DEVANT L'ASSEMBLEE GENERALE
Éminence , Messeigneurs , Messieurs , *
Dans la séance du 31 Août. ' \
Il faudrait vraiment avoir un cœur de glace pour ne pas répondre aux ardeurs du vôtre, pour ne pas, être atteint et j [
entraîné par ce généreux mouvement des âmes, dans cette f ;
immense assemblée.
Pour moi, j'ai été ému hier, plus que je ne saurais le dire, de tout ce que j'ai vu et entendu parmi vous. C'est ta flamme catholique dans tout ce qu'elle a de plus vif et de plus pur, rayonnant d'une âme à l'autre, s 'emparant de tous les cœurs , et ne formant plus qu'un immense foyer qui projette au loin ses feux. *
Mais savez-vous, Messieurs, ce qui m'a particulièrement charmé hier, et ce qui me charme encore à l'heure qu'il est ? C'est de me trouver en présence d'une si nombreuse
réunion d'hommes, de toute langue, de toute nation, qni ne peuvent se décider à entendre prononcer une seule fois le nom de Jésus-Christ , notre adorable Maître , le nom de la saille Église, son immortelle Epouse, ou le nom de son Vicaire, le doux et glorieux Pie IX, sans éclater en applaudissements. (Longue acclamation.)
Messieurs , je vous disais hier que si vous aviez été de tout point vainqueurs, peut être ne scrais-jepas venu....
Mais qu'aviez-vous besoin de moi et de mes consolations? Je ne vous ai trouvés ni étonnés, ni abattus, mais plus fiers, plus courageux que jamais ; frappés, mais debout. En un mot, ce qui m'a ravi, c'est que vous avez compris le grand secret de la vie chrétienne, qui est la lutte ici-bas, c'est que vous avez senti que Dieu a mis à cette lutte des conditions, et que la première de toutes, c'est l'énergie. [Applaudissements.) -
Vous êtes les fils glorieux de cette grande Eglise catholique, qui se nomme l'Eglise militante, et qui sera un jour l'Église triomphante au ciel , parce qu'elle nura vaillamment combattu sur la terre; parce qu'elle aura été la Mère de ces généreux enfants, qui, selon l'énergique expression d'un illustre martyr, saint Cyprien, évêque de Carthage, peuvent être tués, jamais vaincus ; Occidi potes t, vinci non potest (Longs applaudissements.)
Saint Augustin, cet autre grand Evêque d'Afrique, s'adressant aux chrétiens de son siècle, attristés par la tempête formidable qui éclatait sur le monde romain, par l'inondation de barbares qui venait battre jusqu'aux murs d'Hippone, leur disait : « Croyez-vous donc qu'on vous ait « faits chrétiens pour que vous fleurissiez dans ce siècle?
« Numquid christianus faetus es, ut in seculoisto flo-
« reres ? » Non, on ne vous a pas faits chrétiens , on ne
vous a pas baptisés au nom de Jésus crucifié, pour que vous
soyez florissants dans ce siècle ! {Applaudissements.) Non,
ce n'est pas là notre destinée à nous tous, qui que nous
soyons, évêques, prêtres, simples fidèles : lutter, lutter
toujours pour la vérité et la justice... Âgonizare pro
juslitid, et cela jusqu'à la mort, risque ad mortem,
( Bravo, bravol) Voilà notre destinée et pourquoi il nous - s .'; \
faut avant tout cette indomptable vaillance, que le lion
figure si bien dans le blason et les armes de votre pays.
Mois ne l'oubliez point, Messieurs; l'énergie ne suffit pas : il faut y joindre la prudence; non celte prudence molle et lâche qu'un de vos plus éloquents orateurs flétrissait justement hier, et que saint Paul avait flétrie avant lui; mais la prudence chrétienne, l'une des grandes vertus Cardinales, — ce nom lui va bien et je suis aise de le redire ici, (Tous les regards se tournent vers le Cardinal. ) — cette prudence que Notre-Scigneur lui-même nous a si fortement recommandée : « Soyez simples comme la colombe , et prudents comme le serpent. » Oui , ayez dans le cœur la simplicité de la colombe ,*et que le ciel ne soit pas plus pur et plus serein que le fond de vos âmes ; mais ne livrez j f
pas aux coups de l'ennemi, par des imprudences présomptueuses, votre tête, vos principes, votre foi, votre cause I
H y a enfin, Messieurs, une troisième et essentielle condition de la lutte, c'est la charité. Oui, Messieurs, la charité: il la faut garder dans toutes les rencontres. Noire-Seigneur, eo envoyant ses disciples au combat , a dit une antre parole profonde : « Je vous envoie comme des brebis au
« milieu des loups : Sicut oves inter lupos ; » Et voulezvous savoir l'admirable commentaire donné à cette parole par saint Jean Chrysostômc , qui , avant d'être la bouche d'or de Constantinople , fut, remarquez-le bien, le plus grand lutteur de l'Orient, l'athlète le plus intrépide que l'Eglise ait jamais opposé aux passions des princes et aux emportements des peuples? Il disait donc, ce grand ! homme : Quamdiù oves sumus, vincimus : tant que nous
demeurons des brebis, nous sommes vainqueurs... Mais si nous devenons des loups, par la violence d'un zèle qui n'est pas selon le cœur de Dieu, nous serons infailliblement vaincus : Si lupi eflicimur , vincimur.
C'était une grande pensée : car, comme le disait admirablement l'Àpôtre, « La colère de l'homme n'a rien de ce « qu'il faut pour accomplir la justice de Dieu : Ira virî Dei « justitiam non operatur. » Ce qu'il y faut, c'est la charité; et dans la charité le respect, afin d'être toujours les disciples de cette grande école, à laquelle un de nos frères séparés, l'un des plus nobles esprits de ce siècle, rendait ce juste hommage : « Le Catholicisme est la plus grande, la plus « sainte école de respect qu'ait jamais vue le monde I »
Donc, jusqu'à la fin, la lutte; la lutte dans la prudence, la lutte dans la force évangélique, la lutte dans la douceur et dans l'amour qui ne meurent pas I [Applaudissements.)
Ce n'est pas ici, Messieurs, ce n'est pas à des cœurs comme les vôtres, qu'il est difficile de faire entendre ces conseils. .♦
Dans cet immense auditoire, on sent bien qu'il n'y a que des cœurs amis ; mais enfin, cette- assemblée est nombreuse... et s'il s'y rencontrait, je ne dirai pas des ennemis,
c'est un nom que je n'ai jamais aimé à donner à mes adversaires, quels qu'ils fussent. [Applaudissements.) Je ne connais pas d'ennemis. [Nouveaux applaudissements) Je leur dirais volontiers cette parole admirable d'un saint prêtre, le P. Liberman, fondateur d'une congrégation de, missionnaires, qui s'en vont au Congo, en Guinée, où ils meurent presque tous, évangéliser les pauvres nègres, qu'une abominable cupidité y va ravir pour l'esclavage.
Un jour, dans une rue de Paris, un homme s'approche de lui, le poing fermé, en lui disant : « Prêtre, si tu savais comme je te déteste I — Et vous, mon ami, si vous saviez comme je vous aime I » {Applaudissements.)
Le malheureux fut vaincu, tomba aux pieds du prêtre, qui l'embrassa et le releva chrétien. (Nouveaux applaudissements.)
Mais c'est assez sur une lutte que vous avez trop noblement, trop vaillamment soutenue , pour que j'y insiste. Laissez-moi maintenant, Messieurs, des hauteurs de l'éloquence, auxquelles vos discours nous ont accoutumés hier , descendre avec vous à une question simple , pratique , utile , sur laquelle votre éminent et bien-aimé Cardinal m'a invité à appeler quelques moments votre attention.
C'est du reste une question vraiment belle que je viens traiter devant vous : l'Education du peuple, l'Instruction primaire. Je vous en entretiendrai le moins longuement que je pourrai ; cependant, je dois à une telle question, et à vous-mêmes, d'entrer dans tous les détails nécessaires.
L'éducation I Je ne sais pas grand'chose (Réclamalions); mais enfin c'est ce que je sais le mieux : le peuple,
c'est ce que j'aime le mieux. [Bravos!) Tous aussi, tous êtes les vrais amis du peuple ; permettez-moi donc, si j'ose le dire , de vous ramener un moment à l'école. Avec vous, Messieurs, j'y serai assurément dans une aimable et douce compagnie.
Il y a dans cette question, comme dans toutes les questions importantes, des points dont on est d'accord.
Voici les quatre points sur lesquels je crois Fentente établie.
\° La nécessité de l'enseignement populaire.
2° L'éducation des filles.
3° Ce qu'on est convenu aujourd'hui d'appeler L'enseignement professionnel.
4° La concurrence et la liberté de l'enseignement.
Puis viennent deux points, peut-être secondaires ; mais ils sont contestés : c'est la gratuité et l'obligation de l'enseignement populaire.
Enfin, il y a les points capitaux, fondamentaux; je les réduis à deux:
Quel doit être le rôle de l'école et du maître dans la société?
Et quelle doit être la place de la Religion à l'école?
L'étude de ces deux questions m'amènera à examiner quelle est la situation de l'Eglise et de ses adversaires, sur ces points comme sur quelques autres.
Si Dieu m'en donne la force , je reprendrai chacun de ces points un à un , même ceur. qui semblent convenus et
accordés. Car il y a des jours, où ce qui était entendu semble ne plus l'être, et où, à nous surtout catholiques, on n'accorde plus rien.
Et d'abord, La nécessité de renseignement populaire, premier point sur lequel nous sommes d'accord avec nos adversaires, — car ils nous reprochent amèrement, et injustement, ici, des sentiments qui, certes , ne s'ont pas les nôtres. — Ils veulent cflfon enseigne le peuple; et je réponds : Moi aussi, et peut-être plus qu'eux.
Pourquoi? Qui est-ce qui m'a appris que je devais enseigner le peuple? Eh I mon Dieu, Celui qui est venu, après quarante siècles de soupirs et d'attente, de ténèbres et d'abandon, d'opprobre et de servitude pour les malheureux et les pauvres, c'est-à-dire pour l'immense majorité du genre humain, qui est venu sur le bord d'un lac de la Galilée, dire à ses disciples : « Allez et Enseignez : Ite9 Docete, « Enseignez toute créature : Omni creaturœ, » Cela n'avait jamais été dit sur la terre par qui que ce fût. Avant Jésus-Christ, il n'y avait pas d'écoles, pas de maîtres pour enseigner le petit peuple et les enfants du. peuple : c'est la parole de Jésus-Christ seule qui a fondé les écoles populaires.
Je ne dis pas qu'il n'y eût aucune école d'aucune sorte, et je me souviens d'avoir lu le mémoire d'un membre de l'Institut de France, qui , dans les hiéroglyphes de l'Egypte , a retrouvé l'image d'un petit enfant allant en classe avec son panier , il y a trois ou quatre mille ans , —
rftaMM»1
c'est, si je ne me trompe, dans un travail du savant comte Emmanuel de Rouge, sur les monuments découverts par M. Mariette, — mais je nie que cet enfant fût un enfant du peuple; car je sais comment on traitait alors le peuple en
Egypte et sur toute la surface du monde habité. C'est Jésus-
Christ, encore une fois , qui, parlant à douze hommes du peuple, a dit : Allez , Enseignez toute créature. Par là, il a fondé l'enseignement universel, et depuis dix-huit siècles, nous n'avons pas cessé d'y travailler.
Laissez-moi vous le dire, Messieurs, vous n'avez jamais assez remarqué la brièveté, l'énergie, la puissance incroyable de ces deux paroles: Itey Docete. Allez, allez, marchez toujours ; la terre est grande ; enseignez partout, enseignez toujours ! il faut aller jusqu'au bout. Ile, Docete l
Messieurs, vous êtes ici une grande assemblée : Eh bien ! ces vénérables Évêques, ce digne Cardinal, ne sont là, et je ne suis moi-même à cette place, qu'en vertu de cette parole : Ite, Docete. C'est elle qui, puissante et obéie, a traversé les siècles, allumant dans les cœurs le courage de tout affronter pour l'accomplir. C'est par sa vertu qu'il s'est constamment rencontré ici-bas des multitudes d'hommes passionnés pour elle, avides de l'entendre, et jamais rassasiés ! C'est celle parole, qui, dans toutes les églises, d'un bout de la terre à l'autre, s'accomplit chaque fois que le plus humble prêtre de village monte dans sa chaire, et que là, Chrysostôme champêtre, comme on l'a dit, il explique l'Evangile et fait le catéchisme. (Applaudissements.)
C'est par la vertu de celte parole, que, dès l'origine, nous nous sommes attaqués à l'esclavage et à l'abrutissement des esprits, comme nous avons combattu l'esclavage et l'abru-
lis se ment des corps. Eh 1 bien, la question est toujours la même: aujourd'hui encore nous voulons que le plus petit enfant éftve son âme aux plus hautes questions» et que les facultés de son esprit se développent en s'exerçant.
Nos églises sont et ont toujours été des écoles gratuites, publiques et populaires de philosophie, de morale, de religion, de vie pratique.
Ce matin, je recherchais quelques traces de tout ce qui a été fait par l'Eglise pour l'instruction populaire, et j'étais moi-même étonné, quoique je ne dusse avoir sur ce point aucun étonnement. Dès les premiers siècles, dès les premiers Conciles, les Evêques demandaient aux prêtres de donner eux-mêmes l'instruction aux petits enfants." Nul, en dehors de nous, n'avait eu encore ni la pensée ni la puissance de former des instituteurs ; les premiers et les seuls nous en avons révélé le secret et donné l'exemple au monde.
Au vju* siècle déjà, il y avait à Orléans un Evêque (permettez-moi de vous citer son nom avec une vénération et une fierté particulière). Il s'appelait Théodulphe, et il écrivait des mandements sur les écoles primaires J'en extrais ces paroles si précises et si paternelles :
« Que les prêtres aient des écoles , non-seulement dans « les villages , mais dans les hameaux, et quiconque dé- « sire leur confier ses petits enfants pour leur apprendre « les lettres , qu'ils ne refusent pas de les recevoir et de « les instruire [i ) . »
(1) Presbyteri per villas et vicos scholas habeant, ut si quilibet fideltum suo& parvulos ad discendas litteras eis commendare vultt eos susciptreet docere non renuant.... —Cap, Theodulphi, Aurel. Episc.
Hincmar, le célèbre archoêque de Reims, au ixe siècle, enjoignait aux doyens ruraux de s'informer par tout le diocèse si chaque curé avait une école et un clerc capable d'enseigner les lettres aux enfants de ta paroisse.
Au même siècle, un archevêque de Tours, Hérard, ordonne aussi à ses curés de faire tous leurs efforts pour fonder des écoles: Ut se ho las presbyteri pro posse ha- I béant,
; Et bien avant lui, un de ses prédécesseurs, Grégoire de
* Tours, raconte qu'un Eiêque de Lisieux racheta d6 l'escla-
; vage un clerc instruit et ramassa tous les enfants de la cité
I pour les lui donner à instruire (4).
.' J'ai dit que dès les premiers conciles , dès les premiers
1 temps , dès que nous avons pu quelque chose , nous avons
\ fondé des écoles partout :
« Que les évêques, dit un concile des Gaules tenu en « 747, fassent en sorte que le zèle de l'étude et de la « lecture soit répandu sans cesse et par des voix nom- « breuses, pour le bien des âmes et l'honneur du Roi « éternel ! (2). »
Ce que le clergé faisait dans les Gaules, il le faisait en Angleterre, en Allemagne, en Italie, par toute l'Europe.
«c Que les prêtres, dit un concile d'Angleterre, le seconJ « concile de Vaison, que les prêtres , préposés aux pa- « roisses , reçoivent dans leur maison autant de jeunes
(1) Gavisu* Sacerdos pueros civitalis colle gil, tique ad docendum delegat. Hist. Ilb. VIII, c. xxxi.
t (2) Episcopi diligenti cura provideant ut Lectionis siudium
indesinenter ad lucrum animarum laudemque Régie wierni, mullorum vocibus, innotescat. — Ex Concilio Vasensi.
« écoliers qu'ils pourront, et, comme de boas pères, qu'ils « nourrissent leurs esprits (1). »
Et le vénérable Bède raconte qu'un roi d' Angleterre , baptisé en Gaule , établit dans son pays , avec l'aide des Evoques, des écoles pour les enfants, semblables à celles qu'il avait vues en Gaule (2}.
