

Un adjectif

Ferm

Un adverbe

ement

Un substantif

été

ensuite, la désinence IR, qui communique ici à ce radical la valeur d'un verbe; enfin, deux préfixes R et AF : AF, qui donne au radical le sens de rendre ferme , et R, qui indique la répétition de l'action.

Du moment qu'on donne aux mots leur véritable sens, on a en soi-même une sorte d'intuition vague de ce que nous venons de dire ; mais il y a loin de là à une analyse complète et raisonnée.

PRÈS avoir étudié rapidement la formation de notre langue, après avoir établi les principes essentiels de l'étymologie, il ne sera peut-être pas sans intcrêt d'observer, siècle par siècle, depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, les changements principaux survenus dans le vocabulaire. Chaque événement de notre histoire, chaque évolution de notre littérature, chaque fantaisie nouvelle de la nation , a laissé dans notre langue des traces ineffaçables.

Le xvi« siècle est l'époque où elle prend hardiment la parole sur toutes choses, discute la religion, prononce des arrêts judiciaires, traite de toutes les sciences et se substitue au latin, qui jusque-là était demeuré consacré à la théologie, au droit et à l'érudition ; mais, en le renversant, elle s'en pénètre, et ne se trouve digne de le remplacer qu'en l'imitant d'un peu trop près.

Dans le dialogue de l'écolier limousin avec Pantagruel', ce travers nous est plaisamment signalé

I. Œuvres de Rahehis, publiées par Ch. Mart^'-Laveaux. — Paris, Lemerre, t. I, p. 241.

par Rabelais, qui, lui-même, ne l'a pas toujours évité.

Ce courant d'imitation n'est pas le seul auquel ait cédé cette époque. On vit succéder aux guerres d'Italie l'emploi abusif d'une telle quantité de termes empruntés à ce pays qu'Henri Estienne crut devoir critiquer cet engouement dans ses Deux Dialogues du nouveau langage François, italianiié, & autrement defgui\é, bien propres à nous garantir, si nous avions pu l'être, contre les entraînements de la mode.

Au XVII* siècle, à partir de 1615, date du mariage de Louis XIII avec Anne d'Autriche, commencent les inriuences espagnoles, à qui notre littérature doit Le Cid. C'est à ce moment que la langue, jouissant encore de toutes les franchises du xvi^ siècle, mais plus sage et mieux pondérée, atteint son point de perfection.

Il faut toutefois savoir se garantir contre un enthousiasme irréfléchi, et prendre soin d'examiner de près tous les styles divers, et de valeur fort inégale, qui ont cours pendant cette belle époque.

Nos orateurs religieux et nos poètes tragiques, qui s'expriment d'un ton si noble , et savent se montrer si profondément créateurs en imitant les livres saints et l'antiquité grecque et latine; nos admirables comiques, qui s'abandonnent sans scrupule à la veine populaire et gauloise; les écrivains burlesques, dépourvus de toute valeur littéraire, mais qui ont un mérite, le seul, c^lui de nous conserver une portion du vocabulaire que

tous les autres dédaignent; les Jansénistes, qui inventent une terminologie mystique pour subtiliser sur le libre arbitre et sur la grâce; les protestants, qui conservent le plus fidèlement qu'ils peuvent, par esprit de secte, le style du xvi" siècle; les Précieuses enfin, dont le jargon, si ridiculisé, est encore imparfaitement connu et mérite un examen sérieux et sincère : tels sont les artisans divers, architectes ou manoeuvres, qui ont contribué, chacun pour sa part, et dans une mesure bien différente, à élever cet impérissable monument : la langue française du xvii'^ siècle.

Le xviii' siècle éclaircit la phrase et la dégage de ses moindres obscurités, de ses plus petites incertitudes, non sans l'énerver et l'appauvrir; il introduit dans le langage Ja philosophie, qui en enlève la poésie. Les sciences enrichissent le vocabulaire de quelques termes nouveaux, de certaines expressions heureuses; mais le néologisme érigé en système et la phraséologie politique et révolutionnaire achèvent de le corrompre.

Comment parler du xix*^ siècle, qui, par bonheur, n'a pas dit encore son dernier mot?

Sous le premier Empire, la langue timide et appauvrie se borne pendant quelques années à l'imi tation mesquine de nos classiques du xvii« siècle compris d'une façon étroite et fausse.

La Restauration voit surgir toute une génération d'écrivains et de poètes qui répudient l'époque classique de notre littérature, croient ressusciter le moyen âge en imitant la Renaissance, et copient

les Anglais el les Allemands sous prétexte d'an national.

Il y avait là toute une armée vaillante et résolue. Elle n'avait qu'un tort : celui de ne savoir oiî elle allait; aussi n'est-elle arrivée nulle part, mais elle a parfois semé des chefs-d'œuvre sur son chemin. On ne saurait nier, sans injustice, que notre langue se soit alors singulièrement enrichie et renouvelée : on forgeait des mots, on en reprenait dans les siècles passés, on en importait du dehors; tout n'était pas or dans ces richesses, il y avait de l'argent, du billon, voire même de la fausse monnaie, mais le moule de convention était rompu, et les écrivains, rentrés en possession de leur liberté, sentaient qu'il fallait renouer la tradition française et étudier le passé. Mentionnons les vocabulaires bizarres des Saints-Simoniens et des Fouriéristes, les importations anglaisas des amateurs du turf, la terminologie barbare du régime parlementaire, les termes arabes que nos troupiers ont rapportés d'Afrique, et nous aurons indiqué les points principaux que nous aurons plus tard à développer.

j(0| ETTE histoire chronologique de notre "^^^î^l langue ne clôt pas encore le pro-

gramme que doit s'imposer toute personne qui se propose de la bien S^^l connaître. Les érudits qui se sont appliques avec tant d'ardeur à son étude ne se sont pas contentés de la considérer historiquement dans ses phases successives et à ses époques diverses : ils en ont suivi les branches éparses et quelquefois jusqu'aux moindres ramifications, sur toutes les parties du territoire français.

Prenant alors pour base, non plus le temps, mais le lieu, ils ont abordé tour à tour tous nos patois et dialectes^.

Nous indiquerons leur classement géographique; nous montrerons quel degré d'évidence ils donnent à diverses étymologies, incertaines sans ce précieux secours; enfin, examinant dans quelle mesure ils

I. Voyez Recueil de rapports sur l'clat des lettres et les progrès des sciences en France. Sciences historiques et philologiques. Progrès des études classiques et du moyen âge. (Par iM. Guigniaut.) Paris, 1868. iii-8", p. 118-121.

Ho DE l' ENSEIGNEMENT

peuvent, ainsi que le voulait Ronsard*, venir en aide à l'écrivain et au poëte, nous rechercherons quel parti en ont parfois tiré nos meilleurs auteurs ■» et principalement nos comiques.

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