‹ De l'enseignement philosophiqueChapitre 2 sur 18 · EN FRANCE · texte numérisé non relu

EN FRANCE

«Il y a peu d'hommes de nos jours qui n'as- C( purent à la gloire d'être fondateurs", et M. Bautain n'est pas de ce petit nombre. Sa réputation, qui a voit semblé pendant quelque temps étouffée entre les Vosges et le Rhin, vient enfin de franchir avec plus d'éclat ces étroites limites. M. Bautain,* dont le nom avoit déjà reçu plu^ d'une mention honorable dans les colonnes dit Correspondant, commence à s'élever comme un astre brillant sur l'horizon de la philosophie. Son regard d'aigle, qui s'est exercé, dans lés nébuleuses conceptions de Kant, à plonger dam % les profondeurs de la métaphysique

s'est fixe avec une louable audace sur l'idée génératrice de la science. Il s'est senti le courage de fonder, après tant d'autres qui ont échoué dans cette périlleuse entreprise, une nouvelle école de philosophie, et ses premiers essais ont excite une vive sympathie dans cette fraction de la jeunesse alsacienne qu'il a su réunir autour de sa chaire, en même temps qu'ils ont soulevé contre lui la majeure partie du clergé de son diocèse, et cette autre fraction plus nombreuse des jeunes clercs qui tiennent à leurs anciens instituteurs : c'est la destinée ordinaire d'un mérite éminent d'opérer de ces scissions violentes dans le monde intellectuel, et de«compter parmi ses admirateurs, comme parmi ses détracteurs, bon nombre d'hommes qui ne comprennent pas ce qu'ils admirent ou ce qu'ils décrient, bon nombre qui ne le connoissent pas, bon nombre encore qui, prodiguaqt l'encens ou versant le blâme à pleines mains, et faisant plus de bruit que les autres, ne croient pas même avoir besoin de connof tre l'objet de leur culte ou de leur antipathie. Étranger à l'Alsace, que pourtant nous connoissons un peu et que nous estimons beaucoup , et inaccessible à l'esprit de parti, ce n'est, ni sur les exagération* de l'enthousiasme , ni sur les clameurs passionnées d'une prévention hostile, que nous nous permettrons de juger M. l'abbé Bautain.

Nous ne voulons te connottre ici , et nous ne le connoissons en effet, que par deux articles qu'il a publiés dans la Revue européenne, dans lesquels nous avons admiré la hauteur de ses vues* la profondeur et la gravité de ses méditations; et par une brochure imprimée à Strasbourg au mois de février dernier ('), destinée , dit l'auteur (p. S),* à servir d'introduction à un Manuel de Philosophie y auquel il travaille, et qui doit parottre plus tard.

Comme cette introduction , poursuit-il, ex* pose nettement sa manière de voir, ses convictions en philosophie , les principes d'où il part , la méthode quil suit , tesprit et le but de son enseignement , et que tout enseignement philoso* phique doit commencer par poser son principe de certitude, c'est là naturellement que nous avons dû chercher la règle qu'il propose à ses disciples pour -assurer leurs pas dans la carrière de la science.

Cette brochure débute par un tableau frappant de vérité, de l'anarchie qui règne en France dans les doctrines religieuses, morales et poli* tiques. L'auteur, après avoir décrit avec une grande facilité d'éloeution (p. 5, .... 1 2), l'affligeant

'(') De renseignement de la philosophie en France au dix* neuvième siècle.

et le spectacle vraiment extraordinaire (p. 5) de cette agitation désordonnée (p. 12) et fébrile qui s'est emparée de notre société mobile et précaire» met le doigt sur la plaie, en signalant (/>. 14), comme la cause du mal, l'absence de la foi religieuse dans les hommes de notre siècle. Cependant (p. 12) , au milieu du naufrage général des vérités conservatrices, au milieu du bouleversement des idées y de la lutte des opinions -, de la confusion de tous les principes , du cahos des intelligences, tout n'est pas encore perdu, tout n'est pas désespéré : Vame humaine, faite pour le bien , le réclame sans' cesse toute haie» tante, et son intelligence, tout obscurcie qu'elle est par les nuages de tant d'erreurs, travaillée (p. 13) dun malaise vague et indéfinissable f se retourne dans tous les sens, et lait mille efforts inutiles, mille essais infructueux pour découvrir la vérité (p. 12 et 1S). Elle a donc encore foi dans la vérité, et pourtant (p. 14) ce n'est plus par la foi qu'elle veut se mettre en rapport avec la vérité, c'est par la science : c'est donc par la science que doit lui parler quiconque veut tenter sa régénération, c'est par la philosophie qu'il faut la rappeler à la foi, c'est la philosophie seule qui peut la rendre aux croyances religieuses; et, par philosophie, l'auteur, qui entreprend cette noble tâche, entend l'étude approfondie

