‹ De l'enseignement philosophiqueChapitre 17 sur 18 · TI · texte numérisé non relu

TI

«gence en puissance, et il ne naît ici bas.... que «pour la conception et le développement pro- «gressif de l'homme intelligent ou spirituel

«Toute conception suppose les deux principes, A être et la rie. Or l'être, la hase, la forme ra- «dicale, le germe spirituel de cette conception se «trouve incorporé dans le cerveau de l'enfant,.... «et la vie, le rayon générateur qui doit féconder «ce germe, lui viendra par un agent humain, «parlant le verbe humain, la parole de l'intelligence

«Dès que l'enfant a conçu le sois de la parole, «la personnalité spirituelle de l'enfant est déter- « minée dans sa forme corporelle : la conception ^spirituelle est faite.

«La conception de l'homme spirituel ayant eu «lieu,.... Tenant.... vivra désormais de la pa- «role humaine, par l'esprit et l'intelligence; et «cette parole sera aussi nécessaire à l'entretien «de sa vie intellectuelle, que le pain, la lumière c et l'air sont nécessaires à l'entretien de sa vie «physique.

«Ici devra se faire une troisième fécondation :

ccar l'homme qui est ame, esprit et corps.... doit

«vivre encore dans son ame pour l'être, source

«première de la vie et de toute vie, et à laquelle

«finalement toute vie doit être rapportée.

« Cette fécondation suppose, d'un côté le germe,

SI

« de l'autre la vie. Le germe est donné par l'ami «même, par la base radicale de tout l'homme, « vivant déjà dans son corps et son esprit La vie « pure devant pénétrer ce germe et le féconder, «viendra, ou de l'esprit vivificateur lui-même « qui souffle ou il veut sans que l'homme naturel « sache ni d'où il vient ni ou il va, ou par là « parole de vie annoncée à l'homme par le mi- «nistère de l'un de ses semblables, ayant reçu «lui-même la parole de l'Esprit, et vivant de ta «vie-O

« Cest par l'intelligence que la lumière intd- « ligible pénètre dans lame et la volonté (*). *

Ainsi, la vie physique tire(3) sa nourriture des produits organisés , de l'air et de la lumière ; la vie intellectuelle s'alimente par la lumière, par la parole humaine et par la parole divine ; la vie psychique est entretenue par la parole divine et par l'illumination interne; et, de même que la lumière, aliment le plus noble et le plus pur de la vie physique, devient, selon M. Baulain, le premier stimulant et la nourriture la plus matérielle de la vie intellectuelle, de même, la parole de Dieu , reçue extérieurement par lïn-

(') Propositions générales sur la vie, p. Ifo •... 5o. (■) Ibid., p. 4a.

(3) Ibid., p. 41.

telligence comme la substance la plus pure dont elle /loi ve se nourrir, est le premier aiguillon de la rie surnaturelle, et la forme la moins épurée du céleste aliment dont lame humaine doit, se nourrir pour vivre de la vie des justes.

Remarquez qu'ici , comme dans l'article de la Revue européenne ^ de tous les organes de la sensation, la vue est le seul qui ait de l'influence sur la Vie spirituelle. Cest que l'auteur ne savoit quelle sorte de nourriture diriger par les autres sur le cerveau. Car on ne peut raisonnablement foire filtrer jusqu'à l'encéphale, ni lui donner, pour entretenir et renouveler, en un mot, pour alimenter sa substance , la matière du son , les émanations odorantes , la cause immédiate de la saveur, ni les corps qui agissent par leur contact sur les papilles nerveuses où siège le sens du toucher.

A l'exception de l'air, de la lumière et de la révélation intérieure, c'est donc toujours une créature humaine qui fournit au nouveau sujet vivant l'alimentation qui doit entretenir en lui la vie sous ses trois modes généraux Or cette alimentation n'est pas toujours saiùe et salutaire* Souvent une coupable mère a fait prendre à son enfant une potion empoisonnée. La vérité, qui, sous toutes ses formes, renferme la vie objective, se subjective dans chaque individu, et

peut 0 sortir dénaturée de l'esprit qui l'a reçue; en sorte que la parole de vérité devienne parole d'erreur ou de mensonge, et passe en cet état dans la jeune intelligence qui doit s'en nourrir. Dans les premiers temps de son existence, l'homme ne peut refuser l'aliment qui lui est offert : telle est sa condition actuelle; et, comme il a commencé de vivre, ainsi continue-t-il encore tant qu'il n'a point eu sujet de se défier de h nourriture dont il a été rassasié. Arrive cependant l'usage de la raison et l'âge de la liberté L'enfant a fait l'apprentissage de l'erreur et da mensonge, il cesse d'être enfant par son esprit, et il lui faut dès lors un critérium de la vérité. A quoi l'homme pourra-t-il discerner la substance salutaire de la substance vénéneuse? l'alimentation saine de l'alimentation malsaine? la vie objective de ce qui en a l'apparence? Comment savoir si elle est dans sa pureté, ou si elle rayonne et s'expire corrompue de l'individu qui s'en est nourri, qui se l'est assimilée?

Sans doute à l'époque où l'homme commence à faire usage de ses facultés, il connolt déjà l'aliment physique dont usent les autres homme*, et les vérités premières lui ont été inculquées comme la nourriture commune de l'intelligence

(') Propositions générales, p. 34*

humaine. Mais c'est par le sens commun qu'il a fait toutes ces acquisitions. De plus, il va se présenter à lui de nouvelles substances ; de nouveaux discours , des opinions étranges vont frapper ses oreilles. Comment encore distinguera-t-il ce qui est pur de ce qui est impur? N'est-ce pas par le sens commun, sort qu'il consulte les autres hommes dans l'occasion, soit qu'il compare ce qui s'offre à lui avec ce qu'il a reçu précédemment?

M. Bautain voudroit-il que chacun s'en rapportât à sa propre expérience? — Mais à quoi me servira mon expérience, si j'avale un poison actif qui me donne presque instantanément la mort? Toutefois élaguons de la dispute ces agents énergiques de destruction. La simple insalubrité de l'aliment, que l'homme ne reçoit jamais pur dans son enfance, ne se manifeste qu'à la longue, par les graves désordres qu'elle amène insensiblement dans la vie physique, dans la vie intellectuelle, dans la vie psychique et dans la société. On s'alarme du malaise et du trouble que l'on éprouve, on en recherche les causes : mais on ne les trouve pas toujours; et, quand même on soupçonnerait qu'elles sont dans le régime alimentaire, toute substance dont on s'est nourri est-elle pernicieuse? comment reconnoltre celle qui porte la vie?

Pour ne parler ici que de la vérité, nous avo» entendu M. Bautain demander s'il falloit na critérium pour discerner la lumière d arec les ténèbres? — «La vérité, disoit-il, est évidente; elle doit se voir ou se sentir; Terreur , c'est la nuit, l'obscurité. * — Ainsi, la vérité est à ellemême son critérium , tout ce qui nous parott clair est vrai , tout ce qui est obscur et mystérieux est feux

— «La parole divine, ajoutoit M. Bautain, étant la vérité, est évidente par elle-même; elle éclaire l'intelligence dès qu'elle y a été reçue par la foi, y fait germer l'idée, pénètre dans le fond de l'ame et s'y fait sentir, et c'est le sentiment que nous en ayons , le goût que nous prenons pour cette parole sacrée, qui nous en démontre la vérité. Nous n'avons point d'autre certitude de l'existence de Dieu que le sentiment de l'action divine au fond de nos cœurs , comme les affections humaines se manifestent et se certifient par l'union sentie des âmes qui se touchent par leur fond9; d'où il suit que l'homme est obligé àe recevoir d'abord toute parole qui lui est proposée comme parole divine, sauf à reconnottre, a les effets dans l'ame , au bout d un certain temps qui n'est pas déterminé, s'il a été la dupe de sa bonne-foi.

Ne vous imaginez pas qu'il y ait beaucoup d'en-

wnhk dans la philosophie de AL fiautain en ee qui touche an discernement de l'erreur et de la vérité : c'est la partie foible de son système; et, comme le propre de Terreur est de se diviser et de se contredire, nous pouvons nous assurer par cette marque qu'il y a quelque chose de faux dans son intelligence. Il ne faudroit donc pas s'étonner si, tout en affirmant que l'évidence ou le sentiment suffit pour discerner la parole de Dieu de la parole humaine, on nous parloit encore d'un critérium extérieur qui résiderait dans le témoignage. Il pourra donc arriver que l'on consente à reconnoitre la vérité de la parole révélée par le témoignage tout divin qui nous l'annonce, témoignage qui, pourra-t-on dire, porte en lui son évidence en tant qu'expression divine, et qui, comme tel, est an-dessus des règles ordinaires de la critique , lesquelles ne peuvent convenablement s'appliquer qu'aux témoignages humains.

— Mais remarquez que, quand Dieu daigne parier aux hommes par des hommes, c'est par un témoignage humain que le témoignage divin « mani^et qne, paHonséquenTla parole divine, quoique répétée mot pour mot par l'organe que Dieu se choisit , tombe par là même dans le domaine de la critique.

— Mais on dira que Dieu investit ses ministres

de l'autorité et du caractère dont ils ont besoin pour se foire écouter; que c'est ainsi qu'il en a agi à l'égard des patriarches, de Moïse, des prophètes, ainsi qu'il en agit encore aujourd'hui envers l'église et son chef, et que sa parole ainsi énoncée, porte avec elle son évidence et sa certitude.

—Fort bien. Biais encore fout-il un critérium pour discerner le miracle d'avec ce qui n'est pas miracle; encore fout-il un motif de croire à l'infaillibilité de l'église et de son chef Et -ce critérium, ce motif de croire, doit être le fondement même de la raison humaine : il doit donc être universel.

, Si l'on nous demandent, à nous, quel motif nous avons de croire à l'infaillibilité du corps enseignant dans l'église, nous répondrions que c'est le consentement commun et l'exemple de la foule des chrétiens depuis l'origine du christianisme

Quant à l'infaillibilité du souverain pontife en 'particulier, elle a pour appui dans notre raison le commun consentement de l'église, manifesté dès la plus haute antiquité, et formulé d'une manière très -expresse par les théologiens dans des temps plus rapprochés de nous.

