OCTOBRE
En terminant mes Quelques Mots à M. Marlin * je disais : « J'aurais désiré entrer dans quelques développements sur les modifications qu'il conviendrait d'introduire dans l'organisation actuelle des Collèges et indiquer ces modifications d'une manière plus précise que je ne l'ai fait dans les dernières pages de mes Réflexions su?' V Eiiseignement moyen ^ ; mais ( proposer un plan de ce genre ne serait à mes pro- ( près yeux, en ce moment du moins, qu'une vaine utopie. Pour donner suite à un tel projet, il faudrait que les personnes intéressées eussent étudié sincère-
' Louvain 1843.
' Louvain 1842.
(( ment la méthode sur laquelle j'ai tâché avec vous, « Monsieur, d'attirer leur attention. Alors elles recon- (( naîtraient elles-mêmes la nécessité d'une réforme ; « alors peut-être elles réclameraient spontanément ce (( que tôt ou tard la force des choses les obligera d'ac- « cepter. Mais il faudrait surtout que le gouvernement (( se montrât disposé à modifier ses programmes offî- « ciels, ses concours généraux, à l'aide desquels il peut (( exercer une puissante influence, qui se ferait sentir (' même, quoique d'une manière indirecte, sur les éta- « blissements non subsidiés par l'État. »
Plus de deux ans se sont écoulés depuis que j'ai écrit ces lignes, et aucun changement n'a été introduit dans l'organisation des Collèges. Ni les person7îes i7itéressées , ni le Gouvernement n'ont pris l'initiative que j'appelais de tous mes vœux. Aussi avais-je résolu de garder le silence , lorsqu'un excellent juge en cette matière , M. Lesbroussarl , reproduisit textuellement dans un journal la partie la plus saillante du passage que je viens de transcrire. Je crus voir dans cette mention un témoignage d'approbation fort honorable pour moi en même temps qu'un puissant encouragement.
En outre, en relisant le Rapport sur l'état de l'instruction moyenne présenté en 1843 par M. Nothomb aux Chambres législatives, et en parcourant les nombreux documents qui se trouvent anexés à ce Rapport, il m'a paru qu'il était possible de faire valoir de nouvelles considérations en faveur de la réforme que je réclame. Ce sont ces considérations que je me permets de livrer aujourd'hui à la publicité.
Il est un fait incontestable, c'est que l'on comprend
mieux que jamais que les Collèges dans lesquels on enseigne spécialement le grec et le latin ne suffisent plus aux besoins de la société actuelle ^
Sous Guillaume déjà les athénées avaient pour but de py'opagey généralement le goût et les lumières parmi toutes les classes de la société^ sans en excepter celles qui ne se destinent point aux cornas académiques ^. C'est dans le même but que fut organisé à Bruxelles en 1826 le musée des sciences et des lettres ^
A l'athénée de Bruges, les élèves, divisés en deux sections, l'une littéraire et scientifique, l'autre scientifique et industrielle, acquièrent non-seulement les connaissances nécessaires pour passer aux Universités, mais encore ils sont préparés au génie civil et militaire, au commerce et aux professions industrielles \ La même organisation, mais sur une plus petite échelle, existe au collège de Courtrai ^.
L'athénée de Bruxelles, qui est regardé comme un des établissements les plus complets du pays, a des cours spéciaux préparatoires aux études universitaires ; des cours spéciaux préparatoires aux écoles militaire, scientifiques et d'application ; enfin, des cours spéciaux préparatoires aux professions commerciales et industrielles ^
* On lira avec intérêt les observations qu'en 1831 M. Zesbroussart, alors administrateur général de l'instruction publique, a présentées en ce sens à l'appui de son projet de loi pour la réoi'ganisation de l'enseignement. Elles sont annexées au rapport de M. Nothomb, p. 129 et suiv.
"- Rapport de M. Nothomb, pag. XII et XXIII.
5 Ib., p. LXXVII.
* Ib., p. LXXXIV.
' Ib., p. LXXXVIII.
6 Ib., p. LXXVI.
A Ath on retrouve des humanistes et des industriels ' .
Les études à l'athénée de Gand se divisent en cours àlnimanités et en cours industriels ^.
Le collège de Charleroy et le collège de Hasselt renferment aussi des classes di humanités et des classes industrielles ^.
L'enseignement au collège de Mons a pour objet de préparer les jeunes gens P aux études universitaires et aux leçons de l'école provinciale des mines ; 2" à l'exercice des professions industrielles et commerciales et de la profession de géomètre-arpenteur ; 3'' aux examens d'admission à l'école militaire et aux écoles préparatoires du génie civil^des arts et manufactures et des mines, établies près des Universités de l'Etat.
L'enseignement dans ce collège est conséquemment séparé en deux sections, les études latines, les sciences mathématiques et commerciales K
A l'école industrielle et littéraire de Verviers, comme à l'école moyenne et. industrielle de Huj, on retrouve l'enseignement professionnel et l'enseignement classique \
A l'athénée d'Arlon renseignement a pour objet de préparer aux études universitaires, aux écoles militaire, scientifiques et d'application ^
' Rapport de M. Nothomb, p. CI.
- Ib., p. XCL
' lb.,p. CIX et CXXIV. Le collège de Hasselt a été converti en athénée royal. L'enseignement y est divisé en deux sections; la première prépare aux études universitaires, la seconde aux professions industrielles et commerciales.
* Ib., p. CV.