Eu Allemagne, saint Boniface, l'apôtre de ce grand pays, y fonde des monastères et ordonne aux religieux de faire l'école aux enfants, en même temps que de prêcher la parole de Dieu (3).
Plus tard, au xu* siècle, un concile général de Lalran, continuait en ces termes cette belle tradition :
« Afin que les pauvres , qjii ne peuvent recevoir aucune « aide de leurs parents, ne soient pas pour cela privés de « l'avantage de lire et de s'instruire, qu'il y ait toujours , « (kûB chaque église cathédrale, un maître qui enseigne « les clercs de l'Eglise et les écoliers pauvres (4). »
(4) Preskyttri in Paroehiis constitua juniora htetores, qwn- (oacumque kabuerint, secum in domo recipiant, tôt quomodo boni patres spirilualiter nutrientes. — ExConcilio Cloveshoviensi.
(2) In patriam régressas mox ea quœ in Galliis bene disposita viderai, imitari cvpiens, imtiluit scholam,in qvâ pveri litteris tradiremtur, juvante episcopo Felict. — Beda, liv. III, c. xvm.
(3) Nigtbtrt%3 presbyter, et Magimbordtu diaconu* régulai» vettram vobi$ insinuent, et magiatri tint «n/arttttttn, et pradteent verbum Dei, — Epist. 17.
(4) Ne pauperibus qui parentum opibus juvari^non passant, legendi et profciendi opporiunilas sublrahatur, ptr tmamquamqu» Eceiesicm* cathedraltm, magittro, qui eltricos ejusdem j lia, et icholaru paupertt dmceat, etc.. — Ex Ccneilio rarwtsi. \V1Q.
Et voilà pourquoi, dès le ive siècle, saint Chrysostome déclarait que l'Eglise , pour les soins qu'elle donnait à l'enseignement des esprits , méritait d'être appelée un tribunal, une école de médecine et de philosophie, une chaire établie pour instruire les dînes, un gymnase où se trouvent les chars qui les emportent au ciel (4).
Je ne veux pas prolonger ces citations ; mais vous me permettrez bien encore, Messieurs, de vous citer un autre de mes prédécesseurs, l'illustre cardinal de Coislin, grand aumônier de France sous Louis XIV. U avait fondé, et il entretenait, à ses frais, deux cents écoles dans les paroisses du diocèse d'Orléans. Et Saint-Simon nous raconte que Louis XIV, qui l'aimait beaucoup, ayant voulu qu'il résidât plus souvent à la Cour, le cardinal, c'est Saint-Simon qui parle, refusa absolument, « ne voulant pas s'exposer « à voir ruiner une moisson si précieuse, des écoles si « utiles. »
Ces résultats , Messieurs, ont précédé, comme vous le voyez, de bien loin tous les efforts des libéraux modernes.
Les Libéraux 1... je me trompe, Messieurs; pour moi, c'est un nom que je n'ai jamais consenti à leur donner. [Longs applaudissements.)
Messieurs, s'il m'était permis d'exprimer ici un vif regret, je dirais que j'ai toujours déploré de vous voir, de vous entendre , dans les grandes luttes qui s'agitent entre vous et vos adversaires , les honorer d'un nom qu'ils ne méritent pas , qu'ils ne mériteront jamais , dont ils sont
(1) Ob eam causant merito nuncuparis Ecdesiam, Tribunal , Medicinœ et Philosophiœ scholam , sedem erudiendis animis imUtulam, gymnasium curruum in cœlum ferenlium*
ti
absolument indignes! Les appeler des libéraux, ces hommes qui, à Bruxelles comme à Lisbonne, insultent dans les rues les Sœurs de charité, c'est faire violence à la sincérité du langage français. [Nouveaux applaudissements.)
Leur donner ce nom, qui a dans Bossuet et dans Fénelon . ' :
un sens si noble , ce nom qui n'est fait que pour désigner : )
les esprits généreux, c'est vraiment tomber trop facilement ', ; • t" \
dans le piège que l'on nous tend. Non , je ne donnerai ja- , '
mais un tel nom à de tels hommes. [Bravos I bravos t) ;
Pour moi , j'ai résisté toujours à de tels entraînements... *
Par exemple, en France, Messieurs, au xvme siècle, n'a-t- • .
on pas fait l'étrange faute de laisser prendre le nom de \ [
philosophes par des hommes comme Helvélius, Lamettrie, ■■ j
le baron d'Holbach et les autres? Certes, j'ai toujours .;*
estimé trop haut la vraie, la bonne, la grande philosophie , . <
pour avoir pu consentir jamais à déshonorer ainsi son noml , :,• '
De même, Messieurs, quels que soient les égards dont je me suis toujours fait une loi dans la controverse avec les protestants, je n'ai jamais consenti à leur donner le nom de réformés. Je les nomme des luthériens, des calvinistes, ! f »
des anglicans, et je ne couvre pas l'infinie diversité de leur • \
mille sectes sous l'unité nominale et mensongère du mot Réforme. [Applaudissements.) ')
Vous applaudissez, Messieurs, et vous avez raison : c'est ' ,
le bon sens et la loyauté de cette assemblée qui protestent < !
avec moi contre de pareilles surprises. [Bravos t Bra- f ,
vos!) Disons-le bien haut : chez vous il n'y a de vrais ' \
libéraux que les vrais catholiques. Et il n'y a de vrais , l .
libéraux, dans toutes les opinions, que ceux qui ne refusent
fi
pas à leurs adversaires l'équité et la justice qu'ils demandent pour eux-mêmes. [Applaudissements.)
Un de yos plus, illustres compatriotes, Messieurs» le comte Félix de M é rode, dont je suis heureux de prononcer ici le nom, me disait un jour en parlant de ces homme* : « Je ne les appelé jamais que des libërâtres. » Et il faisait bien.
J'entends un de mes auditeurs dire près de moi : « Le
nom, c'est la chose. » C'est vrai, le bon sens le dit».. Non,
ne croyez pas que, daas les controverses humaines, les noms
j ' qu'on donne à ses adversaires soient indifférents. Quelque*
fois, il n'en faut pas plus pour décider de tout... Combien d'hommes honnêtes qui errent sur la frontière entre vouset vos adversaires, qui ont besoin d'être éclairés, et que ces mots éloignent de vous, et envoient dans un camp qui n'est pas fait poureux... Pour moi, Messieurs, laissez-moi former un vœu : Si j'avais l'honneur d'appartenir à la nation qui fournit en ce moment à l'Eglise catholique quatre mille cœurs, comme ceux que je vois ici, je demanderais que l'une de vos premières résolutions fût, qu'à partir de ce jour, dans vos écrits, dans vos conversations, à la tribune» dans la presse, vous ne fassiez plus vous-mêmes, par votre étrange complaisance, la force de vos adversaires, et qu'on ne les nommât plus des libéraux, mais des libérdtre*, comme il est de ces femmes qu'on appelle des marâtres, parce qu'on ne saurait les appeler des mères I (Applaudissements prolongés.)
Je reviens à la question, en la résumant :
Vous avez entendu Théodulphe, les évêques dans les conciles des Gaules, d'Angleterre , d'Italie et de Latran , et
avant eux. Je grand Chrysostome : tous à l'envi décrètent, fondent, multiplieiït les écoles du peuple, et en couvrent le sol de l'Europe et du monde catholique.
Et que l'on ne dise pas que, dans ces écoles, on enseignait seulement la religion. Ttiéodulphe, Hincmar, et les autres , parlent expressément des Lettres. Non* avons encore les règlements des petites écoles de Paris , au xiv° siècle, et le programme est à peu près le programme actuel.
Traversons <Hx siècles. Grâce aux prétendues lumières de l'impiété philosophique, voici un autre progrès I Au xviii0 siècle, un grand lettré, Voltaire — et ees incomparables amis ont bien voulu nous imprimer cela dans sa correspondance générale — Voltaire écrit contre renseignement du peuple et de ceux qu'il appelait des gueux ignorants (1)?
A la même époque, dans le temps où Voltaire écrivait ces mots, qui embarrassent un peu ses amis aujourd'hui, un pauvre prêtre de Reims, l'abbé de La Salle, fondait un Ordre d'instituteurs pour les enfants des ouvriers et du peuple; et un saint Pape, Benoît XIII, bénissait cet ordre, et dans sa bulle d'approbation en 4724, il écrivait ces paroles remarquables : Ignorantia, omnium origo malorum, prœsertim in eis qui fabrili operm dediti sunt. Ecoutez, Messieurs, vous qui possédez une industrie et
(1) « Il me paraît essentiel qu'il y ait des gueux ignorants, » Lettre à M. Damilaville, 1er avril 1766. Et dans une autre lettre au même, du 19 mars 1766 : « Il est à propos que le peuple soit guidé, et non pas qu'il soit instruit; il n'est pas digne de l'être. » Et dans cette même correspondance on voit que le peuple, pour Voltaire , « c'était la populace qui n'a que ses bras pour vivre. *
— Saune agriculture si florissantes : « L'ignorance est l'origine « de tous les maux, surtout parmi ceux qui sont livrés an « travail manuel. »
Je rapproche simplement la sollicitude de Benoît XIII des dédains de Voltaire, la démocratie du Pape de l'aristocratie du philosophe! [Vifs applaudissements.)
Au XIX siècle, deux frères, nommés Lamennais, ont vécu : L'un a fait du bruit, sans laisser un disciple... Ne craignez pas, Messieurs; je n'en dirai rien de plus: c'est un nom frappé de la foudre.
L'autre a fondé des écoles, là où les partisans les plus ardents du progrès n'ont pas cherché à en établir : au Gabon, au Sénégal, à Bourbon, à Cavenne, au milieu de pauvres peuples, esclaves hier, et, grâce à Dieu, affranchis à cette heure.
Aujourd'hui, s'il y a quelque chose de connu dans le monde entier, c'est le zèle et le dévouement de nos missionnaires, et je dois dire surtout des missionnaires belges et français. Vous le savez, à mes yeux, la plus grande des œuvres catholiques est YOEuvre de la Propagation de la Foi. Eh I bien, dans tous les lieux où l'homme de Dieu fonde une église, il ouvre une école; oui, toujours une école à côté de l'église : Nous en avons à Zanzibar et au Cap, à Ceylan et à Singapour, à Nankin et à Siam, au cap Nord cl à l'Equateur.
Voilà des faits dont l'éloquence est invincible. Quand
on vient nous dire qujjjjous n'aimons pas l'instruction
ijHj paljfcuïéler devant vous de telles
lie pardtAdu mot, de telles niai-
Je le sais néanmoins, — et cela se conçoit en présence de tant d'injustices, de mensonges et de calomnies, — parmi les hommes religieux, depuis 40 ans, il y a eu quelques préjugés contre l'instruction populaire.
A ces préjugés, évanouis presque partout aujourd'hui, je me borne à opposer en passant trois réponses que, j'en suis sûr, vous trouverez bonnes.
Je lisais dernièrement les lettres de saint François- Xavier, de cet homme inconcevable, petit de taille, fait de bronze et d'acier; mais qui avait le cœur tout à la fois le plus fort et le plus tendre qui puisse batlre dans une poitrine humaine. Lisez ces lettres; elles transfigureront vos âmes. Saint François-Xavier se trouve seul dans le monde oriental, luttant seul contre tous les obstacles, et partout, toujours,
il fonde ensemble des églises et des écoles. « II faut \
apprendre à lire aux enfants, écrit-il sans cesse. C'est essentiel ! »
Et à l'heure qu'il est, toute la jeunesse belge et française est enrôlée sous la bannière d'une œuvre, qui n'est qu'une vaste pépinière d'écoles, sous le nom d'Œuvre de la Sainte-Enfance, qui recueille des millions pour ouvrir des asiles et y instruire les pauvres petits enfants arrachés à la mort dans les rues et sur le bord des rivières du Céleste Empire.
Voilà, Messieurs, la vérité sur l'instruction primaire I Encore un coup, ne nous laissons pas duper par nos adversaires, en leur permettant de se réfugier frauduleusement sous notre Drapeau et de nous l'enlever : ce sont là des tours de passe-passe par trop insupportables I
On a dit : Elle est un danger, quand elle est incomplète. — Je ne réponds qu'un mot : Donc rendez-la complète. Hommes religieux, ouvrez votre bourse, donnez votre cœur et fondez des écoles complètes et religieuses. Vous entrerez alors dans les desseins de Notre-Seigneur, de nos Conciles, de nos Saints, et de tous ceux qui s'occupent des enfants avec amour dans l'Église de Jésus-Christ. (Mouvement.)
On dit encore, ce qui est vrai : Elle est dangereuse, parce qu'elle est une cause d'orgueil et d'inégalité, tant qu'elle n'est pas universelle. — Eh bien, ma réponse sera encore ici bien simple : Reodez-la universelle. (Rires.)
Enfin, on dit : elle est dangereuse, parce qu'il y a de mauvais instituteurs. — Ceci serait très-sérieux, s'il s'agissait d'instituteurs impies ou immoraux. Quant aux incapables, je vous répondrais volontiers, avec un de vos plus brillants et plus solides orateurs de Tannée dernière, M. Cochin : « De tous les mauvais instituteurs , le pins « mauvais, c'est l'ignorance. » (Applaudissements.) Et n'est-ce pas dans ce sens que le saint pape Benoît XIII vient de vous dire avec tant d'autorité : Ignorantia omnium malorum origo est.
Si d'ailleurs ces préjugés n'étaient pas encore évanouis, ils devraient tomber devant les faits nouveaux qui dominent aujourd'hui la société.
Il y a partout, nous essaierions en vain de «o*s le dissimuler, un mouvement vers le progrès Matériel. Pour moi, je ne le maudis pas, ce progrès ; je ne suis pas envoyé pour maudire ce qui honore l'esprit de l'homme et sa puissance sur la matière (Applaudissements). Je le bénis au contraire; oui, je bénis le progrès matériel qui m'apeiwis
d'arriver si rapidement d'Orléans jusqu'à vous (Sourires) et qui me permettra de retourner avec la même rapidité, là où mes devoirs de chaque jour me rappellent impérieusement : je le bénis, de ce qu'il vient de faire parvenir avec une si merveilleuse promptitude -à vos oreilles et à vos «surs la bénédiction du Souverain Pontife pour votre Congrès. (Longs applaudissements.)
liais, tous les hommes d'expérience en conviendront avec moi, pour suivre ce progrès et le gouverner convenablement, il faut le bien comprendre. J'ajoute que, pour ne pas succomber à ses tentations , qui sont redoutables, il faut un frein moral plus fort que jamais. Par conséquent, l'enseignement intellectuel et moral devient plus néeessaire qu'il ne l'a jamais été.
Dans l'industrie et le commerce, la concurrence intérieure a été suivie de la concurrence extérieure ; et cela en Belgique comme en France. Eh I bien , je dis : pour ne pas perdre notre rang dans celte lutte, il faut désormais de meilleurs ouvriers, il faut de meilleurs paysans, plus capables, plus exercés : et j'ajoute que c'est encore à l'enseignement à nous aider dans cette guerre pacifique des nations.
Dernièrement, à Mulhouse, ville intelligente et qui -se met à la tète de tous les progrès qni ont pour but le sort et l'amélioration de l'ouvrier, la Chambre de commerce a publié un très-remarquable mémoire pour demander l'enseignement obligatoire comme conséquence du libre échange. Je n'approuve pas, on le verra, le moyen proposé; mais il est es ident que la nécessité d'avoir des ouvriers plus i mieux préparés à la lutte, se fait sealir à tous. Oi
velle les armes des soldais, quand l'art militaire se transforme.
Bientôt, celui qui ne saura rien ne gagnera rien. L'ouvrier absolument illettré ne sera jamais qu'un manœuvre» et les manœuvres sont rejetés des ateliers. Et c'est ce que je dis à nos bons ouvriers d'Orléans, quand je leur recommande de se rendre aux écoles d'adultes que les Frères des écoles chrétiennes fondent pour eux. Je leur dis : Mes amis, les manœuvres sont partout rejelés, et passent leur vie à rouler (c'est votre mot) d'un atelier à l'autre avec de petits salaires et pas d'avenir. Eh bienl c'est un malheur. Je veux vous l'épargner.
