A L'INAUGURATION DE LA FETE DES ÉCOLES
LR DlMAftr.HE ?T kovrmrhr 1853.
Thesauriiabil saper illum saeotiam et intellectum ju»titi*.
Le Seigneur enrichira son âme de tous les trésors de la Science et lui donnera l'intelligence de la justice. Au liv. de TEcclesi., ch. 4
Mkssieubs ,
Quel magnifique, et pour moi pasteur des aines, quel consolant spectacle! Je vois autour de cette chaire ce que la Science compte de plus éminent, dans la ville qui est la reine de la civilisation. Vous avez entendu l'appel de mon zèle, et vous vous êtes rendus avec empressement dans cet auguste sanctuaire pour y scellai* l'alliance de la Science et de la Religion. Assez long-temps a duré le funeste malentendu qui les avait séparées. Le grand siècle de notre patrie les avait unies, et c'est de leur heureux et fécond
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mélange que sortit cette foule d'esprits supérieurs qui sont restés la gloire de la raison humaine aussi bien que du christianisme. Descartes, Pascal, Malebrancbe, Bossuet, Fénélon, Bourdaloue, Daguesseau, Corneille, Boileau, Racine, ne présentent-ils pas ce que la philosophie a de plus sublime , ce que les Sciences ont de plus exact et de plus profond, ce que la morale a de plus pur, ce que l'éloquence a de plus émouvant, ce que les lettres ont de plus élevé et de plus parfait, toujours uni aux lumières et aux soumissions de la Foi ?
Le dix-huitième siècle opéra le lamentable divorce qui cesse aujourd'hui. Il voulut séparer ce que Dieu avait uni; il arma toutes les Sciences contre le Ciel : entreprise insensée, qui eut son expression dans ce monument encyclopédique, lequel , par l'orgueil et l'impuissance, rappela l'antique Babel. Il fallut que Dieu allumât ses foudres, qu'il confondit une seconde fois le langage humain, qu'il livrât à l'anarchie et aux plus sanglantes divisions notre nation , égarée par ces superbes ennemis de Dieu ; et quand le siècle finissait , on la vit, cette nation si polie et si savante , tomber ignominieusement avec lui , et s'enfoncer dans les abîmes les plus ténébreui.
Mais Dieu ne punit les peuples comme les individus que pour les guérir : les grandes leçons de la Providence ne sont jamais perdues; et si notre siècle marche dans une autre voie
que le précédent, s'il a reçu, quoi qu'on en dise, une direction meilleure, s'il porte dans son âme, même avant de croire, ces aspirations religieuses qui doivent le mener à la Foi, ce sont ses malheurs qui ont produit sa sagesse, et le bien lui est venu de l'excès du mal.
Que nos actions de grâces montent d'abord vers Dieu, Messieurs : c'est lui, c'est sa main paternelle qui a préparé de loin l'alliance que ce jour va rendre plus étroite et plus éclatante. Soyez bénis aussi, vous qui,- des quatre coins du inonde scientifique , êtes venus aux pieds des saints autels porter à Dieu l'hommage de votre esprit et de votre cœur. Pour nous, nos vœux seront remplis si la Fête des Écoles reste comme un monument de celle grande et salutaire réconciliation ; si , pour le bonheur commun de l'Église et de la Patrie, elle revient chaque année, en la constatant d'une manière de plus en plus solennelle, la consacrer ainsi de nouveau et la confirmer.
C'est pour entrer dans ce dessein, Messieurs, que voulant aujourd'hui vous montrer le chefd'œuvre de cette union de la Science et de la Foi dans un des plus grands hommes de l'antiquité chrétienne, j'ai résolu de vous parler d'Augustin, fils de Monique, l'illustre docteur d'Hippone. Je ne viens pas faire son panégyrique ni présenter à vos yeux une appréciation détaillée et complète de ses vertus et de ses éminents travaux. Je veux
seulement que vous jetiez un simple coup -d'œil sur son génie et sur son cœur : après quoi, je vous indiquerai le plus rapidement possible, comment, dans ses écrits, sous l'inspiration d'un génie si grand et d'un si noble cœur, il a consacré cette alliance de la Science et de la Religion, dont nous célébrons aujourd'hui la Fête. Vous verrez en même temps que l'oracle sacré, que nous avons rappelé au commencement de ce discours, recevant en lui sa parfaite réalisa* (ion, nul ne mérita mieux que le savant et saint évêque d'Hippone, cet éloge souverain : Le Seigneur a enrichi son âme de tous les trésors de la Science et de la Grâce.
Implorons l'assistance de l'Esprit divin par l'intercession de Marie. Ave, Maria.