5 Ib., p. CIX et CXXIV.
6 Ib., p. CXXIX.
Ces divers extraits du rapport officiel suffisent pour montrer que l'on a voulu dans beaucoup de localités fournir à la jeunesse les moyens d'entrer dans des carrières autres que celles auxquelles préparent les études universitaires.
C'est aussi ce que fait remarquer M. Nothomb : « En (( général, dit-il \ on remarque de grandes améliorav( tions dans l'enseignement de la plupart des athénées « et des collèges. Dans le plus grand nombre de ces « établissements l'on s'est efforcé de mettre l'ensei- « gnement en harmonie avec les progrès de la civilisa- « tion générale. Ainsi l'on ne se borne plus, comme « auparavant, à enseigner le grec et le latin ; on attache « une importance égale aux études professionnelles, u aux langues vivantes , aux mathématiques , aux « sciences industrielles et commerciales.
« Remarquons aussi que dans les athénées et les « grands collèges l'enseignement est organisé de ma- (( nière à préparer les élèves pour toutes les carrières (( qu'ils voudraient embrasser. L'enseignement est « divisé en plusieurs sections ; l'une prépare aux études « universitaires ; la seconde aux écoles scientifiques « et d'application ; la troisième aux professions com- « merciales et industrielles. »
J'ajouterai, quant à la distribution des cours qui préparent à ces diverses carrières, que l'on peut dire en général ce qui, dans le rapport, est dit en particulier de l'athénée d'Arlon ^ : « Les cours sont coordonnés de manière que les élèves qui se destinent à l'une ou à
• Ib.. p. LI.
- Ib., p. CXXIX etsuiv.
l'autre de ces carrières puissent les suivre simultanément ou séparément, et la durée des cours d'études est fixée à six années. »
C'est précisément la manière dont les cours sont répartis dans ces six années que je voudrais combattre, et c'est cela seulement.
D'abord on m'accordera sans peine que cette division des études moyennes en six et même en sept années remonte à une époque bien éloignée de nous , lorsque le latin, quoique langue morte, était réellement la base principale , je dirai , Tunique base de l'instruction publique, parce que c'était la langue de la classe éclairée de la société. Alors l'étude de la langue maternelle était tout au plus accessoire. Autres temps et par conséquent autres usages, autres besoins, voilà une maxime qui semble avoir été perdue de vue dans les modifications que l'organisation des collèges a successivement subies. Sans tenir compte des changements dans le choix des matières, dans l'emploi des méthodes d'enseignement, le cadre de six et de sept années est resté en général le même ; il est devenu un véritable lit de Procruste. Six années d'études non seulement pour les langues anciennes, mais aussi pour les autres branches d'instruction qui y ont été jointes, voilà ce que proclament encore les règlements et les programmes de la plupart des collèges.
Ainsi, pour ne citer qu'un seul exemple, nous voyons au collège de Liège ^ et à l'athénée de Bruges ^ des cours complets de langue française jusques et y compris
' Rapport de M. Nothomb, p. CXV.
' Ib., p. LXXXIV.
la rhétorique. eJe suis loin de blâmer lexteiision donnée à renseignement de la langue maternelle ; je ne veux ici que constater un fait. On a établi six classes de français parce qu'il y avait six classes de langues anciennes.
Dans des collèges même, où l'on avait regardé comme une amélioration importante de ne consacrer que cinq années aux langues anciennes, on s'est cru obligé de reprendre une sixième classe pour s élever au nioeau des programmes officiels, émanés du Gouvernement. Et cela a eu lieu non-seulement dans les collèges subsidiès par l'Etat, mais aussi dans des établissements libres.
L'influence des concours généraux , dont ces programmes n'étaient, si je puis m'exprimer ainsi, que le corollaire, a été telle que M. Nothomb en parlant du collège de Hasselt où, comme nous l'avons fait remarquer, l'instruction est divisée en classes d'humanités et en classes industrielles, dit : « il n'est pas inutile de (( remarquer que depuis la création des concours géné- « raux un grand nombre d'élèves industriels ont com- « mencé à suivre les cours d'humanités ' . »
Déjà en 18J:1, à la séance du 18 Décembre , M. Nothomb s'exprimait ainsi à la Chambre des Représentants: « Quel a été l'effet. Messieurs, de ce programme'^ « ainsi imposé aux établissements qui se sont présentés « au concours et qui viendront s'y présenter à l'avenir l « Ils sont forcés de se compléter dans les limites du « programme des concours annuels ; sinon , ces éta-
* Ib., p. cxxiv, '' Id., p. 235.
( blissements se trouvent en dehors de ces concours. ( C'est ainsi que le Gouvernement , sans manquer à ( aucun principe, est parvenu à amener les établissements qui veulent ou qui doivent venir au concours à se réorganiser et à se compléter. . . . •. ,
( Le concours, je n'hésite pas à le dire, a été à la fois plus libéi'al et plus gouvernemental [que celui de 1840]. Il a été plus libéral, en ce sens qu'on j a admis les établissements libres. Il a été plus gouverneynental, en ce sens qu'en publiant un programme , programme auquel il faut satisfaire pour être considéré comme véritable établissement d'instruction moyenne, le Gouvernement a par ce programme acquis une action sur ces établissements, action nouvelle , indirecte, il est vrai, mais efficace ^ »
Le programme annexé à l'arrêté royal du 25 Octobre 1842 ^ contient les matières dont l'enseignement est réputé essentiel et obligatoire pour la participation au concours de 1843. Il est beaucoup plus explicite et plus détaillé que celui auquel M. Nothomb faisait allusion dans la séance du 18 Décembre I84I. Il se termine par une note dont j'extrais les passages suivants : « Le « présent programme ne comprend que l'enseignement « des langues grecque et latine, de la langue mater- « nelle, de l'histoire et de la géographie combinées « pour un cours complet d'études de sept années. La « partie des mathématiques qui concerne l'instruction « moyenne s'y trouve distribuée entre les sept années
' Rapport de M. Nothomb, p. LVI (extrait du Moniteur). " Ib., p. 332 et suiv.
