‹ De l'enseignement médical, dans ses rapports avec la chimie, considérée comme science accessoire à la théorie de la médecine; suivi d'un nouveau plan d'organisation des sociétés de médecine et de chirurgie et des études médicales, pour le maintien de la chaire d'Hippocrate, fondée aux Écoles de Médecine de ParisChapitre 11 sur 25 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

De l’enscignement de la médecine et de la chirurgie en France, et de la manière dont on conféroit les grades de docteur en médecine e de maitre en chirurgie ; avant 2792.

« À Paris, un candidat se présentoit au Bac- » calauréat, âgé de 22 ans, muni de lettres de » maître-és-arts; et, après quatre années d’études, » 1] n'obtenoit ce premier grade qu'après avoir » subi pendant quatre heures, un examen au- » quel tous les docteurs présens prenoiïent part, » concurremment avec le doyen et les interroga- » teurs désignés. Durant deux années de stage, » le bachelier soutenoit quatre grands examens » de dix jours chaque et quatre actes publics; à » vingt-quatre ans, on lui conféroit avec une .» grande pompe, les änsignia doctoratus, don- » nés par dix médecins, dont le plus jeune ne » pouvoit pas avoir moins de dix ans de doc- » torat. Dans cette solennité, le Président d’âge » exposoit les devoirs du récipiendaire, celui-ci » proposoit deux questions à deux jeunes doc- » teurs, et prononcoit un discours de remercis > ment ». |

Cet usage me paroît très-utile pour donner

aux élèves-une idée hon6rable de leur. profes sion, lorsauïils se livrent à la pratique de l'art de guérir. |

Ecoles anciennes , mode de réception.

« À Montpellier, un candidat maître-és-arts » et compiant deux ans et demi d'étude, obtenoit » le baccalauréat et soutenoit une thèse; pendant » [es trois mois suivans, 1°, il faisoit trois cours » ou prélecons sur un sujet donné; 2°, il subissoit » quatre examens faits chacun par un professeur ; » 3°, il donnoit en trois triduanes, et devant six » PERS la solution de six questions pro- » posées; 4°, il étoit éprouvé à huit clos, sur Île » point rigoureux, par toute l'Université de mc- » decine, sur deux questions tirées au sort; June » dansles Aphorismes d'Hippocrate (1), et l autre » dansle Praxis medica de Rivière ; » aujourdu ce seroit la Nosographie de M. Riel « Ensuite le bachelier étoit licencié; s'il avoit » . l’âge de vingt-cinq. ans, il recevoit le » grade de docteur, après deux discours pro- » noncés publiquement, l’un par un patron (au- » Jourd'hui un président) et l'autre par le can- » didat.

(1) Jamais, comme on voit, Hippocrate n'a cessé de faire partie de l’enseignement PRE malheur : à ceux qui voudroient nous en priver : de coupables hérésies seroient le fruit de cetté défection,

ox

» Dans toutes les facultés du Royaume, les » actes étoient soutenus rigoureusement en latin; » le produit des inscriptions et des réceptions » servoit à augmenter les modiques honoraires » des professeurs».

Je répeie que ce.mode de réception conserve à l’art de guérir son ancienne illustration; mais il ne faut pas que les professeurs reçoivent de salaire des élèves.

Ecoles actuelles.

« À la Faculté actuelle de Paris, vingt-quatre » professeurs enseignent l'anatomie et la physio- » logie , la chimie médicale et la botanique, la » pathologie interne et externe, lanosographie, » la clinique interne et externe, les opérations de » chirurgie, les accouchemens, la médecine lé- » gale, la bibliographie médicale et la démons- » tration des drogues usuelles, des appareils et » des instrumens de chirurgie (1) ».

(1) D’après la nouvelle organisation de l’Ecole de Médecine de Paris, en l'an XI, telle qu’elle existe aujourd’hui, en vertu des anciens réglemens non-abrogés et adoptés par le Roi, le nombre des professeurs doit-être de vingt-cinq, y compris M. le Doyen, chargé du cours de la doctrine d’'Hippocrate, d’abord conservé sur le programme de cette école , et actuellement supprimé. On interroge les candidats sur les Aphorismes et quelques autres traités d’Hippocrate ; mais, voici ce qui artive : une question sur Hippocrate sort de l'urne, quoiqu’il soit bien prouvé que nos jeunes médecins ne pourront l'expliquer, parce qu’il n’y a pas un Cours spé-

M. Thouret étoit chargé d'enseigner la doc:

trine d'Hippocrate ; iln'a insieniotie la tâche de pr ofesseur, et s’est contenté du titre de directenr ou d'administrateur de l'établissement dont 1l avoit, de concert avec M. Fourcroy, conseiller d'état, assuré la fondation.

