CHAPITRE II
CLASSIFICATION DE NOS CONNOISSANCES PAR RAPPORT A LA CERTITUDE , ET DISTINCTIONS A FAIRE DANS LA CERTITUDE SUBJECTIVE.
L Des diverses espèces de connaissances.
lions avons déjà partagé avec M. Bautain l'ensemble de nos connoissanoes en deux branches, dont l'une constitue Tordre naturel, et l'autre Tordre surnaturel ou métaphysique. Dans chacun de ces deux ordres, nous distinguons trois sortes de vérités, que nous appelons dans chaque ordre, vérités premières, vérités secondes, vérités troisièmes.
Les premières vérités sont indispensables à Homme, pour vivre, soit de la vie physique, •oit de la vie intellectuelle, soit de la vie morale f soit de la vie sociale. Elles sont le fond même de notre intelligence , qui n'existerait pas sans elles, et elles doivent être par conséquent, comme elles sont en effet, à la portée de tous les hommes, et les mêmes dans tous les hommes, sauf
piques cas d'exception dont nous ne devons
tenir aucun compte. Dès-lors qu'elles sont essentielles à la vie de l'homme, comme être physique, comme être intelligent, comme être moral et comme être sociable, il s'ensuit qu'il ne pourrait, ni exister, ni subsister sans elles, et que c'est par elles que son intelligence naît et que tout son être se soutient Aussi il est attaché à ces vérités par le plus profond de ses entrailles, et elles ne pourraient lui être arrachées que par la violence et ayec la vie.
Les vérités premières dans l'ordre naturel sont les vérités a priori, les vérités absolument primitives par rapport à nous; elles sont le point de départ de notre raison, et la première pierre de l'édifice intellectuel. Aussi la nature en a placé les sources en nous-mêmes, dans notre organisation, dans le fond de nos âmes, et à coté de notre berceau. Nous pouvons les diviser en deux genres : celles que nous tirons de notre intérieur, et celles qui nous viennent du dehors.
Les vérité» primitives que nous trouvons en nous-mêmes sont encore de deux sortes : les unes sont pour nous le résultat de notre organisation physique ou intellectuelle : c'e£ ainsi que nous savons naturellement manger, marcher, raisonner; les autres sont placées au plus profond de notre être, dans ce qu'on appelle la conscience et le sens intime : tels sont : le sentiment de notre
existence, tous nos sentiment* quels qu'ils soient, tonte impression reçue par notre ame, tout fait qui s'accomplit dans cet asyle mystérieux où l'homme ne rencontre que sa personnalité. Dans ce domaine du sens intime, le sujet et l'objet de la counoiasance sont identiques. Remarquons que ranger, marcher, raisonner (*), suivre en un mot la loti de l'organisation dans les choses qui dé* pendent de la volonté, c'est d'abord pur instinct, et que cela ne devient connoissance que par l'attention que nous y donnons.
Les vérités naturelles primitives que nous tirons du dehors, nous arrivent par nos sens : tels sont : l'existence des objets physiques, des êtres semblables à nous, le langage, nos relations avec les autres hommes par cet intermédiaire Le langage a ceci de remarquable et de merveilleux, qu'on ne peut en acquérir la possession sans recevoir avec lui une multitude d'idées et de notions diverses (*) : objet de connoissance, il est en même temps le véhicule qui, s'insinuant par le» sens , porte jusqu'à l'intelligence un riche trésor de vérités auquel il sert d'enveloppe. On peut le comparer à la sonde qui recèle l'instro-
(•) H est entends que le .raisonnement exige la préexistence d'an certain nombre d'idées dans l'intelligence.
C) De mène, on ne peut apprendre nne langue 'instruire par 11 de la civilisation in peuple qui la parie*
ment litho tri tique, et qui l'introduit dans l'organe où il doit se développer et opérer (a). Cest ainsi que la nature nous procure l'acquisition la plus expédithre, même des connoissances que nous pourrions percevoir immédiatement par nos moyens propres (b).
Ces vérités sont à la portée dé nos lumière* naturelles : nous les connoissons immédiatement par nous-mêmes et sans le secours de personne (c):
(0 Noos n'employons cette comparaison que parceque «oui n'en avons pas trouvé de plus propre à rendre sensible, le mode, selon lequel la vérité se communique à l'intelligence par le langage.
00 Le tableau suivant résume la classification des vérités primitives de Tordre naturel :
f . ( le sens intime. t • ■
\ interne:]., . . ipbynque.
