‹ De l'enseignement obligatoire; mémoire présenté à l'EmpereurChapitre 35 sur 43 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Contraste

Si les artistes du Collège de France sont peintres, leGouvernement qui les nomme esl peintre aussi. Sa diplomatie, ses guerres, ses jnstitutions politiques, son administration intérieure forment autant de traits d'un tableau qui s'appellera un jour son histoire et la nôtre. Seulement entre leérudits auxquels il donne des chaires et lui, il y a cette dùV rence, qu'ils peignent, eux, tout ce qu'ils veulent, il paraii. et comme il* veulent, s'adoBnunlvà leur choix, au portrait n„ ii la caricature, taudis qu'il a. lui, un sujet déterminé. Ilpnn la nation et il faut qu'elle se reconnaisse dans l'image qu'il en trace ; sans quoi les 'journaux agréables auraient béai s'appeler le Pays, la France, la Pairie, le pays réel, L France réelle, la patrie réelle se constituerait tant bien qu,mal eu dehors du monde, officiel une représentation plu? sincère, ce qui seraît, assurément, le plus grand m*U>eur qu'un pouvoir intelligent pûl redouter. *

Les gouvernements les plus absolus, c'est-à-dire les plus responsables, n'échappent pas plus que les autres à celle dure nécessité de saisir et de reproduire fidèlement le sentiment national sous peinede se voir tôt ou tard abandonnés par lui ; et en présence de cette difficulté de plus en plus grande à mesure que l'autorité se centralise, ce n'est [»■ d'hier que des hommes à expédients en ont imaginé dent d'une simplicité et d'une inefficacité extrêmes.

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besoin de les mettre et ne les mets point ici en cause. Sans croire à une altération systématique et volontaire de l'esprit public, on peut y constater des ravages et craindre que le régime présent n'y soit pour quelque chose. L'État n'exploite pib, à mon avis, au milieu de cette confusion de largesses et de rigueurs d'une distribution impossible; il est exploité. Il ne fait pas sa fortune; on fait des fortunes à ses dépens, et j'espère, pour son enseignement comme pour lui, que celle que M. Duruy annonçait dernièrement en entrant aux affaires, ne sera pas de ce nombre.

Grâce aux institutions actuelles, l'État est devenu un personnage si puissant, que tout ce qui a l'honneur de lui appartenir de près ou de loin double à l'instant sa valeur propre dune importance factice. Il y a là certainement une force, mais il y a aussi un danger. Pour n'en citer qu'une prouve, je veux bien qu'on considère le Collège de France comme une réunion de savants libres, et le Gouvernement comme un généreux propriétaire qui fournit gratuitement un local à leurs leçons sans prendre en rien la responsabilité de l'enseignement direct ou indirect qui en sort. Ce sera la règle, si l'on y tient : soit. Mais à qui persuadera-t-on que la foule distraite n'en a pas une autre pour se guider dans ses appréciations, et que cette science brevetée quoique sans garantie ne produit pas plus d'-effet que si elle tombait du haut d'une chaire libre?

Ce don heureux et fatal que le pouvoir a de grossir les voix qui parlent de ses fenêtres, rend de plus en plus délicate cette grave question de l'autorisation préalable, c'est-à-dire, «lu silence arbitraire où quelques esprits forts découvrent l'alpha et l'oméga de l'art de gouverner. Quelque commode que soit ce silence, encore faut-il savoir non-seulement contre qui, mais pour qui on l'établit. L'État jouerait un rôle <ie duj>e, si la peine extrême qu'il prend pour agiter sa sonnette n'avait d'autre résultat que de faire écouter à ses frais, et on peut dire à ses dépens, quelques médiocres et aveulies coteries.