— On pourra nous opposer avec M. Bautain, qui prend le désordre des moeurs pour un enseignement, les scandales de la cour de Rome,

nous montrer le pontife romain promulguant ses décrets sons mille influences diverses , l'intrigue et la politique assiégeant les avenues de sa chaire, des ambassadeurs de princes hérétiques lui arrachant des oracles, des ordres religieux cherchant à foire pencher la balance en faveur de leurs livres, de leurs doctrines et de leurs docteurs. On nous citera pour exemple le procès du Peuple de Dieu. On ira peut-être jusqu'à nous rappeler nos propres disgrâces. « Voyez, noog, dira-ton, voyez vos pèlerins, qui du fond de leurs coeurs a voient crié Rome! Rome! et s'étoient acheminés pleins de confiance vers la capitale du monde chrétien. À quoi leur a servi leur foi humble et soumise? Leurs* calomniateurs (*) se sont tus en leur présence, et à peine ces illustres accusés pouvoient-ils avoir repassé les monts, que déjà leur condamnation étoit prononcée Sacrifiés, sans avoir été entendus, à leurs arti-

(*) L'expression n'est pas trop forte pour caractériser les vingt-trois dernières pages de l'introduction dn P. Ro-« zaven, et surtout la note infâme qui termine son livre, dans laquelle, sans égard pour les plus simples convenances et pour les bornes que nul honnête homme ne se permet de franchir , il dépeint M. de la Mennais comme un homme qui cache les projets les plus sinistres et les plus criminels contre l'église , et l'accuse d'avoir voulu en imposer par les explications qu'il a données relativement k on passage du plaidoyer de M.e Janvier qui a fait dans le temps beaucoup de bruit

ficieux ennemis, ils ont appris ce que peut coûter une parole imprudente (*), et comment cet hommes qui se sont toujours introduits partout furtivement par de secrètes négociations et n ont jamais su se maintenir nulle part, savent eu récompense faire expier douloureusement les torts les plus légers dont ils croient avoir à se plaindre, et s'enivrer saintement du plaisir delà vengeance. Où est donc la justice de cette Rome que vous appelez encore la règle de la foi et do moeurs? Et comment son autorité jouiroit-elle du sens commun dans 1 église , lorsque les prélats qui l'invoquent, aujourd'hui qu'elle semble leur être favorable, sont les mêmes qui publioient des mandements contre elle il y a quelques années?"

(a) «Ce n'est ici ni le. lien , ni le moment de juger la «Compagnie de Jésus , et de chercher entre les calomnies «de la haine et les panégyriques de l'enthousiasme, la «vérité rigoureuse et pure. Rien de plus absurde , de pbs «inique , de plus révoltant , que la plupart des accusations «dont elle a été l'objet. On ne trouveroit nulle part de «société dont les membres aient plus de droit à Tadmira- «tion par leur zèle et au respect par leurs vertus. Après «cela, que leur institut, si saint en lui-même, soiteiempt «aujourd'hui d'inconvénients, mime graves, qu'il soit svf- «fi somment approprié à l'état actuel des esprits, aux te- •soins présents du monde, nous ne le pensons pas.* C) Inde irec.

(') Des progrh de ta révolution H de la guerre contre féfihti par M. de la AI eo nais, a* édition, p. 169 cl 170.

—Ainsi parle la sagesse mondaine, qui ne sait pas que la subsistance de l'église est un miracle perpétuel. Oui, nous trouverons des désordres sur le trône pontifical. Mais la chaire apostolique demeure exempte de toute erreur. Qu'on nous dise un pape qui ait démenti par ses constitutions la doctrine consacrée par ses prédécesseurs. La vérité sort aussi pure de la bouche de Borgia que de celle des plus saints pontifes, et, du milieu d'une cour voluptueuse, Léon de Médias fulmine contre Luther cette fameuse bulle d'excommunication , qui sera à jamais l'un des plus magnifiques ornements du recueil des lois pontificales. ZYous trouvons encore dans l'histoire do papes de grands exemples de foi blesse, depub S/ Pierre, qui renia son maître, si l'on peut dès-lors le considérer comme le chef des apôtres, jusqu'à ce Ganganelli, que les ennemis du Christ déshonorèrent du titre de frère, et qui signa pourtant à regret la sentence de mort d'une célèbre corporation, à laquelle ses adversaires ont fait trop d'honneur de nos jours, en affectant de la confondre avec les ultramontains (*). Rome

(•) La rérohrtion de juillet a replacé bien des choses à far point de vue. Elle a manifesté la scission interne qui divisoit le clergé françots. Elle a mis en action la doctrine gallicane et la doctrine ultramontahie , et désormais l'une * l'antre pourront être appréciées par leurs effets. On a

sacrifie au bien général de la chrétienté, et, si on le vent absolument, quelquefois à ses intérêts temporels, qui sont liés jusqu'à un certain point

va de quel c6té étoit l'amour de la liberté, de quel cité l'instinct de la servitude ; dans quel camp la franchise et la loyauté, et dans lequel la ruse et la dissimulation. On sait maintenant ceux qui sont restés sur la brèche pour défendre Dieu et la liberté, et ceux qui, faute de mien, se sont amusés à nouer d'obscures intrigues sur la frontière et par de là les monts. On connott ceux qui ont lutté courageusement et la poitrine découverte contre toute espèce d'oppression, et ceux qui , en dépit de leurs beaux principes de légitimité, mendiant pour une religion impérissable l'appui d'un bras de chair et la protection d'os ennemi , se trouvant trop honorés df une lettre close , et s'imaginant que la foi est sanvée quand une simaire on m habit galonné ont daigné rehausser l'éclat d'une fête religieuse, ont des vivat pour tous les pouvoirs, une humble soumission pour toutes les circulaires , un dévouement de commande, des protestations menteuses et d'hypocrites affections pour les nouvelles dynasties , tandis qu'au fond de leurs cœurs ils sacrifient encore à des idoles vermoulues qu'un Dieu jaloux a ravies à leurs stnpides adorations. On n'est pas dupe des demi-dénégations, dont on journal autrefois habillé de rouge s'est fait une longue habitude , ni de ce ton sémi-badin par lequel il voudrait en imposer au public. Cet art de déguiser un mensonge n'est plus de mise aujourd'hui, et personne n'ignore qoek sont ceux qui ont pris à tâche de justifier les alarmes et de fatiguer la voix chevrotante du comte de Moailosier, cette vieille Cassandre de nos jours» Enfin, plus d'une couscience complaisante aura pu réaliser ce mot emprunté aux jésuites François par un de nos gallicans les plus renforcés : A Home je s crois ullramontain.

à ceux de la religion, tout ce qu'elle peut sacrifier sans coupromettre la foi. Mais qu'il s'agisse de la conservation de ce sacré dépôt et de la promulgation de la vérité catholique, alors les plus foibles vieillards feront preuve d'une énergie prodigieuse et surhumaine; témoin ce vénérable pontife (*) qui, sans employer d'autres armes qu'une grande force d'inertie, résista seul, entre tant de souverains, à la puissance colossale qui croyoit le tenir dans sa main comme un instrument docile, parcequ'elle avoit reçu de lui l'onction impériale. Et notre Grégoire XVI , obsédé des importunités de plusieurs prélats, et des sollicitations de quelques religieux qui ont lié leur cause aux débris des sceptres qui se sont brisés, à force de les frapper eux-mêmes; Grégoire, au milieu des menaces des souverains et des révoltes de ses sujets, trouve encore moyen de maintenir. la doctrine de S/ Thomas contre les partisans

(a) Mous choisissons l'exemple de Pie VII comme le plus rapproché de nous. Mous savons d'ailleurs qu'il a moins souffert pour la foi que pour la justice et les droits de l'église. Mais son courage n'en est pas moins une preuve de la fermeté que les papes déploient quand l'intérêt de la religion le réclame impérieusement. On ne peut nier non plus que la foi n'ait été compromise dans les exigences de Napoléon à l'égard de son auguste captif, puisqu'il prétendent lui imposer la ratification des quatre articles de

d'une prétendue légitimité, tout en désapprouvant l'usage que des prêtres françois fiusoient de leur droit de citoyen ; tant il est vwi que Rome, quelque tempérament qu'elle croie devoir employer, et quelle que soit l'influence qui la porte à parler, Rome ne peut jamais' proclamer que la vérité!

Dans l'affaire de nos pèlerins, deux sortes d'hommes se sont trouvés au pied de l'intreprète irréfragable de la parole divine : les uns attendant le jugement dans un humble silence et avec une soumission filiale, et une pleine confiance que la vérité seroit manifestée par le vicaire de Jésus-Christ ; les autres 8 agitant en tout sens et Élisant jouer mille ressorts pour se rendre la sentence favorable. Chacun, dans cette circonstance solennelle, a paru ce qu'il étoit, chacun s'est conduit d'après ses convictions, chacun s'est montré fidèle à sa antécédents : d'un côté, étoit le respect pour le saint siège et la foi en son infaillibilité; de l'autre, l'opinion qui, depuis deux ou trois siècles, s'attache à déprimer et ravaler l'autorité du pontife romain.

Certains évéques ne déprécient malheureusement l'infaillibilité du chef de l'église, que pour s'arroger à eux-mêmes une sorte d'infaillibilité On veut être pape dans son diocèse. On exige une soumission absolue, une obéissance aveugle

Certes, l'obéissance est la première vertu du chrétien, puisque la foi n'est elle-même que l'obéissance de la raison. Mais nos évêques sont nos pères, et jamais un père n'agit arbitrairement L obéissance n'est point une chose absolue, elle est relative au droit de commander, .et ce droit a sa règle dans la loi divine et dans la loi ecclésiastique. L'obéissance! qu'est-ce à dire? Gela veut-il dire qu'une décision épiscopale est une dé» cision essentiellement juste et sans appel? qu'un diocèse est un petit état que l'on peut administrer à sa. guise? qu'un prêtre est un homme en dehors de toutes les lois protectrices de l'innocence? un esclave nécessairement dévoué à toutes les volontés de son maître? un instrument que Ton peut briser à son gré ? une enclume sur laquelle chacun a le droit de frapper, depuis le petit pacha rural, jusqu'au personnage éminent a qui Jésus-Christ a confié la houlette du pasteur, et non le sceptre du despote? Cela veut-il dire que,£i unTalleyrand se glisse par faveur daâs le corps épiscopal, que, s'il nous vient de nouveaux Cranmer sous un nouvel Henri VIII, (*) il nous faudra courber la tête sous leurs bénédictions sa*

(0 3ons ne sommes point rassuré contre ces dangers F» la soHiotnde de l'évéque de Rome : car ce qui est déjà souvent armé , peut arriver encore.

criléges (*)? Est-ce à dire que le serment a cessé d être respectable et le parjure d'être un crime ?