Y*nU «u«m. : origine ' "«"""a0* | intelle ««elle.
I (les sens.
I externe:!. , [ (le langage.
- (0 Bien entendu qu'il faut que les objets des connoissances physiques soient à portée d'impressionner nos organes. Or , le langage ne peut remplir cette condition que par le secours d'une personne qui nous parle. À cet égard H fait donc exception aux autres connoissances de Tordre naturel.
On s'apercevra bien que nous n'excluons le secours de la société dans la perception des premières notions naturelles , qu'en tant qu'il seroit considéré comme indispensable. Nous n'entendons pas dirimer ici d'un trait de plume, la question de savoir si le langage est nécessaire ou non pour 'nous donner la connoissance des faits internes de notre conscience et des objets de nos sensations , et même
Mais il n'ei} est point ainsi des premières vérité dç Tordre surnaturel : nous pouvons les connoitre* mais pas par nous seuls : elles sont au-dessus des lumières naturelles de notre esprit, qui ne peut, ni les acquérir, ni les soupçonner par ses moyen? propres. Il faut donc que nous les recevions par une voie indirecte. Nous Jes recevons en effet par le langage, que la nature nous fait entendre
pour nous apprendre à manger. Nous nous placerons dans quelle hypothèse on voudra» Si l'on, nous impose la pre^ mière , nous réformerons nos paroles en disant que le langage intervient, comme moyen auxiliaire ou comme condition indispensable, dans l'acte de la cognition appliqué à ces objets. Cependant nous- ne croyons pas que le lanr gage seul puisse nous donner ces sortes de connoissances. Objet lui-même de sensation, il nous prouve que la sensation est un moyen suffisant pour nous faire connoître les objets sensibles. Sans nier l'utilité du langage dans cette circonstance y nous croyons donc pouvoir nous en passer. Dans notre opinion , Tes images sont Tes premiers signes , les signes naturels de ces sortes de connoissances; ces signes sont ensuite remplacés par les éléments du langage; la langue naturelle se traduit ainsi dans une langue artificielle , et ce n'est qu'à ce titre de traduction de la langue de l'imagination , que le langage proprement dit, est dans le principe intelligible à l'homme. Nous pensons aussi que nous n'avons pas besoin: du langage pour sentir notre existence, et qu'il n'est pas nécessaire que la nourrice apprenne à l'enfant à exprimer par la succion la liqueur dont 3 se nourrit. Il seroit presque inutile de déclarer qu'en excluant l'intervention de la société , nous ne méconnoissons pas l'indispensàbilité de ces premiers soins sans lesquels l'enfant, ne pourroit se conserver.
dès notre apparition dans leirionde. Mais, puisque nul homme n'a pu les trouver par lui-même, il faut de toute nécessité qu'elles aient été révélées dans le principe à l'humanité par un être supérieur, et qu'elles y aient été conservées par tradition. Cest cp qui fait qu'elles sont les vérités primitives en elles-mêmes, c'est-à-dire, existant a priori* Elles sont la partie essentielle et fondamentale du temple majestueux de nos connoissances : les autres ne sont, dans l'ordre de la certitude , que les constructions accessoires qui servent à l'élever, et qui le soutiennent jusqu'à ce que l'idée de Dieu, comme la clé de la voûte, ait pris possession de la place qu'elle doit y occuper pour consolider l'ensemble, et que Dieu luimême ait soulevé l'édifice tout entier avec ses fondations provisoires, pour se poser en dessous comme la base inébranlable et définitive sur laquelle seule il peut être affermi. A cette classe appartiennent l'existence de Dieu, la création, la révélation, l'immortalité de l'ame humaine, la distinction du bien et du mal, les idées de droit et de devoir, et les principaux préceptes de la morale.
