‹ De l'enseignement philosophiqueChapitre 18 sur 18 · ADDITION · texte numérisé non relu

ADDITION

Les bornes de Tannée scolaire n'ayant pas permis à M. Bautain de donner aux derniers chapitres de son enseignement philosophique tous les développements nécessaires^ les personnes curieuses de connoître à fond sa méthode, peuvent recourir à la thèse (') latine que Tient de publier M. Gratry, professeur de rhétorique au collège S.1 Louis. Les parties de cette dissertation qui correspondent aux paragraphes que M. Bautain nous a expliqués, représentent presque mot pour mot le discours de ce célèbre professeur, le disciple n'a guère eu la peine que de le traduire en latin. M. Bautain tient singulièrement à ce qu'on ne s'écarte pas même de la lettre de sa philosophie; il la fait apprendre par cœur aux élèves du petit séminaire, et cela doit être, puisqu'il n'existe qu'un seul développement légitime de la science, et que ce développement ne se fait que dans l'intelligence de Fhomme de génie. Nous voudrions pouvoir reproduire avec la brillante élocution de ce philosophe la belle comparaison de Platon, dans laquelle des hommes enfermés au fond d'une caverne ténébreuse, ou pénètre un seul rayon de lumière, s'amusent à considérer les ombres mobiles qu'elle fait s'agiter sur les murs de cette obscure prison, et assassinent celui d'entre eux qui s'avise de tourner les yeux d'un 3utre côté, vers l'ouverture qui livre passage à la, lainière. «Cet homme, disoit Platon, c'est moi*. — «Cet homme, dit -on au séminaire S.* Louis, c'est M. Bautain*.

Faut-il s'étonner après cela qu'un élève de l'école

(') DisserUtth philosophie* de méthodes uientiorum,

polytechnique se soit laissé charmer au point de pré* férer les tourbillons de Descartes à l'attraction neutoniénne, et d'envoyer chercher de l'analyse mathématique dans la Pluralité des mondes de Fontenelle? Nous devons rectifier , d'après la nouvelle thèse, quelques paroles inexactes qui nous sont échappées dans le cours de notre ouvrage.

M, Gratry s'accorde (/*. 1 3) avec nous à dire que la méthode mathématique n'est point réellement génésique, qu'elle n'est analytique que dans un sens, en tant que, la définition , le caractère ou Féquatioo d'une figure étant donnée, on en déduit toutes ses propriétés. Mais l'objet des sciences mathématiques n'est point substantiel , comme nous l'avions cru sur les expressions peu précises de M. Bautain et sur sa définition de l'idée : cet objet n'a (/?. 1 8 et 19) qu'une existence logique et purement abstraite.

On trouve dans l'écrit du professeur de rhétorique des locutions et des choses bien extraordinaires. Character y est du neutre (p. 1 3). On y lit cette singulière phrase (p. 24) : «NLsi forte credidem «quœ intimius sentiuntur , acrius demonstrari non «posse; quœ VIVUNTUR, numéro ac mensura «non poste coerceri». C'est du latin de l'école polytechnique. On y voit (p. 7) que le meilleur fruit à tirer de nos connoissances, c'est de tout oublier, de passer l'éponge sur toutes nos pensées, de résorber tout notre développement scientifique, et de nous endormir dans la contemplation de la simplicité et de l'unité du principe de la science. On y entrevoit l'espérance qu'un jour la métaphysique sera soumise au calcul comme la musique. Alors la science aura sa vraie constitution, analogue à celle de l'homme*

Pour bien comprendre cette constitution , il faut jeter jjn dernier regard sur la métaphysique du. maître*