(*) Dieu sait si. nous respectons , si nous vénérons nos premiers pasteurs ! si nous sommes sincèrement affligé de rattachement de plusieurs à des maximes qui les mettent en antagonisme avec le saint siège ! si nous avons conçu de Traies alarmes sur la possibilité d'un schisme à une époque plus ou moins reculée! si nous gémissons de voir la désaffection pour leurs personnes sacrées faire de jour en jour plus de progrès dans les peuples et dans le clergé (*)! Dieu sait enfin si nous formons des vœux ardents pour l'amélioration de cet état de choses ! Nous exposons, sans fiel , sans aigreur , dans toute la simplicité de notre ame, et avec un vif désir d'être écouté de même, des faits notoires dans l'église de France, des maux patents, à l'occasion desquels on entend de toutes parts des plaintes étouffées par le respect ou par la crainte. On nous envoie des évêques comme on nous députe des préfets. Dans le choix, on consulte moins les intérêts de la religion que ceux d'un gouvernement , on a moins égard au mérite de l'élu qu'à son dévouement politique. Tant mieux si la. providence fait tomber l'élection sur les talents, les lumières et la vertu. Le nouvel évêque arrive dans son diocèse , sans connoissance des localités , sans sympathie pour nous , souvent 'avec des préventions , soit contre les habitants, soit en faveur des usages d'un autre pays. Son premier soin est de changer les coutumes établies , de supprimer les vieux livres dans lesquels prioient nos pères, d'altérer nos antiques cérémonies. C'est ainsi que, dans plusieurs diocèses, dont le nombre augmente tous les jours, le chant grégorien fait place à des airs d'opéra. Ainsi dispa-

(°) Qu'oq n'interprète pas mal nos paroles. Nous n'entendons pas dire que le clergé françois soit jamais sorti du devoir de l'oWissance ecclésiastique et de la charité chrétienne. Nous voulons dire seulement qu'il y a affoiblissement de confiance et d'affection.

Est-ce à dire que la nation polonaise , pour choisir, entre tant d'exemples flagrants, le plus

rott insensiblement de nos temples * au mépris des décrets pontificaux, cette belle liturgie romaine , si simple, si onctueuse, si remplie de pieux sentiments. Le prêtre se façonné peu-à-peu à souffrir ces excès de pouvoir, k tel point que', depuis quelques années, le clergé alsacien lui-même, malgré son attachement si connu pour la sainte église romaine, a laissé porter les plus graves atteintes aux règles (') delà sacrée congrégation des rites sur l'office divin. Ainsi s'affaiblit dans les peuples le respect pour une religion dont le culte varie avec chaque nouvel évêque. Ainsi se relâchent ces liens d'amour qui doivent unir les enfants de r église à leurs pères spirituels

Nous aimerions à

voir nos évêques, plus rapprochés de nous, vivre comme les anciens patriarches , au milieu d'une nombreuse famille. Nos moeurs , aujourd'hui toutes républicaines , s'offensent des airs fastueux et des doctrines dégradantes des cous, et nous rougissons de voir les représentants de notre Dieu courtiser les princes de la terre et se montrer fiers de leurs mépris , comme nous nous indignons quand ils nous prêchent l'obéissance passive au bon plaisir des souverains temporels. Encore une fois, nous ne récriminons pas, nous ne dogmatisons pas , nous n'entreprenons point de réformer les choses , nous racontons ce qui se passe au vu et au su de chacun , nous divulguons ce que tout le

0) y°?e* ces régies en tête du Bréviaire romain, et Use* ie mandement placé par le prince de Cray au commencement du propre des saints publié par SON autorité pour le diocèse de Strasbourg.

flagrant de tous, ne pourra plus sans crime adorer d'autre divinité qu'un sultan moscovite, parcequ'un nouveau Nabucàodonoator , déchu de Ja nature humaine par» son orgueil insensé, et déjà réduit à ne plus connoître d'autre droit qui celui qu'il tient de la longueur et de l'acuité de ses ongles,. aura déclaré, dans un oukasç d'une impiété dégoûtante, que pour des bêtes de somme il n'y a point d'autre dieu que leur kornac?

Non, certes, non! telle n'est point la doctrine du saint siège ! telle n'est point la sentence du pontife qui gouverne 1 église dans ces temps infortunés 1 Aujourd'hui comme toujours* . Rome assigne dans la loi divine le fondement, la règle et la limite des droits et des devoirs,' du commandement et de l'obéissance. (*)

monde se dit à F oreille. Nous savons que le remède .doit toujours venir d'en haut. Mais il faut que celui qui a seul

• le droit de l'appliquer , soit averli par nos cris de détresse de l'état -de souffrance qui en réclamer l'application.

(*) Dans le1 temps que X Avenir troubbk le sommeil de plus d'un souverain , et faisait trembler l'autocrate dans sa fannière de tenl mille lieues carrées, un prélat qui jouissoit d'une grande considération, et qui avoit échangé contre une mitre les principes de la. petite église , ne manqooit pas de répéter tous les jours à tous les prêtres qui le visitaient dans sa retraite , un argument qu'il regardoit comme

• le meilleur préservatif contre le' venin de ce journal. •Que le grand écrivain, disoit-il , aille essayer de convertir fe roi de Prusse avec ses doctrines libérales et ' uftramon-

Htm, jamais, naos Fêlerons de là grâce de Dieu, jamais rien né nous arrachera du cœur cette foi profonde i là véracité du pontife romain. En Tant nous opposeroi t-on les opinions d un trop grand nombre de nos évéques, et des minimal réprouvées par toutes les grandes églises : ce ne sont point des sentiments particuliers qui prévaudront jamais sur le sentiment catholique ou universel , et assez de monuments nous restent de l'ancienne loi des Gaules, pour nous montrer la nouveauté des principes gallicans sur l'infaillibilité du successeur de S.* Pierre. Ici, comme dans tout le reste, nous sommes guidés par les lumières du sens commun. Mais M. Ban tain n'en veut point suivre d autres que celles de l'évidence, et il est obligé de nous expliquer comment l'évidence est si contraire à elle-même dans le monde, ou pourquoi tous les hommes ne se rendent pas à l'évidence.

— L'homme est libre, nous dira-t-il, et la parole divine est admise et goûtée par ceux qui toni de Dieu 7 de l'esprit de Dieu, par ceux que UPcre attire : mais elle est dédaignée, repoussée par ceux qui sont du monde ou de Y ennemi de

Dieu {ex diabolo estis).

taiiies!» — «Eh ! Monseigneur , ponvoit-on répliquer, allez Tous-même entreprendre la conversion des États-Unis fFAnériqae avec votre gallicanisme serrile!»

— Mais pourquoi y a-t-il des hommes qu* « li Père attire, et d autres qu'il abandonne à l't -"i nemi de Dieu? — Cest, dit la catéchèse du 1/*j novembre 1830, * c'est un mystère de la misé»A « corde divine, que notre foible raison ne peut f < :. «nétrer* Spirituè ubivult spiral (Joh., III, iru

Quoique l'évidence irrationnelle soit, au de j de M. Bautain, la seule preuve et Tunique et j térium de la vérité métaphysique, le docteur A i refuse pas d'une manière absolue les pretftt i rationnelles ni celles qui sont fondées sur 1 critique historique II en donne plusieurs dat -. ses catéchèses, et sa métaphysique, comme no# j l'avons dit, est elle-même purement argum» tative et rationnelle

En effet , Paxiôme fondamental de sa mets* , physique est que tous les êtres, toutes les existences, sont soumis à une loi commune Tonte existence suppose un être d'où elle est sortie, et chaque être suppose un être primitif, l'être proprement dit, l'être de tous les êtres. Puisque h même loi régit tout ce qui existe, il est clair que ce qui sera démontré d'une existence, le sera de toute existence, et cunséquemment de l'existence métaphysique ou de Dieu. Cest ainsi que M- Bautain démontre tous les mystères du christianisme Du moins telle est l'impression qui nous est restée de la lecture de la partie de son court

Ion a j>ien voulu nous abandonner pour

jours.

Bautain vous a dit (') quï/ appeloit à son toutes les sciences humaines* Mais il ne a point appris quel usage il en faisoit II emprunte uniquement des points de corn- >nf des exemples, et toutes doivent lui en >, puisqu'il n'existe aucun être crée qui ne it un type dont le prototype est dans le monde iphysique Or, comme l'organisme humain le plus parfait de tous les organismes, il n'est pu étonnant que notre philosophe puise souvent fa exemples dans la physiologie de l'homme; <t comme les existences géométriques sont les rnaboles les plus purs des existences supérieures, test aussi la géométrie qui lui offre ses termes de comparaison les plus ordinaires. Nous donnerons un seul exemple de sa manière d argumenter, sans adoucir pour cette fois la crudité <fe l'expression*

Tout, dans la nature, part d'un point mystérieux : la semence animale, la graine végétale, la vie qui est enfouie dans le minéral ; toutes les sciences commencent par poser un principe autfuel il faut croire : la logique pose la raison, la géométrie le point, la psychologie la conscience :

r>) De l'enseignement , p. 84.

donc, l'univers doit aussi partir d'un point mystérieux, de l'être de tous les êtres, et la métaphysique doit commencer par poser l'être comme le principe de tout être et de toute existence

Nous ne nous permettrons pas d anticiper sur la publication du Manuel, en livrant au public ce qui ne doit être mis au jour que par son auteur. Nous nous contenterons de dire ici que nous avons trouvé daps le système de M. Bautain des parties admirables : mais qu'il ne suffira pas d'en avoir le précis entre les mains pour en connotlre toutes les beautés, non plus que les développements répréhensrbles qui ne se donnent que de vive voix. Yoici quelques propositions qui ont paru dangereuses à plusieurs personnes.

« La révélation extérieure , la parole , est un «moyen nécessaire, mais incomplet, pour nous « foire connoître Dieu. Il faut de plus que nous «sentions l'action intérieure de la divinité. Alors «il n'y a plus de doute, mais conviction intime «et certitude profonde.* La preuve, c'est cette phrase du psalmiste : Dixit insipiens in corde suo : «Non est Deus™.

« Pour concevoir l'idée de Dieu *, dont le germe est inné en nous, «l'homme doit rester soumis «à l'action divine, passif sous cette action, s'en «laisser pénétrer, afin que l'idée puisse s'en for- « mer en lui *

«Le bat delà pensée, c'est l'évidence. L'homme à doit toujours tendre à se passer de la pensée, à N n'avoir plus besoin de penser , à voir tout par «simple intuition : c'est là son plus grand, boa- * heur. * Jusqu'ici il n'y a rien à dire. « Le der- «nier terme de toute dispute, c'est l'évidence. « L'évidence est le juge île toute controverse. Il «y a des hommes qui ne l'ont pas et ne peuvent «lavoir, qui sont privés de l'organe de l'évite dence i c'est un malheur pour eux", puisque rien ne peut suppléer à l'évidence- que le sentiment*: or, le sentiment suppose toujours un peu d évidence

tt La chute de l'homme, sa dégradation, coç- « sis te en ce qu'il a voulu singer la génération a divine, par laquelle le Père se pose lui hors de «lui dans son Verbe; eu d'autres termes, en ce «que l'homme s'est rendu être intelligent, ou s'est «contemplé en lui-même, comme il en avok la «faculté, au lieu de se contempler en Dieu."

