ÉDITION ÉT TRADUCTION DES OEUVRES D'HIPPOCRATE
Paris, ce 24 novembre 1811.
Copie de la demande d’encouragemens par MM. les Professeurs et Membres de l’Institut.
À Sox ExceLzLenNcE LE MimisTRE DE L'INTÉRIEUR.
1,15 soussignés avons l'honneur d'exposer à Son Excellence qu'il importeroit beaucoup, pour lart de guérir et l'honneur des lettres grecques, d’avoir une édition des œuvres d'Hippocrate en françois, avec le texte grec; et que ce seroit rendre service à la science que d'encourager une entreprise aussi utile : mais, afin de récompenser d'une manière avantageuse et honorable celui qui consacre ses veilles à une tâche aussi pénible, nous prions Votre Excellence de lui accorder les mêmes faveurs que pour la traduction de Strabon (1). M. de Mercy, qui, depuis long-temps s'est occupé d'Hippocrate qu'il explique aux jeunes méde-
(1) Originairement, trois auteurs furent chargés par l’ancien « gouvernement français, de traduire les OEuvres de Strabon, dont l’impression a été continnée aux frais de l'Etat ; moyennant un traitement annuel de 3,000 fr.
(96 ) cins (1), et dont il a déjà publié plusieurs Traités, a des droits fondés à notre recommandation (2). Le plan qu'il a adopté nous paroît très-propre à répandre un nouveau jour sur l’important recueil des ouvrages d'Hippocrate. En outre une version française réunie au texte grec sous un format commode et peu dispendieux (3), nous paroît la voie la plus convenable pour
(1) Je fus autorisé par feu M. Thouret, et depuis , par M. Le Roux , doyen de la Faculté, de concert avec MM. le baron Corvisart et Chaussier , à professer publiquement dans l’un des amphithéâtres de l'Ecole de Médecine , le’ cours spécial de la doctrine d'Hippocrate, qui a été interrompu par les évènemens désastreux de la guerre, et dont le succès ne peut être contesté que par une majorité qui, si elle existoit, seroit en opposition avec les vrais principes de la science médicale.
(2) Je crois avoir justifié cette recommandation par mes travaux clés honorablement dans des rapports imprimés au nom de feu MM. Bosquilion et Clavier, tous deux savans hellénistes et professeurs de langue grecque au Collége royal. En outre, le suffrage de deux universités et de plusieurs académies qui, sans me connoître, et d’après le jugement qu’elles ont porté sur mes ouvrages , m'ont fait l'honneur de me choisir pour faire partie d’elles ; vient encore corroborer l'utilité de ces mêmes travaux , soutenus et protégés par l'Ecole de Médecine de Paris, et devenus l’objet de l’attention éclairée d’un gouvernement ami des sciences et des arts.
(3) Le format est in-12, avec le texte grec revu et corrigé sur les manuscrits de ja bibliothèque dù Roi. La traduction française réunie à des analyses exactes des traités d’Hippocrate , à des tables , des commentaires et des notes , pour faciliter la connoi:sance du texte, à ceux qui sont peu exercés dans la langue grecque, doit servir d’éclaircissemens dans l’étude.spéciale de la doctrine d'Hippocrate. Ce plan est exactement celui qui a été suivi
pour les six volumes qui ont déjà paru, et il séra continué pour toute l'édition,
( 99 ) , propager, parmi les étudians, l'amour du travail, et assurer leurs progrès. Ces motifs d'utilité nous font espérer que Votre Excellence accueillera le projet qui vient de lui être présenté, pour l'exécution duquel nous sollicitons en faveur de M. de Mercy un traitement de trois mille francs, ou tel emploi que Votre Excellence voudra lui Pa pour entretenir son zèle et utiliser ses talens (1). Nous vqus prions de lui faciliter les
(1) Je n’ai jamais recherché n1 places, ni emplois quels qu'ils soient : toujours occupé de mon projet, j'ai mamifesté publiquement le désir de voir rétablir le cours de la doctrine d'Hippocrate. Depuis l'an 1807, j'ai continué mes soins gratuits aux malades indigens du bureau de charité du huitième arrondissement. Une chaire de médecine doit être suppléée au Collége royal ; une autre est vacante à l'Ecole de Médecine. Feu M. Bosquillon a expliqué, pendant près de quarante ans , les Aphorismes d’Hippocrate ; son exemple a été suivi par. F5 de nos plus célèbres professeurs, M. Hallé , qui a également pris pour texte de ses intéressantes lecons , le 5° livre des Epidémies d’Hippocrate. Ayant donc prévu l'utilité qu'il y auroit de donner connoïssance à nos jeunes élèves des ouvrages les plus importans de la science médicale, je crois qu’il seroit très-utile de consacrer exclusivement la chaire de médecine du Collége royal, à l'explication de nos auteurs grecs ; c’est ainsi que je conçois un cours de médecine grecque. Hippocrate seroit exclusivement expliqué et commenté à la faculté, mais toujours d’après le texte grec. Cette condition est nécessaire pour conserver parmi nos jeunes médecins, l'amour du travail et les préserver des erreurs des systèmes. Que ceux des contemporains qui ont les talens nécessaires pour remplir ce double but, s'inscrivent comme candidats ; qu’ils se chargent même de me prévenir dans cette honorable carrière : je croirai avoir toujours bien mérité: de la science et de l'humanité, si je parviens à faire goûter aux médecins du siècle , le langage de la vérité, dont je ne n'éloignerai jamais.