On me dira que je brouille et confonds ici les choses ) que le silence a ses admirateurs en politique seulement, mais que la religion, la littérature, la philosophie, l'histoire et la

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PARIS

E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUK

PAUIB-BOTAL, 17 M 19. GiLMII D'OBLÉARS.

philosophie de l'histoire, y compris celle qui va s'adressera un; petits philosophe?: de dix-sept ans, sont compléteoient lilrrs. J'entends bien. Les catholiques, par exemple, jouir™ d'une entière liberté" pour la défense de leurs idées, lui I qu'ils ne sortiront pas de la théologie pure. C'est seulemem

dans ce qui touche ou parait toucher à la politique rjM l'expression de leur opinion pourra sembler un peu » Ainsi, comme catholique, H. de Honlalembert plairait i--n. C'est comme politique qu'il a été combattu avec la viw.ir qu'on sait, dans tous les collèges éleclorau* où il s'esi prr- ' sente, au point d'être réduit aujourd'hui A aller chercher m»-

i tribune étran^f-re pour y dire ce que l'amour de l'Église inspirt-

fi son âme si admirablement française. De même de m . évéques. Qu'ils fulminent comme évêques dans leursrhain^

• contre M. Renan, tout ce qui leur conviendra et Uni qui!

V " leur conviendra, personne ne les en empêche. C'esl nraine

*, politiques que sept denlfS eux viennent de se wirtraluin

'; devant le Conseil d'Élat, pour n'avoir pas tenu leur foi ren-

fermée assez soigneusement dans, le sanctuaire, On imp-

1 terait sans y regarder des fouilles catholiques qui se toraeç raient à défendre l'évangile selon saint Matthieu, el te déï pûtes qui ne s'occu itéraient que 'des décrets de la eonVt'si-

2 tîon des Rilcs. Ce qui ne se peut admettre, c'est celle na * qu'ont les catholiques les plus illustres de juger toutesrkiy. en catholiques et du point do vue catholique, arrivanl ainsi h^ à donner à leur Credo une doublure politique, qiii,SHnlJsl'!i' a ■ à la tunique de Nessus; s'attache a leurs os et les nVwe.

i Voilà ce qui change les malheureux catholiques el cWriran

l ' et par suite rend un journal catholique si difficile i fonder.

même temps un pouvoir infiniment riche, car il prête toin les jours à qui ne pourra jamais lui rendre.

Trés-a\ ides de privilèges pour eux-mêmes ces emprunteurs-* font une idée bizarre du droit commun pour tes autres. La manière dont ils entendent la liberté religieuse nous en peut donner un exemple.

Avoir la permission de dire la messe quand on est pré tre. d'y aller quand on ne l'est pas ; avoir le droit de sYnterrer dans les marais de Staouéli quand on est moine, nu dans les hôpitaux, quand on est sœur de charité; pouwir prier, faire l'aumône en commun, enseigner le catéchisme, ensevelir les morts et même, si l'on est évêque, «rire riis mandements dans le cercle d'une théologie légale nettement déterminée, voilà assurément des libertés qui ne sont point à dédaigner; la preuve, c'est que les Rédemptoristes. 1er membres de feu la société de Saint- Vincent-de-Paul et les éuli|ui'sc|ui en sont réduits àdeviner les tours, détours et contours de la théologie du conseil d'État, recevraient avec plaisir de tels avantages. Ce n'en serait pas moins une singulière liberté, une étrange charité et une égalité pluextra uni maire encore que celles qui, cantonnant la lui catholique dans ces places fortes, en prendraient préiewe pour l'exclure du reste du pays et le livrer ainsi à ses ad\ersaires.

Le nouveau ministre de l'instruction publique, à qui apprtiennent la probité prof ession nette, les carrières profa$w>ir«lk< poussées par des locomotives et autres expressions neuves, a découvert encore les sociétés tatoues, auxquelles contient, selon lui, une éducation spéciale, je ne sais pas précisémem laquelle, mais professionnelle aussi selon toute apparence. J'aime ce mot : les sociétés laïques qu'on n'oppose pas, sans doute, à celles où tout le monde est prêtre. Si par cette formule, à sens encore douteux, M. Duruy entend des sodélé; où l'élément ecclésiastique ne joue aucun rôle ou qui tout au

et pratiqué pendant des siècles par ceux qui la représentaient. Malgré des défaillances inévitables, il y avait harmonie au fond entre la foi du pays et celle dont sa politique était l'expression légale et fidèle. De là ces habitudes de cua- Gance ou plutôt d'abandon que dix pouvoirs éphémères sr sont transmises depuis soixante ans, et qu'ils ont inscrite» successivement à leur actif comme chose due, sans s'en effrayer le moins du monde, et surtout sans chercher d'où elles viennent.