(( d'études, de manière qu'il y ait un cours spécial cor- « respondant à chaque classe d'humanités.
« Bien qu'il ne soit pas fait mention au programme « des cours de langues étrangères ni des cours de (( commerce, ni de chimie, ni de physique, ni d'his- « toire naturelle etc., ces matières ne doivent pas être « considérées comme exclues de l'enseignement.
« En publiant le présent programme, le Gouverne - (( ment veut seulement montrer quelles sont les matiè- « res qu'il regarde comme essentielles et indispensables « pour constituer l'enseignement moyen. »
Ainsi les programmes ministériels, avec leur puissante influence, consacrent dans les collèges une distribution de matières qui reproduit exactement l'ancienne division des cours de langues anciennes en six ou en sept années.
En second lieu, c'est également sans peine que l'on m'accordera qu'il y a des inconvénients à faire fréquenter simultanément dans les grands collèges des cours communs à toutes les sections et des cours spéciaux à chacune d'elles. Ecoutons l'inspecteur qui avait été chargé de visiter le collège de Mons : « Parmi les cours (( communs à tous, dit-il ', ceux de langue française, {( d'histoire, de géographie et de mythologie sont don- (( nés par les professeurs d'humanités. L'expérience sem- « ble leur avoir démontré que cette réunion d'élèves « divers est préjudiciable aux études classiques. Aussi (( est-il question de créer des cours spéciaux de français (( pour les jeunes gens qui n'étudient pas les langues « anciennes ^ »
^ Ib., p. CV. et suiv.
* Voyez aussi ib., p. CXLVI, quelques observations faites dans le même sens par le même inspecteur, mais d'une manière générale.
Que résulte-t-il encore de cet amalgame de cours l Écoutons M. Nothomb lui-même : « Après avoir signalé (( les avantages de la nouvelle organisation des éta- « blissements d'instruction moyenne, nous ne devons « pas dissimuler que cette organisation laisse encore « à désirer. Il faut bien reconnaître que dans quelques (( collèges les études littéraires ont été négligées, tan- « dis qu'on a donné une place trop large aux études « professionnelles ; dans d'autres établissements, la liste « des matières enseignées a été étendue outre mesure^ »
On le voit, il est bien difficile de satisfaire à toutes les exigences et de tenir la balance égale entre les diverses sections qui se pai^tagent l'enseignement dans certains collèges.
Si cependant, moyennant un changement, léger en apparence, il était possible d'obvier aux inconvénients qui ont été signalés, pourrait-on raisonnablement en repousser l'adoption ? Ne devrait-on pas du moins se montrer disposé à tenter quelques essais ?
Or voici en quoi consisterait ce changement, bien simple, si toutefois il était permis de toucher à l'arche sainte, je veux dire cà la division des cours de langues anciennes en six ou sept années : les cours communs, qui coyiviennent à tous les élèves, quelle que soit la cay^rière à laquelle ils se destinent, ]) récéderaient les cours spéciaux.
L'enseignement moyen pourrait encore être renfermé dans l'espace de six années. Rien n'empêcherait même de faire précéder ces six années d'une classe préparatoire qui serait en quelque sorte le résumé de l'instruction primaire.
' Rapport de M. Nothomb, p. LI.
Dans les trois premières années on donnerait les cours communs, dans les trois autres les cours spéciaux.
Parmi les cours communs, celui de langue maternelle tiendrait le premier rang. On y ajouterait quelques branches seulement , telles que la géographie , l'histoire, l'arithmétique raisonnée et appliquée, l'algèbre élémentaire, les premières notions de géométrie, le dessin linéaire. Ainsi l'on aurait tout ce qu'il faudrait pour occuper avec fruit pendant trois ans les jeunes gens qui se destinent aux cours académiques, aussi bien que ceux qui voudraient se préparer aux autres carrières. En un mot cet enseignement conviendrait à tous ceux qui chercheraient une instruction soignée et qui ne désireraient entrer dans la société qu'avec un esprit orné des connaissances les plus utiles et les plus indispensables à tout homme dans toute position sociale.
A l'aide d'un pareil enseignement, les élèves, en supposant qu'ils fussent bien dirigés ', acquerraient un développement extraordinaire des facultés intellectuelles. Ils seraient constamment exercés à penser, à se rendre compte de leurs pensées et à les exprimer convenablement, c'est-à-dire avec pureté, avec aisance, aussi bien de vive-voix que par écrit ^
Ainsi encore la langue maternelle, après avoir servi
* J'insiste sur cette condition ; elle est essentielle. Bien diriger un élève, par exemple, dans Tétude de sa langue maternelle, c'est l'habituer à voir dans une phrase non-seulement des formes et des constructions grammaticales, mais surtout l'expression de la pensée et du sentiment.
* On pense dans sa langue maternelle ; or, si Tinstrument de la pensée est peu ou mal connu, la pensée elle-même en souffre.
de base à renseignement primaire, serait encore le principal objet de l'étude dans les collèges.
Après une telle préparation, les jeunes gens, pouvant manier avec facilité, je dirai même avec talent, leur langue maternelle, passeraient aux cours spéciaux, soit dans le même établissement, soit dans d'autres.