de l'homme* de ses facultés, et de ses rapports avec ce qui est au dessus de lui et avec ce qui est au-dessous : car (p- 15) c'est surtout de. If nature de l'être humain, de son origine et de sa destination, que s'inquiètent les hommes d'aujourd'hui, si avides de savoir, et que notre jeu? nesse pensante demande raison (p. 18 et 20). Mais (/?. 15) il existe tant de systèmes, phi* losophiques! quel est celui auquel est réservé l'honneur de consommer de nouveau l'union de l'intelligence avec la vérité, l'accord de la raison avec la foi, l'alliance de la scienceavec la religion? Puisque l'auteur est un prêtre de notre croyance » nous pouvons, nous autres catholiques, entrevoir de* son déhut, que ce ne peut être qu'une phi** losophie qui soit déjà elle-même en possession de la vérité, ou qui ait ses racines et sa règle dans l'ordretde foi. Le tout, c'est de faire épouser une doctrine fbndge sur la foi, à un siècle qui (p. 14) n'éprouve qu'aversion et dégoût pour tout ce , qui se rapporte à la foi, de vaincre le dédain ou l'indifférence avec laquelle il entend toute parole* qui se présente, soit absolument, soit seulement en principe, sous cet te forme et avec ce caractère* Et si , pour ménager les susceptibilités du siècle, pour ne pas heurter de front son allure , pour vous accommoder au goût du . temps afin de réussir plus sûrement à le réformer,

vous partez d'un principe philosophique pris en dehors delà foi, si la route que tous suivez n'est point Jalonnée par des articles. de foi, si. vous constituez* en un. mot, la science indépendamment de la foi, dans un. état d'insubordination et même d'hostilité rationnelle à l'égard de la foi, la difficulté sera de rétablir l'harmonie entre les intelligences, par les causes mêmes qui l'ont troublée, -et qui ont engendré le désordre et produit une .si grande perturbation dans l'organisation sociale

Voilà donc la question nettement posée, voilà le problème que M. Bautain • s'est donné à résoudre dans son Manuel de Philosophie :

La foi seule pouvant servir de fondement à la science , ramener néanmoins l'homme à la foi par la science. L'énoncé de ce problême ainsi réduit à sa plus simple expression, il nous seroit facile d'en déduire dès ce moment les conséquences, et d'arriver à une solution quelconque. Mais nous ne discutons point encore, nous exposons. . Ainsi n'anticipons pas davantage * sur la marche de notre auteur : bornons-nous d'abord à la signaler.

M. Bautain. place ici (p. 1 6, ;,.. 62) la statistique raisonnée de l'enseignement philosophique .en France (p. 17). Il y constate, (p. . 1 6 ) . l'existence de cinq écoles, dont trois se partagent aujour-

d'hui les chaires de V université : ce sont : Véeole de Condillac, l'école écossaise, et l'école éclectique; et les deuxr autres sont renfermées dans l'enceinte des séminaires : ce sont : F ancien rationalisme scotastique et la philosophie du sens commun. Voilà les cinq puissances qu'il se- propose de ruiner, afin d'établir la sienne sur leurs débris : il veut , comme il est juste , déblayer avant de bâtir.

D'un coup de massue, il abat d'abord à ses pieds (/>. 17, ....22) Condillac et ses disciples : Condillac (p. 18), avec son insoutenable hypothèse de l'homme-statue et de la sensation transformée, abandonnée entièrement aujourd'hui , même par ses admirateurs; et les disciples de Condillac (p. 18 et 19), avec leur étroit (p. 18, 19 et 20) système d'idéologie, qui, se bornant (p. 19) à expliquer les facultés inférieures de lame , et laissant de coté ce qu'il y a de plus noble (p. 19 et 20) dans l'intelligence, et tout le reste de l'étude de l'homme (p. 20 et 21), si profonde, si vaste, si intéressante, est loin (p. 20, 21 et 22) de répondre aux besoins et aux exigences de notre époque. Puis il renverse en passant (p. 22, .... 29 ) l'école écossaise, qui, transportant (p. 23) sur le terrain psychologique la méthode expérimentale, de Bacon, et se renfermant exclusivement dans l'observation de la conscience humaine, est

aussi impuissante (p. 25, 26, 21 et 28) que U première à étancher la soif de scienee {p. 29) qui dev6re la jeunesse intelligente de nos jours, et qui d'ailleurs, s'exerçait (p. 23) dans un champ où l'individu seul peut pénétrer, et établissant l'individu seul juge en damier ressort de toutes les observation», ne sauroit jamais (p. 26) arriver qu'à des résultats personnels et subjectifs, ni avoir aucune portée objective , aucune foret métaphysique. L'auteur toutefois rend (p. 22) à cette école la justice de reconnottre qu'elle a produit du bien en débarrassant V étude de U homme des hypothèses , en remettant t observation psychologique en honneur, et en augmentant la masse des matériaux philosophiques. Nous, nous irons plus loin, et nous dirons que les observations idéologiques et psychologiques, quand elles sont bien faites, et que leurs résultats sont uniformes et sanctionnés par le consentement commun, acquièrent ainsi une valeur objective et scientifique, mais seulement dans l'ordre de faits auxquels ils appartiennent.

