‹ De l'enseignement obligatoire; mémoire présenté à l'EmpereurChapitre 27 sur 43 · PAR M. A. GRANIER DE CASSAGNAC · texte numérisé non relu

PAR M. A. GRANIER DE CASSAGNAC

Messieurs ,

Au point où en est venue la discussion, il est une chose parfaitement claire , quoi qu'on en dise , c'est que la loi que vous discutez ne retire aucun des principes de liberté inaugurés dans la loi du 4 5 mars I 850. Ce résultat acquis est déjà quelque chose ; pour moi , ce n'est pas assez; il s'en faut de beaucoup.

Il y a encore un pas considérable et nécessaire à faire faire à la question. C'est de montrer à ceux de nos collègues qui voient dans la loi du 1 5 mars 1 850 comme un système complet et nouveau d'enseignement, opposé à l'enseignement de l'Université, que cette loi ne constitue qu'une ébauche informe et grossière de la réforme qu'attendait l'esprit public en France.

Messieurs, il ne faut pas se le dissimuler, < stîtutions, on ne détruit jamais que celles^ place. La loi de 1850 n'a pas remplacé I

i if:

versitaire; c'était an tout complet; li loi de 1850 n'a fait que poser une première pierre.

Quelles choses étaient à faire, pour fonder véritablement un système nouveau et complet d'enseignement? Trois choses : créer, fonder, organiser la liberté de l'enseignement; épurer le principe de l'enseignement laimême, et non-seulement l'épurer, mais l'approprier aux nécessités, aux tendances, aux carrières des sociétés nouvelles; enfin donner à l'enseignement public supérieur, laissé aux mains de l'État, une constitution forte, puissante, digne de l'État et de l'enseignement luimême.

De ces trois choses, qn'a fait là loi do H 5 mars 1850? La première, et encore très-incomplétement. Quant aox deux antres, elle n'y a pas touché. Vous avez, en 1850, donné à la liberté de l'enseignement , quoi ? L'enseignement primaire et l'enseignement secondaire , les écoles de campagne et les collèges ; vous n'avez pas songé à donner à la liberté une part quelconque dans renseignement supérieur. Cela peut vous paraître une grande témérité. Sous le roi Louis-Philippe, on avait discuté ce projet ; il y a même , si je ne me trompe , un rapport de M. Cousin, rapport fort remarquable, qui propose pour conclusion rétablissement de chaires libres dans les Facultés , comme en Allemagne.

Vous voyez donc que la loi de 1 850 n'a pas été aussi loin, en matière de liberté, que le gouvernement de Louis-Philippe et l'Université elle-même.

Quant au second point, est-ce que la loi de 1850 a songé seulement à épurer l'enseignement, à l'approprier

aux besoins et aux nécessités de la génération nouvelle? Pas le moin» du monde. Cet honneur revient tout entier an décret du 9 mars 4 859.

Il est bien vrai que quelques-uns de nos collègues ont cru qu'ils avaient paré aux dangers , en constituant ce qu'on, appelait les conseils académiques. Mon Dieu, je ne voudrais blesser personne; mais en vérité, permettez-moi de vous le dire, vous êtes bien innocents! Comment, parce que vous avez introduit dans vos conseils académiques quelques évéques, quelques membres des conseil» généraux , vous croyez arrêter dans l'àme des enfants la marche latente, incessante, terrible, des mauvaises doctrines venues d'en haut , venues de renseignement supérieur? Vous êtes là, bien tranquilles, bien rassurés contre une mort certaine , parce que vous vous êtes environnés de médecins ? Savez-vous ce qui me rassure , moi , c'est le décret du 9 mars i 852 , qui a supprimé la peste. Je ne voudrais rien dire qui fût au-dessous de la dignité de cette discussion , mais en vérité, avec celle confiance aveugle et un peu naïve dans l'efficacité des conseils académiques , vous me rappelez l'histoire de cet homme à qui l'on disait que sa maison brûlait, et qui répondait .-'Cela m'est égal, j'ai las clefs dans ma pocha.