Sans être plus grand théologien que M. Hautain, nous prendrons la liberté de lui faire remarquer, dans le texte même de son Manuel, quelques expressions inexactes qu'il ne peut, ce nous semble, se dispenser de rectifier avant l'impression.

Il dit (n.0 41) ; « Le centre universel s'xsx £K- « gendre lui-même dans son rayon ou son Fils".

— On ne peut parler qu'an prêtent de la génération divine, même dans mie explication gênésique. Il faut donc dire : « Le centife universel s'engendre *.

Nous trouvons le même défont de précision au n.° 45, où nous lisons en outre : «Cest par ce «Fils, verbe, lumière, vérité une et universelle, «par cette intelligence infinie de l'infini, par .ce Dieu engendré du Dieu engendrant, que u tout . . . . * — L'adjectif ce va très-bien avec Fils et avec intelligence, parceque Fils, intelligence, sont des désignations d'un terme distinct Mais 3 nous semble qu'on ne peut ici le placer devant Dieu, non plus que l'article, parceque le mot Dieu, pris substantivement, ue présente point d'idée de distinction. Par Dieu engendré de Dieu engendrant : c'est ainsi qu'il falloit s'eiprimer : car ce ne sont pas deux dieux.

La métaphysique de M. Bautaîn suppose la certitude des sciences dans lesquelles il puise ses exemples. Or (f) qu'est-ce qui rend la science humaine assez certainement vraie à ses yeux, « pour qu'il ne craigne pas de donner l'accord des « doctrines de l'écriture avec elle, comme preure «de leur vérité? On peut nous répondre, il est a vrai, que cette sorte de preuve n'est présentée

C) Tribune catholique, 7 mai i833.

. qtft ceux qui admettent d'abord la philosophie «dont il s'agit et qui consentent à la prendre «pour règle de leurs jugements et de leurs déter- «minations subséquentes; mais dans ce cas, quel «avantage aura-t-on sur les autres philosopbies? «Que fera-ton de plus qu'un pur argument ad uhominem?" Et, en effet, il nous a semblé que, dans ses cours, M. Bautain ne cherchoit jamais à faire que de tels arguments! Mais encore en cela ton mécompte doit être grandi

Effectivement, le parallélisme qu'il cherche à établir entre la science humaine et la science dirine, cette harmonie, qui doit être constante, et qu'il faut retrouver dans les plus minces détails, présuppose la certitude des deux sciences indépendamment l'une de l'autre, sans quoi, leur correspondance paroîtra toujours arbitraire Ces rapports sont en effet des points de vue de la raison, qui peuvent être vrais en eux-mêmes, mais qui, aperçus par qne intelligence, échapperont à la sagacité d'une autre Remarquez de plus que la physique et la géométrie de M. Bautain sont déjà de la métaphysique : car elles supposent sa théorie de la vie et sa génération des figures mathématiques par le mouvement au point; et cette génération elle-même suppose <jue toutes les figures se forment réellement ainsi à elles-mêmes dans l'intelligence, indépendant-

ment dfe l'abstraction ; que ce sont de véritables symboles spirituels engendrés par le point dans l'esprit de l'homme, sans que la raison ait concouru d'une manière active à leur formation. Et puis, la métaphysique, étant appliquée a priori aux sciences naturelles, comporte nécessairement beaucoup d'opinions particulières qui choquesroot le sens commun , ou dont la justesse, toujours contestable, ne sera sensible que pour un petit nombre d'individus, ou enfin qui ne seront qu'une pétition de principes Ainsi certaine dé* monstration suppose que l'encens est du feu coiv dense, que, dans l'état d'extase, l'homme bouillonne d'un feu intérieur, qu'on a vu les saints tout ardents et rayonnants du feu divin dont leurs âmes étoient enflammées. Une autre semble admettre comme certaines les merveilles du somnambulisme*

• Nous admettrons très-volontiers evec le philosophe de la France rhénane, que (f) «les choses «visibles sont les ombres des choses invisibles, « et * que « les lois physiques ont leurs types dans « le monde métaphysique ". Mais nous ne pensons pas que les premières puissent servir à démontrer rigoureusement les autres. Nous croyons, au contraire, que, les lois de l'être se manifestant

«os

d'une manière diverse relativement a la nature des êtres divers, il faut que nous les commissions avec certitude sons tons leurs modes et dans tons leurs états , avant d établir entre elles des points de comparaison et de les formuler en lois générales. M. Bantain nous montrera bien, par ample, trois termes dans Dieu , parceque ces trois termes constituent tonte existence Mais comment les existences de Tordre inférieur, on ces termes ne jouissent pas de la personnalité, loi démontreront-elles que les trois termes divins sont trois personnes réelles?

L'école de M. Bantain a produit un petit écrit composé sur ce plan. Cest un Essai sur l'éoccatiok morale, qui a paru sous le nom de M. l'avocat Ratisbonne, et lui a valu une couronne de la société des sciences, agriculture et arts (*) du Bas-Rhin. L'écriture sainte n'y est pas démontrée a posteriori, mais supposée certaine a priori. L'axiome sur lequel s'appuie l'auteur, c'est que U loi de l'humanité est partout la même, dans

(•) Nos sociétés savantes de province ne feraient pas mal de confiera des hommes qui sussent parler françois, la rédaction des noms sous lesqneb elles veulent être coasses dans le monde» Ce n'est pas une petite affaire que it se donner on nom. Don Quichotte rêva quatre jours * celui qu#H imposerait à son cheval , et le sien lui coûta Wt antres jours à trouver.

l'individu, dans la famille, dans la nation» data le genre humain; d'où il suit que l'éducation doit être aussi la même pour l'humanité soos toutes ses formes. Mais , l'éducation du genre humain à son origine ayant dû être la plus par* faite, puisque Dieu lui-même étoit l'éducateur, et cette éducation toute divine s étant continuée dans la nation hébraïque, c'est donc dans l'histoire sainte , qui renferme l'histoire primitive de l'humanité et les annales du peuple de Dieu, qu'il faut chercher le meilleur modèle d'éducation.

M. Ratisbonné, ou l'auteur à qui il a prêté son nom ou qui lui a prêté son talent, s'est assez bien acquitté de sa tache. Il a attrappé , à v tromper les plus habiles, le faire de M. Hautain, qu'il a su imiter jusque dans ses défauts.

Mais, quelque valeur que Ton accorde à la parole biblique prise en elle-même et posée avant tout- comme prémisses de toute philosophie, il est bien clair que jamais les conséquences que la science en tire et les plus belles applications que la philosophie en puisse faire, ne seront qu'un produit de la raison de l'homme, et par conséquent n'auront plus de force qu'on n'en attribue à la raison humaine; d'où il résulte que l'école Bautain, sous ce rapport, n'est plus avancée qu'aucune autre. À moins qu'elle ne donne à ses

adeptes la parole sacrée pure et simple, et rien que la bible en propre substance, sans leur permettre d'en Êiire aucune réflexion active, elle est exposée comme toute autre, et bien plus qu'aucune autre, puisqu'elle place dans chaque individu le critérium de la vérité, à réfranger le rayon céleste, et à tomber dans l'erreur et dans l'idolâtrie spirituelle, pour me servir d'une expression très-juste qui lui est familière. Je ne sais même u le disciple de M. Bautain ne s'est point un peu trop tenu à son sens individuel ou aux idées particulières de son maître sur un point assez important «L'individu comme la nation a atteint la perfection de l'homme naturel et temporaire, quand il est arrivé à l'état de justice, quand il accomplit pleinement toutes les dictées de la loi de nature, tous les commandemens de la loi sociale Mais l'humanité n'est point fille de la terre; son origine, sa patrie est au CIEL dont elle est descendue et où elle tend à remonter* L'homme n'est pas seulement terrestre comme l'animal ; il est céleste dans sa partie la plus noble, et c'est cette partie plus noble de son être que l'éducation doit continuer à développer pour un autre monde, alors même que l'homme raisonnable est parvenu à sa plus haute perfection «pour celui-ci . *

«Le genre humain avoit atteint cette perfeo « tion. Une nouvelle manifestation divine étoit « attendue, désirée, reconnue nécessaire. Elle ar- « riva pour dévoiler à l'humanité un NOUVEAU * MONDE, un nouvel ordre de choses; pour don- «ner un élan plus sublime à son intelligence, «en lui montrant tut degré de perfection bien «supérieur aux vertus naturelles et rationnelles; « pour lui annoncer enfin une nouvelle loi, em- « brassant et perfectionnant la loi ancienne, de- «venue insuffisante, et lui tracer une voie, in- « connue jusqu'alors a tous les sages du siècle, « comme le terme où elle allait aboutir.

«C'est ici que commëhce L'ÉDUCATION CÉ- « LESTE et spirituelle de l'humanité, l'éducation «chrétienne (')

«Après que l'humanité eut atteint le maxi- « mum de son développement rationnel, ne trouvant plus rien sous le soleil qui lui fut nouveau, « ayant tout exploré et reconnu tout comme va- «nité, elle réclamait une doctrine supérieure qui «lui donnât UN NOUVEAU MONDE A GON- «NOITRE, une voie pour l'y conduire et un « terme stable et définitif où elle pût fixer son acte tivité et sa vie. L'Evangile lui fut annoncé. "(*)

(•) Essai sur l'éducation morale, p. 4* «t 4a* (■; lèii., p. 43.

Peut-être que nom nous faisons illusion. Mais il nous semble que ce passage signifie assez clai* rcment qu'ayant la publication de l'évangile, l'homme n'étoit pas destiné à la vie éternelle» ou du moins qu'il n'avoit aucune idée de cette haute destination, que le dogme de l'immortalité de lame étoit inconnu même aux ancêtres de l'auteur. Nous savons qu'on pourrait, avec ira peu de complaisance, interpréter plus favorablement les paroles de M. Ratisbonne. Mais il vaut mieux qu'il s'explique lui-même d'une manière catégorique, et qu'il déclare au public s'il a em* brassé et universalisé le paradoxe de Kévéque Warburton, auquel Voltaire attachent tant d'importance. Cette justification est d'autant plus nécessaire, que nous lisons dans la catéchèse du 25 novembre 1830 cette étrange proposition : r Avant la venue de Jésus-Christ, l'homme igno- «roit ce qu'il deviendrait après cette vie*.

Nous aurons la satisfaction de ne pas termine* cet ouvrage, sans avoir exposé la doctrine dé I ennemi du sens commun sur la certitude, telle que nous l'avons recueillie de sa bouche Elle forme dans son enseignement le dernier chapitré de la logique, qui est elle-même la dernière partie du cours.