Ces deux ennemis à bas, nous allons rencontrer l'éclectisme moderne, et assister à une nouvelle victoire. Mais nous avons besoin de suspendre le combat et de retarder un instant la course rapide du vainqueur, pour interjeter, avec toute l'humilité que nous inspire le sentiment de notre

Jbihtase, nos propres rues, nos idées partiel* Hères dur l'éclectisme .- imperceptible liliputien, nous osons prendre la licence de fier un instant Gulliver, et, qui sait? peut-être nous enhardir rons-Hous plus taid jusqu'à entra* en lice avec lui.

Il y a, selon nous, trois manières d'être éclectique. Toutes trois ont ceci de commun, qu'elles vont cherchant la philosophie dans toutes les écoles, dans toutes les sectes religieuses, dans toutes les traditions, chez tous les peuples du monde

Mais la première consiste particulièrement à choisir dans chaque secte, dans chaque école, dans chaque doctrinfe, dans chaque opinion, dans chaque système, ce que chaque philosophe pige être la vérité, et à abandonna* le reste de chaque philosophie comme feux ou comme dou* teux. Dans ce genre d'éclectisme, chaque individu se compose une philosophie popr son propre usage, des éléments qu'il a recueillis de côté et d'autre, et chaque raison particulière est juge de la vérité et de Terreur en elles-mêmes; et, comme la raison personnelle est faillible, et qu'elle ne peut en réalité prononcer avec certitude que sur la manière dont elle est impressionnée par les différâtes assertions qui la frappent, la phi* losophie éclectique, telle que nous venons de la définir, manque par conséquent de fondement

t*t d'objectivité dans sa certitude : elle ne peut donc rien enseigner d'une manière satisfaisante dfes grandes vérités qu'il importe le plus à l'homme de connottre.

Les deux autres manières de faire de l'éclectisme diffèrent de la précédente et se ressemblent entre elles, en ce que chaque raison ne juge plus par elle-même du mérite des croyances et des opinions, et que le philosophe n'est plus l'arbitre de la vérité : ici sa tâche est (p. 31) de constater, dans tous les écrits, dans toutes les pensées > dans toutes les spéculations des hommes , dans tous iesjaits'par lesquels se manifeste et s' ex* prime la vie de l'humanité, ce qu'il y a de commun, d'immuable, d'universel, au milieu de ce qui &rl particulier, variable, resserré dans une période de temps ou dans une localité, pour en faire un corps de doctrine. Ces deux éclectismes regardent la raison individuelle et le ' jugement privé comme dépourvus de toute autorité objective ; tous deux , font profession , comme M. Bautain (p. 32 ) et comme nous , d'en appeler en dernier ressort du sens privé à la raison universelle, absolue; tous deux admettent, comme M. Bautain et comme nous , la marche progressive du genre humain (p. 31), et le développement (p. 33) progressif de la vérité, qui doit ainsi se formuler d'âge en âge dans une

expression de plus en plus générale, de. plus en plus philosophique, de plus en plus rapprochée de la vérité absolue. Voici maintenant ce qui les différencie entre eux

Le premier, l'éclectisme du dix-neuvième siècle, celui qge notre auteur entreprend (p. 30, .... 35) de détrôner des écoles universitaires, n'est, selon lui, autre chose (p. 30) qu'an syncrétisme , un recueil d'opinions ou dépensées humaines, un assemblage de membres et d'organes pris ça et là 9 ajustés avec plus ou moins dort. Dans ce système, la vérité n'appartient (p. 30) à. aucune théorie particulière : mais elle se manifeste* dans toutes les ,o]Éhions humaines, qui ne sont toutes que des formes diverses. ( p. 32) d'une même et unique vérité, qui sont par conséquent toutes également vraies, toutes également bonnes. Pour l'éclectique, point de distinction entre le vrai et le faux, entre le juste et ¥ injuste : toutes les doctrines sont bonnes, en tant, qu'expressions formelles de la raison de l'homme, et conséquemment toutes les actions le sont éga* lement, comme manifestations de son activité libre (^. 33). Pour l'éclectique, le crime et la vertu sont deux faits dont la valeur morale est sans importance, et qui n'ont cpïune valeur philosophique; et cette valeur philosophique consiste simplement et essentiellement en ce que ce