Quant au troisième point, quant à l'organisation sérieuse, considérable, à donner à l'instruction supérieure, laissée entre les mains de l'Rtat, à cet enseignement qui doit rendre à la France sa place légitime dans l'échelle des lettres , des arts et des sciences , est-ce que la loi de \ 850 s'en est occupée ? Pas du tout, elle a dit qu'on

s'en occuperait ultérieurement. C'est là précisément l'objet de la loi que vous discutez aujourd'hui.

Ainsi, messieurs, la loi du 1 5 mars 4 850, cette arche sainte, ne contient rien; c'est un coffre vide. Pour tout dire en un mot , elle est un peu moins que rien du tout. Je demande la permission de le démontrer rapidement.

D'abord permettez-moi de caractériser avec précision l'œuvre propre de cette loi de 1850.

Dans l'ancien régime , l'enseignement appartenait tout entier à l'initiative privée. Lorsque l'Empereur le donna à l'État, en fondant l'Université, il fit ce que l'initiative privée était alors hors d'état de faire. En effet, tous les éléments de l'enseignement ancien étaient anéantis ; les propriétés des corporations enseignantes, ecclésiastiques ou laïques, avaient été vendues et dilapidées; les professeurs avaient été emprisonnés, déportés ou guillotinés ; les livres étaient brûlés. On avait brûlé l'alphabet parce qu'il commençait par une croix, et que, dans la langue des petits enfants, apprendre à lire, s'appelait apprendre la croix. L'enseignement de l'histoire de France avait été proscrit; et jusqu'au commencement du Consulat, dans les rares établissements privés qui existaient encore, il* fut interdit d'apprendre l'histoire de la patrie. On réduisait renseignement de la jeunesse à quelques extraits de l'histoire grecque et de l'histoire romaine.

Ainsi, plus de budget, plus de professeurs, plus de livres, et je puis ajouter plus d'élèves; voilà l'état de l'enseignement à la fin du Directoire et au commencement du Consulat

Le grand édifice d'enseignement qu'avait voulu élever la Convention, à son avant-dernière séance, le 25 octobre 1795, n'avait été qu'une lettre morte. Les écoles primaires établies dans le canton , les écoles centrales établies dans les départements, n'existèrent pas même on seul jour. Quant à l'École normale, fondée à Paris, elle exista nominalement six mois, dn 25 octobre 1 795 au 26 avril 1796.

Absorbé pendant quelques années par l'organisation financière, politique, administrative et militaire dn pays, Napoléon ne pat s'occuper qu'en 1 808 de la reconstitution de l'enseignement public. En face de l'effroyable barbarie qui menaçait d'ensevelir le pays, en un état de choses où il ne se faisait plus ni médecins, ni avocats, ni notaires, ni prêtres, depuis près de dix-sept ans, après l'époque où le gouvernement avait mis en réquisition tous les barbiers de la république pour le service médical des années , Napoléon fit pour l'enseignement ce que Lonis XIV avait fait pour les canaux et pour les manufactures ; il substitua l'action centrale du gouvernement à l'initiative individuelle qui n'existait plus; mais it n'était pas dans sa pensée de supprimer celte initiative individuelle, quand elle se produirait de nouveau.

Quel fut le fruit naturel de l'Université? Ce fut, il faut le dire à sa gloire, de ranimer en France le goût profond, traditionnel des lettres, des sciences et des arts. L'Université produisit ces générations lettrées qui ont donné tant d'éclat à notre pays. Ce fut là son titre et son honneur; mais l'Université ne voulut pas faire ce qui était dans la pensée de l'Empereur; elle ne voulut

pas admettre que cette initiative privée, à laquelle elle venait de rendre l'existence et la force , prit une partie de sa tâche. L'Université ne voulut pas s'associer ces générations si brillantes, qui étaient pourtant son œuvre et sa gloire; elle se conduisit envers elles comme ces mères mondaines qui voient grandir leurs filles avec dépit.