En un mot, partout la lutte et la marche en avant. Pour moi, je l'avoue, je n'aime pas à rester en arrière. Je ne suis pas du tout pour qu'on s'enveloppe dans son manteau et qu'on se mette à bouder dans un coin. Quand tout le monde marche, il faut se mettre à marcher. Seulement il faut
marcher avec la lumière de l'Evangile. Je ne veux pas être un aveugle qui conduit d'autres aveugles et va se jeter avec eux dans une fosse. Je dis que partout il faut être prêts, vigilants, et armés. L'arme, c'est l'instruction et la morale chrétienne. Sans cela, — écoutez-moi bien, Messieurs, et je voudrais pouvoir ajouter, écoutez-moi bien, Ouvriers, plus intéressés encore que nous à cet avenir, — sans l'instruction et sans la morale chrétienne, répandues à pleines mains, dans dix ans , les ouvriers instruits seront des mécontents, et tous les ouvriers illettrés seront des indigents.
Je conclus :
Autrefois l'école chrétienne était utile ;
Aujourd'hui elle est nécessaire.
Et j'ajoute ceci : La cause de renseignement populaire est, à l'heure qu'il est, universellement gagnée; et le bon * <
' Dieu v a donné visiblement sa bénédiction ; le bon Dieu I '
le Nôtre, je m'entends. Car on nous en a fabriqué depuis J
quelque temps de singulière façon. Nous en avons heureusement un qui a fait le ciel et la terre; c'est à lui que nous nous en tenons (Rires et applaudissements.) • \
Eh bien doncl notre Dieu, dans les desseins de sa misé- ? .
ricordieuse Providence, s'est mis de la partie, et il y a là j
pour moi une source intarissable de reconnaissance et i
d'admiration; c'est une chose que je redis sans cesse, et *
personne n'a de réponse à faire. — Voilà le xixe siècle qui arrive avec ses industries, avec ses progrès de toute nature, et aussi avec ses injustices, avec ses mensonges, qui vient nous dire que nous n'aimons pas l'éducation du peuple; qu!on ne veut plus d'Ordres contemplatifs, qu'il faut des Ordres qui travaillent. Eh bien, Siècle d'industrie et do travail , Dieu répond à tes exigences : à l'heure où je parle, les congrégations religieuses dévouées à tous les labeurs de la charité la plus active, Dieu les multiplie parmi nous. Grâce à l'esprit de dévouement que
j son souffle met au cœur de ses plus pures et plus nobles î
créatures, voilà les congrégations enseignantes,, les Frères , r
des écoles chrétiennes , les Frères de la sainte famille, et
d'autres encore; les congrégations hospitalières de femmes
pour les enfants et les malades, plus nombreuses qu'elles
n'ont jamais été. Jamais nous n'avons eu dans l'Eglise un
siècle, quel qu'il soit, le plus grand, le plus saint, le
plus fécond des siècles, qui ait présenté à la terre le % y .'
spectacle que présente l'Europe* catholique au monde, et
spécialement la France, dans cette efflorescenee admirable des congrégations charitables.
- Et il n'y a pas à prétendre qu'il y en a trop : elles ne suffisent pas au besoin et aux vœux des populations. De cela, je vais vous donner une preuve que j'ai faite moimême. J'ai voulu , selon le vœu intelligent et vraiment patriotique, publiquement exprimé par un excellent préfet, H. Dubessey, que j'ai eu le bonheur de posséder à Orléans, en 4851 , j'ai voulu multiplier dans mon diocèse, les écoles de filks tenues par des religieuses. M. Dubessey en voulait une, dans sa circulaire, il en demandait une pour chaque village. Je me suis adressé à 49 congrégations; à l'exception d'une, qui m'a donné quatre religieuses, tontes m'ont répondu : « Les demandes sont si nombreuses que « nous ne pouvons y suffire. »
Et qu'on nous dise maintenant qu'on ne veut pas en France de l'enseignement religieux, ou que nous ne voulons pas de l'instruction pour le peuple I (Applaudissements.)
Donc, sur la Nécessité de l'enseignement pour le peuple, il n'y a pas de difficulté.
Que nous voulions pour le peuple l'enseignement, je ne dis pas seulement aussi bien, mais plus que nos adversaires, c'est sur quoi, pour ma part, sans manquer envers eux à ta charité chrétienne et sans faire aucun jugement téméraire , je n'ai pas le plus petit doute; et je leur dis très-simplement: Vous n'aviez pas une école dans les Gaules, quand nous en comptions de nombreuses, que fondaient nos Conciles, nos Evêques et nos aumônes. A l'heure qu'il est, nous en avons jusqu'au Thibet, et vous n'en avez pas.
Passons à ud aj*trc point sur lequel l'accord seta aussi facile avec dûs adversaires que sar le point précédent. Nos adver saines wu/inJ çu'on attirais* non-seulement les\ garçons* mais, les filles. — Je répands* simplement : Et moi aussi.
On a très-bien dit : Instruire une femme, c'est fonder une école. Oui, et voHà pourquoi la femme doit être* laissée à la famille, pour s'y occuper de. ses enfants; et c'est mon vœu le plus ardent que la pensée et la charité chrétienne arrivent à améliorer de plus en plus cette triste situation de tant de malheureuses ouvrières, travaillant loin de leuc foyer, loin du berceau de leur enfant, pour gagner leur vie...
« Faites-nous des mères qui sachent élever leurs en- « fants. » Savez-voits , Messieurs , qui disait ces paroles ? Napoléon à M.*"* Campan. Il avait, vous le savez, un génie pratique qui le faisait arriver droit au but. Des ©ères i '.
qui ne savent pas élever leurs enfants, évidemment, non, cela n'en vaut pas la peine. Et M. de Maislre, ajoutait avec cette énergie un peu vive que vous lui connaisses : « Des mères qui apprennent à leurs enfants à craindre « Dieu et à n'avoir pas peur du canon. » Eh bien! il n'y a guère que les mères chrétiennes qui sachent être Spartiates à ce point.
On médira : Ce sont là de beaux discours; mais que faites-vous pour tout cela? — Quelque chose de très-simple, — Je parle ici de la France, et je regrette de n'avoir pu
consulter sur la Belgique, comme je l'aurais voulu, votre drainent Cardinal et les hommes d'Etat qui , avec lui , vous ont dotés , en 4842 , d'une excellente loi sur l'instruction primaire. Je veux parler de l'éloquent ministre qui Ta présentée, M. Nothomb, du courageux Rapporteur qui a soutenu cette loi, et dont j'aime à saluer aujourd'hui le nom avec respect, M. Dechamps. {Vifs applaudissements.) Si j'avais l'honneur d'être plus près de lui en ce moment» je ne me bornerais pas à lui serrer la main , je voudrais approcher mon cœur du sien , pour améliorer mon âme. [Nouveaux applaudissements)
On dit: Que faites-vous donc en France pour l'instruction des filles ? Ma réponse sera nette, comme toujours : Dans les controverses, j'aime la simplicité et la netteté ; j'aime oe qui décide et en finit avec la discussion. (Rires ) Depuis trente ans je lutte et je discute : dans la lutte, je tâche, je ne dirai pas de ne toucher personne [hilarité) ; je tâche de n'injurier personne, de respecter mes adversaires, mais d'avoir raison avec eux autant que possible. Je ne suis content que quand on ne peut plus rien me répondre.
Ainsi, par exemple, je rencontrai un jour un de mes diocésains qui vint me dire : « C'est étrange, vous autres, Prêtres, Evêques, vous ne faites rien pour l'éducation des filles. » Je répondis : Ce que vous me dites là m'étonne. Puis j'allai m'informer, et dans les statistiques je trouvai que, sur 21,000 écoles de filles, en France, il y en a 14,000 qui sont fondées par nous ou par des religieuses. J'ai été retrouver mon diocésain, et je lui ai dit: il y a une erreur de votre part. Voilà ce que nous faisons. Et vous autres?... [Rires.)
Je ne pourrai dire tout ce qu'il faudrait sur cette grande question de l'enseignement des filles. Je ne l'essaierai même pas, je craindrais d'abuser de votre patience. [Non ! Non I) Hais, ne craignez pas, j'ai là ma montre, et je saurai m'arrêter. (Non I Non I Enlevez la montre. — Un jeune membre du bureau l'enlève au milieu de l'hilarité universelle.) Eh bien , Messieurs , puisque vous le voulez, je parlerai, et si je vous fatigue, vous ne vous en prendrez qu'à vous.
J'affirme d'abord, qu'il n'y a que deux bonnes écoles pour les filles, deux sanctuaires pour ces vases fragiles et purs, la Religion et la Famille. L'école de filles doit être placée tout près et comme à l'ombre de l'Eglise et de la famille, en dehors des vanités, des concours, de l'éclat des écoles où l'on élève des garçons, faits pour la vie publique. Or ce caractère pieux et domestique, jusqu'ici, je le . • dis avec tous les hommes du métier, l'école religieuse If le réalise seul. La meilleure maîtresse d'une fille, c'est une ; mère, et après une mère, c'est une sœur. {
Qu'a-t-on fait en France pour les écoles laïques? — \
Les écoles laïques, entendez-le bien, Messieurs, dont je ne suis pas l'adversaire : car j'ai rencontré des institutrices l
laïques qui étaient profondément chrétiennes et qui avaient t
un cœur religieux sous l'habit laïque , un cœur de sœur et de mère pour leurs enfants. Je demande seulement >
qu'on ne repousse pas nos sœurs, et que les institutrices ;,
laïques soient formées convenablement pour leur mission.
Pour cela qu'a-t-on fait?
On a fondé des écoles normales. Il y a même un conseil général où l'on a proposé de donner une prime aux Insti-
titu leurs qui épouseraient des Institutrices. (Rires universels.)
Des écoles normales, cela est très-bien et quelquefois excellent. À Orléans, je suis heureux et reconnaissant de 1 école normale que j'ai : elle est dirigée par des religieuses qui forment des institutrices chrétiennes. Dans toutes ces écoles, sans exception, de quelque part qu'en vienne la direction, je dis qu'il faut donner à toutes les futures institutrices la religion en même temps que la science, et, je l'ajoute, plus de religion encore que de science, plus de vertu que de littérature. Pourquoi? Parce qu'avant tout, il faut qu'on entende bien ici et qu'on leur fasse bien entendre que) est le but essentiel de leur mission : c'est qu'on doit former les femmes , surtout celles qui appartiennent aux classes agricoles et industrielles, non pour la science et pour la vie extérieure, mais pour le ménage et pour la vie intérieure : autrement on fait fausse roule. C'est la vertu surtout qu'il faut développer dans leur cœur, la vertu de leur destinée, qui est le dévouement uni à la pudeur.
On aura beau faire : on se remuera de toutes façons; on donnera des primes ; on mariera des instituteurs et des institutrices ; je dis , moi : il n'y a que la religion qui ait le secret d'une telle éducation! Et quant aux exemples des femmes littéraires, des femmes d'esprit, dans le peuple... Je ne sais trop que vous en dire... Demandez à leurs maris. (Rires et Applaudissements.)
Vous riez, je ne puis vous le reprocher. Il est certain que quand on discute avec ces Messieurs, sur ces questions, même quand on discute très-sérieusement, très-poliment, on en arrive presque toujours au rire ; c'est difficile
autrement, leurs arguments sont quelquefois si étranges ! Je dirai le mot, il y a quelquefois, à leur insu, dans leur système, de vraies inepties, où le bon sens est encore plus foulé aux pieds que la morale.
Mettez, Messieurs, mettez l'image de la Vierge Marie dans une école, avec une institutrice qui prie et communie: on y élèvera des filles vertueuses, on y formera des femmes chrétiennes, qui seront modestes, dévouées, laborieuses, courageuses, au besoin, qui seront la consolation, la gloire, le conseil et la force de leur mari , au jour du péril , dans les temps difficiles.
Voilà la vérité. L'expérience dit cela partout et toujours.
Croyez-vous que les femmes chrétiennes, qui avaient été élevées par des Sœurs , n'aient servi en rien à leurs ;
maris et à vous-mêmes en 4848? Est-ce pour cela que *
vous n'en voulez pi us? • *
Sur le second point, V Education des filles, je suis encore, vous le voyez, d'accord avec nos adversaires. Seule- ;
ment je leur dis : nous faisons déjà ce que vous prétendez j
inventer, et nous pouvons ce que sans nous vous ne pourrez jamais.
Nos adversaires me disent : Nous voulons Vensei- f
Il est un troisième point très-important, dont on s'occupe . :
beaucoup maintenant en France et en Angleterre, et je ' .
serais surpris qu'il n'en fût pas question aussi en Belgique : c'est l'Enseignement professionnel.
gnement professionnel. Comme j'aime, autant que je le puis, à me mettre d'accord avec eux, je réponds encore : Et moi aussi.
Seulement comme il me plaît pardessus tout d'être franc, j'ajoute : je n'aime pas l'enseignement professionnel dans le collège : parce qu'il y affaiblit les études, parce que, comme me le disait, il y a peu de jours, le proviseur d'un des plus grands collèges de France, il devient le refuge des mauvais écoliers qui ont à se plaindre de leurs professeurs. [Rires.)
Mais l'enseignement professionnel que je n'aime pas dans les collèges, parce qu'il abaisse le niveau des collèges, je lui ouvre, dans une certaine mesure, l'école, parce qu'il élève le niveau des écoles. — Quelqu'un a dit : « Il ne faut pas raccourcir les habits , mais allonger les vestes [Sourires). » Il y a certyins mots très-simples, Messieurs, qui résument tout.
Je ne sais si vous avez pensé quelquefois à fonder dans ce pays un enseignement professionnel, dans ce sens que ce fût un enseignement de la profession : j'espère que non ; mais nous y avons pensé dans le nôtre. Il y a une commission qui* a étudié celte question et qui l'étudié peutêtre encore en ce moment. Elle l'éludiera longtemps; car l'enseignement d'une profession, il se fait au champ ou à l'atelier : rien ne peut remplacer à cet égard le grand courant du travail. On ne devient batelier qu'en allant sur l'eau. Inventer des écoles normales du marteau , de la scie ou de la lime, c'est une chimère.
L'enseignement professionnel, comme je l'entends, consiste à ^^lTauBr%nseignenj^rfrÇ^f^^la profession, à
développer la partie de renseignement qui peut servir à la profession, à mieux surveiller l'apprentissage, à prendre quelques heures à l'atelier pour les donner à l'école» à fonder des bibliothèques» des cours de dessin et autres, même des musées , comme celui de Kensington en Angleterre, à aider ainsi l'artisan, si Dieu lui en fait la grâce, à devenir artiste. Cela est excellent, pourvu que l'Etat n'y intervienne pas trop.
L'évêché que j'occupe a été fait pour un évêque qui aurait pu avoir trente chevaux et trente domestiques. Je n'ai de tout cela, ni aucun regret, ni aucun goût. Dans cette grande demeure, trop vaste pour moi, j'ai donné l'hospitalité à trois sortes d'écoles, à cinq cents enfants, jeunes ou adultes, et particulièrement à des jeunes gens de dix-sept à vingt ans» Ce sont des Frères des écoles chrétiennes qui se. dévouent là à l'enseignement, et dans des conditions et d'après un système que je tiens pour excellent. Après avoir fait six heures de classes dans la journée, ces bons Frères font le soir encore une classe de plusieurs heures pour ces jeunes gens, et après cela ils se lèvent le lendemain à quatre heures du matin. Qu'en dites-vous , Messieurs? Si ce n'est pas là du sublime, je ne m'y connais pas. (Longs applaudissernen ts.)
Ainsi, le véritable et utile enseignement professionnel , c'est l'enseignement prolongé et spécialisé, au profit de l'apprenti et du jeune ouvrier.
Cela est surtout applicable dans les villes .et les usines; mais je sais qu'en Belgique vous avez aussi un enseignement professionnel del'agriculture , et des fermes écoles, qui doivent beaucoup à cet homme de bien dont le nom et
le cœur vous sont connus , celui-là même qui a fondé à Malines renseignement professionnel du zèle catholique, M. Ducpetiaux. [Applaudissements.)
Vous voyez donc , Messieurs f ce qu'il y aurait à faire ici selon moL— Bien loin de regarder l'école comme la grande transformatrice des peuples, il faudrait reconnaître que l'école ne suffit pas, et tâcher de la suppléer à tous les âges par d'autres moyens. — Et voilà pourquoi j'ai dit quelquefois : Un grand ministre serait celui, qui, à l'aide de la religion , ferait autant d'écoles d'adultes qu'il y a d'écoles
d'enfants.