sont deux (kits, et ces deux faits se ressemblent en ce qu'ils expriment l'un et foutre un mode de la liberté (p. 33). Pour l'éclectique, point d'autre droit que le fait, point d'autre justice que la nécessité , point d'autre légitimité que lfe succès (p. 34). Pour lui, la philosophie, c'est t histoire (p. 31) : exposer la marche de l'humanité dans ses différentes phases, et dégager des formes périssables et contingentes des opinions humaines, ce qui peut s'y rencontrer à9 immuable et de nécessaire , voilà le procédé de cette doctrine, si l'on peut appeler doctrine (p. 32) le monstrueux accouplement de toutes les contradictions, présenté comriÉ' l'expression d'une vérité une et immuable ; système dans lequel toute marche de l'humanité, n'importe en quel sens ou vers quel terme, est (p. 33) un développement, un perfectionnement, un progrès. Le philosophe de cette école s'applique à l'extérieur de l'homme, comme le philosophe écossais en explore l'intérieur, avefc cette différence, que celui-ci opère par sa raison privée, et l'avoue, et que l'autre, tout en invoquant la raison universelle, se met en contradiction avec elle, puisque l'un des oracles le plus hautement proclamés de cette raison, c'est que la vérité et l'erreur, le bien et le mal , né sont pas identiques.

Le troisième procédé éclectique n admet pas

plus que le précédent, que la vérité appartienne absolument à aucune théorie particulière : mais il pose que chaque théorie particulière renferme des vérités , des erreurs et des choses douteuses. A ses yeux, les opinions humaines ne sont point des formes diverses de la vérité une (p. 32), mais un mélange de vrai , de -feux et de points douteux, et chaque opinion , dans ce qu'elle a de vrai, peut présenter la vérité sous une face particulière, lui donner une couleur locale, la revêtir d'une expression appropriée au génie d'un peuple, d'une époque ou d'un idiome. Il ne confond point les notions du vrai et du feux, du bien et du mal ittoral. Il n'approuve pas indifféremment toute doctrine , mais seulement celles qui sont l'expression de la raison générale, universelle, immuable; et, quant à celles qui sont l'expression des faisons particulières, il le* juge d'après cette raison générale. Il n'approuve point non plus toute action par laquelle l'homme manifeste sa liberté : mais il ramène toutes les actions à la même règle de la raison générale Devant lui, les pensées et les actes sont quelque chose de plus que des faits : ils ont une valeur intrinsèque qui varie comme les rapports des unes avec la raison modèle, et des autres avec le bon absolu. S'il entreprend le triage de ce .qu'il y a de périssable et de ce qu'il y a d'inva-

riable dans les opinions des hommes, ce n'est pas seulement pour trouver une expression de la vérité, plus générale et plus susceptible de s appliquer à ses différentes formes, à ses faces diverses; c'est aussi, et bien plus encore, pour débarrasser la vérité des erreurs qui l'obscurcissent, et de ce qui est incertain dans chaque système. Non seulement il recueille toutes les traditions générales de l'humanité : mais il scrute, comme le système écossais, la conscience de l'homme; il l'étudié, comme l'éclectisme précédent, dans sa manifestation extérieure et historique; il est, en un mot, le procédé universel qui réunit tous les procédés particuliers, toujours soumettant ses observations et son expérience au jugement commun et à la vérification de la raison générale. Enfin tout mouvement de l'humanité n'est pas pour lui un progrès : mais, s'il reconnoît le mouvement en avant 0, il distingue aussi dans certaines phases une marche rétrograde, et, comme M. Bautain (p. 17), de grands écarts, de monstrueuses aberrations 9 qui reculent ou retardent le perfectionnement du genre humain , et il juge encore de l'un et de l'autre mouvement par les idées que lui fournit la raison universelle. Ce dernier genre

C) Introduction à la philosophie de l'histoire, par M. Grr bet , 2* conférence , p. 64 et 65.

d'éclectisme constitue la philosophie du sens commun.

Nous avons dit deux mots pour réfuter le premier système : ces deux mots suffisent pour les personnes qui sont au courant des discussions philosophiques de nos jours. Exposer les conséquences du second, c'est faire assez pour le réfuter: en confondant l'erreur avec la vérité, en noas plaçant sous l'empire de la fatalité et dans la nuit du pyrrhonisme, il ne peut inspirer que du dégoût à une jeunesse généreuse, avide de grandes idées, de sentiments profonds, de hautes inspirations : c'est la conclusion de M. Bautain (p. 34 et 35). Pour le troisième système, nous en parlerons plus en détail en temps et lieu. Nous n'avons à nous en occuper dans ce moment que d'une manière indirecte, à l'occasion d'un reproche adressé par notre auteur (p. 32) à l'éclectisme universitaire,, et qui, par sa généralité f et peut-être par une intention secrète de notre professeur, tombe en même temps sur Féclectome du sens commun.