Il y aurait donc deux degrés dans l'enseignement moyen.
Alors disparaîtrait cette nécessité, maintenant reconnue dans plusieurs établissements où les jeunes gens ne sont préparés qu'aux études universitaires, de créer des cours particuliers de langue maternelle en dehors de ceux que donnent déjà les professeurs d'humanités conjointement avec les cours de grec et de latin.
Le changement que je propose paraîtra d'autant plus simple qail ne sera pas difficile de l'introduire dans les collèges en maintenant leur personnel actuel.
A Chimay, par exemple ^ l'enseignement des humanités est divisé en sept classes et chaque professeur est chargé de deux classes à l'exception de celui de septième. A côté des classes d'humanités il existe deux cours de langue française confiés à un professeur particulier. Eh bien ! les deux classes de français, auxquelles on ajouterait une troisième classe qui remplacerait la septième des humanités, formeraient le premier degré ; les six autres classes, réduites cà trois, formeraient le second.
A Virton ^ il y a pour les élèves qui n'apprennent pas les langues anciennes trois cours de français, auxquels
' Rapport de M. Nothomb, p. CVIII, * Ib., p. CXXXII et 494.
se joint l'enseignement de l'histoire et de la géographie. Ces trois cours serviraient donc de premier degré.
Dans les collèges (et c'est le plus grand nombre), où l'enseignement est donné par six professeurs de langues anciennes, un professeur de septième, deux professeurs de mathématiques et quelquefois aussi un professeur d'histoire, sans compter les professeurs de langues modernes, le changement se ferait sans secousse aucune. Ces neuf ou dix professeurs se partageraient aisément les deux degrés de l'enseignement. Il est inutile de faire remarquer qu'aux trois cours de latin et de grec il faudrait nécessairement adjoindre quelques autres cours, tels que ceux de mathématiques, qui sont indispensables pour la préparation aux cours académiques.
Dans les établissements où le personnel serait plus nombreux, il y aurait sans doute moyen de créer à côté de la section de langues anciennes une section industrielle ou commerciale, selon les besoins des localités, de telle manière cependant qu'il n'y eût rien de commun entre les élèves appartenant à l'une ou à l'autre de ces sections.
Combien plus facilement encore ce changement pourrait il être introduit dans les grands collèges, où l'enseignement paraît plus compliqué en même temps qu'il est pkis complet parce qu'il est donné à plusieurs catégories d'élèves ! Là, si le personnel est plus nombreux, on a aussi l'immense avantage d'avoir des professeurs spéciaux pour presque toutes les branches ' .
* V. plus haut mes Réflexions sur rEnseignement moyen, p. 35 et 36.
Je prendrai pour exemple Tathénée de Bruges que M. Nothomb ^ place au premier rang, tant sous le rapport de l'enseignement, dont il regarde l'organisation comme parfaite, que sous le rapport des succès remarquables qui ont été obtenus par les élèves de cet établissement. Je ne reproduirai ici que ce qui concerne la section littéraire ; on y remarquera que, quoique les langues anciennes soient enseignées pendant sept années, il n'y a que trois professeurs pour la langue latine et un seul pour la langue grecque. Il suffirait donc d'un simple remaniement pour introduire dans cet établissement, regardé comme établissement modèle, le changement que je propose.
« La section littéraire comprend huit classes : la « classe élémentaire de français, la 7*^ ou classe pré- (f paratoire à la section littéraire, la sixième, la cin- « quième, la quatrième, la troisième, la seconde et la « rhétorique. On compte trois professeurs pour la lan- « gue latine, un pour la langue grecque, deux pour « le français, un pour l'allemand et l'anglais, deux « pour le flamand, un pour l'histoire et la géographie. « Dans la classe élémentaire proprement dite, on s'oc- « cupe des éléments du français et dans la septième « des éléments du latin. Des trois professeurs de latin, « le premier est chargé de l'enseignement de cette « langue en sixième et en cinquième ; le second en (( quatrième et en troisième ; le troisième en seconde « et en rhétorique. Des deux professeurs de français, (( l'un donne des leçons en quatrième, en troisième, en « seconde et en rhétorique ; l'autre dans les deux classes
' Rapport de M. Nothomb, p. LXXXIV.