L'homme individuel et l'homme social sont inséparables : le premier est comme la charpente, la carcasse du second, et le second est la perfection du premier; bien plus, c'est la société
qui donne et qui conserve la vie à l'individu sons tous les rapports. Par conséquent, tonte vérité nécessaire à l'individu, élément essentiel de la société, est par là même nécessaire à la société; et toute vérité nécessaire à la sociétés mère et conservatrice de l'individu y est par la même nécessaire à l'individu. Toutes les vérités premières sont donc nécessaires tout à la fois à l'homme individuel et à l'homme sociaL Néanmoins les vérités naturelles ferment plus particulièrement l'individu, et les vérités métaphysiques ou révélées forment plus particulièrement la société. Le langage, qui est le grand instrument social, tient comme le milieu entre ces deux sortes de connoissancesT et il participe à la nature des unes et des autres. Il est d'abord quelque chose de physique, et, comme les autres objets physiques, il produit son impression sur lame par l'intermédiaire des organes de la sensation. Il est en outre surnaturel par son origine: car l'homme n'a pu, ni l'inventer, ni le soupçonner. Il est donc primitivement tout à la fois objet et moyen de révélation, comme il est maintenant pour le nouveau-né objet et moyen d'instruction. H met l'humanité en rapport avec Dieu, tomme il met l'homme individuel en rapport avec la société, avec l'humanité. Il est le lien qui nttache l'homme à Dieu, et l'individu à la
société» et le canal par lequel la vie sociale coule de Dieu dam la société, et se communique de la société à l'homme individuel Par lui, elle émane de son foyer central, et se transmet à tous les foyers secondaires; par lui, ces centres partiels sont reliés en une sorte de foyer général et commun , comme les plexus ganglionaires par le grand symphatique; par lui, l'animation, jaillissant de ces différents centres, se ramifie en tous sens et se distribue à tous les points qu'elle doit vivifier. Il est enfin la lumière supérieure et surnaturelle qui éclaire l'intérieur de l'ame, et lui -fait apercevoir, sous forme d'idées, les objets métaphysiques , comme la lumière naturelle et physique éclaire les yeux du corps et y produit les images des objets sensibles.
Toutes les vérités nécessaires s'implantent dans l'homme indépendamment de sa volonté. Mais» les vérités naturelles étant plus individuelles que sociales, l'individu les trouve en lui-même ou les acquiert par lui-même. Pour les autres, elles ne sont point innées en lui, et il n'a prise sur elles par aucun moyen qui lui appartienne en propre. Cest par le langage qu'elles lui viennent, et elles lui viennent de la société, dans laquelle elles sont, sinon innées, du moins inoculées à perpétuité. Elles font sur lui une impressiou moins vive que les premières 3 elles adhèrent en
apparence menus fortement ans parois de son ane, et la douleur semble devoir être moins déchirante lorsqu'elles en sont arrachées. L'estirpabon des nnes est la mort de l'homme moral et social et de la plus noble partie de l'homme intelligent; l'extirpation des autres est la destrucboa complète de l'homme individuel. L'homme raste tant qu'il peut à cette destruction; et, lots mène qu'il essaie d'anéantir son existence^ h nature, plus impérieuse et plus forte que son aienion pour la rie, le retient malgré lui sur les hoîds du néant.
Les Tarîtes révélées étant proprement les vérités sociales, la société souffre lorsqu'elles viennent à dhnnwr dans son sein , elle entre en convulsion si la perte continue, die périt toutri-fait par lepanchement total de ces principes vivifiants; et, comme les peuples résistent à leur destruction aussi bien que les individus, au milieu de leur incrédulité ils présentent encore quelque apparence de vie, pareequ'ils ne peuvent, malgré tous leurs efforts, dessécher entièrement dans lents veines les fluides vitaux que la nature y &it circuler en dépit de leur fureur suicide, et as continuent à se mouvoir machinalement avec ■ne certaine régularité, en vertu de l'impulsion qulls ont reçue d'abord, et qu'ils ne sont pas aialtres d'arrêter subitement On comprendra
pins tard que, sans les vérités révélées, l'homme individuel, quand même il auroit un langage pour exprimer ses oonnoissanoes naturelles , ne seroit jamais que l'homme physique, que sa raison manquerait de certitude, et que, s'il étoit de plus privé du langage, il seroit bien difficile de déterminer en quoi son état intellectuel différerait de celui de la brute.