C'est donc avec toute justice qu'en 48(8 on est revenu à la vérité : car ce n'est pas seulement un principe économique et industriel, c'est encore un principe politique de substituer, mais seulement quand il le faut, Faction centrale de l'État à l'initiative privée; en un mot, de la suppléer quelquefois, mais de ne la supprimer jamais.

La loi de 4 850 a eu ce mérite, de commencer à donner pleine satisfaction à l'attente publique , en rendant à la liberté une portion de ce qui lui appartenait légitimement, en lui donnant renseignement primaire et l'enseignement secondaire, l'école de campagne et le jji collège.

J'espère que le temps viendra où l'initiative privée, ayant plus de puissance encore, où le personnel enseignant devenant plus considérable, il sera possible d'introduire la liberté même dans l'enseignement supérieur, comme elle y a été introduite en Allemagne.

Vous voyez donc que la loi de 1850 ti'a même pas établi toute la liberté, elle n'est pas allée aussi loin que l'Université sous le gouvernement de juillet.

Passons à ce que j'ai appelé l'œuvre du décret du 9 mars 1852, c'est-à-dire à l'épuration du principe de

l' enseignement, et a son appropriation aux besoins et aux carrières de la société actuelle.

Pour cette œuvre-ci , la loi de 1 850 y est complètement étrangère; le mérite en revient tout entier an gouvernement de l'Empereur, a son ministre si intelligent et si courageux.

L'Empereur était très-fier, et il avait raison de l'être, de la pensée qui lui avait fait relever en France l'enseignement public et constituer l'Université; mais, dans ses causeries si charmantes et si instructives de Sainte- Hélène, il regrettait que les néceQ^s de la politique et de la guerre l'eussent empêché de surveiller la direction de cette Université et de son enseignement. L'Empereur n'a été un si grand homme d'État, il n'a fait ce qu'aucun autre avant lui n'avait pu faire, que parce qu'il avait le sentiment si vif et si vrai des traditions et des tendances de la France. 11 savait que la France est profondément catholique et profondément monarchique. Ce n'est donc pas lui qui aurait laissé suivre a l'enseignement supérieur une direction irréligieuse et démagogique.

Il est bien vrai que la France est catholique et monarchique. Elle l'a prouvé deux fois et d'une manière bien solennelle; la première fois, en renversant ceux qui, sans la consulter, avaient brisé les croix ; la seconde, en renversant ceux qui , sans la consulter, avaient proclamé la république.

Ce qui faisait de l'Empereur un ai grand nomme d'État, l'Université ne l'a pas compris} elle s'est laissée aller à un courant de théories ; elle a fait le mal, comme

lîl

cela arrive souvent, sous la couleur du bien; elle a voulu combattre cette philosophie grossière et athée de la fin du dernier siècle ; elle a produit pour cela une philosophie nouvelle, qui a combattu la première avec succès , il faut en convenir ; mais je ne crois pas néanmoins lai devoir des remerclments bien vifs, car enfin son œuvre s'est réduite à ceci : à des erreurs grossières elle a substitué des erreurs subtiles , et je crains bien moins pour mon pays l'athée qui le révolte, que le faux croyant qui l'abuse.

Cette philosophie, quelle qu'elle soit, n'aurait dû être d'ailleurs qu'une portion de l'enseignement; elle a fini par en devenir le tyran ; elle a pénétré l'Université tout entière, elle l'a dominée, elle l'a opprimée, elle Ta perdue.

On a cité tout à l'heure un mot attribué à un professeur de philosophie; malheureusement, c'était plus qu'une parole, c'était une chose écrite. Dans les manuscrits d'un professeur de la Faculté de Paris , professeur du reste très-éminent, qui a siégé avec beaucoup d'honneur dans celte enceinte comme homme politique , on a trouvé, après sa mort, cette phrase étrange : « Le catholicisme en a encore pour cent ans dans le ventre. »

Cette triste impiété n'avait pas même le mérite d'être originale. Frédéric II l'écrivait à Voltaire, en \ 767.

