A LA FACULITE DE MÉDECINE
J E suis heureux de me confier à la loyauté de mes compatriotes (1). Leur sage prévoyance et leur protection éclairée ont assuré mes premiers succès dans
la carrière que j'ai embrassée. « Si la culture de la
langue Grecque , a dit un célèbre professeur (2), a rétabli le règne des Belles-lettres sur la barbarie ; si elle a formé ces hommes polis, ces écrivains élégans, ces bons critiques , ces vrais savans, qui ont honoré leur siècle, et fixé les lois du goût et du beau , on peut dire encore avec plus de fondement, que c’est elle qui a dissipé l'inextricable chaos où les
préjugés, l'ignorance et la crédulité avoient plongé
la médecine ; que c’est elle qui l'a ramenée à ces principes simples et positifs, à cette méthode d’observation, à cette plulosophie expérimentale, à cet esprit d'analyse et de comparaison, sans lesquels,
(1) J'ai été élève de l’école pratique de médecine de Paris,
(2) M. le baron Percy, auteur de l’Eloge historique
d’Anuce Foës, prononcé à la séance publique de la faculté de médecine de Paris, en novembre 1810, pour l’inauguration du buste de ce profond et laborieux écrivain,
l’art de guérir ne peut étre qu'un art aveugle et dangereux ; que c’est elle enfin qui a ranimé , qui a réchauffé la cendre d'Hippocrate ,. et retiré la doctrine de cet homme étonnant, du milieu des ruines et des décombres de cette multitude de systèmes bisarres et d'opinions grossières qui , si longtemps en voilerent les imprescripubles vérités. »
Vous , dignes successeurs d'Hippocrate , dont le nom a jamais célébre est consacré dans les fastes de
la gloire et de la science , je n'invoquerat pas en vain
votre suffrage. La postérité toute entère se lèveroit
pour accabler les contempteurs d’Hippocrate, si vous
m'aviez vous-mémes veEngÉ ses écrits d'un injuste oubli,
en exigeant des candidats ; une connoissance exacte du père de la médecine. Oui, s’écrie un de nos plus illustres contemporains (à). « Je n'ai rencontré dans mes
longs voyages, qu'un trop petit nombre de médecins
véritablement sur Les traces d’Hippocrate , et se dirigeant dans leur pratique , d’après ses immortelles “déçons: Heureux encore qu’ils n'enveloppent pas,
dans leur injuste proscription, les livres les plus authentiques de notre maitre, comme ont:fait autrefois et dans les mémes lieux Synapius, Jacques Le Mort, et quelques autres fougueux obtrectateurs qui ne valent pas l'honneur d’étrenomimnés ; mais nous citerons avec. une sorte d'orgueil les Houlier, les Baillou, les Duret, Les F'oës, les Chartier, les Cabanis , dont les doctes travaux ont enrichi la Faculié de médecine de Paris, spécialement chargée à l’époque actuelle , de soutenir avec gloire,. son ancienne r'épu-
tation hippocratique. Nos modernes auteurs ,. dont les
(1) M. Percy, Eloge cité de Foës.
éclatans services méritent & tant d'égards la reconnoissance de la postérité, contens d'ajouter leurs
nombreux triomphes aux trophées de nos guerriers, ont ainsi contribué à l'illustration etaux progrès de - la médecine. Celle-ci méme , au milieu de nos orages ‘politiques, s’est efforcée de prendre possession de la
légitime succession d’Hippocrate(:). La consécration
du buste de Foës.; élégant traducteur.du philosophe
grec ; est un hommage ‘à la fot LEA TR SG et à! la gloire de notre nation. ct \'À Fidèle. à ces principes, et jalouse d’associer'ses
“élèves ‘aux hommages qu’elle se plait à rendre aux
hommes illustres qui lui ont ouvert la carrière, la
faculté de médecine de Paris , recueille avec un soin religieux , les monuments qu en retracent l’image: Elle voudroit les réunir tous, pour leur payer à
tous , son tribut de reconnoissance et d’admiration ; et afin qu'on ne pût faire un pas dans ses parvis , ni sous ses porüques , sans avoir à contempler et à saluer un des pères de la science, dont on se rappelleroit en méme temps , l'exemple et les lecons ; comme autrefois à Athènes , on ne pouvoit marcher dans le Pyrée, sans étre entouré des statucs , sans étre pressé par le souvenir des citoyens généreux, qui avotent rendu d’éclaians services à leur patrie (2) ».
Honneur aux contemporains qui pro )fessent de pareils
principes ; la patrie reconnoissante a d'avance con-
(1) Cours de la doctrine d’Hippocrate et d’histoire des
Cas rares, conservé dans le programme de l'Ecole de Santé de Paris, du temps même de la République.
(2) Discours de M. le baron Percy, pour l'inauguration
du buste de Foës. :
sacré leurs.vertus au temple de mémoire. Honneur aux hommes célèbres. qui marchent sur les traces d’Hippocrate, et dont les leçons propagées avec éloquence; ‘sont goûtlées avec fruit par des élèves pleins de zèle et d'amour pour les bdses fondamentales de la science. Je vous félicite donc , hommes généreux , qui excellez dans votre profession , d'en recueillir l'honneur et le fruit ; et vous brillante jeunesse, donnez-vous toute entière & un art qui doit vous attirer toutes sortes d'honneur, de récompense, de gloire et de richesses : vos utiles services et vos généreux efforts, sans doute, seront appréciés de votre patrie et du genre humain. Vous très-honorables professeurs , vous ne désapprouverez pas les vœux que je forme, pour le rétablissement de la chaire d’Hippocrate ; trop heureux si. ce Jfotble tribut de mes veilles, peut étre une excuse de m& témérilé.
Considérée comme science accessoire à la théorie
de la Médecine.