Il ne seroit peut-être pas facile non plus d'établir, soit dans l'ordre de la nature, soit dans l'ordre de la révélation, une ligne de dé* marcation bien tranchée entre les vérités premières et les vérités secondes, c'est-à-dire de &ire l'énumération exacte des vérités absolument indispensables à l'homme, et de celles qui lui sont moins nécessaires. Parmi ces dernières, les unes sont aussi faciles à percevoir que les premières, aussi universellement admises parmi les hommes, et aussi évidentes, s'il s'agit de l'ordre naturel ; les autres ne possèdent pas au même degré ces signes caractéristiques; l'impression de toutes est moins profondément sentie, soit par l'individu , soit par la société, qui ne périraient pas , pour manquer de quelques-unes de ces connoissances, particulièrement de celles de la seconde classe, qui peuvent se trouver réparties avec moins d'uniformité sur la surface de là terre. Tels sont, dans l'ordre surnaturel, cer-
tains principes de morale moins généraux, cer-* tains mystères, abstraction faite de leur influence sur le salut éternel; et, dans l'ordre inférieur, les résultats de nos observations et de nos expériences sur l'homme et sur la nature, et même les faits accusés par le sens intime, en tant qu'il1 tendrait à les généraliser. Tels sont encore, dans, les deux ordres d'idées , les conséquences premières que presque tous les hommes peuvent tirer des principes admis/ dans leur intelligence,' et les rapports les plus saillants des premières vé-» rites entre elles. Ces sortes de connoissances, dans Tordre naturel, nous pouvons, avec le temps/ les acquérir immédiatement par l'usage de no» acuités personnelles, de nos sens internes et externes : mais la nature nous épargne une partie de nos frais d'attention et d'étude, en nous faisant transmettre médiatement par le langage les fruits de l'expérience, de la réflexion et de l'instruction générale; nous les recevons de confiance d'une aussi bonne main, ou nous les soumettons * notre analyse avant de les adopter, soit pour les vérifier, soit pour nous rendre compte de lair manière d'être pu de leur filiation par rapport aux premières vérités.
11 est encore moins aisé de tracer avec précision les limites qui, dans les deux ordres, séparent les secondes vérités des troisièmes. Celles-ci, utiles.
mais non nécessaires à l'homme, sont d'une ac? quisition moins facile que les précédentes; «lies forment un domaine immense où peu d'intelligences ont accès; elles sont le produit d'observations trop ardues pour le commun des hommes, d'expériences délicates, de comparaisons pénibles, d'opérations laborieuses, de déductions qui réclament une grande forcç d'attention, de ré* flexions souvent réitérées, "de méditations fréquentes , silencieuses et profondes ; il leur faut du loisir, du temps, une patience infatigable, tantôt la retraite .et tantôt les voyages; elles exigent une aptitude particulière et un concours de moyens extérieurs qui ne sont pas à la disposition du vulgaire. En outre, comme .on risque de s'égarer dans les routes qui y conduisent, elles ne donnent pas par elles-mêmes à lame cette satisfaction et ce repos que lui procurent les vérités premières : dans leur recherche, l'esprit isolé craint toujours de saisir un fantôme pour une réalité. Néanmoins, quand il est assuré de les posséder, elles lui deviennent aussi chères que les autres.
Ainsi, les vérités premières se trouvent à la portée et dans l'intelligence de tous les hommes qui sont dans leur état normal ; les vérités secondes de la première espèce sont dans le même cas; le» vérités secondes de lai seconde espèce se trouvent
à la portée et dans l'intelligence de presque tous le» hommes qui sont dans leur état normal ; enfin les yërités troisièmes ne sont par elles-mêmes à la portée que du petit nombre des savants. Pour acquérir celles des deux premiers degrés, il suffit de se laisser conduire par la nature, qui nous met directement en rapport avec celles qui sont dans son domaine, et indirectement avec celles qui nous tombent d'un monde supérieur. Mais, puisque c'est la nature elle-même qui nous les fournit tontes; nous pouvons, sous ce point de ▼ne, les appeler toutes, connoissances naturelles. Les autres demandent la réunion et l'emploi de moyens spéciaux et de secours particuliers : nous les appellerons vérités scientifiques ou philosophiques: Les lumières tendant toujours à se pro^ pager, bon nombre de ces dernières finissent par devenir universelles, au moins dans une certaine étendue dé pays; le commun des hommes les accueille de la bouche des savants, sans les comprendre et sans se les démontrer, et elles deviennent ainsi pour lui, vérités de foi et de tradition.