On aurait pu dire encore que dans la pépinière même de l'enseignement public, dans le séminaire des professeurs, à l'École normale, un directeur des études, qui ne Test plus , grâces à Dieu ! a publié deux volumes dans lesquels il établissait, avec l'autorité de sa situation et de son caractère, que le christianisme était une

religion de plagiat , renouvelée des religions de l'Egypte et de l'Inde.

Pour le dire en passant, cela donne nne étrange idée des choses qu'on enseignait à l'École normale; car, si le christianisme n'est pas une religion nouvelle , comment donc aurait-il produit un monde entièrement nouveau ?

J'aurais beaucoup d'autres exemples, et de plus graves encore ; mais je ne les citerai pas ; ceux-là suffisent pour vous faire voir où eu était arrivé l'enseignement. A coup sûr, s'il y avait quelque chose d'urgent et d'important, c'était d'épurer cet enseignement, corrompu par les chaires placées à la tête de l'Université. Est-ce que la loi de 1850 y a songé? Elle ne s'en est pas même occupée. Elle s'est barricadée dans ses conseils académiques avec ses évéques et ses conseillers généraux. L'honneur revient au gouvernement de l'Empereur, qu'on met en suspicion aujourd'hui, d'avoir rendu le décret du 9 mars 1 852 ; ce décret a enlevé à la philosophie son despotisme arrogant et corrupteur ; il l'a remise à sa vraie place, dans une classe de logique , pour y occuper quelques heures les loisirs des jeunes gens.

Le décret du 9 mars 1 852 a fait autre chose. Vous savez ce qu'était l'ancienne Université? Une fabrique de bacheliers. La France était inondée périodiquement par une grande crue de jeunes gens, qui étaient autant de tribuns, et auxquels il fallait se hâter de donner des places, pour qu'ils ne les prissent pas eux-mêmes de vive force. Ce décret a eu cette gloire de comprendre qu'il y a autant d'honneur à être industriel qu'à être

fi'

savant, I! a partagé l'enseignement en deux branches j il a dirigé une portion de la jeunesse vers les iris utiles, et tous sont utiles , vers les métiers utiles, et tous le sont, À partir d'aujourd'hui, on verra la jeunesse française, je l'espère, suivre la voie tracée par la jeu* nesse américaine et par la jeunesse anglaise; on verra les enfants appartenant aux plus nobles familles entrer, la tête haute, avec honneur et profit pour le pays et f ] pour eux-mêmes, dans les professions industriel les,

; considérées jusqu'à présent comme indignes d'eux.

Voilà ce qu'a fait le décret du 9 mars 1 852 , et ce à quoi n'avait pas pensé cette admirable loi du 45 mars

J'arrive à la constitution solide, élevée, puissante, digne de la France, donnée à l'enseignement laissé aux mains de l'État.

Il est bien évident que la loi de 1 850 n'a pas résolu

cette question * puisqu'elle l'a réservée. À-t-elle au

moins préparé la voie à cette grande réforme t qu'elle

ménageait à l'avenir? Du tout; elle la lui a fermée, et

■ voici comment :

Elle a d'abord commencé par mettre en suspicion l'autorité morale de l'État , en le plaçant sous le patronage, sous la surveillance des partis.

En 1 850, cela pouvait être une très-bonne chose, une chose nécessaire ; on devait se méfier du présent , on pouvait se méfier de l'avenir. Quand il n'y avait pas de gouvernement, il devait y avoir des partis. Aujourd'hui cela est bien changé, grâce à Dieu ! II y a un gou* vernement, et les partis n'existent plus.

On avait donc brisé l'autorité morale du gouvernement, en le plaçant sous la surveillance des partis, Surveillance jalouse et assez hargneuse. Si j'essaie d'ajouter quelque chose à ce qui a été si bien dît bier par l'honorable M. Rigaud , et aujourd'hui par H, le président du conseil d'État, vous die le pardonnerez, ce sera trèsconrt.