« inférieures. L'étude du grec commence en cinquième. « La leçon d'histoire et celle de géographie se donnent « dans toutes les classes. L'étude de l'anglais, qui est « spéciale à la section industrielle, commence en qua- « trième ; l'étude de l'allemand, qui est commune aux « deux sections, commence en troisième. Le professeur « qui enseigne le latin en sixième, donne aussi la leçon « de flamand. En cinquième, en quatrième, en troi- ('« sième, la langue flamande est enseignée par le « second professeur de langue latine. »
On ne manquera sans doute pas de me faire une objection : comment, me dira-t-on, un professeur de langues anciennes dans une université peut-il tenir un langage aussi étrange ? Au lieu de défendre les intérêts des branches littéraires dont l'enseignement vous a été confié, vous n'hésitez pas à les sacrifier. Et pourquoi ^ pour avoir peut-être le rare mérite de ne point combattre pro avis et focis, de ne point plaider pro domo ? Je répondrais à ceux qui m'adresseraient ce compliment, que je n'en suis pas digne ; je leur dirais qu'ils seraient même de mon avis, s'ils m'avaient fait l'honneur de lire ce que j'écrivais déjà au commencement de 1842. Voici le langage que je tenais alors : « Une « condition essentielle est de ne faire étudier les lan- « gués anciennes qu'après que les élèves ont déjà « acquis une connaissance assez étendue de la langue « maternelle. C'est par l'intermédiaire de cette langue « que nous recevons nos premières notions dans la (c société, pourquoi ne l'emploierait on pas aussi pour « arriver à un degré plus ou moins élevé du dévelop- « pement de notre intelligence ? D'ailleurs il y a dans (( toutes les langues quelque chose de commun, et celui
Baguet. (3
« qui a fait une étude suivie de sa langue maternelle, « qui sait la manier, qui en connaît le mécanisme et ce « qu'on appelle les principes, qui à l'habitude de la u réflexion joint déjà une certaine facilité de rédaction, « ne peut qu'avancer prodigieusement lorsqu'il entreu prend l'étude des langues anciennes '. » Plus bas j'ajoutais, en supposant les cours de langues anciennes divisés en six ou en sept années : « il n'est personne, « ce me semble, qui ne doive convenir que ce serait « une amélioration fort importante de ne faire commen- « cer l'étude du latin et du grec que lorsque les élèves « entrent en cinquième.-»
Ces citations m'offrent naturellement l'occasion de prier mes lecteurs de ne point juger isolément ce que j'écris aujourd'hui. Ces considérations sitr Vorganisation des collèges forment un ensemble avec ce que j'ai écrit antérieurement sur l'enseionement moven. Et bien que des différences puissent être remarquées dans les détails, on reconnaîtra facilement qu'une seule et même pensée m'a constamment guidé et que mon unique but est toujours de contribuer, autant que je le puis, à fortifier les études moyennes. On peut combattre mes vues, mais non suspecter mes intentions.
Cependant, je l'avoue, si les résultats de l'organisation actuelle des collèges étaient entièrement satisfaisants tant sous le rapport de la connaissance de la langue maternelle que sous le rapport de kx connaissance des langues latine et grecque, il y aurait peut être témérité de ma part à vouloir proposer des modifications à des personnes qui ne partagent pas mes convictions sur
' V. plus haut Réflexions sur l'enseignement moyen, p. 36 et 37.
les avantages que procureraient, à mon avis, ces modifications. Mais il n'en est malheureusement pas ainsi. Je sais qu'il y a des exceptions fort honorables ; chaque année un certain nombre de jeunes gens convenablement instruits sortent des collèges et donnent des preuves publiques de leur savoir. Je suis le premier à le reconnaître ; mais enfin ce sont là des exceptions. Hélas ! M. Marlin \ personne ne sait mieux qu'un professeur de rhétorique à quel point j'ai raison !
Si des aveux semblables, que ne manqueront pas de faire des hommes consciencieux, ne suffisent point, que l'on veuille se donner la peine de consulter les statistiques détaillées des résultats des 'examens passés devant le jury de philosophie et lettres, ou bien que l'on demande à quelques-unes des personnes qui ont siégé dans les différents jurys d'examen ce quelles pensent en général de la rédaction en langue maternelle des réponses écrites des récipiendaires, et que l'on essaie ensuite de combattre mes assertions.
Après tout, serait-il raisonnable de se refuser à suspendre au moins son jugement jusqu'à ce qu'un essai de réforme ait été tenté dans l'un ou dans l'autre établissement ^ Que les professeurs de grec et de latin agissent de concert ; qu'ils s'entendent sur la méthode à suivre ; qu'ils fassent choix d'un auteur principal pour chacune des branches qu'ils enseigneront - ; qu'ils mettent en pratique ces deux grands moyens, dont j'ai
^ Lettre à M. J. Gendebien, Liège, 1843, p. 15.
* Je connais un établissement subsidié par l'Etat oii, malgré la division officielle en six classes, on a adopté comme auteurs principaux, auxquels se rattache l'étude des autre?î. Je Télf'mn.fjue, Cor^ne' Ims Nepos et la Cijropédie de Xénophon.
parlé ailleurs, Y étude approfo7iclie des auteurs et la répétition continuelle ; en un mot que leurs trois classes n'en forment réellement qu'une, qui ait son commencement, sou milieu et sa fin, et j'attendrai saus inquiétude les jugements les plus sévères.
D'ailleurs compte-t-on pour rien l'ardeur et le goût que montreraient pour l'étude des jeunes gens qui, après avoir acquis une connaissance étendue de leur langue maternelle, se détermineraient ensuite , avec une vocation bien autrement décidée que maintenant lorqu'ils entrent en septième, à suivre l'enseignement qui leur serait donné pour les préparer aux cours académiques ? Nous n'aurions plus alors le spectacle affligeant que présentent si souvent ces élèves qui , après avoir péniblement étudié les langues anciennes pendant trois ou quatre années, les abandonnent faute de goût et restent incapables de parcourir avec honneur une carrière quelconque. Quels regrets n'épargnerait-on pas à ces jeunes gens, regrets d'avoir, je ne dirai pas, perdu leur temps, mais de l'avoir emplo3^é beaucoup moins utilement qu'ils n'eussent pu le faire, si leurs études avaient reçu une autre direction dans le premier degré de l'enseignement moyen ?
Un autre avantage que l'on retirerait en outre de la réduction des cours de langues anciennes serait de calmer l'exaspération que tant de personnes manifestent encore de nos jours contre le grec et le latin. M . J. Gendebien, par exemple, que M. Marlin a combattu avec habileté, à propos des exagérations que renfermait sa Philippique contre les langues anciennes, serait sans doute satisfait, lui qui ne veut que deux ou trois classes pour l'étude de ce (pi'il faut savoir de latin et de grec
afin de rendre 1 élève apte aux leçons de l'enseignement supérieur \ U unique différence qui subsisterait entre nous, c'est qu'avec la nouvelle distribution des cours, on saurait mieux, selon moi, le grec et le latin, et selon M. Gendebien on en saurait assez, puisque \on ne consacrerait plus que justement le temps qitil faut pour apprendre à l'élève préciséme^it la quantité de grec et de latin nécessaire pour aborder les études supéi'ieures '.