Hais ce n'est qu'à la longue et par les progrès delà civilisation, que leè découvertes de la science descendent dans les basses régions du mondé intellectuel, et souvent elles y ont à lutter contré des préjugés, contre des illusions, et souvent
contre des hypothèses qui, déjà depuis longtemps abandonnées par les savants, se sont réfugiées dans les petites intelligences, et placées sous le paftroqage de la foule, sur laquelle elles exercent encore une grande influença
. Toutefois tous les points de la science humaine ne rencontrent pas une égale difficulté à se populariser. La circulation, du sang, par exemple, * dû triompher plus aisément de l'ignorance et do préjugé, que la théorie de Galilée sur le mouvement de la terre, à part les obstacles que les idées religieuses ont opposés à Tune et à l'autre. Il est tout simple qu'un homme ignorant, qui n'a jamais ouvert d'animaux en vie, s'en rapporte au concert des hommes instruits qu'il sait s'occuper de ces sortes d'expériences. Au contraire, il y a dans les révolutions des astres, des apparences qui trompent tous les regards, et qui parlent le même langage à l'œil de l'ignorant qu'à celui du savant: il est donc encore tout naturel que l'homme sans culture, qui n'est pas fondé à croire les yeux d'un autre meilleurs que. les siens, mette plutôt sa confiance dans le rapport de ses propres organes, que dans des spéculations dont il n'aperçoit pas la raison. Néanmoins l'instruction finit par vaincre toute» les résistances et par se vulgariser : aussi , aujourd'hui l'on s'exposeroit moins généralement à exciter le rire parmi les hommes
? la campagne, en leur parlant de la raMe révolution de notre globe.
Mais, si les vérités d'acquisition humaine scientifique se mettent en circulation ins le vulgaire par la foi et par la tradim; à leur tour , les vérités traditionnelles ri doWeat leur origine à la révélation et la foi, tombent dans le domaine philophique; en sorte qu'une fois connues, sprit humain essaie de se les démontrer posteriori, et cherche la voie par la- *Ue il pourrait s'élever jusqu'à elles en liant de ses propres ailes (*)• Nous feront autant de distinctions dans certitude que nous en avons fait dans tente.
L Des diverses espèces de certitude sut-
jective.
ftûque, dans le ressort du sens intime, sujet et l'objet de la connoissance ne M qu'un* le sujet et l'objet de la certifie se confondent aussi Dans ce cas, k appellerons la certitude, certitude de w intime.
& lob jet de la connoissance est une de 1 lob qui régissent les mouvements du 'pet les opérations de l'intdligenceque
fi o •a m
^ I if
o* fit
nous pouvons exécuter à volonté, comme nous suivons naturellement les lois de notre nature, la certitude ici n'est autre chose que la nécessité d'obéir à ces lois pour produire les effets dont l'accomplissement dépend de cette obéissance. Nous l'appellerons alors certitude instinctive ou d'organisation-
Dans ces deux cas, où l'objet de la connoissance est placé en nous, nous appellerons eu général la certitude, certitude ad intra* Nous l'appellerons certitude ad extra, quand son objet, extérieur à notre conscience, sera différent des lois instinctives de l'organisation physique et de l'organisation intellectuelle. Qu'on nous pardonne ces expressions techniques en faveur de leur précision : nous en emploierons peu de ce genre.
La certitude ad intra est invincible pour l'être qui en est le sujet, il ne peut lui résister, comme personne ne peut la lui contester. Ainsi nous sommes forcés de croire à notre existence et à tout ce que nous sentons se passer dans notre conscience. Ainsi personne ne peut être reçu à nous contester notre existence, ni nos convictions, ni rien de ce qui appartient à notre sens intime, pas plus que nous ne pouvons nous en déprendre : tout cela fait partie de nous-mêmes. Mais il faut remarquer que le sens intime est strictement ren-
fermé en lui-métne t il peut prononce* avec tiné certitude ad inira de ce qu'il est en lui-même, de tons les faits de la conscience, des différentes impression* de l'âme : mais il cesse d'être lé sens intime, dès l'instant ou il vent juger des causes externes de ces impressions. t)emême, nous mar» chou, nous mangeons, nous raisonnons, sans ayoir de doute sur l'exécution de ces actes, çt c6
seroiten Tain 'que Ton nous Contesterait notre as* rarance à les accomplir, puisque, si nous sommes libres de les entreprendre, nous ne le sommes pas de les exécuter autrement que selon le mode qui nous nécessite pendant l'action (a). '
La certitude ad extra tarie suivant les objet* auxquels elle s'applique.