Les bonnes et fortes écoles d'adultes, tenues religieusement, chrétiennement t c'est là ce qui pourrait le plus contribuer à la régénération des classes agricoles et ouvrières ; et c'est ce qui fait que je conseille à tous les excellents curés de mon diocèse , qui ont malheureusement quelquefois trop de loisir , de faire, quand ils le peuvent , des écoles d'adultes pour les jeunes garçons , pour les jeunes laboureurs, pendant l'hiver, quand les soirées sont longues et qu'on ne peut travailler aux champs : voilà pourquoi dans les villes épiscopales , mes vénérés collègues font tout ce qu'ils peuvent pour encourager les écoles d'adultes , où Dieu n'est pas oublié, où l'on chante quelques cantiques, pas trop longtemps sans doute, et où l'on apprend à lire, à écrire, et même le calcul et le dessin linéaire.
Voilà ce que j'appelle, moi, le bon enseignement professionnel, c'est l'enseignement prolongé pendant la profession et adapté à la profession, l'enseignement enveloppant toute la jeunesse.
En un mot , que je veux redire, car ce point, me tient profondément à cœur, ce n'est pas l'enfant seulement qu'il faut instruire, c'est l'homme, l'adulte, l'ouvrier, le paysan. Il y a tout un ensemble d'institutions à créer pour cela, non par l'Etat, mais par l'association et le patronage chrétiens, pour envelopper et former la vie entière.
Mais encore un fois, Messieurs, quelle que soit votre bienveillance , ces questions sont trop vastes , passons.
Il y a enfin un quatrième point. Nos adversaires nous disent : Nous voulons la concurrence et la liberté. Ils le disent : je le crois. — Mais moi aussi je le veux.
J'ose dire à cet égard que j'ai fait mes preuves, et j'invoquerai le souvenir de la loi de 1850 en France.
Nous étions alors dans de tristes jours : la société était en péril ; mais du moins tous les grands esprits de mon pays étaient d'accord et dans le vrai.
On ne discutait pas comme sur le pont d'un navire , au soleil, quand le temps est beau; la tempête grondait; chacun aidait à la manœuvre, et travaillait aux pompes. Je n'oublierai jamais le grand spectacle que j'eus alors sous les yeux.
Il est de mode aujourd'hui de médire de cette loi. Moi je dis qu'elle fut une grande œuvre. Il y a ici des hommes qui y ont coopéré : M. le baron de Mon treuil, M. de Melun, M. de Riancey ; vous me permettrez de rendre hommage à ces noms qui me seront toujours chers. [Applaudissements.)
Ces hommes ont courageusement lotie avec moi ; non dans une assemblée politique où je n'ai jamais été, mais dans une commission qui prépara la loi. Cette loi fut un grand témoignage de concorde, un monument de patriotisme et de vraie liberté.
Je ne dirai pas tout ce qu'elle a produit de bien dans l'ordre de l'enseignement secondaire. Hais, en présence des attaques dont nous sommes devenus récemment l'objet, je nepuis m'empècher de dire que, pour glorifier celle loi, il me suffit de montrer les haines qu'elle inspire, et les efforts tentés pour en détruire les derniers fondements.
Chose curieuse 1 quand on a fait celte loi, nos adversaires disaient : « Les prêtres I ils ne savent rien; ils vont ruiner l'enseignement des lettres. Il n'y aura là que des professeurs d'ignorance. » Or, qu'esl-il arrivé T
C'est que, depuis dix ans, depuis la Bifurcation, dont, grâce au bon sens national , et à l'initiative hardie du nouveau Ministre de l'Instruction publique, personne ne veut plus en France; pendant tout ce temps, comme me l'ont dit d'anciens et illustres grands maîtres de l'Université : ce sont nos établissements qui ont été le refuge des lettres. Les hommes que celte situation attristait venaient dans nos petits séminaires applaudir à des tragédies grecques représentées par nos élèves, et nous remercier de nos efforts pour sauver les lettres grecques menacées d'une déchéance universelle. [Applaudistementt.)
« Les sciences 1 ils n'en savent pas un mot, » on le disait encore; mais voilà que les Jésuites ouvrent leurs cours à Paris, à Metz, et obtiennent des succès du meilleur aloi : leurs élèves sont admis dans les écoles savantes; ils con-
naissent donc les sciences, on ne peot plus le contester. i »
Mais alors, cherchant un sujet d'accusation dans ce qui i
mérite la reconnaissance, dans le succès même ; « Oh I dit- (
a od, il 7 a là-dedans quelque noirceur ! Ce sont des profes- I
« sears de réaction. » Et des gens d'esprit font articles sur articles pour le démontrer. Déjà l'on voit les casernes î
changées en couvents, les colonels prendre le froc à la tête i ,
de leurs régiments I Et pourquoi cela ? C'est qu'il y a main- i
tenant, chose effroyable, des officiers qui font leurs Pâques I '
Eh! quoi donc, nous méprise-ton assez pour se figurer que nous ouvrirons des écoles chrétiennes qui ne produiraient pas de chrétiens !
Quanta la panier de la loi qui concerne l'instruction primaire, je me borne à dire qu'elle a fait cinq choses, dont il faut du moins lui savoir gré; car ce sont cinq choses vraiment libérales, dans le grand sens du mot :
4° Elle a doublé le minimum du traitement des instituteurs, et elle a bien fait. Ne nommez pas des instituteurs laïques, ou bien assurez-leur une position qui ienr permette d'être toujours honnêtes. [Applaudissements )
2° Elle a prescrit en leur faveur la création d'une caisse de retraite.
3° Elle a rendu obligatoire la fondation d'écoles de filles. Nous qu'on accuse de ne pas favoriser l'éducation des filles, nous avons insisté, en 4849 et en 4850, pour la fondation nécessaire d'écoles de filles dans les communes de plus de 800 âmes?
4° Elle a permis la concurrence, etlargement;
5° J'ajoute qu'elle a placé renseignement primaire en
dehors de la politique, remettant la nomination de l'instituteur à la commune , *jui est la réunion des pères de famille et des contribuables, c'est-à-dire aux vrais intéressés, aux vrais responsables; remettant d'ailleurs la surveillance de l'école au Recteur, éclairé par un conseil élevé, impartial, compétent.
Voilà ce qu'a fait cette loi si injustement décriée.
Cette loi, soit pour l'enseignement primaire, soit pour l'enseignement secondaire, a été une loi de liberté et de concurrence.
Si donc je n'ai pas craint la concurrence autrefois, au milieu de la tempête : pourquoi la craindrais-jé aujourd'hui?
On nous a accusés, avec plus de> méchanceté, que de sincérité, de demander la liberté et la justice pour nous, avec l'arrière-pensée de les refuser aux autres, quand nous les aurions une fois obtenues : je proteste pour ma part, et pour la vôtre, contre cette calomnie! (Longs applaudissements.)
La concurrence est tout à la fois la loi de la nature et de la société : dans la nature , elle développe, par la lotte avec les obstacles, l'énergie humaine; dans la société, elle développe, par la lutte avec les rivaux, l'émulation. Telle est la force des choses. «Tel est aussi le courant du siècle. Je suis en cela les préceptes de l'Écriture : « Ne va pas te briser contre le courant du fleuve : Ne coneris contra ictum fluminis. » C'est-à-dire, marche avec le temps, non pour te laisser corrompre par lui, mais pour le sauver en l'améliorant.
J'entends souvent parler de la société moderne, et il
est certains hommes qui s'épouvantent à ce nom. En vérité, je ne sais pourquoi! Est-ce que chaque siècle nouveau n'est pas une société moderne? (Sourires d'approbation.)
Qu'y a-t-il donc à faire? "S'effrayer? Non. La vérité et le bon sens, c'est qu'il faut voir dans son temps, dans son siècle , ce qu'il y a de bon , ce qu'il y a de mal : l'étudier, avec intelligence et avec amour; dévouer sa vie, s'il le faut, à éclairer les esprits, à sauver les âmes. Quant à moi, je le confesse, je ne puis me réduire à perdre la tête devant un mot, et à rêver là fin du monde, parce qu'il y a une société moderne. (Bravos).
J'ai l'habitude de dire ce que je pense, et j'avouerai que , croyant l'émulation bonne en soi , parce qu'elle entretient le zèle des deux côtés et le progrès, je n'aimerait pas à voir les écoles dirigées par le clergé ou les religieux sans aucune concurrence. Je ne désire pas évidemment qu'elle leur soit faite parties impies; mais je n'y vois qu'un bien, si elle leur est faite par de bons et honnêtes laïques.
On me dira peut-être ici : Vous avez vos finesses! Vous * ne craignez pas la rivalité de nos écoles, parce que vous savez que les familles préfèrent les vôtres. — Que voulezvous? Si cela est, si c'est l'instinct des pères et mères,
ce n'est pas moi qui dirai que cet instinct-là les trompe.
Je vous raconterai même à ce sujet, un fait que je tiens de la bouche d'un ancien et honorable préfet de la Seine, M. de Rambuteau.
Il se rendait quelquefois, incognito, dans les classes d'adultes de Paris. Un soir, il était arrêté à la porte d'une école tenue par un frère, où il y avait queue. Une autre école était, non loin de là, tenue par un laïque.
SNadressant à un ouvrier qui se trouvait près de lui : Pourquoi, lui dit-il, n'allez vous pas à la classe voisine ou il y a de la place? Ah, Monsieur! lui répond l'ouvrier, c'est que l'instituteur qui est là est un Monsieur un peu fier, qui ne pense qu'à se faire décorer. Les Frères sont des ouvriers tomme nous ; ils ont une blouse noire, un peu plus longue; voilà toull (Rires et Applaudissements.)
Certes, je ne prétends pas que les instituteurs laïques méprisent le peuple; mais assurément l'instinct de cet ouvrier sur les bons Frères ne le trompait pas.
.J'ai une autre raison pour n'avoir pas peur de h concurrence des bons instituteurs. Avant d'être cvêque, je n'avais pas l'expérience que m' ont, depuis, donnée mes visites pastorales dans mon diocèse et dans les écoles. Mais aujourd'hui, je le dis hautement : depuis que je suis évêque, les instituteurs laïques, bien loin de m'effrayer, quand ils sont bons, me remplissent d'estime et de confiance.
J'en ai rencontré dans mon diocèse, et je ne doute pas qu'il n'y en ait aussi ailleurs, qui étaient vraiment admirables.
Les instituteurs, voici comment je les distingue. Je les partage en trois classes. 11 y a d'abord, je dirai, les incapables; et ne soyons pas trop fiers, il y en a partout. Il y a ensuite les mécontents : Ils sont nombreux. Je ne crois pas cependant qu'il y ait en France aujourd'hui, comme en 1848, 40,000 instituteurs, dont M. Thiers disait énergiquement, que c'étaient « 40,000 anticurés , 40,000 curés « de l'athéisme et du socialisme. »
Mais voilà que maintenant on leur tourne de nouveau la tête, en leur répétant qu'ils sont les réformateurs du genre
humain , et les précepteurs du Souverain , qui est le peuple. J'espère qu'on ne leur dit pas cela chez vous, Messieurs ; mais là où on le dit, ces flatteries sont un effroyable dangerl Les hommes qui disent ces choses font une bien mauvaise action.
Il y a enfin les instituteurs que j'appellerais volontiers les saints. J'en ai connu. La veille de mon départ, je recevais une lettre d'un de ces hommes, qui n'est pas un saint du premier ordre, si vous le voulez , il le sera peutêtre un jour, mais du deuxième ou du troisième ordre, et je vous assure que cette place n'est pas encore occupée par beaucoup de gens : or les pensées et les sentiments de cet homme modeste m'ont touché profondément.
Car je dis qu'un honnête homme, qui élève sa famille et les nôtres chrétiennement, patiemment, auxiliaire désintéressé du maire et du curé, s'é levant par les services rendus à l'estime générale , est un bienfaiteur public.
Pour ceux-là, comme pour le prêtre, l'enfant est un être béni, un protégé de Celui qui a dit : « Laissez venir à moi les petits enfants; * une âme immortelle à éclairer, à sauver : ceux-là sont comme des religieux , ils sont aimés par les religieux: la concurrence avec eux n'est qu'une lutte à qui fera le plus de bien.
. Je le repète, je pense la même chose de la bonne institutrice, de la bonne directrice d'asile. — Et qu'est-ce donc que l'Eglise, si ce n'est la réunion et l'émulaion pacifique de tous ceux, qui, sous tous les costumes, font le bien? J'aime , j'appelle , je bénis cette concurrence.
Je me suis servi , Messieurs , d'une expression qui vous a étonnés : j'ai appelé de tels maîtres des saints , c'est ma
«HMT«MMI^M
conviction. Quand je les vois ces pauvres instituteurs, dans la détresse où ils sont quelquefois, relégués au fond d'un pauvre village, dans cet étrange isolement d'esprit, dans ce labeur si constant, si aride, si ingrat : s'ils font leur devoir courageusement, jusqu'au bout, {je dis qu'ils sont des saints, et je n'ai pas assez de cœur pour les bénir; et quand j'en trouve d'autre part qui sont révoltés contre leur triste condition, certes j'y vois grand péril pour la société, mais ils m'inspirent plus de compassion encore que de colère.
§?T Jusqu'ici donc tout le monde est d'accord, et ceux qui nous attaquent sur ces points-là, sont mal informés ou mal inspirés, aveugles ou méchants, ou ingrats.
II est bien dur de l'avouer, mais ces méchancetés-là ne se commettent guère qu'en France ou en Belgique. Partout ailleurs, en Angleterre, en Suisse, en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Amérique, l'école, l'église, l'instituteur, le prêtre, le religieux, le laïque, le pasteur, le régent, sont en paix, unis, d'accord, inséparables. Les lois, les autorités, les mœurs consacrent cette alliance; et on vit eo sécurité dans ces régions tranquilles, où, comme dans un champ bien cultivé, le laboureur et le semeur se succèdent, l'un préparant le sillon, l'autre jetant la semence, et tous deux offrant à Dieu leur commun labeur et leur moisson.
Mais pour nous, injustice, ingratitude, querelles sans cesse renaissantes, même sur des points incontestables et incontestés. Qu'est-ce donc quand il y a contestation! quand on touche, par exemple, aux graves questions de la gratuité et de l'obligation I
La gratuité, l'Église ne la craint pas, c'est elle qui l'a partout établie : tout le monde sait qu'il a fallu faire violence aux Ordres religieux, pour qu'ils se pliassent au principe de la rétribution scolaire.
Notre Théodulphe, dont je vous ai déjà parlé, J'ami'de
Charlemagne, celui qui exigeait de ses curés que chacun
d'eux ouvrît une école dans les villages et les hameaux,
leur défendait non-seulement de rien exiger pour cela, nihil exigant pro hac re, mais de rien recevoir, à moins, ajoutait-il, que les parents, par charité et de leur plein gré, ne leur offrissent quelque chose (1).., une douzaine d'œufs, par exemple, ou une paire de poulets, comme cela se fait encore en quelques pays.
Ce ne sont pas seulement des Évêques particuliers, mais des Évêques réunis en Concile général qui ont fait de
telles prescriptions.
Voici même ce que dit le Concile général de Latran, en 4179, tant il veut briser toutes les entraves d'argent mises à la diffusion de l'enseignement : <
« Que nul n'exige un paiement pour la permission d'en- « seigner; que personne, sous prétexte de quelque cou- « tume, n'exige rien de ceux qui enseignent, et qu'on
(1) Cùm ergo eos docent, nihil ab eis pretiipro hac re exigant, nec aliquid ab eis accipiant, excepto quod eis parentes caritalis studio, sud voluntate obtulerint.
« n'interdise à personne de capable et qui a formulé sa « demande, le droit d'enseigner (1).»
Maintenant, il faut bien le dire, la gratuité absolue sera toujours une illusion. II faut bien, en définitive, que l'enseignement soit payé par quelqu'un. Le plus sublime instituteur, fût-il un saint Paul, ne peut vivre de l'air du temps. Il faut donc que quelqu'un paie quelque chose. L'Église le sait bien, mais elle ne veut pas que ce soit le pauvre.
L'Église veut que ce quelqu'un soit :
4° La famille, quand elle est riche, aOn que les parents et l'enfant connaissent le prix de l'enseignement, que les parents fassent un sacrifice, et que l'enfant contracte une dette de reconnaissance ;
2° Quand la famille est pauvre , l'Église demande aux riches de payer pour les pauvres.