Le legs offre pourtant quelque embarras. Il est impo^ilie que le dépôt banal n'aille pas s'usant et s'amoindrissanl.ri l'on se borne à se le passer de mains en mains; et, d'un autre côté, la législation actuelle rend de plus en plus difficile, non-seulement de le restaurer, mais même de le conserver à l'abri des surprises.

Les nations ont des ressources à elles appartenant pour « préserver des séductions d'une erreur philosophique ou religieuse. On n'en peut dire. autant des pouvoirs qui personnifient un principe nouveau, un droit nouveau, une idée ou une théorie nouvelle et s'en vantent. En cas d'illusion sur h valeur de la théorie, du principe, de l'idée, il ne faut ni plu- Mi moins que du génie au gouvernement pour qu'il réforme ou élargisse à temps la base qu'il s'est choisie. Qui l'avertirait de son erreur? Ceux qui en vivent? C'est trop demander. Les réformateurs de l'opinion ont bien plus de chance de se faire entendre.

Qu'on veuille bien le remarquer, à aucune époque le hm-k de la conscience publique n'a semblé plus facile a entreprendre qu'à présent. Jamais, en apparence du moins, la place n'a été moins forte ni l'État en possession d'un maté-

L'État cependant ne se contente pas d'en prendre à peu près autant qu'il lui plaît, il entend encore que personne n'en ait beaucoup à côté de lui. L'association, qui seule pourrait lui créer ce désagrément, est soigneusement interdite, excepté pour les affaires industrielles, qui, loin de contribuer à l'indépendance de la pensée publique, la rendent au contraire plus malléable et plus craintive.

Ce qui reste d'argent associé en dehors de ces entreprises purement matérielles ne compte pas, et sert même en beauboup de cas à forger des freins. Ainsi on tient les journaux par l'argent, les revues par l'argent, les imprimeurs par l'octroi ou le retrait arbitraire de leur brevet, c'est-à-dire par l'argent, les éditeurs et libraires par l'argent encore, puisque la même police administrative pèse sur leur état, et que la crainte de déplaire, les empêchant de publier, devient pour eux la plus lourde des amendes.

L'État, si riche au milieu de gens si pauvres ou si exposés à le devenir, approvisionne la place intellectuelle à peu près comme il garnissait autrefois de sacs de farine nos marchés et nos halles. Il sait approximativement d'avance toutes les idées qui y arriveront, de quelle qualité et par où, et dans quelles proportions; il garde les entrées : tant par renseignement oral, tant par l'enseignement écrit; tant par l'enseignement supérieur, tant par l'inférieur; tant par les lycées qui feront de la politique sous le nom de philosophie de Thistoire contemporaine; tant par les établissements libres qui seront admis à n'en point faire; tant par les facultés, la Sorbonne et autres institutions savantes, qui démoliront tout ce qu'il leur plaira, le christianisme y compris; tant par les mandements épiscopaux qui prêcheront le christianisme, mais sans pouvoir toucher à autre chose. Cette opinion sera répétée chaque matin trois cent soixante-dix-neuf fois et non trois centquatre-vingts. Cette autre, cinquante fois seulement en tout. Celle-ci, point. Si quelque professeur nommé par TÉtat et vivant du budget dépasse la mesure en attribuant à un ignorant et à un charlatan la découverte de la religion de la majorité des Français, la presse officieuse 1 encensera, le grand maître de l'Université l'encouragera, aucun conseil de discipline ne le censurera ; mais si des évoques sont pris

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FALAIS-IOTAL, 17 BT 19, OALMIÏ D'ORLEANS.

sur un terrain réputé non théologique quand on y sert les candidats du gouvernement, et déclaré théologique loraquVn y parait favoriser leurs adversaires, le troisième grand fjiip de l'État se réunira à l'instant, jugera et condamnera un ip! désordre.

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