Tous deux, nous l'avons dit, s'appuient sur la raison universelle, absolue; «et ce serait trèst bien, dit (/>. 32) M. Bautain, si cette raison ab- • solue se montrait elle-même sous une forme qui «loi fut propre, et nous donnoit ainsi la convic-

aion que c'est elle qui nous parie. Mais, con-

«tinue-A-il, il n'en va pas ainsi dans l'étude des « choses naturelles. Là , la raison universelle ne «nous parle que par des raisons privées; la, il y « a toujours des hommes entre elle et moi Cest «toujours un homme qui s'en déclare l'organe, « l'interprète; et quand le philosophe vous dit : « Voici ce que dit la raison absolue 1 cela ne signi- «fie rien, sinon : Voici ce que moi, dans ma «conscience et ma raison propre, j'ai jugé conte forme à la raison universelle! "

On voit donc que la philosophie de M. Bautain, comme nous en avions déjà fait l'observation, reconnoît l'autorité de la raison universelle, invoquée par les deux autres. Toutes trois partent donc d'un même principe général : mais elles commencent à diverger dès le premier pas qu'elles font pour entrer dans l'ordre d'application. Où gît la raison universelle? jusqu'où s étend son ressort? comment percevoir son dictamen? trois questions sur lesquelles les trois écoles sont partagées. - A prendre la raison pour l'expression de la vérité, et la raison .universelle pour l'expression la plus générale en elle-même et la plus communément reçue de la vérité absolue, il seroit difficile de déterminer en quoi l'éclectique de l'université la fait consister. Car pour lui , elle est ce substratum insaisissable qui se manifeste tous une infinité de formes contradictoires, et

qui doit, en dernière analyse , se résoudre en une expression qui signifie tout à la fois oui et non. Quant à son domaine, il ne s'étend pas audelà des faits accomplis. Et comment le philosophe peut-il parvenir à sa connoissance? on n'en sait rien, puisque chaque philosophe en est réduit 4 la formuler- lui-même avec son sens priré, c'est-à-dire, à établir une théorie particulière; ce qui est contraire au principe fondamental (p. 31) du système, et détruit en même temps la certitude objective de la science.

M. Bautain, qui a été élevé dans cette école, a donc raison contre elle, quand il lui reproche de substituer la raison de chaque philosophe à la raison universelle. Mais, au lieu de lui emprunter, comme nous venons de le faire, des armes pour la battre, il a mieux aimé généraliser tes moyens d attaque, afin de leur donner plus d'amplitude : au lieu de la mettre en contradiction avec elle-même, il Fa taise en opposition ttec des principes d'une plus haute portée, que Mus sommes par là même autorisés à prendre pour les siens. Nous allons expliquer plus clairement notre pensée.

Si M. Bautain eût voulu vaincre en pays ennemi, il eut simplement pris la raison uni verdie pour ce pour quoi elle lui étoit donnée par l'éclectisme. Or, l'éclectisme ne s'occupe que

d'études naturelles. La raison universelle, selon lui, n'est donc applicable qu'à l'étude des choses naturelles. M. Bautain, en en faisant une application spéciale à l'étude des choses naturelles, en montrant quel rôle spécial elle y remplit, suppose nécessairement que, hors de cette sphère, son mode d'action est différent. Mais, puisque l'éclectique ne connoît que cette sphère, il faut donc que M. Bautain n'entende 'pas la raison universelle comme l'éclectique. Et cependant, s'il veut rencontrer son adversaire, il est obligé de se placer sur le même terrain que lui. Il y a donc un point où la raison universelle est la. même pour tous deux : ce point est celui d'où elle apparaît comme l'expression la plus absolument générale de la vérité, et c'est pour cela que nous l'avons ainsi définie, afin qu'elle répondît à quels que chose dans toutes les hypothèses.

M. Bautain, comme nous l'avons dit, s'est donc élevé au-dessus de l'éclectisme pour le combattre : du point où il s'est placé, il peut fondre sur lui par la ramification de la raison universelle qui conduit à lui; puis remonter à son centre d'opérations, et agir à volonté dans la ligne qui lui est propre à lui-même, ou dans celle qui aboutit à la philosophie du sens commun. Voyons, d'après ses propres paroles, ce qu'il pense au sujet des trois questions proposées.

D'abord, comme 0 ne fait encore que batailler, nous ne devons pas nous attendre à trouver dans ses mains d'autres instruments que ceux qui loi sont nécessaires pour terrasser son antagoniste. Nous ne saurons donc point encore où il place la raison universelle : mais nous apprendrons dès maintenant qu'il circonscrit son autorité dans Tordre des choses surnaturelles, et que , pour la reconnoitre, il exige qu'elle se montre à loi sous une forme qui lui soit propre.