Mais pourquoi chercher à l'aire ressortir à l'aide de mes propres observations les avantages qui résulteraient de la nouvelle organisation des collèges ^ Pourquoi vouloir vaincre par moi-même les préventions qui existent, quand j.e puis m'appuyer sur un document d'une haute valeur et d'une autorité incontestable ? Je veux parler du Projet de loi présenté par la Commission créée par arrêté du 30 août 1831 et que M. Nothomb a sauvé de l'oubli en l'annexant à son Rapport ^
Cette Commission se composait de MM. D. Arnould, secrétaire- inspecteur de l'université de Louvain (actuellement aduiinistrateur-inspecteur de l'université de Liège) ; Belpai)'e, greffier du tribunal du commerce d'Anvers ; /. G. J. Brnst, professeur à la faculté de droit de l'université de Liège (ensuite professeur à la faculté de droit de l'université catholique de Louvain) ; CaucJiy, professeur à l'athénée de Namur ; Charles Lecocq, ancien membre du congrès national, et Quetelet, directeur de l'Observatoire. *
Le titre 111 de ce Projet concerne l'enseignement
' D'une réforme dans l'enseignement moyen. Brux. 1842, p. 9. Mbi.l., p. 4L ' P. 135 et suiv.
moyen. L'art. 17 est ainsi conçu : « Les cours des (( études dans les établissements d'enseignement moyen (( sont de six années. L'étude des langues anciennes ne (( commencera qu'à partir de la troisième année. »
Un pas de plus, et l'on arrive à la distribution des cours que je propose aujourd'hui.
Qu'il me soit permis d'emprunter quelques passages aux motifs allégués par la Commission en faveur de son projet de loi sur l'enseignement moyen. Je n'éprouve que l'embarras du choix, tant ces motifs s'adaptent merveilleusement pour la plupart au plan que j'ai proposé. L'amour-propre doit se taire, lorsque l'on n'a pour but que de faire le bien, et après tout ce qui a été dit sur la matière, il me semble que l'écrivain a aujourd'hui une tâche bien facile ; il doit se borner à glaner. Les emprunts que je ferai sont assez nombreux ; c'est pour cette raison que j'avais besoin d'un préambule.
« Considérations générales ^ Les écoles moyennes u ont été en général, jusque dans ces derniers temps, « la partie la plus défectueuse de notre enseignement ; (( elles étaient en elfet loin de répondre à tous les be- (( soins de la société ; en ne les considérant même que « comme des écoles spéciales, destinées à préparer les « jeunes gens aux études académiques, elles laissaient « encore beaucoup à désirer.
« L'instruction moyenne doit être considérée comme « servant de complément à l'instruction primaire ; elle (( doit achever de former les jeunes gens, soit qu'ils « cherchent à orner leur esprit de connaissances utiles « pour entrer immédiatement après dans la société, soit
• Ib.. p. 147.
« qu'ils veuillent se livrer ultérieurement à des études
{( spéciales et approfondies dans les universités ou les
« écoles polytechniques, pour suivre des professions qui
« exigent des capacités toutes particulières.
K Jusqu'à présent le grec et le latin ont formé pour
« ainsi dire l'unique objet des études pour tous les
« jeunes gens qui, après avoir quitté l'instruction pri-
« maire, voulaient encore acquérir quelques connais-
« sauces utiles ; tout le reste leur était subordonné.
« Trop heureux les jeunes gens qui n'avaient point en-
« tièrement négligé, par amour pour les anciens, les
(( principes de leur propre langue ou les notions les
« plus élémentaires des sciences. Le futur négociant,
« l'artiste, le fabricant ne tardaient pas à s'apercevoir,
« en entrant dans le monde, qu'on les avait placés dans
« une sphère qui n'était pas la leur, qu'on les avait
« traînés sur les pas d'individus qui suivaient un che-
« min tout à fait différent de celui qu'ils devaient pren-
(( dre, et que ce qu'ils avaient de mieux à faire, était de
« recommencer, sur nouveaux frais et sans guides, à
« chercher par eux-mêmes la direction qui leur conve-
« nait. Combien n'a-t-on pas vu de ces élèves, lauréats
a dans nos collèges, ne pas savoir prendre leur place
u dans la société et rester toujours au rang des médio-
« crités ? Loin de nous cependant de rabaisser l'étude
« des anciens : on a fait de tout temps si bien appré-
« cier les grands avantages de cette étude, qu'il devient
« presque puéril de croire à la nécessité d'en entrepren-
« dre encore l'éloge. Mais une chose, pour être bonne,
(( excellente en elle-même, ne doit pas être administrée
« seule et exclusivement à tous les individus, à toutes
a les générations. L'étude des sciences mathématiques
« était tellement négligée dans un grand nombre d'éta-
« blissements, qu'aujourd'hui même on rencontre encore
« dans le monde beaucoup de personnes qui tirent
(( vanité de n'y avoir jamais rien compris
« C'est sans doute à cet état de choses, que Ton doit cette grande quantité d'avocats et de médecins qui se trouve aujourd'hui répandue dans la société et qui excède de beaucoup ses besoins, surtout dans les villes. Combien de jeunes gens auraient suivi une autre carrière et auraient tourné leurs vues vers le perfectionnement des arts et de l'industrie, si l'enseignement avait eu une direction moins exclusive î Si tant de personnes sont sorties de leur sphère, au grand préjudice de la société, c'est sans doute à la défectuosité de l'enseignement qu'il faut l'attribuer ; il est plus que temps de porter remède à ce mal, ne fût-ce que dans l'intérêt de deux professions si nobles qui ne tarderaient pas à être avilies par la cupidité sordide avec laquelle on rechercherait des clients, :< pour se procurer des moyens d'existence, quand le nombre des docteurs serait devenu trop disproportionné avec les exigences de leur profession. » Après les considérations générales les auteurs du Projet donnent des motifs particuliers sur chaque article proposé. L'article 17 que j'ai cité plus haut est ainsi motivé ' :
« Un des grands défauts de l'enseignement a tenu (( jusqu'ici au peu de connaissances que l'on exigeait en « général des enfants qui abordaient l'étude des lan-
•ib., p. 157.