M. Bautain rejeté la question de la certitude à la fin de la philosophie , parcequ'elle est

(tu* 145) l'aboutissant et la fin dernière de toutes les opérations logiques* Il n'a pas réfléchi qu'avant tout il nous faut impérieusement la certitude des opérations logiques. Au surplus, il a bien fait, puisque le disciple doit commencer par avoir pleine confiance en la parole du maître; il a bien fait encore, parceque la certitude est pour lui absolument subjective (n.° 146).

Certitude objective est un abus de mots, et cependant il échappe à chaque instant à notre philosophe de parler de choses certaines en elles-mêmes. S'il n'admet pas réellement de certitude objective, que veut-il dire quand il nous donne la certitude métaphysique pour la seule qui r à parler rigoureusement , mérite le nom de certitude (n.0 156), pour la certitude absolve (n.° 157)?

. Dès que la certitude est purement subjective, il n'est pas étonnant que M. Bautain n'ait rien Compris à la doctrine de M. de la Mennais, qui n'enseigne pas comment on a la certitude subjective, mais comment on peut se préserver des erreurs de cette certitude. Il s'est imaginé (n.° 147) que, dans cette doctrine , un homme pouvoit imposer sa certitude subjective à son semblable, forcer un autre homme d'être certain de sa certitude.

Lçs opinions qu'il professe sur la certitude ,

sont parfaitement d'accord avec ses sentiments sur la foi, tels que nous les avons exposés précédemment d'après ses catéchèses.

II exige (n*° 145) , comme conditions de la certitude subjective , une conviction portée au point d'exclure entièrement le doute , et d'entraîner à la fois V adhésion complète de V esprit it l'assentiment ferme de la volonté. Cest surtout à la pratique que Ton reconnoit la certitude. Il faut, pour qu'il y ait certitude, que la conduite ne démente point la croyance; il faut être prêt à donner son sang pour la vérité admise: voilà la marque de la vraie certitude , et peu d'hommes y atteignent

Ce qui est dit de la certitude, doit, par une conséquence nécessaire, s'entendre de la foi, et les catéchèses nous le donnent suffisamment à connoître; doù il suit que l'homme qui pèche n'a pas la foi; proposition hérétique, suivant la décision du saint concile de Trente, qui a défiai 0 qa aucun péché mortel , hors l'infidélité, ne fait perdre la fou

« Le principe de la certitude, c'est (n.* 146) le

* besoin que l'homme a de la vérité, de la lurmîere, sans laquelle il ne peut vivre de la vie

* vraiment humaine. De là l'instinct de la science

'?) Ses». VI , cap. xv.

« ou la curiosité innée à l'homme, qui te montre «à mesure que son intelligence se développe, et «de là aussi la candeur de l'en&nce, sa bonncr *foi , ou son penchant à croire tout oe qui lai «est donné comme TraL La foi ou le penchant à m croire est la condition de la certitude , comme «la certitude est Je couronnement de là foi

«La certitude naît en nous (n.° 147) d'une « manière spontanée et sans que notre volonté y « concoure autrement que par son acquiescement «à ce qui lui est proposé, comme il arrive dans «nos premières croyances pour les a*ifanei et «pour les vérités de sens commun.

« La certitude provient {ibid) de Y action de «l'objet, reçue et sentie par le sujet Le moyen « unique pour acquérir la certitude de la vérité, «c'est (il0 149) d'entrer en rapport* immédiat « avec elle *, de nous laisser pénétrer de son rayon , et de la pénétrer du nôtre, de recevoir son action directe et de réagir directement vers die; en un mot , certitude et évidence sont choseï inséparables. '

Il suit de là, et la conséquence est avouée 0» j qu'aucun témoignage ne saurait produire par lui-même la certitude « Le genre humain tout entier, a dit M. Bautain en pleine séance, viendroit

en

m'affirmer que ma conviction, que ma certitude est fausse; je ne me rendtois pas : ma certitude est certitude, et rien ne peut l'ébranler; nul témoignage ne peut, ni produire, ni détruire cette conviction profonde qui constitue la certitude S'ensuivroit-il que le genre humain tout entier serait fou?. ... {Pas de réponse à cette question > qu'un geste d'ignorance ou de résignation). Mais, si je suis fou, moi, à quoi me servira le témoignage du genre humain ? "

Là certitude ne sauroit donc être le résultat du témoignage. Et cependant (n.° 15S) «la parole 0 humaine peut produire la certitude dans notre u esprit par voie d 'autorité. Le besoin de croire «est aussi foncier en nous que le besoin de vivre, «et nous adhérons instinctivement à la parole, «quand nous n'avons point de motif de la su»- «pecter. Ainsi, l'enfant croit à sa mère, à son «père, à ceux qui ont soin de lui j ainsi, le disftciple croit au maître; ainsi, l'homme croit à «l'homme dans le cours ordinaire de la vie"

Quoique la certitude soit toujours entièrement subjective, M. Bautain ne laisse pas d'examiner comme nous quelle peut être sa valeur objective.

Or, la vérité se manifestant à l'homme sous la forme phénoménique , sous la forme de la parole, enfin sous sa forme pure, il en résulte trois sortes de certitude, relatives à ce* trois modes de in&-

nifestation. Mais, quoi -qu-en dise notre professeur (n.° 149), ses trois espèces de certitude ne sont pas celles que l'on admet communément: ce sont : la certitude physique, la certitude rationnelle, et la certitude métaphysique. La certitude rationnelle comprend ce qu'on appelle communément certitude métaphysique et certitude morale , et la certitude métaphysique de M. Bautain est quelque chose d'entièrement neuf

La certitude physique (n.° 150) n'a rien d'absolu, elle est uniquement relative à notre organisation, et par conséquent toute subjective; ce qui suppose -qu'il n'y à pas de type commun de l'organisme humain, bannit entièrement le sens commun des jugements humains sur le monde extérieur, et conduit à cette conséquence : qui! est impossible que tous les hommes soient dao» . cord sur l'existence du soleil.

La parole humaine , ou la vérité formulée par l'esprit humain, peut (n.0 151) produire dans l'homme une certitude de raison de deux manières : par évidence ou par autorité.

V évidence est (il0 152) immédiate ou démon* tratwe.

' Le témoignage est reçu (n.0 153) spontanément ou après discussion.

Dans tous les cas, la vérité se formulant toujours dans le moule de notre entendement, qui

est purement subjectif, suivant Kant et M. Hautain, il est très-rare (n.° 151) qu'elle en sorte pure, et conséquemment la certitude rationnelle a toujours (n.a155) quelque chose de subjectif, de relatif et de conditionnel; ce qui exclut l'accord des témoignages et des jvgements humains , la possibilité d'un fond commun de raison dans l'humanité. Et, en effet, «il est impossihle, dit M. Bautain , que tous les hommes portent jamais un même jugement sur une même chose, qu'ils rendent jamais un témoignage uniforme sur un même fait".

Mais , malgré cette assertion tranchante , il y a bien peut-être quelque chose par où l'organisation, soit physique, soit intellectuelle, est la même dans tout le genre humain, et par conséquent une cause d'uniformité dans la sensation et le jugement, au milieu de la variété des impressions sensitives et des pensées des hommes; et il y a bien sans doute quelque chose en quoi s'accordent tous les témoignages , si divers qu'on veuille les supposer d'ailleurs.

La diversité dans les sensations, dans les jugements et dans les témoignages des hommes, tient à deux causes. La première, c'est la diversité même dans l'organisation physique et intellectuelle. La seconde, c'est la diversité des points de vue où l'on peut être placé pour recevoir Km-

pression d'un objet, et la diversité des faces d'un même objet Mais , au milieu de toutes les variations produites par ces deux causes, il y a toujours quelque chose de constant et d'uniforme, quelque cbose sur quoi Ton s'accorde, parcequ'il y a un fond commun, un type essentiel d'organisation, un support invariable de toutes les propriétés, qualités, accidents, , par lesquels les

objets agissent sur l'esprit, enfin un point central auquel aboutissent tous les rayons visuels, au travers des phénomènes variés et de la scène mobile et diverse qui forment comme une atmosphère autour de chaque objet

Il est vrai que, lors même que l'accord paraît le plus unanime entre les hommes, nous ne pouvons encore affirmer qu'ils soient actionnés d'une manière uniforme par les objet» de leurs sensations ou de leurs jugements. Y a-t-il deux hommes dans le monde qui , placés au même point de vue, verroient une forme «ous le même angle, une couleur sous la même nuance? y en a-t-il deux qui perçoivent un même son sur le même ton? qui attachent absolument le même sens à un même mot? Tout, dans le monde, et sortait dans le monde phénoménal , n'est-il pas rapport, gradation, échelle, gamme? Si nous pouvions échanger entre nous nos yeux, nos oreilles, tous nos sens, et nous prêter mutuellement nos intel-

ligences, quelles révolutions ne pourrait- il pas s'opérer dans la scène du monde? n'en avonsnous pas des exemples bien frappants dans les métamorphoses merveilleuses dont nous sommes témoins, lorsque nous interposons, entre notre œil et les objets visibles, certains corps transparents taillés sbus des formes diverses ? Quels changements dans, le? couleurs ! dans les dis* tances 1 dans les volumes ! dans la position des images!