Ce sont bien là, nous le^épétons, les principes de M. Bautain, et non point des maximes empruntées à l'éclectisme pour le réfuter par lui-même : car, l'éclectisme moderne ne distinguant point on ordre naturel et un ordre surnaturel , il étoit inutile de faire cette distinction pour l'égorger de ses propres armes : en distinguant, M. Bautain nous avertit donc que ce sont des batteries à lui qu'il £iit jouer : nous pouvons donc conclure de là qu'il bannit la raison absolue de l'empire dés choses naturelles, et que, par conséquent, il la renferme dans un ordre supérieur, où il lui interdît en outre de faire aucun acte de juridiction , à moins d'être revêtue de certains insignes qu'il ne spécifie pas. Ainsi, selon M. Bautain :

1° La raison absolue est le critérium de la vérité, quand elle se présente sous une forme propre à la faire reconnoitre, c'est-à-dire, que

le critérium de ta vérité a besoin d'un autre critérium pour se faire reconnaître;

2° ha raison universelle n'est point le critérium de la vérité dans les choses naturelles , parceque là , elle ne se produit jamais avec un signe caractéristique»

On dira peut-être que nous tirons une conséquence trop générale du principe de M. Bautain. Il affirme bien que, dans l'étude des choses naturelles 9 c'est toujours un homme qui se déclare l'organe et l'interprète de la raison universelle : mais peut-être la conclusion qu'il en tire, ruineuse pour 1 éclectisme qui ne veut pas d'homme entre la raison universelle et lui, ne porte, dans son intention , aucune atteinte au droit que peut avoir la raison universelle de prononcer entre le vrai et le faux. — Attendez, nous allons justifier notre conséquence. Notre jouteur, arrivé au bout de sa carrière, entonne le chant de victoire ; il se tresse de ses propres mains une couronne avec les lauriers qu'il a cueillis dans sa course, et récapitule (/?. 62) avec satisfaction les ennemis qu'il a vaincus. Parlant de leurs systèmes, «Dans tout cela, dit-il, c'est « toujours l'homme qui parle à l'homme, et ainsi « tout ce qu'il enseigne est variable, incertain , « transitoire comme lui. * C'est donc bien le même M. Bautain qui veut un critérium de la raison

universelle, qui défend aussi à cette raison de se montrer dans le ressort des sciences naturelles, parcequ'elle ne pourvoit y paraître que sons une forme humaine.

Ces deux points constates, toujours analysant, sans discuter le fond des choses, examinons comment notre philosophe, après avoir fait tirer cet deux principes sur 1 éclectisme du dix-neuvième siècle, pourra les retourner plus tard contre la doctrine du sens commun.

Pour nous expliquer . plus clairement, nous adopterons de confiance la définition de la philosophie par M. Hautain (') : « La science de l'homme «avant tout, de ses puissances, de ses facultés, « de ses rapports d'ascendance avec ce qui lui « est supérieur, et de ses rapports de descendance « avec ce qui lui est subordonné, " Avec M. Bautain encore (*), nous verrons dans Dieu, l'homme et la nature, le triple objet de la science, et dans l'homme en particulier, le nœud du monde métaphysique et du monde phénoménal. Par.conooissances naturelles, nous entendrons celles qui ont pour objet la nature physique et tout ce qui iy rapporte; et par connoissances surnaturelles ou métaphysiques y celles qui ont pour objet le monde supérieur et tout ce qui s'y rapporte. De

(') Revue européenne, t. 5, p. 637.

(') Revue européenne , t. £ , p. 58»

cette manière, l'homme, placé aux confins de l'un et de l'autre règne, et participant de tous deux, sera l'objet d'une double étude : d'une étude naturelle, et d'une étude surnaturelle ou tfiètaphysique. Cela convenu,, appliquons l'objection à la philosophie du sens commun dans ces deux ordres d'idées, c'esuà-dire, établissons en quoi cette philosophie diffère de celle de notre professeur sur les trois points de comparaison que nous avons assis précédemment

Observer les faits internes de la conscience humaine, constater les faits de sa manifestation extérieure dans l'histoire et dans l'expérience journalière; signaler ceux du monde inférieur, reproduire par l'expérimentation certains phénomènes de la nature, tirer des conséquences des faits et établir des théories générales par voie de raisonnement et d'abstraction, voilà le programme des études naturelles, que l'éclectisme du sens commun embrasse dans toute son étendue ^ et dans' lequel on voit que l'éclectisme moderne n'occupe qu'une très-petite place. Ici la raison universelle préside à tous les travaux et légitime les procédés et les résultats. On voit donc que l'objection, en attaquant la base de toutes les connoissances naturelles en tant que reposant sur la raison universelle, frappe bien plus loin que sur l'absurde système qui fait de la raison

universelle l'expression de la contradiction , et qu'elle tend à saper aussi la philosophie du sens commun dans l'une de ses branches. Transportons-la maintenant sur le terrain de la métaphysique, où l'éclectisme vaincu par M. Bautain n'a pas même la prétention de pénétrer.