Au contraire, les démocrates demandent, sous le nom de gratuité, le paiement par Vimpàt, c'est-à-dire les pauvres payant pour les riches, et l'État à la place des familles.
Le principe est évidemment mauvais.
Quant au résultat, ce qui est clair, c'est / je le répète, que l'enseignement ne sera jamais absolument gratuit. Ce qui importe, c'est qu'il soit à bon marché.
Or, il est des maîtres et des maîtresses qui enseignent par dévoûment, et qui, pour cela, renoncent à tout sur la terre.
(1) Pro licentiâ docendi nullus pretiurn exigat : vel sub obtenu aliçujus cousue tu dinis, ab iis qui docent, uliquid quœrat; wec docere quempiam, petitâ licentiâ, *qui sit i don eus, interdicel. Ex Concilia Lateranensi.
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Nul n'enseigne à meilleur marché qu'eux» et, j'ajoute» il n'y a pas d'argent qui puisse acheter ce qu'ils donnent.
Nul ne peut les précéder dans les petits hameaux, et dans ces dernières communes pauvres, où l'on se plaint qu'il n'y a pas encore d'écoles.
Ce trésor-là , qui le possède? l'Eglise , et je suis obligé de dire : l'Eglise seule. Elle fournit au peuple des villes et des campagnes, le meilleur enseignement par le meilleur maître au meilleur marché.
Les ennemis de la Religion ne veulent pas de cela : ils demandent de l'argent et encore de l'argent : ils créent des impôts ordinaires et extraordinaires , plutôt que de recourir à nous.
J'en ai eu des exemples incroyables, notamment dans un village que j'ai habile. Je puis le raconter sans indiscrétion ; vous ne connaissez pas mon village. Comme je suis un des paroissiens, j'ai contribué à fonder une école et une salle d'asile pour les enfants pauvres. Mais voilà que quelque temps après, afin que des religieuses ne fussent pas chargées de ce service* il s'est trouvé là quelqu'un qui a fait voter une somme considérable, que les pauvres paysans doivent payer comme les riches, pour avoir une autre salle d'asile et y entretenir une autre institutrice. Voilà un argent bien employé, n'est-ce pas?
Je résume tout par ce mot :
La gratuité et le bon marché, c'est nous.
L'impôt, toujours l'impôt, c'est vous.
Mais les familles et les communes, les vrais intéressés, ne s'y trompent pas toujours. C'est à nous, à nos bonnes religieuses, qu'ils recourent; et avec un tel empressement
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que la générosité française et la sève chrétiennes, qui produisent tant de vocations, n'y suffisent pas. Je vous ai donné la preuve de mon expérience personnelle.
Savez-vous même pourquoi nous avons quelques maîtres et institutrices moins capables ? Notre indigence vient de la AÔtre, qui nous force à recruter trop vite.
Maintenant, j'arrive à renseignement obligatoire.
Il y aurait mille choses à dire là-dessus. Je dirai d'abord que Yobligation est presque nominale là où elle existe. J'ajoute que presque partout on ferme les yeux sur l'exécution.
Quant à moi, j'ai toujours repoussé ce système , comme attentatoire à la liberté des familles et à l'autorité paternelle; et aussi comme un piège.
J'ai entendu dire qu'il n'a guère d'inconvénients en Allemagne, pour deux raisons : premièrement, parce qu'il y y a là une vie communale sérieuse ; la commune y est une vraie association des pères de famille , ce qu'elle devraitêtre toujours; leur autorité y est réelle; tout s'y fait par eux et pour eux, et tout s'y passe comme dans une famille. — Secondement, parce que l'École et l'Eglise sont unies et ne se séparent pas l'une de l'autre.
Quoi qu'il en soit, je dirai, quant à la France et à la Belgique, que l'enseignement obligatoire m'y paraît une impossibilité ; j'ajouterais , si ce mot ne me répugnait pas , une hypocrisie , et si je pouvais supposer que nos adversaires en soient capables ; mais en tout cas j'affirme que c'est de plus , et évidemment, une inutilité.
1° Une impossibilité. — Où sera la sanction? Comment faire la preuve? Est-ce la présence à l'école qui
sera obligée? Comment s'en assurer sérieusement? Et si l'on admet des excuses, elles emporteront la règle. Et si Ton fait payer une amende, quelle étrange rigueur contre ces petits enfants ; et comment la percevoir? Quoi 1 pour Y école buissonnière , prison, saisie des parents, haine à jamais. Est-ce un certain degré d'instruction qui sera exigé ? Comment le vérifier ? Voici donc une armée d'inspecteurs tombant dans les hameaux, examinant un million de candidats, pendant un million de petits quarts d'heure, et distribuant, non des prix, mais des châtiments ; un baccalauréat de village, et une nouvelle conscription des enfants de 8 à 1 i ans : complications impraticables ou stérilité coûteuse. 2° Une hypocrisie. — On sait bien que dans l'immense majorité des communes , il n'y a et il ne peut y avoir qu'une école, une seule, celle de l'État. Les démocrates, chez nous du moins , n'ont jamais voulu la liberté d'enseignement. Obliger à aller à l'école, c'est donc obliger à aller à l'école de l'État, qu'elle soit bonne ou mauvaise. Ce n'est pas l'instruction que vous voulez rendre obligatoire , c'est la fréquentation de telle école. Y trouvera-t-on la Religion? Non : car vous voulez séparer la Religion de l'École; vous le dites hautement; donc vous voulez violenter les parents chrétiens et la conscience de nos enfants. Ce n'est pas l'école obligatoire que vous voulez, c'est l'impiété obligatoire. — Jamais , jamais, nous n'exposerons les âmes à ce péril, et c'est pourquoi, dans un acte récent, une lettre au vénérable Archevêque de Fribourg-en-Brisgau, le Souverain-Pontife déclare qu'il vaut mieux ne pas envoyer les enfants à l'école, que de les envoyer à des écoles où leur religion est en péril.
3° Une inutilité. — L'intérêt, en effet, d'en côté, et de l'autre le zèle de tous, sont des excitateurs suffisants , et les chiffres prouvent que le progrès est rapide, soit en Belgique, depuis la loi de 4842, soit en France depuis les lois de 4833 et 4850.
En 4 829 il y avait , dans nos écoles françaises , 900,000 enfants; en 4848, 3,700,000; en 4864 , 4,800,000,
En 4825 il y avait au budget 60,000 fr. pour les écoles primaires. Elles coûtent aujourd'hui 69 millions.
En 4829 il y avait 45,000 communes sans école sur 37,500; en 4848, 8,000; en 4863, 940, sur lesquelles 500 ont moins de 300 habitants.
J'ai emprunté ces chiffres au travail d'un homme que je suis heureux de nommer ici, M. Genteur(4), Secrétaire général du ministère de l'instruction publique en France: il a été maire d'Orléans, et je n'ai jamais eu qu'à me louer de la délicatesse de ses relations avec moi. — Je vous parie beaucoup de la France: pardonnez-le moi , Messieurs ; mais nous sommes tous solidaires, dans le bon sens; d'ailleurs, nous nous ressemblons beaucoup : je m'en flatte, du moins , Messieurs, et m'en félicite I
Vous le voyez donc, le progrès est rapide, immense. Dès lors à quoi bon chercher des moyens coûteux et vexatoires pour accélérer un mouvement qui va tout seul?
Mais laissons ces polémiques sur la gratuité et sur l'obligation qui ne seraient ni sincères, ni sérieuses, et arrivons enfin à ce que j'ai nommé les points capitaux» fondamentaux. Quel doit être le rôle de l'école et du maître
(1) Discours de M. Genteur, Moniteur du 20 mai 1864.
dans la société, et quelle doit être la place de la Religion dans l'École f Ici, sur ce terrain Je rencontre deux grosses erreurâ.
— On exagère le rôle de l'école, et, par suite, de l'instituteur dans la société ;
— On dénature et on voudrait réduire à rien le rôle de la Religion dans l'enseignement ;
Voici les points sur lesquels je suis en complet désaccord avec nos adversaires : ils prétendent que l'école est tout, et ils veulent en même temps que la religion n'y soit rien.
Moi je dis que l'école n'est pas tout, et j'ajoute que la religion n'y est pas aâsez.
Chose curieuse I quand on étudie l'histoire contemporaine do l'Europe, on voit qu'il n'y a pas un nouveau souverain, qui en montant sur le trône ne soit pressé de faire deux lois : une loi sur les élections et une autre sur les écoles.
11 lui semble qu'il va refondre et frapper à son effigie, comme une monnaie nouvelle, par les élections, le présent, et par les écoles, l'avenir.
Puis il s'entoure d'une armée plus ou moins forte, et cela fait, il se repose, disant : tout est bien.
Je prends la Frapce el tous les gouvernements qui s'y sont succédé :
Sous la Restauration, loi des élections eh 4847, loi sur l'enseignement en 4846.
Sous la Monarchie de 4830, loi des élections en 4834, loi sur renseignement en 4833.
Sous la République, loi des élections en 1849, loi sir l'enseignement en 1850.
Sous l'Empire, loi des élections en 1852, loi sur l'enseignement en 1854.
On persuade en effet aux rois et aux hommes que tout dépend de l'instruction. Permettez à un homme qui a voué sa vie à l'éducation de répondre que c'est une erreur. Je ne parle pas ici de l'enseignement supérieur et secondaire; je parle de l'instruction primaire. Sans contredit c'est une instruction extrêmement utile, extrêmement importante-, mais il faut avouer toutefois que, comme instruction, las résultats sont médiocres. Les enfants vont à l'école pendant trois ans au plus, quand on peut les y tenir aussi longtemps. Eh Lien I je dis que trois années ne font pas la fie, et que le bagage d'instruction qu'ils acquièrent pendant ces trois années ne peut-être le viatique d'une longue existence. Je dis que ceux qui prétendent que l'instruction primaire est tout, ne connaissent ni l'instruction primaire, ni l'enfant, ni le peuple.
Il y a ici une autre chose : l'enfant n'est pas seulement un être ignorant, c'est un être enclin au mal et résistant. L'école diminue un peu l'ignorance, la religion seule dompte la résistance et réforme les mauvais penchants. Je dis la religion, et non pas seulement la morale. L'une ne va pas sans l'autre. Et H. Forlalis disait avec raison an premier Consul : « Une morale sans religion, c'est une « justice sans tribunaux. »
Impossible de faire comprendre la morale a l'enfant, si ce n'est comme la volonté de Dieu son créateur, cl de la lui faire pratiquer, si ce n'est en l'appuyant sur la
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religion par les habitudes chrétiennes. Tout père sait cela. Hais ce que tout le monde sait aussi, c'est que la majeure partie des enfants, chez nous du moins, sortent de l'école trop tôt, sans avoir presque rien fait. C'est ce que les instituteurs m'ont dit bien souvent. L'immense majorité des enfants quittent l'école pour satisfaire à des nécessités impérieuses qui les courbent vers la terre ou sur l'établi, et
les années1 se passent sans que rien vienne suppléer au
peu d'instruction qu'ils ont reçu, et bientôt perdu. i
Puis il faut ajouter ceci : c'est que la majorité des maîtres est et ne saurait être que peu capable, et se trouve nécessairement retenue dans une condition étroite par un métier borné et monotone.
Voilà la réalité.
N'attendez donc pas de l'école et du maître une nouvelle humanité.
Les quatre grands instituteurs de l'homme, sont la famille, l'Eglise, le travail et l'expérience.
Quant à l'école, ce n'est guère à mes yeux qu'une '"•
nourrice du second âge. Dire qu'elle changera la face du monde, c'est une puérilité.
L'école primaire donne simplement trois outils à l'enfant : le mécanisme de la lecture , le mécanisme de l'écriture, et le mécanisme du calcul ; et heureux les enfants aux mains desquels l'outil ne se brise pas tout d'abord I
On l'a remarqué d'ailleurs, — cette question, Messieurs, est traitée avec une sagacité supérieure dans un livre nouveau , un des plus importants qui aient paru depuis longtemps, et que je signale à tous les esprits réfléchis, malgré les réserves que j'aurais à faire sur certains
points. Je veux parlor de la Réforme sociale, par H. Le Play, Conseiller d'État. ■ — Les paye où on fait le inoins de tapage de l'eose igné ment primaire, où on gonfle te moins l'orgueil de l'instituteur, où l'Ecole et l'Église sont unies et eu rapport continuel, où l'une apprend à lire ce que l'autre apprend à comprendra, sont les pays où l'instruction primaire est le plus répandue, je citerai la Suisse et la Savoie. Je parle de )a Savoie avec fierté, parce que c'est mon pays. Je n'ai rien constaté pour la Belgique. Hais la Savoie est peut-être le pays de l'Europe le plus avancé, quant à l'instruction primaire. Du moins, la statistique-, si une statistique certaine, constate que dans nos pauvres et chères montagnes, 89 enfants sur 1Q0 savent lire. — U faut ajouter que c'étaient les jeunes vicaires, qui, indépendamment des fonctions du ministère sacerdotal, avaient le zèle de faire plusieurs heures de classe par jour.
Je dis que l'école n'est pas tout, cela est évident pour l'instruction primaire. Mais j'ajoute que l'école, avec les besoins nouveaux, n'est pas même assez ; et je vous ai indiqué tout à l'heure quelle était sur ce point toute ma pensée, en vous parlant de l'éducation professionnelle.
Je résume ces idées en les reprenant sous une autre forme :
L'école, bien loin d'être la réformatrice du genre humain, n'est que l'auxiliaire du père et de la mère, dans les années de la première enfance et de la première éducation.
Elle n'a un rôle plus élevé, plus large et plus sacré, 3 lempsj'auxiliaire de la ret de Dieu, du
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devoir, de la vie future, avec la connaissance de Jésus- Christ, dans l'âme de l'enfant.
Grâce à cela, l'école est sainte et le maître est respectable.
Sans cela, l'école n'est qu'une machine à bégayer, et le maître qu'un débitant d'alphabet.
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J'ajoute : bien loin que la religion tienne trop de place dans l'école, elle n'y en tient pas assez :
C'est l'avis de tout homme pratique et de bonne foi.
Or, on me dit qu'en Belgique, il y a des hommes qui demandent au contraire la séparation de l'Église et de l'École, après avoir demandé celle de l'Eglise et de l'Etat. Que voulez- vous? Je trouve cela très-franc. Vous avez des gens qui jurent de mourir sans religion, ils voudraient qu'on vécût de même; c'est infâme, mais c'est commode.
Chez nous, ce sont des moyens détournés que l'on emploie. On s'attaque aux collèges religieux, et on demande une inspection plus sévère; aux écoles de filles tenues par des religieuses, et on demande des brevets.
Les collèges sont libres, d'une liberté restreinte, car il faut des conditions pour les ouvrir, des brevets pour les diriger, une inspection à subir, des examens à la sortie, et dans l'inspection, dans les examens, la seule autorité agissante, c'est l'Etat. Cependant ils sont libres, et cela nous le devons au Président de la République française, aujourd'hui l'Empereur, il est juste d'en rappeler le souvenir;
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et à trois hommes que je ne puis oublier ici, M. de Hontalembert, M. deFalloux, et M. Thiers... Je les nomme tous trois , Messieurs» et jusqu'à mon dernier jour, tant qu'il me restera une voix, je l'emploierai à dire ma reconnaissance pour ces hommes, et à protester contre l'ingratitude dont ils ont été payés depuis, pour les immenses services qu'ils ont rendus alors à l'Eglise et à la société. [Longs applaudissements.)
A l'heure qu'il est, ce sont les brevets de capacité qu'on veut obliger le gouvernement à imposer aux religieuses.
Eh bien I dans cette loi de 4850 , je le répète, l'homme qui a le plus contribué a empêcher cette mesure, c'est M. Thiers : il avait une répugnance instinctive contre ces brevets de capacité demandés aux religieuses. Chez nous, cette répugnance était naturelle, mais nous n'avions peut-être pas la puissance de faire pénétrer notre conviction chez lous les membres de l'Assemblée nationale; c'est alors que M. Thiers nous a dit : « Je ne vous abandonnerai pas dans cette campagne, et pour ma part, je ne consentirai jamais à ce qu'une jeune fille qui a quitté sa maison, sa famille, sa mère, pour se dévouera instruire les orphelins et les enfants des pauvres, soit obligée à comparaître pour subir publiquement l'examen de Messieurs »
qui ne sont pas dignes de les connaître [Mouvement.)