( 100 ) moyens nécessaires pour assurer l'impression dudit ouvrage , et de prendre en considération les frais considérables auxquels a pourvu jusqu'à présent M. de Mercy, et dont il seroit nécessaire de l’indemniser (1).
Nous avons l'honneur d’être avec respect, de Votre Excellence, les très-humbles serviteurs.
Signé, Gaussrer, professeur et président de la fa-
culté ;
Le Roux, doyen et professeur de clinique interne ;
Prerre Sur , trésorier et professeur de la faculté ;
Perir-Rapez, professeur à l’hospice de perfectionnement ;
AnTone Dusois, professeur de clinique externe ;
Per, professeur de la faculté et membre de l'institut ;
Harré, professeur de la faculté et membre de l'institut ;
Deveux , professeur de la faculté et membre de l'institut; |
Le Roy, professeur de la faculté ;
Ricnan», professeur de la faculté et membre de linstitut ;
(1), Une souscription de deux cents exemplaires, produisant 1,000 fr. ;, à la charge d’en dépenser 2,000 pour les frais d’im- Pression, m'a été accordée par le Ministre de l'Intérieur, et une gratibcation de 1,200 fr. par an, m'a été payée depuis 1815 jusqu'en 1818.
(or ) RiceranD, professeur de la faculté; Pezerax, professeur de la faculté et membre de l'institut ;
Percy, professeur de la faculté et membre de l'institut ; | Boyer, professeur de la faculté et membre
de l'institut ; | Vavqueux, professeur de la faculté et memde l'institut ; Bounpier , professeur de la faculté ; Porrar, professeur au collése royal et memde l'institut; G. Cuviee, professeur au collége royal et membre de l'institut ; | Gaïz,, professeur au collége royal et membre de Pinstitut; Cravier, professeur au collége royal ét membre de l'institut; :
BosquizLon, professeur au collége royal; Borssonnane, professeur à la faculté des Lettres et cho de l'institut.
Pour copie conforme à l'original , Déposé en l'étude de M° Corrix, notaire , rue Saint-Antoine.
CoPIE du titre de la Faculté.
Paris, ce 18 janvier 1812.
Le doyen de la faculté de médecine de Paris soussigné certifie que, par délibération de MM. les professeurs du 4 décembre 1811, M. de Mercy, docteur en médecine, est attaché à NE faculté pour y faire, sus
(11029 les œuvres d'Hippocrate, divers travaux qui seront arrêtés chaque année, et pour lesquels il recevra un traitement pioportionné à l'importance de ces tra-
vaux (1).
Signé , J.J. Le Roux.
Vu au bureau de la faculté, Signé, Descor.
( Iei est apposé le portrait d'Hippocrate , au nom de la Faculté).
CoPrE de la lettre de M. CHAUSSIER, professeur de la Faculié , présentant la division du travail de M. DE MERcCr.
Les encouragemens que M. le baron Corvisart veut bien accorder à M. de Mercy, doivent tourner aux progrès de l’art, à l'illustration de la faculté de médecine. MR ca ne de a Sete ËEs à
(1) Jai reçu de M. SuË, trésorier de la Faculté , le traitement promis depuis 1811 jusqu’en 1813. Cen’estdonc pas une entreprise
faite à mes risques et périls , puisqu'au contraire, des motifs d'utilité publique ont décidé la Faculté, et ensuite l'autorité à
m'encourager. Les évènemens politiques ayant changé les disposions qui avoient été prises en ma faveur , MM. les professeurs de la Faculté conçurent le projet de m’adresser à Son Excellence le Ministre de l'Intérieur ; et cette démarche avoit été si bien sentie par la Faculté, bien convaincue qu’on ne peut puiser les vrais principes de la science que dans les ouvrages d'Hippocrate, qu’elle s’est résolue, dans son rapport du 1° février 1816 ,à renouveler la demande qui avoit été faite collectivement à S. Exc. le Ministre de l'Intérieur , d’un traitement annuel de 3,000 fr. ; cette fois , borné à une indemnité pécuniaire annuelle, suffisante pour continuer l'édition et la traduction complètes des OEuvres d'Hippocrate, ( Voyez le rapport de la Faculté, p. 106.)