Recueillir toutes les données éparses dans l'univers sur le monde supérieur, en faire les premiers principes de la science, les pénétrer par une me intuition, les combiner entre elles pour découvrir leurs rapports, les enchaîner les unes aux autres par des liens logiques, les concentrer dans des formules générales, voilà en peu de mots le procédé éclectique du sens commun, qui part de la raison absolue, s'assure, avant de s'élancer, qu'il tient encore à elle comme le nouveau-né à sa mère, prend garde de briser par son essor le précieux cordon, vient rattacher à elle tous les fils de son tissu, vérifier sur elle le résultat de tous ses travaux, et lui en demander •la sanction. Or, la raison absolue, universelle, cette philosophie la place dans lé sens commun, c'est-à-dire, dans l'accord unanime ou presque unanime des raisons humaines , et elle enseigne que chaque individu, tant qu'il est dans lés conditions de l'humanité, peut communiquer immédiatement avec le sens commun et recevoir ses oracles»

M. Bautain n'ayant pas défini sa raison universelle, pour juger de l'effet de l'objection par rapport à cette seconde branche de la philosophie du sens commun, nous sommes obligé de recourir aux hypothèses. S'il admet que le sens commun est la forme à laquelle on reconnoit cette raison, l'objection laisse intacte la métaphysique du sens commun. Au contraire, soit qu'il nie que le sens commun soit l'expression générale de la vérité absolue, soit qu'en lui accordant cet honneur, il soutienne qu'il faut aussi bien un autre critérium pour le discerner, il attaque fondamentalement la doctrine entière du sens commun.

Tous ces points étant, nous le pensons, suffisamment éclaircis, nous pouvons rendre maintenant la liberté k Gulliver.

Le voilà qui heurte du coude et fait tomber en poussière (p- 3 6,. ...43) le rationalisme de nos écoles, ce vieux rationalisme vermoulu, qui emprisonne (p. 42) toute la philosophie dans la syl logis tique; qui, ayant abjuré la foi et perdu la science du moyen âge (/?. 37 ) , tout imprégné de cartésianisme, a conservé les haillons de l'ancienne scolastique pour en couvrir sa nudité; qui prétend (p. 40 et 41) arriver à la vérité par le doute, à la foi par l'incrédulité, et à Dieu par ses lumières naturelles ; et qui , ne voulant

rien admettre (p. 42 ) qui ne soit démontré par atqui et par ergo a sa raison privée, et ne sachant où suspendre les premiers anneaux de sa chaîne, ra» aussi gueux qu'orgueilleux, quêtant (p. 48) des majeures de côté et d'autre, en puisant indistinctement dans la tradition, dans le sens commun, dans l'évidence, en supposant quand il n'en trouve point à emprunter; et, pour n'être jamais à court, improvisant des illud quod avec une intarissable fécondité, ou donnant pour majeure, toujours avec une béate et imperturbable satisfaction, une autre forme de la proposition qu'il s'agit de prouver, sans s'inquiéter de l'outrage qu'il fait à son principe, qui défend de rien tenir pour certain, que ce qui est logiquement démontré.

Voici donc enfin le fondateur de la nouvelle école en face du sens commun. Il s'est donné bon marché de ses quatre premiers adversaires : il a eu pitié de la décrépitude de quelques-uns, il les a vus tous dans leur période de décroissance, et il n'a pas déployé un appareil inutile pour leur porter le coup de grâce. Mais celui-ci est en pleine sève; et, quoiqu'il ait excité peu d'intérêt et trouvé peu de sympathie dans les hommes du siècle (p. 59), quoiqu'il occupe encore peu de chaires (p. 36) dans les établissements ecclésiastiques, néanmoins il a fait de

grands ravages dans le jeune clergé (p. 36), trop neuf et trop crédule. Aidé (/?. 59) d'un grand talent 9 à! une raison forte , d'une imagination ardente, arec une parole énergique, éclatante , souvent passionnée , n'a-t-il pas tout ce qu'il faut pour entraîner une jeunesse simple, en général peu (p. 60) instruite, sans connoissance des hommes et du monde , et qui , dégoûtée de l'argumentation , éprouve aussi , selon son degré, c'est-à-dire autant que la brute en est capable, le besoin de science qui agite t époque? M. Bautain, avec ses yeux de lynx et sa sollicitude paternelle, a vu toutes les conséquences qui peuvent résulter d'un pareil entraînement- conséquences déplorables dans la pratique : car elles restreignent le nombre des adhérents de M. Bautain; contraires à t esprit catholique, qui ne vit que dans la nouvelle école de M. Bautain. Est -il donc étonnant (p. 59) que M. Bautain ait pris l'alarme à la, vue des progrès d'une prétendue philosophie qui ne peut aller jusqu'à la foi (p. -62), quoiqu'elle ne respire que la foi? qu'il ait redouté les suites d'une doctrine humaine (p. 63) qui n'a point d'accès au cœur (p. 62)? comme s'il n'y avoit rien pour le cœur dans l'ouvrage immortel où elle s'exprime avec tant d'éloquence ! qu'il ait tremblé pour son œuvre devant une science orgueilleuse qui pre-