Permettez-moi de le dire, qui donc voudrait être plus religieux que son curé, et pins catholique que le pape? Qui donc serait autorisé à mettre en suspicion un gouvernement qui a ramené le pape à Rome, qui a rendu le Panthéon au culte, qui a rétabli les aumôniers de la flottej et qui, à l'heure qu'il est, défend la liberté de conscience de l'Occident contre le schisme oriental armé dn glaive? Qui donc est plus au cœur du christianisme qoe celui qui est au cœur du peuple?

On disait tout à l'heure 3 Mais, par cette organisation* vous ferez pénétrer la politique jusque dans renseignement lui-même* on fera pénétrer la politique partout! Hais où serait donc le mal, si la politique est bonne? Il faut toujours arrêter la mauvaise politique ; la bonne, jamais. Hais, dit-on encore, la politique, bonne aujourd'hui, peut être mauvaise demain : Titus a amené Domitieu. Je vous en demande bien pardon ; mais je sols on peu là-deesba comme le poète :

H ne nm pw prétoir lw mafltcilr» de M loin,

Et pnis , j'avoue que je ne peux pas n'associer à cette doctrine, qui veut qu'on gène le bon gouverne'

ment qu'on a, en vue du mauvais gouvernement qu'on peut avoir.

Et puis, messieurs, c'est une étrange erreur, nue étrange chimère , de croire qu'il est possible , même à des assemblées, de faire à l'avance, par nne loi, la part des gouvernements violents et tout-puissants. Messieurs, ces gouvernements -là, quand la Providence les déchaîne, prennent toujours la peine et la précaution de se servir eux-mêmes; ils se font la part grande, et ils se la font la meilleure, par cette raison que vous savez : Quia nominor ko.

Je reviens, et je dis que la loi de 1850, tout en réservant pour l'avenir l'organisation de l'enseignement supérieur, avait brisé l'autorité morale de l'État, en le mettant en surveillance; elle avait aussi brisé son autorité administrative, en partageant, en dispersant, sur tous les points du territoire, l'organisation de l'ancienne université.

Je ne voudrais pas redire ce qui a été si bien dit sur les quatre-vingt-six recteurs, disséminés partout; permettez-moi seulement d'ajouter ceci : Que voulez-vous que fasse, que voulez-vous que régisse ce recteur, placé dans un département où il n'y a pas même de lycée? Et savez- vous combien de départements sont dans ce cas? Il y en a trente-deux on trente-cinq. Voilà donc trentedeux on trente-cinq recteurs qui n'ont pas même un lycée à régir; ils sont là isolés, désœuvrés, inutiles, comme des effets sans cause, et des ponts sans rivière!

Savez-vous d'où vient cette confusion étrange qui s'est glissée dans le débat? La confusion des idées vient

de la confusion des mots. Le projet nouveau a dit, et je le regrette , qu'il s'agissait de fonder seize académies. Académie , ce mot ne dit rien de précis ; c'est l'Académie française, c'est l'Académie de Dijon, et antres pareilles. Donc le projet a eu tort. S'il avait parlé avec précision et avec exactitude, il aurait dit qu'il s'agissait de fonder seize universités.

A l'instant même le malentendu disparaissait , car assurément ceux de nos collègues qui veulent quatrevingt-six recteurs n'auraient pas demandé quatrevingt-six universités ; l'on aurait compris d'ailleurs qne le recteur tout seul ne constitue pas un enseignement. En disant seize universités, la loi aurait donc exactement dit ce qu'elle voulait dire, et cela est très-important dans le langage législatif.

Ainsi vous faites réellement seize universités. Je regrette de ne pas avoir trouvé ce que je vais dire , qui n'est pas seulement un rapprochement, mais qni est encore un argument, dans le savant rapport de mon honorable ami M. Langlais, conçu du reste et écrit avec nn si ferme bon sens.

La raison qni fait qu'on veut établir seize universités est très-simple; cette raison, elle est historique. Savezvous combien il y avait autrefois d'universités? Il y en avait dix-sept. Voici les noms de ces dix-sept universités anciennes, que je vous demande la permission de vous lire, avec la date de leur fondation.

Paris, en 1200.

Toulouse, en 1229.