Quant aux inspections, on demande qu'on inspecte de plus près nos collèges. Quelle inspection inventer qui ne gêne et ne supprime la liberté? C'est bien ce qu'on veut. Inspecter, pour certains hommes, cela veut dire suspecter, et suspecter mène à supprimer. Sur tout cela, Messieurs, voyez les contradictions de nos adversaires.
— Nous ne voulons pas de couvents : qu'avons-nous besoin d'ordres contemplatifs ?
— Eh bien! nous vous donnerons des ordres actifs.
— Nous n'en voulons pas non plus.
Dans le vrai, ils ne veulent pas des couvents, sous prétexte que les religieux sont des fainéants. Eh bien I j'affirme que si c'étaient des fainéants, on les supporterait encore... du moins jusqu'à ce qu'on pût prendre leurs biens. Mais c'est précisément parce qu'ils travaillent plus et mieux qu'on ne voudrait, qu'on n'en veut pas.
Donc, pas tant de religieux, pas tant de religieuses : c'està-dire, pas tant de religion ; voilà le vrai mot snr tout cela. (De toutes parts: C'est vrai t c'est vrai !)
L'attaque contre les écoles de filles est non moins détournée.
On se plaint que les communes sont pauvres. Nous offrons une éducation qui ne coûte presque rien.
On dit que tout est à faire dans l'éducation des filles. Nous répondons que nous avons 44,000 écoles tenues par des religieuses sur 21,000 : c'est toujours quelque chose, c'est même trop probablement pour nos adversaires.
On s'écrie : Donnons des mœurs à la démocratie, restaurons la famille. Or, nous employons des vierges à préparer des épouses, des saintes à préparer des mères.
Tout cela est non avenu.
Il faut tout recommencer, et d'abord imposer des brevets à tout le monde. La belle affaire, pour apprendre la couture et l'alphabet, et n'aura-t-on pas bientôt une école normale des nourrices I
Au fond, on se moque des brevets! on espère ainsi que
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beaucoup de religieuses renonceront à renseignement, et c'est ce qu'on veut.
C'est toujours inspecter, suspecter, évincer.
11 faut, disent-ils, séparer la religion de l'instruction.
C'est en ce moment ta grande thèse des adversaires. Ils y emploient les romans en même temps que les feuilletons, les premiers-Paris, les premiers-Bruxelles, tout, tout au monde.
Les uns se font les avocats de la famille. — J'ai lu cela; et je regrette qu'un homme comme M. Jules Simon ait été ramasser cette thèse misérable des mauvais journaux et des romanciers. — Ils prennent un air austère, et ils disent : Prenez garde, si vous faites des femmes religieuses pour des hommes qui ne le sont pas, vous préparez le schisme dans le ménage. Belle raison en vérité 1 C'est comme si l'on me disait : Si vous élevez des filles riches pour des maris pauvres, vous créez l'inégalité dans le ménage. A cela je répondrai une chose très-simple : Enrichissez les maris, si vous le pouvez. — Nullement, nous appauvrirons les femmes.
Parle-t-on ainsi au nom des maris T Nullement , le mari qui ne croit pas , est bien aise (combien de fois n'ai-je pas vu cela) que sa femme croie.
Parle-t-on au nom des pères? Moins encore. Un père qui necroyaitpas me disait un jour : « Je n'ai pas la foi ; je n'ai pas le bonheur d'être chrétien ; j'ai été élevé dans des temps moins heureux que les vôtres; mais je veux que mes enfants croient. »
Ce n'est donc pas au nom des maris , ce n'est pas au
son) des pères que tous parlez. Est-ce au nom des iaslituteurs f
Non I Car si on enlève à la mission des instituteurs
sa noblesse , sa sainteté, si on les réduit au rôle de répétiteurs d'alphabet, si on ne leur laisse plus la joie de croire qu'ils font quelque ehose pour les âmes, on détruit le ressort même de leur courage et la récompense de leur *
peine. *
Non, non : on parle au nom des faux philosophes, qui ', \
ne sachant comment détruire la religion , et impuissants
par leur misérable sophistique, trouveraient très-commode
qu'on n'enseignât plus du tout la religion, et osent dire : t •
faites nous des femmes qui ne vaillent pas mieux que nous.
Celle Ihôse , Messieurs , est précisément celle d'un roman trop fameux, et ici j'ai besoin que Mgr le Cardinal me donne d'avance l'absolu lion ; car je suis obligé de vous avouer cela, c'est une confession que je vous fais : je viens de lire deux romans, bien opposés, il est vrai : j'ai lu Sy bille, et j'ai lu Mademoiselle de la Quinlinie.
Chez les auteurs de ces deux romans, les rôles ont été renversés, c'est l'homme qui est pour la Religion, c'est la femme qui est contre. J'ai donc voulu et dû voir cela.
Que voulez-vous? Je suis un pauvre médecin, j'ai des enfants malades ; j'ai pensé qu'il fallait un moment m'inoculer la contagion pour en guérir les autres, et que je n'en mourrais pas.
Or, voici les deux notes que j'ai failes après cette lecture : — je dois , pour excuser mon péché, vous avouer que je lisais un peu perpendiculairement, du moins le second de ces livres : — Dans Sy bille, M. Feuillet, charmant
esprit, noble cœur, a voulu montrer qu'une femme pure et courageuse pouvait élever jusqu'à Dieu un homme dépravé, avant de l'approcher d'elle : sans le prêcher, elle l'éclairé, elle le touche, elle l'étonné, elle lui fait partager peu à peu ses croyances : à force de l'admirer, il devine ce qui la rend admirable. Encore meurt-elle, et c'est peut-être la plus belle ou du moins la plus noble pensée de l'auteur. Il n'a pas voulu que ses 'deux héros reçussent la récompense de Dieu en ce monde : le jeune homme, lui, reste icibas, seul, les bras tendus vers le ciel et l'infini ; mais vers un infini que Sybille a su remplir des plus sublimes réalités, et qui le consoleront désormais sur la terre.
Or, voici qu'une femme s'est mise en rage (après avoir lu, je n'ai pas trouvé d'autre mot) contre ce gracieux exemple de l'ascendant de la vertu dans une femme. Elle introduit une jeune fille, qui s'appelle Mademoiselle de la Quinlinie, dans un monde d'impies, qui sont tous sublimes, bien entendu, et de dévots, qui sont tous ridicules ou odieux : ceci encore devait être. Mais il faut avouer que l'art a vraiment manqué ici par trop au romancier. Si j'avais fait ce roman, j'y aurais mis quelque chose de plus : j'y aurais voulu une créature simple et naturelle, pour dire la vérité à chacun : cela n'y est pas. On attend sans cesse cette créature, qui remette chacun dans la simplicité et dans le vrai : on l'attend vainement. Mais à sa place que nous montre-t-on ? Un pédant, — il n'y pas d'autre nom, — qui parodiant les procédés de Sybille, et les prenant à rebours, dépouille cette âme de toute croyance, afin , non pas de s'élever jusqu'à elle, mais de l'abaisser jusqu'à lui. Puis, l'auteur s'indigne et se
moque de la foi de Sybille, qui semble exiger de celui qui l'aime un billet de confession ; et cet auteur ne s'aperçoit pas que son ennuyeux héros exige de sa pauvre victime un billet de non-confession, un certificat d'incrédulité totale. La jeune et charmante Sybille est presque aux yeux de l'auteur un inquisiteur qui force à croire. Eh bien I son pédantesque héros est un inquisiteur aussi , mais un inquisiteur japonais, qui force à abjurer, et à marcher sur Jésus-Christ.
Et quelle est la conclusion de tout cela, Messieurs? La voici : Ce sont ceux qui ont peur que les enfants croient malgré eux, qui s'arrangent de façon à les forcer à ne pas croire.
C'est la perversion substituée à la conversion.
Je me suis permis cette digression, parce que ce roman est précisément la mise en scène de la thèse que je lis dans les journaux : Séparez la Religion de l'instruction des filles, de peur de préparer la division dans les ménages.
Il y en a d'autres qui osent écrire tous les matins :
« Séparez la religion de l'école, car la religion est entre les mains des prêtres, dont le Chef a condamné les principes de nos constitutions modernes ; et leur enseignement est anti-national. »
Vraiment 9 envers des gens qui pardonnent, qui ne se battent pas en duel, ni dans la rue, et qui n'aiment pas les procès, on se croit tout permis, toutes les offenses, tous les mensonges!
Faut il le répéter pour la millième fois? Parce que le Pape, en se défendant, et défendant la doctrine catholique, contre les emportements de M. de Lamennais , en 4882,
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contre les violences et les brutalités de M. de Cavour, en 4861 y parce que le Pape s'est prononcé dans des actes publics , contre des erreurs énormes , recouvertes de mots trompeurs, on ose affirmer que le Pape condamne les constitutions belge, anglaise, française, allemande» américaine, etc.
On oublie, et les déclarations des Evêques , — des rôtres en particulier, — et les serments des Cardinaux, et les explications réitérées, et la conduite enfin si sage, si ferme, et si nette du Saint-Siège, en ce siècle, comme en tous les autres , vis-à-vis de toutes les formes changeantes du gouvernement des hommes. [Applaudissements .)
Je le dirai simplement : pour moi je me sens profondément blessé quand on doute de ma loyauté de citoyen. J'ai rame française et j'aime mon pays , et c'est au fond de mon cœur un indestructible amour. Sans doute, selon l'admirable parole de Fénelon , nous sommes tous citoyens de Rome ; — je dis de Fénelon , car le civis romanus sum de saint Paul , qu'on citait hier , n'a pas été dit dans ce sens. — Tout catholique est Romain, s'écriait l'immortel archevêque de Cambrai, et par le fond de ses entrailles , et sa main se dessécherait et la vie s'éteindrait en lui avant qu'il refusât de la donner , et mille vies, comme une goutte d'eau , pour l'Eglise Mère et Maîtresse de toutes les Églises* [Longs applaudissements.)
Mais, certes, ces grands sentiments de l'âme catholique, bien loin d'exclure en nous l'amour de la patrie, le confirment et l'enflamment. Notre-Seigneur, lui aussi , a aimé sa patrie; il est mort pour elle, et tous les Pères, méditant la parole de saint Jean l'évangélisle, pro génie, ont pensé
qu'en mourant pour le genre humain tout entier, Noire- Seigneur avait eu sur le Calvaire un regard particulier, c'est le mot de Bossuet, pour sa patrie.
Et la veille même de sa mort, en gravissant la montagne des Oliviers, et voyant la triste Jérusalem , il se prit à pleurer sur elle ; Ftevit super illam , et s'écria : « Jéru- « salem , Jérusalem , combien de fois n'ai-je pas voulu « rassembler tes enfants sous mes ailes I » Jésus-Christ n'a pleuré que deux fois dans l'Evangile. Une fois sur sa patrie, afin de montrer que l'amour 'de la patrie doit demeurer à jamais, et jusqu'à la mort, dans toute âme honnête et chrétienne ; et une fois sur Lazare, son ami , afin île montrer que l'amitié est un des plus purs et des plus nobles sentiments du cœur de l'homme , et , comme le dit l'Ecriture, un remède de vie et d'immortalité. Medicamentumvitm et immortalitatis, (Applaudissements.}
Messieurs . me permettrez- vous de dire ce que vous me faites sentir à l'heure où je vous parle, par vos applaudissements si affectueux... Non, je le sens, je ne suis plus un étranger parmi vous. Je n'ai pas le bonheur de vous connaître tous personnel le ment. Mais je vois, je connais vos âmes; vous voyez, vous connaissez la mienne; et je sens que désormais j'ai des amis parmi vous, et qu'entre nous, comme le disait autrefois saint Paul aux amis de son apostolat , c'est à la vie, à la mort. Ad eonvivendum et eommoriendum. [Vifs applaudissements.)
Je le répète donc, je suis profondément blessé quand on doute de ma loyauté de citoyen. J'ai l'âme française, comme vous avez l'âme belge, et vous seriez malheureux, si votre noble nation était de nouveau englobée , c"nm<>
elle l'a été trop souvent , tantôt par ceux-ci , tanlôl par ceux-là. (Applaudissements.)
Et mes prêtres apprennent de moi à être de bons citoyens, attachés aux lois et à l'honneur de leur pays. Toute imputation contraire, je l'appelle hautement une diffamation. Quand il s'agit de moi, je la méprise; quand il s'agit de mes prêtres, je demande justice.
Et ce que j'appelle une diffamation, je rappelle aussi une dérision.
En vérité, je le demande: Est ce qu'il est question de démocratie et de parlementarisme, de constitutions politiques, des principes de 1789 ou de 4793, dans l'enseignement des enfants de 8 à 42 ans? Leur apprend-on la grammaire ou le code, Lhomond ou Puffendorf, l'arithmétique ou la théorie des pouvoirs, b, a, ba, ou l'Esprit des lois? Ne venez donc pas nous faire des phrases sur tout cela, c'est se moquer du bon sens et de l'esprit humain.
Séparez la Religion de l'Ecole, dit-on, de peur qu'on enseigne l'intolérance.
Soyez donc francs, et dites : de peur qu'on enseigne la Religion.
C'est toujours le même refrain : soufflons cette lumière, qu'elle ne brille plus ; nous aimons mieux nos ténèbres.
Du reste, ne nous effrayons pas trop de ces attaques, parce qu'elles viennent seulement des journalistes. Et puisque j'ai prononcé ce mot, laissez moi , Messieurs, vous dire toute ma pensée.
Il y a des journalistes, à qui nous devons une reconnaissance immortelle, pour le courage avec lequel, chaque malin, ils luttent, dérendent l'Eglise, la Religion, dans des conditions souvent si dures et si inégales. [Applaudissements.)
Hais en dehors de ces efforts généreux de quelques hommes, il y a un empire du journalisme qui est effroyable et immense en Europe. Dans tous ces journaux un pqlit nombre d'hommes écrivent; et tout le monde lit, et il faut ajouter que très-peu comprennent. En sorte que le petit bataillon de ceux qui parlent, finit par entraîner la grande masse de ceux qui écoutent.
Et à ce sujet je ferai une remarque. Hais j'abuse de votre attention. (Non, non, continuez.)
Le journalisme est précisément l'exemple de l'enseignement séparé de la Religion. Les journalistes parlent, professent, écrivent, attaquent, inventent, tranchent, précisément comme si la Religion n'existait pas. Or, sont-ils ainsi des restaurateurs de la morale? Supposez que ces journalistes deviennent des instituteurs. Supposez qu'on dise à l'école ce qui se dit dans la presse irréligieuse. Quel chaos, quels préceptes I
J'ai dit : les journalistes. Hais ce ne sont pas tous tes journalistes qui prêchent la séparation de la Religion et de l'école, ce sont les étourdis du journalisme : ce ne sont pas les vétérans, ce sont les têtes folles et non pas les têtes grises, ce sont les inventeurs, les utopistes. Or, je demande aux hommes politiques ce qu'Hs pensent des faiseurs de système, des utopistes, des idéologues.
Je demande aux hommes de cinquante ans ce qu'ils pensent de ces petits messieurs de ving
leurs articles, professent la puissance de l'éducation, et par l'usage qu'ils font de celle qu'ils ont reçue, prouvent à quoi elle leur a servi.
J'ai souvent remarque, d'ailleurs, à quel point certains journalistes sont mal informés. Ils vont de leur bureau à leur cercle, écrivant cent fois la même chose, et criant par routine contre des maux qui ont cessé d'exister, sans jamais venir voir par leurs yeux. Ils n'ont jamais vu un village, ils ne sont jamais entrés dans une usine, ni surtout dans une église, ni entendu un prêtre, ni vu un paysan, ni visité une chaumière.
À l'heure où je parle, dix ou douze de ces messieurs, le cigare à la bouche, écrivent qu'il faut séparer la Religion de l'école, ou autres phrases de ce genre. Et que font au même moment, en Europe, cent millions d'êtres humains? Ils travaillent ; et après avoir travaillé, ils vont rentrer dans une chaumière ou dans une mansarde, puis demain recommencer; et dans cette vie monotone, sur ces intelligences peu raffinées, quels rayons consolateurs seront tombés depuis le berceau jusqu'à la tombe? Enfants, ils voudraient jouer; quelle voix leur dit : Non, mon enfant, il faut travailler! Jeunes, ils voudraient jouir et disperser ce qu'il y a de meilleur dans leur âme, leur amour. Quelle voix leur dit: Non, mon enfant, sois pur. Aquaranteans, ils voudraient s'enrichir, se révolter ou s'amuser. Quelle voix leur dit: Demeurez probes, calmes et tempérants* A soixante ans, ils voudraient se désoler, s'aigrir on s'abrutir. Qelle est la voix qui leur dit: Espère?