tendait avant la sienne être la vraie philosophie catholique^. 36), et qui n'a rien cédé de ses prétentions, depuis qde lui-même a planté sa bannière comme un nouveau signe de ralliement? Faut-il s'étonner qu'il ne la traite point comme un antagoniste vulgaire? qu'il lui fesse mie guerre selon les règles? qu'il lui dispute le terrain pied à pied? qu'il entreprenne de la forcer dans ses retranchements et de la détruire pièce par pièce? Laissons-le préparer son matériel de siège, et nous, de notre côté, mettons en état nos moyens de défense : car nous nous rangeons du côté du sens commun.

L'une des premières conditions de succès pour on général qui veut s'emparer d'une citadelle, c est de se procurer une connoissance exacte de la place : nous avons cru remarquer que M. l'abbé Bautain a voit négligé cette condition : il nous a semblé qu'il avoit peu lu les ouvrages dans lesquels ont été déposés les principes de la philosophie du sens commun. Cest pourquoi nous allons présenter ici, le plus clairement qu'il nous aéra possible, la théorie de la certitude, telle que , nous la concevons professée par les. docteurs de cette école; et, s'il se trouve que ce soit la seule ' et vraie manière de comprendre la certitude, on sera plus en état, après cet exposé, d'apprécier la force et la trempe des. armes, la justesse et la

force des coups de notre adversaire, le mérite et la solidité des constructions qu'il élève contre les nôtres. Cette analyse aura peut-être encore l'avantage de servir de proœmium à une philosophie si mal jugée par beaucoup de personnes de bonne foi, qui, éblouies par l'éclat du style, trompées par les formes oratoires, perdues an milieu des richesses de la pensée, ne distinguant plus dans une expression trop générale pour elles les différents ordres d'idées, et confondant l'attaque avec la défense, l'objection avec la doctrine, n'ont pas su discerner cette dernière dans les livres des maîtres, parcequ'elle n'y étoit pas formulée d'une manière didactique. Dans cette \ ue, nous nous étendrons un peu plus que ne devrait le permettre *le cadre naturel d'une réfutation, afin de couper dans leurs racines plusieurs objections minimes que nous avons souvent intendu répéter contre la certitude basée sur la raison commune, et dès ce moment nous demandons grâce pour quelques développements qui paraîtront, nous le sentons bien, superflus, et que cependant nous avons jugé à propos de placer dans cet ouvrage, pour le mettre tout-à-fait à la portée des jeunes gens. Nous tâcherons d'ailleurs de fitfer avec précision le sens que nous entendons attacher aux termes que nous serons dans le cas d'emprunter à la langue philosophique,

quand ib seront susceptibles de donner lieu à diverses interprétations et de fournir matière k des arguties inutiles. Et d'abord nous déclarons que, par le mot raison , nous n'entendons point ici la faculté de raisonner; mais, tantôt la faculté de connoître, tantôt la somme et l'ensemble de tontes les connoissances dont cette faculté se trouve actuellement en possession; enfin, que souvent nous le prenons selon ces deux significa* tions à la fois. Nous prévenons encore que, dans toute cette discussion, quand «tous prononçons le nom de foi, nous n'entendons pas parler de la foi théologique; mais que nous le prenons, dans mie acception plus large, pour toute adhésion de l'esprit à ce qui ne lui est pas démontré.

Cela posé, nous appelons en général certitude la ferme assurance qu'une personne a de la vérité d'une chose, assurance qui exclut la crainte de l'erreur. La personne en qui se trouve cette assurance, est le sujet de la certitude, et la certitude est subjective par rapport à elle. La chose dont cette personne a l'assurance on la certitude, est V objet de la certitude, et la certitude est objective quand elle donne à son sujet une connaissance Traie de son objet

Quand une raison humaine a la certitude d'une chose, cette chose est-elle pour cela certaine? c'est-à-dire, la connoissance de cette chose est-

elle conforme à son objet ou à la chose ellemême? en d'autres termes : la certitude de sujet entraîne-t-elle pour une raison humaine la certitude d'objet? autrement encore, la certitude, dans une raison humaine, se justifie-t-elle, se légkime-t-elle, est-elle infaillible par elle-même? ou bien encore, l'exclusion de la crainte d'errer, est-elle, dans une raison humaine, l'exclusion du danger d'errer? telle est la première question qui se présente sur la certitude; question indifférente pour le commun des hommes, mais question de la plus haute importance en philosophie, puisque sa solution doit servir de base à toutes les sciences. Ce problème est susceptible de plusieurs solutions, qui dépendent de quelques distinctions préalables.

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