Dieu le Père est le principe , l'œil, le foyer , le centre. Le centre pose, engendre un rayon, qui est son regard, son intelligence, Dieu le Fils» .L'Esprit est le mourement circulatoire, la rie, le procédé vital , qui flue sans cesse du Père au Fils et du Fils au Père , procédant des deux. Le rayon décrit autour de son centre une sphère , une atmosphère, qui est l'entendement divin, le monde des intelligences, dans lequel l'homme existoit primitivement, communiquant avec le centre par le rayon. Cest de là que Homme est tombé par une singerie (sic) de la génération divine. Il a voulu avoir un rayon, une intelligence, un fils comme le centre absolu. Le rayon de l'homme, c'est son intelligence, qui est le regard de Famé, et lame est l'œil, le foyer , le centre. Le rayon humain décrit aussi une sphère, qui est l'entendement humain, le miroir où l'homme, à l'instar de Dieu, se pose lui en dehors et en face de lui. Mais l'enveloppe, la sphère de l'homme est toujours allée s'épaississant depuis sa dégradation, et a fini par devenir le corps ; en sorte qu'il y a aujourd'hui dans l'homme, outre le principe psychique, un esprit et un corps. Nous croyons cet exposé de la doctrine de M. Bautain assez fidèle. Venons maintenant à la science.

Pour être parfaite (p. 24 et 25), elle doit avq£r pour principe, pour centre psychique, la théologie, théologie expérimentale, c'est-à-dire sentimentale; pour rayon, pour partie spirituelle, la philosophie, primogenitam theologiœ ma tris; non une philosophie de tête, mais une évolution de l'homme , une éradiation du cœur, un calorique rayonnant, une

étincelle brillante, un développement rivant, animé d'un mouvement de va et vient, une génération semblable à celle d'un fétus; enfin pour circonférence, pour exposition, pour enveloppe extérieure et corporelle, pour forme naturelle, la science métaphysique : doctrinam e tribus unanu

Il y a* bien un fond de vérité dans tout cela» Mais il y a quelque chose de feux et d'indécis dans le point de vue de M, Baufain, Et puis il ne s>occupe <jue d'un seul genre de rapports. Et qu'est-ce après tout qu'une philosophie où il n'est question que de gestation, de fétus et d'accouchement, et où rien ne peut s'achever sans la sage-femme ?

Par condescendance pour notre imprimeurs et afin d'éviter un recours en justice qui eût entraîné un trop long retard dans la publication de cet écrit* nous en avons supprimé deux passages y dont Fun Jaisoit allusion à la disgrâce fu'un ecclésiastique de Strasbourg a récemment encourue à notre occasion, pour un fait qui date de plusieurs années. Pour contribuer^ autant qu'il dépend de nous, à réhabiliter cet ecclésiastique, nous devons à notre conscience de déclarer qu'il nous est entièrement inconnu, et que nous avons tout lieu de croire qu'il ne nous connoit pas davantage. Nous n'avons su son nom et son existence qu'en apprenant le coup qui l'a frappé, et nous avons appris en même temps qu'il n appartenait, ni à l'école philosophique de M, de la Mennais, ni au parti politique dont /'Avenir était Vorgane, et qui avoit pris pour devise : Dieu et la liberté.

L'autre passage supprimé manifestoit nos craintes que liotre ouvrage n'attirât quelque nouvelle rigueur sur le clergé de Strasbourg. Nous devons à la justice de déclarer que nous avons entrepris notre travail de notre propre mouvement; qu'à l'exception de nos quatre premiers chapitres, nous n'en avons donné communication à personne au monde avant l'impression; que la plus grande partie de notre cinquième chapitre n'a été connue en manuscrit que de nos copistes et de notre imprimeur; que le sixième a été composé au fur et à mesure de l'impression, comme U sera facile de s'en apercevoir; qu'il a été livré en grume, non point précisément à notre imprimeur, qui avoit acquis une sécurité suffisante par les chapitres précédents, mais directement à son prote; que nous n'avions pu prévoir en le commençant, les circonstances qui nous ont déterminé à le conclure comme nous l'avons fait; que notre imprimeur n'a pris connoissance de notre conclusion qu'en corrigeant l'épreuve; qu'aussitôt il nous a supplié de sacrifier nos huit dernières pages , à quoi nous n'avons pas jugé à propos de consentir. Nous affirmons, et nous pourrions au besoin confirmer par serment, qu'alors il nous a protesté, à différentes reprises, qu'il ne se seroit pas chargé de l'impression de notre ouvrage, s'il eût pu pressentir la tournure qu'il prendroit à la fin. Nous lui avons permis de conserver les épreuves des passages supprimés, pour lui servir de justification, soit auprès des personnes qui- lui f croient un reproche de son refus d'imprimer ce petit nombre de lignes , soit auprès de celles qui le blâmeroient de nous avoir prêté ses presses.

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