Messieurs, il n'y a ici- bas qu'une voix qui dise cela, avec tendresse et persuasion,- aux millions de travailleurs qui
soutirent : c'est la voix' de la Religion. A tous ces pauvres gens, il n'y a qu'une voix pour leur dire, qu'il y a un Dieu, un devoir, un avenir, un Jésus-Christ qui a travaillé comme eux et souffert pour eux, et un crucifix qui sera leur consolation et -leur espérance à la dernière heure I (Longs applaudissements.)
Otez cela, Messieurs les journalistes, Messieurs les écrivains, ôtez le. crucifix, otez le tabernacle, ôtez la Religion, comme vous voulez lo faire et comme vous l'auriez Tait, si Dieu l'avait permis, et la vie humaine ne sera plus qu'une horreur, coupable ou affreuse, et la terre ne sera plus qu'un lieu de débauche ou de supplice.
Messieurs, quand on me dit qu'il y a des gens qui veulent ôtertout cela, je réponds instinctivement qu'ils n'y pensent pas; non ils ne savent ni ce qu'ils disent ni ce qu'ils veulent! Je n'ai jamais pu croire qu'il y ait ici-bas une dépravation assez profonde pour l'imaginer ou le vouloir sciemment.
Ce n'est pas tout. Il y a encore une chose qu'ils ignorent, ces jeunes gens qui écrivent... et qu'ils devraient savoir, ces prétendus hommes de progrès, eux qui enseignent comme sachant tout, avec une telle conscience de leu r infaillibilité... Mais vraiment je crains de vous fatiguer... (Non, non]. Ils ignorent qu'un progrès s'accomplit tous les * jours. Mous voyons cela dans nos diocèses. Les populations rurales s'élèvent ; ta liberté du sol et le travail courageux ont porté leurs fruits. Le paysan est mieux nourri, mieux logé, mieux vêtu, mieux payé. L'industrie comprend qu'il est de son intérêt et de son devoir de bien traiter les ouvriers : les écoles, les logements, les bibliothèques se fondent; et en même temps les propriétaires, fermiers, ir
tous les gens pratiques, rebâtissent les Églises ; ils ne comprennent pas que le réveil matériel soit possible sans le réveil moral. [Bravo t) S'il n'y avait que la matière qui se réveillât et qui triomphât, ce serait effroyable. Il se fait donc comme un concert de toutes les forces pour arriver à ce grand résultat. Ce résultat est lent, il est difficile, mais il est commencé. L'expérience a parlé, elle parle, elle prévaudra.
Eh bienl Messieurs les écrivains ignorent cela; ils parlent de désunir précisément ce que tout le monde veut rapprocher, et au moment même où l'accord et le progrès se font, ils créent le désaccord et font le retour en arrière.
Mais, quittons celte petite compagnie des écrivains de la presse irréligieuse, et entrons dans la vraie nation, parlons aux pères de famille, aux chefs d'industrie, aux grands exploitants de la terre , aux commandants d'armées , aux hommes d'État, aux magistrats, aux hommes qui ont le droit d'être entendus. D'une commune voix, tous vont vous répondre :
« Nous avous besoin qu'on moralise de bonne heure les hommes, et la Religion des peuples c'est toute leur morale. Nous assistons à une immense transformation. La facilité des voies de communication et les développements de l'industrie opèrent une nouvelle répartition des hommes et des occupations sur la terre. Au fond de son village, le paysan est tenté par le désir de se déplacer, le sifflet de la vapeur l'appelle, et dans la ville, l'ouvrier est tenté par le sifflement de la convoitise et du plaisir. »
11 importe donc que le paysan, ébranlé dans sa chaumière, l'ouvrier, troublé dans son atelier, soient fortifiés
dans leur conscience ; que, dans leurs visions d'avenir, la
foi, la famille, la conscience, saintes figures, ne soient pas
remplacées par la richesse, la jouissance, l'ambition.
Hélas I c'est du mauvais côté que penche la balance. i
Les poids sont nombreux, sont énormes, dans le mauvais I
plateau , et ce pauvre petit poids de la religion, cette dose
si faible, cette paillette d'or, reçue à la hâte, avant douze
ans, provision de toute la vie entière, vous voulez l'arra- * t
chéri Saint François de Sales a comparé l'âme agitée de î
l'homme à une pauvre barijue jetée en pleine mer et l
battue par tous les orages. Cette barque n'a pour se dé- J
fendre qu'un gouvernail, la Religion. Eh bien I cette petite ;
barre, qui tient si peu de place dans ce navire, chargé de f
richesses immortelles, cette petite barre du gouvernail,
vous voulez la jeter à la mer !
Séparer la religion de l'école, au moment où les plus puissants et les plus redoutables attraits arrachent l'homme aux influences morales, maïs c'est le comble de la folie I Et la main ne vous tremble pas quand vous allez porter le coup à la dernière racine par laquelle l'arbre recevait un peu de sève? Qui êtes-vous donc ?
Mais soit! voilà qui est fait I Vous avez triomphé : il n'y a plus de religion dans les écoles : Forcerez-vous avenir aux églises? Non. Accorderez- vous le temps nécessaire pour y aller? Non. Paierez-vons partout des curés et des vicaires? Non. 11 y aura donc de moins en moins de religion I Oui. Dites la vérité : que le catholicisme tombe, cela vous est ^ 1
égal, n'est-ce pas? Oui. Même agréable ! Oui. N'en parlons donc plus. Il n'est plus question de nous.
Mais, alors, il va être question de vous ! La charge que vous nous ôtez, vous la prendrez sans doute T La doctrine que vous répudiez , vous la remplacerez. Par qui ? Par quoi?
C'est ici que je vous attends, à ce lendemain formidable, qui est le juste châtiment de tous les triomphes impies.
Quels sont vos maîtres? Quelles sont vos doctrines? Qui eles-vous?
Je vais vous le dire. Mais auparavant je vous dirai qui nous sommes nous-mêmes, afin que vous nous connaissiez bien.
Ici, Messieurs, je me permetterai très-librement de louer l'Eglise, le clergé, les catholiques : vraiment ils ne sont pas gâtés , par le temps qui court. Un des prêtres les plus éminenls de notre époque, le Père Newman, vient d'intituler un livre : Apologia pro vitd sud. Et nous aussi, nous aurions à écrire une défense de notre vie attaquée tous les matins par les faiseurs de nouvelles 1 Quelle sévérité contre nous? quelle rigueur implacable! Nous faisons icibas une œuvre qui, sans la grâce de Dieu, serait un tour de force. Nous entretenons, sous toutes les latitudes, deux à trois cent mille jeunes gens ou jeunes femmes , à qui nous disons de vivre entre la chasteté et la pauvreté, avec Tordre de ne jamais faillir devant les deux grandes tentations de notre nature. En voici un qui tombe, un autre est cupide, celuUi-i^mplit mal JW&«&Wtifip- Aussitôt, le monde enfleç Jf^^ljl eKpar lySj^f^Swv* al>surde,
ï-x \*Kïî \^
les mille échos de votre presse répéteront : tous ces gens-là sont des misérables ou des incapables I
Eh bien! je louerai ceux que Ton attaque ainsi, je louerai l'autorité qui les gouverne, et la doctrine qui les inspire; et comme saint Paul , je serai fier une fois dans ma vie. Je louerai de loin nos chers prêtres des villages. Je prendrai l'offensive, et je provoquerai les adversaires de l'Église. Ouvrons un grand concours et comparons nos forces. Faisons, comme on dit, notre inventaire, notre balance , et comparons l'actif de la religion et l'actif de ses adversaires.
Ici, Messieurs, nous montons sur les sommets. Car l'Eglise a cela de sublime, qu'à propos d'un petit enfant de village elle agite la question de la vérité totale. Elle n'a pas deux vérités, ni pour la sincérité deux mesures, ni une petite et une grande morale. Elle n'a rien à offrir aux fils des Empereurs qu'elle ne donne aux fils du paysan. Eh bien I Yoici ce qu'elle apporte à toute créature :
La sublimité des affirmations ; — la puissance féconde des convictions; — la perpétuité des dévouements.
Et 1° La sublimité des affirmations.
En voulez-vous un exemple?
L'autre jour, je lisais un compte-rendu de l'Académie des Sciences, et en même temps une lettre d'un de mes prêtres.
A l'Académie , un savant , apportait un peu de chair en putréfaction, sur lequel s'agitait une vermine invisible, et, regardant cela dans la loupe , il s'écriait : Je tiens le secret de la vie 1 Ce vermisseau , il est né de rien , il n'a ni père
ni mère, c'est la génération spontanée. El tous les athées de s'écrier : « Donc tout s'est fait ainsi. Donc Dieu est désormais inutile. Quel bonheurl Nous avons pour père le néant. Nous sommes les plus heureux orphelins du monde I {Eclats de rire et bravos universels.) (4)»
En même temps que je lisais cela, je recevais, cela m'a frappé, une lettre d'un prêtre de mon diocèse, qui était allé dans une petite ville de France, à Parayle-Monial. Là, on avait fait une sainte cérémonie, et procédé à l'une de ces affirmations contre lesquelles la contradiction ne peut rien. On avait affirmé que telle âme avait été une âme sainte : on recueillait avec respect, non pas comme ce savant, un peu de chair en putréfaction, mais une poussière vénérée, des ossements qui avaient été sanctifiés par la pénitence chrétienne, par la chasteté, par la charité, par la justice, et en recueillant la dépouille mortelle et sacrée de cette âme, que la sainte Église Catholique déclarait avoir été une âme sainte, héroïque, on procédait à
(1) Qu'il me soit permis de rendre ici un sincère hommage aux beaux travaux de M. Pasteur , pour détruire cette doctrine opiniâtre et absurde. Quand il m'arrive un écho de la science spiritualiste , quand je puis connaître quelque chose des recherches ingénieuses et profondes d'un Pasteur sur les générations sport-
tanées, d'un Flourens, ou d'un Quatrefages sur Y Unité de l'espèce humaine , j'éprouve une jouissance profonde, et, bien qu'ignorant, je salue dans ces docteurs de la science des auxiliaires de ma foi. Je ne puis oublier qu'un des premiers travaux sur la question des générations spontanées couronné par l'Académie des sciences, a été fait par M. Van Beneden , savant professeur de cette belle Université catholique et libre de Louvain que j'admire et quB j'envie.
une affirmation incomparable... Car raontrez-raoi un de nos adversaires qui ait jamais pu dire comme l'Eglise catholique : Voici un homme que je vénère et dont je baise la cendre , car il a été un Saint , je le déclare à la face du ciel et de la terre, et si quelqu'un peut lui jeter la pierre, qu'il se lèvel On ne l'a encore jamais fait.... Eh bien, je me permets de croire que, si celui qui vénère ces ossements bénis de Dieu et cette sainte poussière, pouvait voir l'âme qui les a animés, il aurait mieux découvert les grands secrets de la vie que l'inventeur de la prétendue génération spontanée ! Car il aurait découvert qu'il y a un ciel et une terre, un Dieu et des âmes, un sublime concert entre elles, une puissance réservée au bien, parce que tout bien sort de la suprême puissance qui est notre Dieu, notre Père I Et je l'atteste au nom de ce Père lui-même , qui a visité la terre, et y est descendu un jour, et s'est montré, la main sur la plaie de son coeur sacré , à celte simple fille des champs dont j'ai baisé la poussière I
Oui, je le répète, quelle énergie, quelle fermeté I mais aussi quelle splendeur dans nos affirmations !
11° La puissance féconde des convictions.
Un mot seulement. Croyez vous, Messieurs, que la société est gardée par la gendarmerie? Moi, je crois qu'elle est gardée par les commandements de Dieu. J'honore, j'aime les gendarmes: ils nous gardent contre les voleurs. Mais qui sont les voleurs ? Ceux qui n'obéissent plus aux commandements de Dieu.
On parle de la nature, de la raison. Messieurs, notre nature nous porte au bien, mais aussi au mal. Il faut donc
que Dieu vienne et dise : Je sois le maître, Ego Dominus. Et je te dis :
Tu ne tueras pas ;
Tu ne voleras pas ;
Tu ne mettras pas ton père à l'hôpital ;
Tu ne tromperas pas ta femme ;
Tu respecteras ton corps ;
Tu ne mentiras pas.
Or nous apprenons cela sur les genoux de nos mères, cl c'est la sainte Mère l'Eglise qui le leur dit.
III0 La perpétuité des dévouements. — Sans faire ici un tableau trop facile de ces dévouements qui se succèdent sans fin dans l'Eglise, pour le service des innombrables misères humaines ; sans parler de tous ces religieux et de toutes ces sœurs , consacrés , sous tant de noms divers, k tous les besoins de la charité; de ces missionnaires, voués à toutes les fatigues de l'apostolat , qui s'en vont mourir sous tous les climats, brûlants ou glacés; de ce dévouement obscur et quotidien du prêtre , dans les villes et dans les campagnes; de cette multitude de bonnes œuvres qui s'accomplissent dans l'ombre par la charité catholique : toutes ces larmes essuyées , toutes ces indigences soulagées , tous ces malades visités , tous ces enfants, tous ces vieillards recueillis; sans parler de ces pères vertueux, de ces femmes pudiques, de ces mères admirables, formés, gardés par la- religion : sans entrer dans ces détails infinis, je résume tout d'un mot : voyez nos saints! Je vous demande uniquement de penser une fois à vos noms de baptême. En effet , nous portons tous te nom d'un homme
ou d'une femme , qui a cru en Jésus-Christ , el qui a été tout simplement un héros de dévoûment ou de courage.
J'attends maintenant l'exposé dea valeurs et des doctrines de ceux qui nous combattent et je vous avoue que je l'atteuds en paix. Je vois :
1° L'audace des négations.— J'ai publié l'année dernière un livre, que j'ai appelé un Avertissement; je l'ai fait avec un profond regret, mais c'était un grand devoir; un livre où j'ai résumé toutes leurs négations sur Dieu , sur l'âme, sur le bien et le mal, sur l'immortalité et la vie future. J'avoue que quand j'ai vu cela de près et dans le délai! , je l'ai trouvé prodigieux ; prodigieux d'audace , sans doute, mais surlout prodigieux d'abaissement intellectuel el moral , et de délirante impiété.
Je vous respecte trop, Messieurs, pour redire tout cela devant vous. Jugez du reste par ces quelques traits :
Dieu , c'est un vieux mot, un peu trop lourd pour la légèreté et la grâce de nos esprits.
Dieul c'est la catégorie de l'idéal...
Il faut reconduire Dieu à la frontière en le remerciant de ses services provisoires.
L'âme, la Providence et l'immortalité, vieux mots encore, dont on apprendra de plus en plus à se passer.
L'Ame n'est que l ensemble des fonctions du cerveau et de la moelle ëpinière.
L'immortalité réelle est un rêve.
Les morts n'ont plus qu'une existence idéale, dans le souvenir des vivants;... et il faut savoir se passer d'espérances.
La vertu ! oh ! il ne faut pas s'en trop inquiéter. Dernièrement un jeune homme disait : Le vice et la vertu, c'est un produit; je cite textuellement, c'est un produit comme le sucre et le vitriol. (Indignation générale)\ Et pour cela il demandait un premier prix de discours français. C'était vraiment impossible.
Je vois toujours les géographes et les navigateurs s'obstiner à chercher un passage aux deux pôles de notre planète. Eh I bien , nous sommes plus heureux dans le monde des idées.
Oui, il y a maintenant, dans le monde philosophique, une grande découverte en vain poursuivie par les navigateurs: c'est ce que j'appellerai le libre passage par les glaces, au cap nord de la vérité, jusqu'à l'athéisme et au matérialisme.
Oui, on arrive maintenant à l'athéisme, au matérialisme, couramment, commodément : et par trois chemins ; littéraire, métaphysique, scientifique; agréablement et comme à voile avec M. Renan, péniblement et comme à la machine avec M. Yacherot, lourdement et comme à la rame avec M. Taine. On trouve du reste la carte de ces tristes voyages dans les admirables livres du P. Gratry et de M. Caro (4).