« gues anciennes. On leur mettait entre les mains une a grammaire latine avant qu'ils connussent les éléments (( de leur propre langue et quelquefois lorsqu'ils savaient « à peine lire et écrire.
« Il a paru qu'avant de commencer l'étude du grec « et du latin, Y élèw e devàii parfaitement conuRiire ^n (( langue maternelle. »
La Commission expose ensuite les raisons pour lesquelles elle a adjoint à la langue maternelle quelques autres branches pour remplir le cadre des deux années qu'elle voulait consacrer au premier degré de l'enseignement. Le plan que j'ai proposé différant surtout de celui de la Commission en ce qu'il assigne une part plus large à l'étude de la langue maternelle, je passe à la fin de l'exposé des motifs sur l'art. 17.
« Quand l'élève aura été exercé pendant deux ans « sur les matières qui viennent d'être indiquées, l'étude v( des langues anciennes lui présentera moins de dit- « iicultés : aussi la Commission a cru devoir réduire « le temps de cette étude à quatre années. Cette mo- « ditication n'est point nouvelle ; elle a été introduite « avec succès dans les écoles où l'on a cherché à amé- « liorer les méthodes d'enseignement. »
Une mesure excellente, qui est déjà depuis longtemps en vigueur dans quelques établissements et qui servira de réponse aux personnes qui objecteront que c'est trop peu de trois années pour l'étude des langues anciennes, est proposée dans l'art. 18.
Cette disposition est ainsi conçue : « Les élèves ne ({ seront admis à entrer dans un établissement moyen « de l'État ou à passer d'un cours à un autre cours « supérieur, qu'après avoir subi un examen à cet effet. »
Voici des extraits de l'exposé des motifs sur cet art. 18 ^ : « Le point essentiel est que l'élève ne puisse « suivre aucun cours sans avoir acquis préalablement « les connaissances nécessaires pour le faire avec « succès. Il faut qu'il y ait de l'unité dans le système « de l'enseignement ; il faut que tout soit coordonné (( de telle manière que le jeune homme aborde succes- (( sivement les différentes études, sans avoir occasion « de négliger jamais aucune de celles qui ont précédé. « Il faut qu'il s'élève graduellement, sans laisser des « lacunes derrière lui ; et à mesure qu'il s'élève, il faut « que son œil puisse reconnaître et embrasser les dif- « férents chemins qui ont été parcourus. Il est avanta- « geux de le mener par le chemin le plus court vers « les sommités d'où il pourra saisir d'un coup d'œil le « champ de la science, afin de lui éviter les ennuis et « la fatigue qu'il éprouverait infailliblement, si on vou- « lait l'assujettir à explorer tous les recoins qu'il ren- « contre sur son passage
« Il ne convient pas de s'enfoncer aventureusement « dans de nouveaux chemins, quand on n'est pas sûr « de ceux qu'on vient de parcourir. On s'aperçoit trop « tard qu'on s'est égaré dans un dédale d'où il devient « impossible de sortir. Le gouvernement , dans ses <( écoles, ne doit pas permettre que des jeunes gens v( viennent y perdre un temps précieux, finissent par « contracter l'habitude de la paresse et en donnent le « funeste exemple à d'autres jeunes gens studieux « qu'ils entraînent dans leurs désordres. »
' Ib , p. 158.
M. Roulez, dans le rapport qu'il a, en sa qualité d'inspecteur des collèges, adressé au Gouvernement, recommande particulièrement le soin do n'admettre les élèves dans une classe supérieure qu'à la suite d'un examen constatant leur capacité. « Cette mesure, dita il ' , aurait pour résultat de diminuer le nombre « d'élèves faibles dans les universités et peut-être d'en (( forcer quelques-uns à se retirer dès la quatrième ou « la syntaxe, au lieu de prendre ce parti tardif après (( plusieurs échecs devant les jurys universitaires. »
Dans les articles 43 et suivants ^ du Projet de Règlement pour les collèges, la Commission, entrant dans les détails, détermine les moyens de mettre à exécution la mesure proposée par l'art. 18 du Projet de loi. Elle a donc cru devoir présenter de nouvelles observations à l'appui de ces articles du Règlement. Comme il serait nécessaire, par suite de la réduction à trois années des cours de langues anciennes, d'adopter rigoureusement les vues de la Commission, je ne puis me dispenser de transcrire ici ces observations dans toute leur étendue. Elles ne sauraient d'ailleurs être trop recommandées aux méditations de toutes les personnes qui s'occupent de l'enseignement. « Les examens, dit la Commission ^ a forment la garantie et la sauve-garde d'un bon ensei- « gnement. Il ne doit être permis à aucun élève de « passer d'un degré d'enseignement à Tautre ^ ou même « d'une classe à une autre classe supérieure , sans
' Ib., p. CXLVri.