( 103 ) J'ai pensé qu'il convenait d'établir et d'arrêter un plan de travail qui auroit, pour objet spécial, la révision des écrits d'Hippocrate, leur collation avec les manuscrits de la bibliothèque, afin d’avoir une édition plus exacte et plus correcte de toutes les œuvres d'Hippocrate. J'ai donc proposé à M. de Mercy, ainsi qu'au
conseil de la faculté, le plan de travail qui suit :
Comme M. de Mercy a déjà publié les Aphorismes d’Hippocrate ,il m’a paru convenable de continuer par les ouvrages aphoristiques , et ainsi successivement. D'après ce plan (1), M. de Mercy doit publier les ouvrages suivans : IR
1°. En 1812, le livre des Pronostics, les deux livres
des Prorrhétics, le livre des Humeurs;
Ces trois ouvrages réunis formeront un petit volume et le travail en est déjà fort avancé.
2°. En 1813, les Pronostics de Cos ou Coae
; Le livre des Crises ; Le livre des Jours critiques.
3°. En 1814, les sept livres des Epidémiques;
4°. En 1815, leslivres diététiques ;
5°. En 1816, les livres chirurgicaux ;
6°. En 1817, les livres des Maladies;
Et Ainsi successivement , et toujours d’après la col lation des manuscrits (2).
(1) Je l'ai exactement suivi, à l'exception de la traduction latine, d’abord trop coûteuse , et qui auroit grossi considérablement les volumes , sans un grand avantage, puisqu'elle existe dans un gens nombre d'ouvrages qu’il est facile de consulter , tandis qu’une traduction française avec le texte en regards .manquoit entièrement à l’enseignement médical,
(>) Cette dernière condition a été rigoureusement observée ;
Quant au livre des Airs, des Eaux et des Lieux, quoique la traduction de M. Coray soit bonne, Cependant elle a été revue en quelque sorte toute entière, et avec des notes fort intéressantes, par M. Bounder de Dijon. Le manuscrit est entre mes mains » ainsi que la traduction d'après le texte grec de quelques autres ouvrages d'Hippocrate (1); de sorte que, dans l’espace de huit à néuf ans, nous pouvons espérer avoir une nouvelle édition complète et correcte, autant qu’on peut l'espérer, des ouvrages d'Hippocrate , ou de ceux qui lui sont attribués.
Je dois ajouter que M. de Mercy se propose de me remettre dans peu, ainsi qu'à M. Hallé, le travail qu'il à fait sur les Pronostics, et les Prorrhétics; et le travail de chaque année formera un petit volume dans lequel on trouvera 1°. le texte grec et les Variantes (une traduction latine ); 3°. une traduction française; enfin des notes, et une table de concordance et de rapports.
Pour copie conforme,
Descor, Secrétaire de la Faculté.
nee ner nee feu M. Bosquillon , habile médecin et sayant helléniste#, qui à copié de sa main, un nouveau manuscrit de Galien, sur le livre des Humeurs d’Hippocrate, dont j'ai retrouvé l'original sous le n° 163, à la bibliothèque de Coislin, comprise maintenant dans celle du Roi ; a vérifié lui-même le texte grec et les variantes jet en a certifié l’exactitude ; ainsi que son savant collègue , M. Clavier , de l'académie des inscriptions et belles-lettres.
(1) Ce manuscrit m’a été communiqué ; je:saisis avec plaisir Poc- <asion de témoigner à M. Chaussier , les sentimens de profonde estime et de reconnoissance que je lui ai voués. depuis le commencement de ma carrière.
Voilà pour la traduction des OEuvres d'Hippocrate. Maintenant pour le cours de médecine grecque, j'aurai d’autres preuves à donner sur son but d'utilité: d'abord le vœu même et les pressantes sollicitations de M. le professeur Chaussier, sont un témoignage authentique des efforts que j'ai faits pour propager la doctrine d'Hippocrate ; mes Commentaires sur les trois premières sections des Aphorismes sont à peu près mesleçcons écrites, et font juger de la méthode que j'ai suivie dans mon cours de la doctrine d’Hippocrate. Ce cours public a été annoncé dans les ; journaux de Paris, du 1° juillet1814, 2 juin 1815, et 23 mai 1816.
Paris , 3 juin 1816.
IL m'est impossible, mon cher de Mercy, de me trouver demain à l'ouverture du cours de médecine grecque, parce que je dois me rendre au bureau des hospices civils pour le concours public, qui a été ouvert par le conseil général : d'ailleurs M. Royer-Collard fera demain à trois heures , l'ouverture du cours de médecine légale ; et les élèves seront empressés à aller l'entendre ; enfin plusieurs élèves m'ont écrit pour me demander de changer l'heure. Venez me voir, je vous prie; nous conférerons sur cet objet; mais en attendant recevez, je vous prie, l'assurance de tous mes sentimens.