Montpellier, en 1284.

Orléans, en

Grenoble, en

Transférée à

Valence, en

ust.

Angers, en

Orange, en

Dôle, en

Transférée à

Besancon, en

Ppitiers, en

Caen, en

Nantes , en

Bourges, en

Bordeaux , en

Reims , en

Douai, en

Pau , en

Nancy, en

Ces dix-sept anciennes universités avaient cet avan» tage , de n'avoir pas été établie» par des décrète ( alla* avaient été établies par quelque chose da mien*, encore, par le temps, par les besoins des populations. Depuis la ruine de ces universités , il s'est produit des. chang* ment» considérables , soit dans |es pgglpnifrafons des populations, soit dans les relations qui mettaient m Villes en communication les ones arec les autres, Voici les villes qui avaient des universités anciennement, et qui n'en auront plus :

Orléans, Angers, Nantes, Bourges, Beims et Pau- Orléans et Reims sont à la porte de Paris; Bourges a

toutes Les peint* du monde à taire vivre bob collage. Angers et Nantes sont aux portes de Rennes; Pan est comme Bourges, son collège lui suffit.

Vous voyez donc que si l'on avait mis le mot exact sur l'idée, il est probable que bien des choses n'auraient pas été dites , et qu'on se serait facilement entendu.

La loi actuelle , cela a été expliqué par l'honorable M. Langlais et par H. le président du conseil d'État, 1» loi actuelle fait ee que la loi de I 8oO avait réservé pour l'avenir; eue organise d'usé manière forte et puissante renseignement supérieur laissé aux mains de l'Était et, pour l'organiser ainsi , elle cherche ou les anciens centras de population, au milieu desquels s'étaient produites les endémies universités, ou les centres nouveaux, développés par les événements depuis la révolution.

Je ne veux pas abuser plus longtemps de votre in«dulgeuce, je n'ajouterai qu'un mot :

J'ai entendu, avec un véritable regret, retentir depuis hier dans cette enceinte des paroles que je demande la permission de trouver un peu étranges : a les mots d'union, de concordat, de traités de paix. » Mais, messieurs, permettez-moi de le demander à ces honorables collègues, qui parlent de traités de paix : de qui donc étes-vous les plénipotentiaires ? En 1850, j'aurais compris ce langage; il y avait cinq ou six partis, qui se sont réunis pour faire la loi du 15 mars, réunion peutêtre naturelle alors, mais étrange pour nous, réunion passagère d'évoqués et de voltairiens, de monarchistes et de révolutionnaires; c'étaient là des éléments de con-

cordats et de pactes; les partis pouvaient traiter entre eux, quand il n'y avait pas de gouvernement. Mais aujourd'hui, il y a un gouvernement; tout le monde, dans cette enceinte, lui est loyalement et respectueusement dévoué; tout le monde a le droit et le devoir de lui offrir des conseils, mais personne, que je sache, n'a le droit de lui offrir des traités.

Je vous en conjure, messieurs, renonçons à ces formes anciennes , faites pour des temps qui ne sont plus , et qui ne reviendront plus. Haf>ituons-nous à cette, pensée, que le gouvernement c'est nous-mêmes, c'est notre force, notre avenir, notre dignité. Ne nousrséparons pas de cette France nouvelle, dont le Prince-président disait à Bordeaux : « La France m'entoure de ses » sympathies, parce qu'elle sait bien que je ne suis pas » de la famille des idéologues. » (Marques unanimes et prolongées d'approbation.)

PARIS. — TYPOGRAPHIE PLON FRÈRES, IMPRIMEURS DE l'bMPBRSU* ,

rueGirindère, 8.

A ' f<~lt* C f ,///// I. r- /(ï Sf/fy* &/■ c s

L'ÉGLISE

l'iiiiiiiTiu niiiiii

A LA CAMPAGNE

HM M. L. KMW

PARIS

K. DENTU, LIBRAIRE-ÉDllEU»

MLAU-MfU, 18, GJLERII ll'oaiElM

L'ÉGLISE

ET

Page 1