Exposé des motifs pour la séparation de Pe enseiguess de la médecine et de la chirurgie. :

« Ilest da qu’ un homme qui se destine à » l’art de guérir doit être instruit exclusivement » dans la partie dont il a fait choix pour sa pro-

cial sur Hippocrate. Le moindre abus de cet oubli dans lenseignement, quelque complet qu’on le suppose, sera au moins d’entendre à tout moment prononcer des termes de médecine dérivés du grec, et de ne pouvoir que. trés-imparfaitement exiger des candidats une explication radicale,

chaire et précise; parce qu’ils n’ont peut-être eu FE long-temps » occasion de remonter à la source. On néglige ainsi d’entretenir le feu sacré : d’un autre côté , le grec considéré comme üne langue savante, a fourni aux sciences, et particutièrement à la médecine , presque tous ses termes techniques. J’insisterois encore d’autant plus volontiers sur la nécessité d'expliquer en grec les ouvrages d’Hippocrate, dans le sein de la Faculté; que la science et la pratique médicale ne pourroient qu'y gagner. Les érudits ec les médecins ÿ trouveroient également leurs avantages , et je suis convaincu que ce seroit remplir le vœu des législateurs, que de consacrer cette sage institution , utile à la fois à la science et à la littérature, pour épurer le goût et former le jugement de nos jeunes médecins,

(66 ) fession , parce qu'il est démontré que le même savant dans toutes les branches de Part de

guérir, doit rarement espérer de mériter et

d'atteindre une haute réputation , lorsqu'il les

pratique toutes à la fois; qu'il résulte de l'habi-

tude, du besoin même, une distinction ou plutôt une séparation naturelle du domaine de l'art; en eflet, la séparation de droit provient d'abord de là nécessité ; en distinguant la science de son. application, on:voit que! cette dernière est immense et d'une telle étendue, quelle a porté les praticiens à se diviser en deux classes, Cette partition approuvée par le

public, et que les gouvernemens ont adoptée

dé témps présque immémorial, a done été un premier effet de la force des RPebcst : les lois

.ne l'ont consacrée que très-tard; ai Hip- { pocrate: jusqu'à: la. décadence ch écoles de

l'Empire, les médecins étoient chirurgiéns, et

‘il'éxistoit des hommes habiles qui ne se, con-

sacroient absolument qu'aux opc rations, et ce

nombre étoit encore très-restréint.. Du temps de Justinien, le Code du vieillard de: Cos deivint le bréviaire des prêtres, qui, par ‘des mo-

tifs de religion, ne vouloient point exercer la

‘chirurgie, ni étudier l'anatomie; une division

de droit primitivement. établie sur la. nécessité,

fut décidée:par ‘une loi qui, en 12154 interdit aux médecins de Paris, tout SP GT À et toute

pratique des opérations ».°

Au reste, on objecte avec raison, pour la perfection même de l’enseignement, que les opérations ne sont que des moyens de guérison plus ou moins violens, dont on prépare et dirige les. effets à l’aide du régime, de l'hygiène, de la diète et des médicamens pris à l’intérieur : que le professeur ouvre une carrière immense, quand il pénètre publiquement les profondeurs de la science médicale, et se conforme à toutes les règles de la nue avant de recourir à l'emploi de fer ou du feu.

Conclusions préliminaires.

Assurément, il n'y a qu'un but dans l'art de guérir ; mais combien les moyens d'y parvenir sont différens! Le chirurgien ne peut pas et ne doit pas, sans une longue habitude des dissections, se livrer aux opérations ; il faut qu'il soit jeune et vigilant, qu'il ait un caractère ferme, la vue fine, la main très-exercée, en un mot, qu'il soit doué de qualités extérieures qui sont très-peu nécessaires au médecin; au contraire, eelui-ci doit avoir acquis, par de longues études. des maladies et des méditations suivies sur leur traitement , toute l'expérience que l'on est en droit d'attendre de ses lumières et des découvertes qui appartiennent essentiellement aux progrès de la science; ce qu'on ne peut raisonnablement espérer que dans un âge de maturité.

Vovons maintenant quels seroient les moyens E 4

de réunir l’enseignement de la médecine et de la chirurgie, en se bornant rigoureusement aux améliorations demandées par le Roi, pour le perfectionnement de l’art de guérir ; elles consistent en des amendemens.

1°. Pour les réceptions dans tous les grades inclusivement, jusqu à celui de docteur et de professeur. |

2°. Dans un mode différent d'organisation des facultés.

3°. Dans des réglemens nouveaux pour les sociétés de médecine et de chirurgie.

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