11° Mais, laissons ces pénibles choses. Je le sais, il y a des philosophes spiritualistes, il y en a beaucoup. Je me tourne vers eux, et, en les remerciant de leurs efforts, je leur demanderai compte de l'impuissance de leurs hésitations. On ne trouve pas chez eux le grossier, le
(1) Les Sophistes et la-Critique, — l'Idée de Dieu.
brutal matérialisme que je viens de signaler : non,, ils sont spiritualistes , ils le déclarent, et au fond je crois qu'ils le sont. Seulement ils hésitent. Ils veulent demeurer spiritualistes, et ils ont si peur de notre compagnie, que sans prendre la doctrine des athées, ils en prennent le ton.
Aujourd'hui, les grands esprits, parmi les contemporains, M. Guizot, H. Cousin, et dans des temps plus reculés, Leibnitz et Descaries, sont devenus des cléricaux.
Nos spiritualistes doue, effrayés d'une part, de l'autre, enivrés, je ne sais comment ni pourquoi, ils le savent probablement, sont vraiment étranges. Ils parlent de notre immobilité, de nos lieux communs, de leurs idées nouvelles; ils sont en progrès; ils marchent; ils en appellent tous les malins à la discussion, qui découvrira le vrai... tôt ou lard. Ils voudraient jeter un pont entre ceux gui pensent et ceux qui devraient penser. Toutes ces phrases se sont fixées dans ma mémoire.
Quant aux lieux communs qu'ils nous reprochent, je sais ma langue, et je distingue entre banalités cl lieux communs. Banalités, ce sont leurs attaques. Lieux communs, ce sont nos principes ; oui, des lieux communs à tous, des lieux de refuge, de défense, de repos; comme la patrie est commune, comme le droit est commun.
Je disais naguère à l'un d'entre eux, bon et aimable jeune homme, esprit distingué, qui avait remporté un prix de discours latin, ce qui n'est pas toujours suffisant pour raisonner juste; je lui disais : Comment) vous vous prétendez philosophe, et vous parlez d'idées nouvelles! Je comprends que les pharmaciens aient des idées nouvelles , des produits nouveaux, parce que, grâce à 1" «1>:'":'> «» '»:>
des progrès, on trouve des remèdes inconnus. Mais quoi! la Justice, une idée nouvelle! la Vérité, une idée nouvelle! la Beauté Morale, une idée nouvelle! la Bonté, une idée nouvelle ! l'Ame, une idée nouvelle ! C'est absurde. Le Bon, le Vrai, le Beau sont nécessairement des idées éternelles. Quand vous me parlez d'idées nouvelles, ce ne peut être que des idées de second, de troisième, de quatrième ordre. Mais les grandes idées, celles qui remuent le monde, celles qui l'honorent et le sauvent, celles-là sont éternelles.
Mon, vous n'êtes pas en progrès : vous êtes en recherches. Mais il y a un milieu , comme le disait M. de Lamartine, entre la borne immobile et la boule qui roule toujours. La boule qui roule toujours, n'est pas en progrès, elle roule toujours, voilà tout; elle ne sera jamais la base, ni le fondement de rien.
Cela me rappelle, Messieurs, une histoire que vous connaissez peut-être ; me permettrez vous de vous la dire dans la familiarité de notre entretien? C'est l'histoire de ce barbier qui avait écrit sur sa porte : aujourd'hui on raseici pour deux sous, demain pour rien. Eh bien 1 à ces jeunes philosophes je dirai : vous aussi, vous écrivez sur votre porte : aujourd'hui on cherche la vérité... demain on la trouvera. (Vifs applaudissements.) Demain, toujours demain : mais l'humanité veut vivre aujourd'hui.
Vous êtes vieille, dit à la Religion cette jeune et prétendue philosophie. — • Mais vous aussi, ma sœur, vous êtes vieille. Si vous avez quelque chose de bon, c'est aussi vieux que moi. Au fond, dans ce que vous avez de vrai et de sûr , nous avons le même père, nous avons le même
âge. Seulement je suis mère et ma race couvre la terre. Et vous , vous êtes toujours fille, mais vieille fille, et voua avez tort d'accuser mon âge qui dit le vôtre, quîa sa gloire dans ma fécondité éternelle, et qui fait votre confusion. (Rires et applaudissements.)
Je crois être autorisé à dire, dans le langage du jour, à cette philosophie candide : nos valeurs sont des écus sonnants et comptants, et les vôtres sont des créances toujours différées, des créances sur l'imaginaire, sur les brouillards de la Seine ou de l'Escaut. (Bravos I bravos t )
Yous mourrez insolvable, si vous continuez ; et au fond vous ne vivez que des emprunts que vous nous faites. L'idée de Dieu, de l'âme, l'immortalité , la science du bien et du mal ; vous me devez tout cela : et quand vous vous séparez de moi, vous perdez tout cela infailliblement.
III0 — La Stérilité des dévouements.
Yous ne me démentirez pas, Messieurs, si je vous dis que tous les laïques ont à la bouche et dans le cœur les mots suivants : carrière, avancement, bon mariage, commerce, fortune, et tout cela est parfaitement légitime, je suis loin de vous le reprocher.
Mais cela ne suffit pas au pauvre genre humarn. Il est ainsi fait qu'il a besoin que quelqu'un accepte ce que le P. Lacordaire appelait éloquemment le ministère du sacrifice.
Quand vous serez tous en train de vous occuper de votre fortune, de vos enfants, de vos plaisirs, de vos champs, de vos affaires, qui se chargera des orphelins et des vieillards? Qui se chargera des pauvres et des fous, des malades et des infirmes ? Personne, si nous ne sommes
I pas là. Personne! Qu'ils meurent I Voilà la réponse des
j pays païens, de la moitié de la terre depuis Jésus-Christ,
de toute la terre avant lui.
La preuve est là : et j'ai tâché de la développer dans un livre sur la Charité; — il n'y a jamais eu sur la terre, avant Jésus-Christ, un ami, un instituteur dévoué pour les enfants du pauvre peuple. On n'en a jamais entendu parler; jamais un gouvernement n'a pensé à en avoir; comme il n'y avait pas un hospice sur la terre avant le Christianisme.
Je passe rapidement sur tout cela, qui ne souffre aucune contradiction, et je finirai en adressant à ces Messieurs une invitation qui ne peut que leur être agréable. Je leur dis : venez, vous tous, philosophes et critiques, venez et faites-moi le plaisir, pour le bien-être de l'humanité souffrante, d'afficher à la quatrième page de vos journaux ceci :
« On demande 4 à 500 mille héros des deux sexes pour
apprendre la prière et l'alphabet à des enfants malpropres,
i (longue hilarité), à condition que héros et héroïnes resteront
i chastes, patients, persévérants, travailleront dix heures par
jour pour 30 sous, et recevront des calomnies pour supplément de salaire, en se refusant même les plaisirs permis. »
Faites-moi le plaisir de mettre cela la semaine prochaine
à la quatrième page de vos journaux je vous paierai
l'annonce. [Rires et applaudissements.)
Messieurs, vous riez, vous avez raison... et vous avez tort... Car cette armée sublime, elle existe. Un maître unique a pu la créer, l'inspirer; il la lève, il la recrute, il l'arme, et la commande depuis 1800 ans; et elle ne demande
d'autre récompense que son sourire, que sa bénédiction, sa compagnie : ce maître, c'est Jésus-Christ. [Nouveaux et longs applaudissements.)
Ah! Messieurs, si ce parallèle est exact, si l'Eglise apporte au monde des affirmations sublimes, des vérités efficaces, desdévouments intarissables, et sises adversaires n'ont à offrir que des négations audacieuses, de bonnes intentions fragiles, un calcul intéressé et nécessaire, et un i
égoïsme, bêlas! presque universel, s'il en est ainsi, et il en est ainsi I reconnaissez que le Christianisme est le grand bienfaiteur du genre humain, et faites place au Christianisme, place dans la famille, dans la charité, dans l'école, partout ou il peut tous faire du bien.
Je voudrais convoquer ici un père, une mère, un roi, un homme d'état, un juge, un général, un recteur, un préfet, un marin, un industriel, un propriétaire, en un mot, un conseil de gens pratiques, ayant ici-bas une responsabilité sérieuse. ;
Nous composerions ensemble trois bibliothèques. !
Dans Tune, tous les nouveaux pontifes de l'avenir: Hugo , Littré , Sand , Quinet , fiérenger, Comte , Taine , Renan.
Dans l'autre, les meilleurs du passé, les sages : Platon, ,
Aristote, Descartes, Leibnitz, Pythagore, Zoroastre, Confucius, etc.
Dans la troisième» un seul livre, l'Evangile.
J'en appelle à toutes les mères , à tous les rois, à tous les pères de famille , à tous les hommes de cinquante ans: prenant un petit enfant par la main , avec respect et émo- '
tion , je demande à ce concile du genre humain dé me
-aa-
dire lequel de ces trois breuvages je dois verçer fcn* cetl* petite âme... {1 n'y aura qu'un cri : l'Évangile 1 l'Évangile I Et maintenant , proposez dç gépwrçr i$ WligjiM 4$ Vw* seigperaerit priaiwrô !
Ce qu'il faudrait , Messieurs, ce sçrait de séparçr cette question de la politique , à jamais , avec deux ou trois autres ,, et de lçs déposer, comme les Hçbreu* dépQftiept les tables de la loi , dans upe arche tf'a/A'ancc
Oui, ce que nous devrions tous dfôtrçr , ce n'est p$s qu'on sépare l'enseignement et la religjiqn t c'çst que Ton sépare renseignement et la politique.
Je voudrais que l'enseignement ne fût plus un mini^tèçe politique, qu'il fût mis à part* ainsi que la religion, comme un terrain réservé, sacré, au lieu d'être remué et Iqn^neftlé sans cesse.
Je voudrais (et c'est le résume de ce lopç entretien, Messieurs), que nous fussions tous d'accord, hommes public? et chefs de famille, pères et mères, ministres dç U Religion et ministres de l'Etat, puhUci$te$ et préjdicftHfljrs, pour professer :
— Que l'enseignement primaire doit être, reparu ;
— Qu'il doit détendre a^x deu\ sexes ;
— Qu'il doit être libre et à bop marché ^ m$i$ PQApas gratuit et obligatoire ;
— Qu'il doit être développé et étendu à presque toute la vie ;
j— Qitt'il doit être considéré comnié ufc àuiilîaire des fftmillès et non fcomme un réformateur des Etats ;
*— Qu'il doit être, avant tout, religieux ;
« — Que la religion de l'Europe civilisée, c'est le Chris* tianisme, c'est l'Eglise de JésUs-Christ, c'est l'EvtiUgile.
Je voudrais encore que dans les polémiques il y eût comme une entente universelle, pour ne pas toucher à certains sujets, pouf les respecter , et les placer au dessus et à l'abri du feu de la bataille.
H y a quelques semaines, plusieurs délégués des nations, réunis à Genève , sont contenus de neutraliser les ambulances et les infirmiers sur le champ de bataille (1). Belle idée chrétienne I Celui qui fait le bien est de tous les pays, et il a droit à un laissez-passer universel. Que ne pouvons-nous ainsi neutraliser tout ce qui fait du bien, Religion, Enseignement, Bienfaisance, et convenir que l'on ne tirera plus sur le bon prêtre, on ne tirera plus sur le bon instituteur, on. ne tirera plus sur la sœur de charité, on laissera passer Jésus-Christ! [Longs applaudissements.)
Quel magnifique traité de paix I...
*. Eh bienl Messieurs, il ne faut pas s'y attendre. Je
vous ai dit que la lutte était notre destinée. Toujours combattre, et toujours triompher, mais seulement à la longue, c'est la vie, c'est la condition de la sainte Eglise catholique et la notre. Elle a vieilli dans les Combats, aussi rien ne
(1) La persévérance et le zèle d'un seul homme , M. Henri Dunant a obtenu ce grand résultat. Une convention a été signée le 22 août 1864 , et le Roi des Belges y figure à côté de l'Empereur des Français , de la Reine d'Espagne, du Roi de Prusse et des Souve rains de huit autres nations.
l 'étonne; tout se brise à ses pieds ; et il y a 48 siècles que cela dure ; et à l'heure qu'il est, personnifiée dans ce saint Pontife, dont la sérénité est resplendissante, elle montre à l'univers, au milieu des plus effroyables tempêtes, son front vénérable, couvert de nobles cicatrices, mais toujours calme et serein. (Applaudissements.)
Et pendant ce temps-là des insensés chantent sa mort!... l'Eglise verra, et, je le souhaite, elle bénira avec compassion leur dernière heure. Àh! sans doute, il y a des jours de deuil et de ténèbres, où l'Église paraît descendre dans le tombeau. II faut que tous les grands chrétiens s'y attendent : pour toutes les grandes vies, il y a les trois jours de douleur et de mystérieuse passion; mais, ensuite! pour l'Église, comme pour Jésus-Christ, il y a la Pâque, le jour de la Résurrection, qui ne manque jamais : alors on voit l'Église, assise sur la pierre renversée d'un glorieux sépulcre, qui bénit avec amour tous ceux qui, dans la suite des âges, viennent se prosterner librement à ses pieds et célébrer avec elle son immortel triomphe.
Laissez-moi donc, Messieurs, en terminant cet entretien, vous le redire pour notre mutuel encouragement : Attendons-nous, selon la parole du Maître, à être pressurés dans le monde, In mundo pressurant habebitis, mais n'oublions pas la parole que Notre-Seigneur ajoutait: Ayez confiance, j'ai vaincîTlé monde : Sed confidite , Ego viei m un dam,
Bbric la lutte dans cet espoir, et dans les grandes condilions que je vous disais au commencement de ce discours : dans la prudence' chrétienne, dans la charité chrétienne, dans l'énergie chrétienne ; et Jésus-Christ sera toujours avec vous dans vos combats.
La lutte, mais en y gardant toujours le caractère du soldat et du chrétien.
Soldats, soldats du Jésus-Christ et de son Église, sachez tous mériter cet éloge que Pie IX écrivait à un de nos plus vaillants athlètes : « Bon soldat de Jésus-Christ, « vous avez combattu le bon combat. >
Chrétiens , aimez toujours , pardonnez toujours , ne répondez à la haine et aux calomnies que par l'amour; et en luttant contre les ennemis de la foi, luttez pour eux, priez pour eux ; rendez plus belle la vérité, afin qu'ils soient enfin séduits par elle.
Evitez les polémiques amères. Même dans les luttes politiques, ne blessez pas inutilement vos adversaires. Ne condamnez pas au nom de la Religion ce que la Religion ne condamne pas. Accordez ce que vous pouvez accorder.
Ne rêvez point d'ailleurs, ici-bas, un état de société qui dispense de la lutte, et je ne sais quelle forme de gouvernement qui doone une paix éternelle. Vous, catholiques de la Belgique, ne vous plaignez pas de vos institutions. Elles ont du moins un grand avantage : c'est qu'elles ne permettent pas au plus fort d'être tout, et ne condamnent pas le plus faible à n'être rien ; c'est pour cela qu'on vous envie , on vous regarde, on vous admire; et c'est ainsi que votre défaite vous a laissé les armes, la liberté, la parole , l'espoir, le courage.
Et nous tous, qui que nous soyc les pays, au nom de Jésus-Christ, sible, point d'excès , point de fail dences, point de divisions. L'Evang frères comme vous mêmes ; s'il li
même* : la vérité seule plus encore.., 1 Ne substituons jamais les opinions, aux principes ; ne changeons pas en questions vitales les querelles de ménage* Plus les temps sont mauvais , plus il est nécessaire de nous serrer tous comme un bataillon sacré autour de l'arche menacée, unanimes, n'ayant qu'un cœur et qu'une âme, Oh I comme nous aurions été forts» nous aurions conquis les âmes, si cette unanimité n'avait jamais été troublée I
Encore uft mot :
Soldats, rappelez-vous que l'on doit aimer son Drapeau d'autant plus qu'il est attaqué et criblé. 0 mon pajs, ô France, dit le soldat, comme je t'aime, depuis que je me suis battu pour toi! O Drapeau percé, noirci, déchiré, comme je te presse sur mon cœur. Et nous, sachons redire : O vertu, ô conscience, o Religion, ô foi chrétienne, ô probité, o justice, o Eglise de Jésus-Christ, o Rome, ô Successeur de Pierre 1 comme je vous aime, car j'ai souffert pour vousl ( Bravos I Bravos! Applaudissements prolongés.)
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