* Ib., p. 171.
3 Ib., p. 181.
* Je me permettrai de citer à cette occasion les* développements dans lesquels je suis entré pour prouver la nécessité de soumettre à
a prouver par un examen rigoureux qu'il est en état de « le faire avec succès. Si un élève n'est pas jugé capa- « ble de passer d'un cours à un autre supérieur, il faut <( qu'il revienne sur les études qu'il n'a pas bien sui- « vies ; s'il est encore pris en défaut une seconde année, « sans qu'il puisse faire valoir des causes légitimes, il « faut qu'on le renvoie. Cette mesure ne paraîtra pas trop « sévère aux personnes qui connaissent l'enseignement « et tous les inconvénients que font naître des jeunes « gens paresseux qui perdent leur temps dans les éta- « blissements publics. Leur exemple est des plus « funestes pour les autres jeunes gens ; il est la source « de tous les désordres- qu'on observe ordinairement « dans les classes. Il faut que l'élève soit à l'abri de « toute société contagieuse ; qu'il apprenne à craindre « les conséquences fâcheuses de la paresse ; qu'il sache « qu'elle est sévèrement réprimée ; enfin il faut que (( l'établissement lui-même ne se rende pas complice « des mauvais élèves en tolérant de dangereuses habi- « tudes, en les encourageant même par l'impunité. »
Quelque longs que soient les extraits qui précèdent, on me saura gré sans doute de reproduire encore quelune épi'euve devant un jury national les élèves qui voudraient passer d'un collège à une université {Réflexions sur f Enseignement moyen, p. 12. et svÂv.).
En Hollande, un arrêté royal du 23 Mai de cette année [Journal officiel, n. 25) a institué un jury de sept membres, chargé d'examiner les jeunes gens qui veulent se faire inscire dans les universités ou dans les athénées pour y suivre les études supérieures. Cet arrêté, quoique très-vicieux dans les détails qui concernent la composition du jury et le mode d'exécution qu'il éta,blit, prouve que l'on a regardé comme insuffisants les certificats de rhétorique qui sont exigés pour l'admission des élèves dans les universités.
ques courtes considérations que les auteurs du Projet de loi ont présentées sur Tart. 12 du Règlement :
« Les professeurs doivent s attacher^ moins à faire « de leurs élèves des savants, qiià leur donner de Capti- (( tilde à le devenir. Cette observation ne devrait jamais « être perdue de vue ; la science ne s'acquiert que par (( de longues études et le temps qu'on passe dans (( les établissements d'instruction est nécessairement « borné.
« Il suit de là que, dans les écoles moyennes , on « devrait surtout s'attacher à transmettre les connais- « sances générales qui servent de base à une instruc- « tion solide , sans entrer dans des spécialités trop « grandes. L'homme , qui n'aurait de connaissances « que celles qu'il reçoit par les autres, ne sortirait « guère de la médiocrité. Qu'on cherche à donner de « l'activité à sa pensée, de la rectitude à son jugement, « à le munir de bons principes, à l'entourer des maté- « riaux les plus précieux , et qu'on lui abandonne (( ensuite le soin d'ériger l'édifice : le temps est un (( élément essentiel qui doit entrer dans la construction « et qui ne peut être négligé impunément. Ce qu'on (( gagne en temps on le perd en force ; ce grand prin- « cipe de mécanique ne semble ici rien perdre de sa « justesse \ »
Ces dernières considérations, si dignes de toute l'attention des maîtres, me semblent également propres à éclairer les élèves sur un défaut qui n'est que trop commun, même parmi les jeunes gens les plus studieux. Je veux parler de ceux qui ne comprenant pas la néces-
' Rapport (le M Nothomb, pag. 179.
site de connaissances préliminaires, dirigent trop tôt leurs regards vers la science spéciale qu'ils désirent acquérir un jour pour se faire une position dans la société. C'est là un défaut que j'ai tâché ailleurs de combattre d'une manière plus détaillée ' .
Mais je m'aperçois que je sors du cadre que je m'étais tracé en commençant. J'emprunterai pour finir une dernière réflexion aux auteurs du Projet de loi : « Tout « changement brusque est nuisible, et dans le cas où « la réforme projetée serait admise, elle ne devrait « être exécutée que successivement el avec les plus « grandes précautions ^ » Et si ma voix pouvait être entendue, là surtout où je désirerais qu'elle le fut, je répéterais avec M" Lesbroussart : « Maintenir en partie « ce qui existe, réformer un petit nombre d'abus signa- « lés par l'expérience, apporter en quelques points des M améliorations faciles et ne jamais cesser de tendre « au perfectionnement de l'enseignement par des essais « sagement mesurés, le tout dans les limites tracées « par l'ordre constitutionnel, telle est la tâche du pouu voir exécutif ^ »
Pour faciliter l'appréciation et en même temps l'exécution du plan que j'ai proposé, il m'a paru convenable de tracer une table de la distribution des études, telle que, selon moi, elle devrait être réalisée dans les collèges, où le second degré de l'enseignement aurait pour but de préparer aux cours académiques.
* Réflexions sur Tenseigûement moyen, p. G t-t sniv.
* Rapport lit; M. Nothomb, p. 1G2.
' Jb., p. 128.