Sans entreprendre de donner une réponse positive à ces questions, mais supposant qu'elle doive être affirmative, qu'il n'y ait pas un ton commun dans nos organes pour chaque même couleur ni pour chaque même son, pas un angle commun pour chaque même forme, que tout phénomène soit une simple proportion- dont les termes varient d'un individu à l'autre, que les couleurs soient languissantes ou vigoureuses, les sons graves ou aigus, les volumes grands ou petits, tout cela uniquement par comparaison avec des mesures purement personnelles et subjectives, nous n'en soutiendrons pas moins que, dans l'état normal de nos organes, il y a encore, au milieu de tout cela, quelque chose de fixe et d'invariable d'un .sujet percevant. à un autre sujet percevant : c'est le rapport même entre les tons, les nuances et les grandeurs. Tout se proportionne dans un

même organe, la proportion est la même pour tons les individus ; et , si , sur cinq personnes affectées simultanément et' dans les mêmes circonstances par les propriétés de deux êtres, Tune les perçoit comme 35 est à 25, la seconde comme 7 est à 5, la troisième comme 14 est à 10, la quatrième comme 21 est à 15, et la cinquième comme 4/9 est à 20/63, il est clair que tontes en ont une même perception, puisqu'elles les perçoivent toutes sous un même rapport II en est de même des mots qui correspondent à la partie pfiénoménique de notre raison, si Ton veut qu'ils offrent des sens divers à tous les esprits; et de même encore des mots qui répondent aux idées absolues : chacun présentera, si Ton veut, aux diverses intelligences, des idées accessoires diverses dépendantes de l'idée principale et lui appartenant : mais, par-dessous tous ces accessoires superficiels, se trouve toujours l'être ou Tidée qui les soutient

Nous ne craignons rien d'ailleurs pour ces sortes d'idées de la part de notre docteur : c'est un crime de les réfranger ainsi dans le prisme étroit d'une raison particulière : l'intelligence seule doit les saisir ou plutôt les recevoir sous leur forme la plus pure, la plus intellectuelle, la plus indéterminée, dans leur plus vaste absoluitétet sans aucune détermination rationnelle ou peraon-

nèfle : c'est alors seulement que non* en avons certitude Car, si tonte démonstration ration» nelle est toujours subjective et contestable, en revanche, tonte connoissance métaphysique est à l'abri de tonte attaque , parceqne , dans cet ordre seulement, se trouve tonte espèce de certitude, la certitude pleine et entière

En effet *(il0 156), la certitude lapins profonde, «et la seule qui, à parler rigoureusement , en me- «riteroit le nom, est la certitude métaphysique. «Cette certitude est propre à lliomine intelligent

• Elle part du sentiment intime, excité par l'ac- «tkm. d'un objet supérieur, qui atteint l'homme «dans son fond et dont il sent la motion. Ce «sentiment est d'abord obscur , cfest-à-dire que «la Write agit sur l'homme par une influence «douée et mystérieuse, à laquelle celui-ci adhère. «H sent et il est intimement certain qu'une vertu «secrète le touche ou l'a touché H a foi ai cette «vertu, parcequ'il ai a senti l'effet : car ut foi

<r VeST ACTRE CHOSE QUE i/aDUÉSIOK DE l'eSPRJT A

«la vérité SENTIE.

«CV.# 157). Il ne faut pas confondre la foi « arec la croyance : car elles différent entre elles «comme leurs objets* La foi a sa racine dans ce

* qu'il y a de plus profond dans l'homme, dans «son sentiment intime, dans son ame, et l'objet «de la foi est toujours une vérité métaphysique,

« qui produit dans 4e rejet une conviction Iran* « cendantc, que tous les inojens naturels de conctnoitre ne peuvent, ni établir, ni détruire. La a croyance a sa base dans la raison et son objet « dans les phénomènes sensibles ou dans la po* « rôle humaine. Elle est contingente comme son «objet, et l'assurance qu'elle donne, bien quelle «puisse aller jusqu'à exclure le doute, ne s'aère «jamais jusqu'à la certitude absolue.9 . Nous avons objecté plusieurs fois à M. fiautain que ses principes conduisoient au mysticisme, à l'enthousiasme» au fanatisme. U n'en disconvient pas. Mais il répond d'abord que c'est par abus, et Toici comme il se justifie (n.0 158) ensuite de cette tendance :

« On a dit que le sentiment intime nous trompe, « qu'il est la source des plus graves erreurs, en « religion comme en philosophie * — Ce n'est point précisément là l'objection. On n'a point dit que le sentiment intime nous trompoit, ma» qu'il est purement subjectif, et que seul il ne peut rien nous certifier d'objectif *— « Le sentiment, en « tant que sentiment et dans sa pureté native, ne « trompe jamais , pas plus que la sensation. Rien « au contraire n'est plus certain pour l'homme « que ce qu'il éprouve dans son for intérieur. " — Nous avouons tout cela : cela répond très-bien à l'objection telle que M. Bautain se l'est faite,

maïs non pas telle que nous la lui avons posée* H essaie ensuite de donner une portée extérieure gui sens intime, quand il ajoute, pour preuve de ce qu'il vient d'avancer : « Et la preuve en est dans a l'approbation et la condamnation de la conscience morale. "Non seulement cette preuve ne prouve rien de ce qu'il veut lui faire prouver : mais la conscience morale suppose déjà la connoissance certaine de la loi morale.

Mais, si le sentiment est un critérium suffisant de la vérité surnaturelle, d'où vient donc qu'il est sujet à l'abus et à l'erreur? En voici la raison : «Mais, quand il se met à réfléchir sur ce qu'il «sent pour s'en rendre compte, quand il veut « connoître sa modification ou sa manière d'être «du moment, fdors sa raison mêle son opération «à celle de la vérité; elle la neutralise, l'obscurcit et en gâte les résultats par des raisonnements «fondés sur des principes tirés de son propre «fond, et c'est alors que le sens privé ou indivir. uduel est substitué au véritable sens commun, «c'est-à-dire au besoin et au sentiment de la vé« «rite, communs à tous les hommes, ",

— Bien de mieux : mais nous répondrons toujours que, de quelque manière que le sentiment devienne cause ou occasion d'erreur ou d'abus, dès qu'ilr peut en être ainsi, un critérium ex* térieur devient absolument nécessaire pour se-

parer l'erreur de la vérité, et distinguer Pabu* de l'usage légitime.

Comment s'acquiert la certitude métaphysique? — Elle ne s'acquiert pas, elle est un don de Dieu , elle vient de la vérité même qui se communique directement à lame, elle est Tapanage du génie , qui est en rapport intime avec la divinité, qui voit la vérité pure et reçoit ses illuminations; témoins Pythagore, Platon et Socrate, dont les âmes étoient des flambeaux divins allumés par le rayon céleste pour éclairer et échauffer les intelligences glacées et obscurcies par Ter* reur. Enfin , cette certitude est accordée à ceux qui sont de Dieu , elle est la récompense de la pureté du cœur : Beati mundo corde , quoniam ipsi Deum videbunt ('). Cest cette vision qui nous est promise et à laquelle nous devons sans cesse aspirer et tendre, et qu'aucun témoignage humain ne peut nous procurer, si nombreux, si universel qu'il soit

— Quelque chose, nous devons le dire, nom inquiète singulièrement dans ces paroles, et d'autant plus que nous avons rencontré la même difficulté dans plusieurs textes des rédactions de métaphysique : c'est je ne sais quoi de vague et d'incertain qui laisse en doute si M. Bautain en-

(•) Mafth., V, 8.

tend que ntius pouvons et que noua devons aspirer à jouir dès cette vie de cette vision de Dieu qui fait le bonheur des saints dans l'éternité. Nous serions bien soulagé, si le docteur es lettres et en médecine, qui n'est pas encore docteur en théologie, vouloit une fois s'expliquer clairement à ce sujet, et mettre autant de soin à rendre son expression nette et précise, qu'il en met trop souvent à la rendre équivoque et douteuse.

En dernière analyse, il rejeté donc comme inutile tout critérium de vérité. Car qu'y a-t-il de plus clair que la vérité? Faut-il un critérium pour discerner la lumière d'avec les ténèbres? En faut-il un pour l'amour et l'amitié ? Est-ce que la vérité n'est pas assez éclatante par ellemême ? Est-ce que les affections , l'amour, l'amitié ne se sentent pas ? Quand l'ame est unie par son fond à la vérité pure , quand deux âmes sont dans une union intime et agissent l'une sur l'autre, que faut-il de plus ? — Vous avez raison, docteur Pangloss : tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles : l'erreur en est bannie , on n'y rencontre point de faux amis , et jamais on n'y a vu d'amants trompés.

Le docteur est convaincu, il a l'évidence, la certitude que le genre humain tout entier peut se tromper. Je suis, moi, convaincu, j'ai l'évidence et la certitude que le genre humain est in-

faillible. Qui a raton de nous deux? Le docteur me dira-t-il que je suis un menteur ou qu'une illusion m'aveugle? je lui ferai la même politesse: Et il ne faudra pas un critérium, un juge pournous mettre d'accord, ou au moins pour proclamer la vérité sans s'inquiéter de nos opinions, si nous ne voulons pas nous soumettre?....

En expliquant son dernier chapitre , le docteur n'a pu se dispenser de développer asset longuement le texte de sa brochure contre la doctrine du sens commun, mais enrichi de quelques objectioncules (n.° 155) auxquelles nous allons répondre très-succinctement

— a Le témoignage du grand nombre, si g*- « néral qu'on le suppose et quelque imposant qu'il «paroisse, ne peut jamais motiver un jugement «nécessaire et infaillible.9 — Nécessaire, non : car l'acceptation d'un témoignage est toujours libre. Absolument infaillible, non : Dieu seul possède l'infaillibilité absolue : mais relativement infaillible, en tant que, si la raison et le témoignage humain sont susceptibles de rectitude et de véracité, ces deux qualités doivent se rencontrer dans l'universalité 'plutôt ou bien plus que dans l'individualité; que, si l'on admet ces mêmes qualités dans l'individu , elles se trouvent par là même dans l'universalité; et que, si on attribue à l'individu les qualités opposées, tous n'en étant

pas nécessairement affectés', au* moins au même degré, dans le même temps et par rapport au même, objet, la garantie se trouve conséquemment dans l'accord des raisons et des témoignages:

— « Le témoignage humain n'est dans aucun «cas le fondement de la certitude, puisque la tt certitude est subjective. " — Singulière logique! Quel rapport entre la prémisse et la conséquence , à s'en tenir à la définition de la certitude par M. Hautain?

—«Il n'est point la règle absolue du juge-1 «ment, puisque l'individu ne peut juger que u suivant qu'il est affecté. " — Et ne sera-t-il point affecté par un témoignage imposant?

—-«Il n'est point, comme on l'a dit, le sceau «de la vérité y puisque la vérité ne dépend, ni «de la raison, ni de la parole de l'homme. M — Nous avons, résolu cette difficulté.

— L'homme de génie est toujours persécuté par ses contemporains, et néanmoins, à la longue, le sens commun finit par lui rendre justice. — Et c'est seulement alors que ses découvertes, quelque vraies qu'elles soient d'ailleurs, et quelque conviction qu'il ait de leur vérité, ont acquis, par rapport au sujet de la certitude, le degre.de certitude objective dont elles sont sus* ceptibles.

Enfin, les développements que nous avons

donnés à la doctrine du sens commun, sont suffisants pour démontrer qu'elle n'est pas, comme le voudrait notre professeur, identique avec Téclectisme de M. Cousin, ni avec la théorie de J. J. Rousseau sur la souveraineté du peuple. . Pour résumer en peu de mots notre opinion sur le grand professeur de Strasbourg, il a voulu nous donner une philosophie inébranlable, nécessaire, universelle, absolue, éternelle Ç); hors de son école, il n'y avoit, disoit-il (*), que des opinions, des théories, des systèmes : cet oit toujours l'homme qui par loi t à l'homme; et il n'est parvenu lui-même qu'à élever un système bien plus contestable encore que tous ceux qui l'ont précédé. Quoi qu'il fasse, ses propositions ne peuvent jamais être que de pures assertions, pour lesquelles un ton d'autorité, unie parole dogmatique et tranchante , ni même une parole d'honneur la plus formelle et la plus sacrée, ne seront jamais des garanties suffisantes. Il gâte ses plus belles vues par des opinions arbitraires, et surtout par son platonisme et son illuminisme pythagorique. Aussi osons-nous à peine approuver, quelques points de sa métaphysique, et, dans ce que nous admirons le plus, avon»-nous soin

(') Ibid., p. 6a.

d'élaguer toujours quelque chose du sens de Fauteur. Enfin, parceque la lecture de la bible fa éclairé , et qu'il a la vanité de prendre sou intelligence pour la règle et la mesure de toute intelligence, il ne reoonnoît d'autre moyen de conversion que la lecture de l'écriture sainte , qui n'a pas même besoin de l'interprétation de l'église, puisqu'elle est la parole de Dieu, la vérité pure, lumineuse, claire, évidente par ellemême. Aussi l'on assure que c'est l'unique moyen qu'il emploie pour ramener à la religion chrétienne ceux qui s'en sont écartés. Les sociétés bibliques en font autant Sa philosophie se réduit donc à un sémi-protestantisme accompagné d'illominisme, et dans lequel l'église ne peut être qu'un hôrs-d'œuvre, un double emploi, une superfétation.

Pour sa théorie de la conversion , elle est loin d'être claire. Sa dernière brochure semble annoncer presque partout l'intention de ramener l'homme à la foi par la science, et il résume son procédé dans ces trois mots : «J'ai lu, j'ai vu, j'ai cru9. «Le temps de la foi simple est passé9, dit-il ailleurs (p. 75) , et les hommes ne peuvent être ramenés à la foi que. par F intelligence. Et néanmoins l'homme, en tout, doit commencer par croire, la foi seule ayant la' vertu de conduire

à l'évidence et à la certitude (/?. 81). De plus,

62fi

les sciences inférieures doivent (p. 85 c* 86) servir de preuve et d'introduction à la science divine, au moins pour le disciple : car le maître doit (p. 81 et 87) prendre pour principe et point de départ la parole sacrée, et en faire la règle do autres sciences. Ainsi , le mystère de la très-sainte Trinité étant le premier de tous les dogmes, il faut, pour que la machine de M. Bautain poisse marcher, qu'il trouve la trinité dans toute existence. Alors, posant la trinité à l'entrée de toutes les sciences , et demandant à ses disciples leur foi à ce mystère dans quelque ordre de connois* sances que ce soit, s'ils la lui accordent, il les amène ainsi à confesser le même dogme en meta* physique; d'où il suit que les sciences inférieures, telles que M. Bautain les conçoit, ont, pour lui, leur fondement dans l'écriture, puisqu'il les modèle sur l'écriture; tandis que, pour ses disciples, ce sont elles au contraire qui servent de fonde» ment à la vérité catholique. Cette façon d'enseigner n'est qu'un sophisme perpétuel , un cercle vicieux, une supercherie, par laquelle il se joue de l'inexpérience et de la bonne-foi de ses élèves, et compromet de la manière la plus grave leur avenir religieux. Il regarde comme une irrévérence dangereuse de démontrer la religion par les preuves ordinaires : mais l'examen qu'il provoque (p. 74) ne comporte-t-il pas à un plus fout

degré tons les inconvénients qu'il croit apercevoir dans les autres arguments?

U est impossible qu'il n'y ait beaucoup d'arbitraire et d'illusion dans la science de M. Bautainl Car, en admettant qu'il soit possible d'expliquer toute la nature par les vérités de la religion , et réciproquement de démontrer toutes les vérités de la religion par les faits de la nature AINSI EXPLIQUÉS, ne faudra-t-il pas bien des tâtonnements avant de découvrir et d'asseoir d'une manière certaine tous les rapports des deux ordres de choses ? Dans quel embarras ne va donc paS s enfoncer le célèbre prédicateur de la cathédrale de Strasbourg, en attendant que son système soit reconnu? Je veux bien que les principaux mystères, la tri ni té, la chute de l'homme, puissent être prouvés jusqu'à un certain point par sa méthode. Toute l'économie de la religion sera-t-elle par là devenue évidente? Et, par exemple, nous montrera-t-il l'existence et la nécesssité des sept sacrements dans les sept trions de la grande-ourse? Si ses disciples sont prudents, ils ne peuvent lui donner qu'une foi provisoire; et, si le maître abuse de leur inexpérience pour les engager à lui par une foi profonde, il y a surprise de confiance, et il est à craindre que, revenus de leur premier étourdissement, et reconnaissant beau* coup de rêves dans la doctrine dont on aura

fasciné leur imagination, ils ne finissent par confondre les vérités les plus respectables avec les illusions qui les auront quelque temps éblouis. Voilà ce qu'on appelle (p. 72) faire succéder le règne de l'intelligence à celui de la raison.

M. Bautain a pu bien facilement séduire et persuader les philosophes de S.k Louis. Arec son imagination vive et brillante et sa parole magique, est-il étonnant qu'il ait entraîné une jeunesse simple, à peine sortie de l'enfance, par conséquent peu instruite et sans connoissance des hommes et du monde •(')? Mais, hors de l'enceinte de son petit séminaire, quels prosélytes a-til faits, lui qui reproche au système de M. de la Mennais sa stérilité ? Cest au cours académique que nous voudrions voir quelques conversions éclatantes, seulement un peu d'enthousiasme. Mais là, les cœurs sont de glace; là, on rencontre l'émeute et le charivari (*). Que M. Bautain nous

0) De renseignement, p. 59 et 60.

(•) M. Bautain est tellement accoutumé à rencontrer de l'opposition dans son auditoire , que , dans la courte allocucution par laquelle il a clos Tannée scolaire , il a remercié les jeunes académiciens de ce que , par leur assiduité et leur application , ils avoient rempli de consolations inattendues Tannée qu'il redoutoit le plus , en sorte que cette période, qui devoit être la plus désagréable de son enseignement , es a été la plus satisfaisante. Les paroles simples du professeur ont été accueillies par une explosion spontanée d'applaudissements.

cite un de ses examinateurs, on docteur en médecine y qui ait compris sa thèse d'inauguration* Pour nous, nom avons tu sourire les jeunes mathématiciens de la faculté, lorsqu'il appliquoit la métaphysique à la géométrie, même d'une manière trés-flensée* et ses excursions dans les autres sciences, où il porte toujours son esprit de sjstème, ne nous ont paru goûtées que de quelques personnages graves, assidus auditeur* de ses leçons. Mais nous n'avons point remarqué qu'il eut aucune prise sur la jeunesse (*)• On fait mon-

(?) Cette phrase étoit imprimée avant la séance qui a terminé pour cette année le coins de M. Hautain. Jusque là nous avions aperçu peu d'élan , quoiqu'on écoutât en général avec bienveillance , au moins avec attention , les leçons du maître. Nous ne cherchons pas à diminuer la gloire du célèbre professeur. Mais , pour être juste , nous devons dire ce que nous avons appris et ce qui nous a été confirmé par ses dernières paroles, savoir : qu'il a trouvé moyen cette année d'attirer plusieurs jeunes gens dans des conférences particulières, et qu'il paroft avoir gagné leur confiance; ce qui pourrait expliquer comment ces neuf mois se sont passés avec calme. Nous avons aperçu dans la salle plusieurs des amis de M. Bautain. Nous ignorons s'il s'étoit choisi une partie de son auditoire. On assure qu'il se donne beaucoup de peine pour augmenter le nombre de ses adeptes. Dans tous les cas , ses succès sont encore bien loin d'égaler ceux de M. de la Mennais , même parmi les gens du monde. Et cependant M. de la Mennais ne s'est point propagé sous le manteau, il n'a eu recours, ni anx caresses, ni aux insinuations secrètes, H n'a circonvenu personne, il ne s'est jeté au cou de personne; il a semé sa parole dans

ter à une douzaine le ûombre de ses chauds prosélytes dans la ville de Strasbourg, y compris les quatre israélites que M. Foisset a essayé de multiplier en présentant le même dans diverses positions. Nous nous trompons : M. Bautain est suivi par un groupe de saintes femmes, qu'il a magnétisées par son élocution facile, par sa gesticulation séduisante et par son mysticisme philosophique. Quant à la sunamite en chef, à la mère, à la femme-messie de la nouvelle école, ce n'est point une conquête de ML Bautain. An contraire, M. Bautain est sa conquête; die a eu la gloire de convertir un philosophe, auquel elle peut être doublement utile par ses relations, d'un côté avec le monde intelligible et surnaturel , « avec les agents mystérieux qui parlent à « Famé et inspirent la volonté n ('), de l'autre avec des hommes que le caprice de la fortune et un commerce clandestin ont mis à même de persécuter (*) ceux qui marchent dans la même voie, et d'influencer le choix des évêques.

1 univers , où elle a germé , où elle s'enracine et s'affermit de jour en jour , et où elle croîtra avec le temps et portera des fruits par la patience.

(a) On ne connott pas assez les vexations auxquelles les francs-sauniers et les francs-commerçants sont aujourd'hui exposés.

M. Bantaîn n'a rien négligé dans ta dernière séance pour persuader à ses auditeurs qu'il étoit un homme de génie, nn nouveau Socrate, un nouveau Platon; plus que tout cela : un nouveau Pythagore : car il se lait gloire d'être le disciple de ce grand homme Q, qui fut le père de la plus sublime philosophie. A son exemple, il ne s'en tient pas à la spéculation , il enseigne surtout une doctrine vivante et pratique; et, par V annonce des hautes vérités, de la parole du mystère, il coudait ses initiés à la contemplation du mystère en lui-même, à la vision de la vérité pure par (illumination du rayon céleste. Enfin, pour que rien ne lui manque de ce qui caractérise le génie, nous ne doutons pas qu'il ne s'enorgneillise de l'apparition de notre ouvrage comme d'une persécution : car, à présent, ceux qui ont la force en main, ou qui possèdent l'oreille des grands, ou qui aspirent à une domination despotique, ne manquent pas de crier à la persécution chaque fois qu'ils immolent une nouvelle viçtijqe, surtout si elle n'est pas assez débonnaire pour baiser avec respect et avec amour, et surtout en silence, la main qui la frappe. ê

Toutefois on sait aujourd'hui si nous sommes des persécuteurs, si aucun de nos maîtres a

0) Revue turop. , t 5 , p. 65o et 65 1.

jamais ambitionné -ou distribué les honneurs, flatté les passions des hommes puissants, sollicite la disgrâce de ceux qui leur déplaisoieat On sait de même quel est le parti qm se permet ces sortes de passé-temps , qui pousse à l'abus le pouvoir le plus légitime, qui rend les sacrés canons de l'église aussi vrais que nos chartes politiques, qui assure le triomphe de ses opinions par la cabale et par la violence, pour qui la parole n'est quWmcyenBecoadairedont il n'ose que^and il se croit certain d'en user seul, qui: argumente à coups de tribunaux, de destitutions et d'interdits, et qui, en s arrogeant le monopole des dignités, a fait à lui seul plus d'hypocrites qu'il n'en falloit pour discréditer la religion pendant un demi-siècle dans la conviction des peuples, et la ruiner entièrement dans leurs cœurs. (*)

L'esprit de coterie, n'en doutons pas, plus encore que le défaut d'intelligence et l'ignorance des doctrines mennaisiennes, a contribué à rendre

Qui sait si nous ne paierons pas nous-mêmc par

biefc des tracasseries notre hardiesse à parler selon notre conscience ? et si notre petitesse et notre soin à nous préserver du moindre contact dont nous pourrions être froissé, nous mettra suffisamment à l'abri des ressentiments ? Il y a des hommes assez peu généreux pour écraser l'insecte qui se trouve à leur encontre. < • '

si amène la polémique de M. Bautain contre un homme autour duquel tout paroît aujourd'hui se déchaîner, et que pourtant un pontife, dont le règne ne fut pas sans éclat, honoroit d'une estime toute particulière. En effet, en combattant les quatre premières écoles , notre philosophe ayoit conservé toute l'impassibilité de la raison; Mais, en présence du sens commun, son calme l'abandonne, l'aigreur filtre dans sa phrase*, et quelque chose de poignant semble exaspérer son cœur. Pourquoi M. de la Mennais na-t-il point de disciples, mais (x) des partisans? Pourquoi ces objections répétées pour la millième fois , échos mourants de quelques voix glapissantes de l'école cartésienne? pourquoi nos réponses sontelles passées sous silence? Pourquoi tant d'infidélité dans l'exposé de notre doctrine? pourquoi ces textes tronqués et falsifiés, sinon matériellement, du moins dans leur sens leplus clair? Estil bien digne d'un amant passionné de la vérité pure, d'égayer son auditoire aux dépens de son adversaire par d'ignobles caricatures (*)?

(') De renseignement, p. 36 et 44*

(a) Exemple :

La philosophie de l'abbé de la Mennais est un legs précieux, soigneusement emballé, que vous ne pouvez posséder qu'à la condition de ne jamais en rompre l'enveloppe. 11 vous livre la vérité en magasin et vous défend d'en jouir, sous peine de la voir s'évanouir à l'instant.

La doctrine du sens commun a eu le malheur, dit-on Q, de semer la discorde là ou se devraient trouver l'union, la paix et la charité* — Que s'ensuit-il de là ? M. Bautain devroit en conclure que cela prouve la liberté. Nous, qui ne voyons pas un crime dans chaque erreur, nom disons que cela prouve toujours mieux le besoin d'une autorité, la nécessité de mettre toutes les lumières en commun. Il parolt d'ailleurs que le nouveau Pythagore n'a pu garantir son enseignement do même, malheur : car on parle beaucoup der divisions qu'il a suscitées dans le clergé Strasbourg geois, et il convient lui-même Q qu'il ailé l'objet de jugements bien divers, bien contradictoires. Dans un temps où l'union seroit si nécessaire aux disciples de Jésus-Christ , l'église de Strasbourg est partagée en deux factions rivales, si l'on peut hasarder cette expression dans un tel ordre de choses; et, si la scission n'a pas fait plus d'éclat, c'est que l'un des partis est oppresseur et l'autre contenu par la terreur.

Le Platon de la nouvelle académie reproche encore (3) à la doctrine du sens commun d'avoir soulevé in tempes tivement lès questions les plus

(') De l'enseignement, p. 44* C) Ibid.f p. 3* C3) /*/£, P< 44.

difficiles, soit en religion , Soit en politique. — - Pourquoi intempestivement? Ne seroit-ce pas qu'on seroit fâché d avoir été devancé dans une carrière qu'on voudrait avoir ouverte (') ? Ne regretteroit-on pas de n'avoir point conquis le premier cette vaste renommée que possède un homme aussi superficiel (') que M. de la Mennais? rfenvierqit-on pas le retentissement immense qu'ont obtenu les paroles de celui qu'on appelle un homme d'esprit 0 ? Ne cuiroib-il pas au coeur d'avoir vu la palme du génie enlevée par un autre? Croyez-moi cependant, il seroit encore beau , le rang que vous pourriez occuper après l'illustre auteur (ironice) de /'Essai sur i/iNDIF- FÉRENCE EN MATIÈRE DE RELIGION Q. Pourquoi

craignez-vous de lui accorder autre chose qu'un grand talent, une raison forte, qui n'est dans votre idiome philosophique qu'une logique accablante? autre chose qu'une imagination ar-

C) JUUL, p. 54.

(a) Ces paroles vont s'éclaircir. Nous savons que M. Bautain ne peut regretter de ne point avoir été mennaisien avant M. de la Mennais. La doctrine politique du prêtre breton ne mène point aux honneurs, et sa doctrine "métaphysique n'exhausse point sur le trépied.

(b) «L'abbé de la Mennais est un homme de beaucoup d'esprit, mais sans profondeur.» Paroles de M. l'abbé Bautain au cours de faculté. .

dente, et une parole énergique, éclatante et souvent passionnée^)? Plus que personne, vous êtes en état de découvrir dans un homme les vues élevées du génie, les hautes intuitions intellectuelles, et la contemplation de ce monde inconnu que l'idéologie ne soupçonné même pas, parcequ e//e ne le découvre point au milieu des brouillards des sens (*). Les intelligences supérieures, ce nous semble-t-il , sont faites pour voler de conserve et vibrer à l'unisson, et les grandes âmes doivent établir leur séjour dans des régions élevées, inaccessibles à tout ce que les esprits vulgaires pourraient prendre pour les épaisses vapeurs de la jalousie.

(•) De renseignement, p. 5g, (*) Ibid., p. ig et 20.

SUPPLENDA.

Ajoute*.:

Dans Tordre précèdent, le sens commun étoit notre instituteur naturel, et Dieu la base invisible, le fondement caché, le garant secret de ses instructions et de ses corrections. Ici, Dieu se montre à découvert comme le maître du genre humain, et le sens commun n'est plus que son interprète, son organe, son porte- voix, son moniteur, son ministre, une autorité subalterne, mais revêtue, par délégation providentielle, du droit de faire la loi à toutes les raisons privées.

Après de l'autorité ajoutez:

, de la même manière que l'ontologie élève l'être au-dessus de Dieu, et renferme Dieu dans l'idée générale de l'être

Avant U dernier alinéa de la note , ajoutez V alinéa suivant :

Comment le P. Rozavea sait-il que les premiers principes sont certains par eux-mêmes : Est-ce parcequ il les voit tek ? Mais apparemment le P. Rozaven , comme tons les antres hommes * est revenu quelquefois d'an premier jugement : donc , Q a porté quelquefois deux jugements successifs con-

fraires ; donc , il a jugé faux quelquefois ; donc , son jugement ne peut lui garantir la vérité certaine des premiers principes. — Il me renverra peut-être a S.1 Thomas. — Mais S.' Thomas n'est phis sur la terre pour me répondre , et mon respect pour ce grand théologien me fait une loi de penser que, s'il revenoit aujourd'hui parmi nous t il ne balancerait pas à convenir que les premiers principes ont beau renfermer en eux la certitude; qu'ils ne nous la livrent pas pour cela , et qu'ils ne nous sont connus comme certains en eux-mêmes , que parcequ ils paraissent tels 1 tous les hommes qui les comprennent, ou parceque tous les regardent comme évidents.

Après déluge la citation ci-dessous doit être renvoyée au bas

de la page: %

- Instruction du ai juillet i83i.

Ajoutez:

Aussi ne cherchons-nous pas à convaincre M. Bautain, mais à justifier la méthode du sens commun par elle-même et à ses propres yeux

Après estomac général ?.'.... ajoutez :

et que la raison générale se distribuoit par parties entre les individus qui composent Vespect humaine?!....

Après P. Rozaven la citation ci-dessous doit être renvoyée

au bas de la page :

Examen d'un ouvrage etc., p. 100, 168 et 199.

Puis doit venir la phrase suivante :

Est-ce que M. Bautain seroit aussi homme à croire avec le P. Rozaven (') <jue la raison générale a été submergée dans le déluge?

C) md., p. 87.

Après normale ajoutez:

, le disciple bien-aimé, auquel nous ne sommes pas fâché de rappeler certaines paroles de son maître, que nous retrouyons dans le livre de M. Gerbet sur les doctrines philosophiques (') : « Abaissez la «vérité au sentiment, la voilà réduite à n'être « plus qu'une opinion ; une opinion qui peut bien «subjuguer tel ou tel individu, mais qui n'oblige «personne légitimement L'opinion, fille du sentiment, individuelle et variable de sa nature, «se résigne-t-elle à n'être que ce qu'elle est? voilà • «le sccpticisriie. Tout individuelle qu'elle est, se «croit-elle générale, universelle, absolue? voilà «le mysticisme. Chaque individu, après s'être «prosterné devant son opinion, comme devant «la vérité absolue, prétend-il faire fléchir tous «les autres individus devant son idole? voilà le «fanatisme. " (*)

(') Des doctrines philosophiques , p. iaoet lai.

(*) Fragments philosophiques, par M, Victor Cousin,

Ajoutez ;

Les étymologies, comme les faits de la nature, se plient aux interprétations arbitraires et s'accomodent aux besoins de l'esprit de système. ÎNous n'en voulons que deux preuves. M. Bautain , dans sa métaphysique, décompose le mot trinilè en tri-unité. Dans sa thèse sur la vie ('), voulant retrouver dans la racine même du mot individualité, la nécessité de deux facteurs pour la production d'une existence individuelle quelconque, il le décompose ainsi : indivi- dualité, dualité indivisible. — Individualité est dérivé de individu, individu est composé de la particule négative in et du verbe divido , le verbe divido lui-même est composé de la particule dispersée di , où l'on peut voir à toute force le signe de la dualité, et du verbe étrusque iduo, d'où vient idus, les ides, et qui signifie diviser. Que Ton veuille ou non trouver dans ce verbe l'indication de la dualité (in, duo), toujours sera-t-il vrai que le mot duo ne s'y rencontre pas deux fois : or, il faudroit qu'il en fut ainsi , pour que individualité put se décomposer en indivisible dualité. Il est au moins douteux que iduo supporte la séparation in-duo. Admettons-le toutefois : alors individualité se coupera ainsi : in -di- in- dualité^ signifiera : non séparé en dualité. Abandonnez donc la règle du sens commun !

(') Propositions générales, p. i5.

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