Il y a certaines choses extérieures à l'égard des^ quelles nous avons tous une certitude subjective invincible, d'où résultent en nous certaine^ croyances qu'il est impossible de nous arracher, que nous ne pourrions nous-mêmes, par les plus grands efforts, déraciner de nos âmes. Cest ainsi: que nous croyons à l'existence d'autres êtres dis-» tincts de nous-mêmes, à la société, au langage, à la possibilité de connoître la vérité et de là
(*) Quel est l'homme à qui Ton persuadera jamais qu'il ferait mieux de manger par l'oreille , de marcher sur la tête , ou de raisonner du talon ?
connoitre avec certitude. Ainsi croyons-nous invinciblement que nous sommes en rapport avec nos semblables, que nous leur parlons, qu'ils nous-parlent, que nous les comprenons et qu'ils nous comprennent Ainsi croyons-nous encore invinciblement que la nature humaine est la même dans tous les hommes, et qu'il y a par conséquent une raison commune à tout le genre humain; que cette raison est supérieure à la raison individuelle, et que celle-ci ne doit jamais élever de conflit contre la première. Nous sommes aussi certains de tout cela que de notre existence, et il en est de même de toutes les vérités primitives extérieures dans l'ordre de la nature. Cette certitude a pour nous le même degré de force que celle qui a pour source et pour objet le sens intime, dans laquelle celle-ci rentre sous plusieurs rapports. Elle est aussi nécessaire que l'autre à notre existence, et il serait impossible de raisonner avec une personne qui la nieroit : car, pour raisonner, il faut un point de départ, et la loi du raisonnement elle-même,. considérée d'une manière générale, est fondée sur ce genre de certitude.
Nous appellerons du nom commun de certitude nécessitante ce premier genre de certitude ad extra , et la certitude ad intra, dont nous avons parlé auparavant
La perception des premières vérités surnaturelles n'étant paé immédiate,, leur teertitode qui repose prochainement sur la foi en la tradition, ne parott pas d'abord aussi nécessitante pour Findhrido que celle des mérités primitives de Tordre inférieur. Essayez néanmoins tm peu smeonneRt de les ébranler : un cri de détresse roof avertira bien vite qu'elles ont aussi poussé dam lame des racines assez profondes. Et il doit en être ainsi, puisque ces croyances exercent un' empire irrésistible sur la société; ce qui ne peut' être qu'autant qu'elles se sont soumis les individus.
Cest donc encore une certitude nécessitante que celle qui affermit dans le coeur de l'homme les mîtes révélées. Et, si nous en recherchons la raison, nous la trouverons d'abord dans le faoin de socialité qui lui est inné, et qui lui lait embrasser avec toute la force dont la foi est capable, tontes les vérités sans lesquelles il n'y a point de salut pour l'état social.
Cette nécessité de croire aux vérités révélées «suite encore du mode de développement de* l'intelligence humaine, qui, à quelque terme <pul soit parvenu, ne permet jamais an doute desinfiltrer dans le sanctuaire de la foi. A peiné les premières lueurs de la raison commencent a * manifester* que le nom de Dieu résonne à' 'oreille de l'enfknt L'enfant croit à la parole
de sa mère, et ne songe même pais à douter. Et comment pourroit-il exprimer ou ressentir un doute» lui , nouveau-venu dans le monde» qui ne sait encore rien des choses de la vie? L'enfant grandit et contracte des rapports avec d'autres êtres que ceux qui ont balancé son berceau II entre dans la société avec tous les préjugés qu'il a reçus de sa famille; il s'aperçoit que sa manière de voir est souvent en opposition avec celle des autres hommes, et il échange quelques-unes des opinions que l'éducation lui a voit faites, pour d'autres qui lui paraissent mieux fondées. Mais, au milieu de la fluctuation des pensées humaines qui se croisent et se heurtent, il entend prononcer partout le nom de Dieu, et l'idée de Dieu lui reste} il la discerne à sa fixité au milieu des opinions variables» et elle prend plus de consistance dans son esprit, à mesure qu'il la voit appuyée d'un plus grand nombre' de témoignages, d'ailleurs si divergents. L'enfant devient homme, ses relations s'étendent, il apprend à connoître d'autres nations que la sienne. Ces nouveaux rapports lui feront peut-être encore sacrifier des préjugés nationaux, des opinions particulières et incertaines : mais il n'abjurera point la notion de Dieu, parce qu'il retrouvera le nom de Dieu chez tous les peuples de l'uu i vers ; et , plus il se répandra hors de sa patrie, plus la certitude de l'existence
de Dieu se fortifiera dan? son ame par ce concert unanime En quel instant de sa vie pouiroit-i! douter? il croit naturellement à la raison commune, il croit forcément k la vérité et à la certitude : la certitude qu'il a des choses surnaturelles est donc intimement liée à celle que la nature lui impose irrésistiblement par rapport à quelques-unes des choses qui sont à la portée de ses lumières personnelles : il ne pourrait donc renoncer à l'une sans renoncer à l'antre; elles sont donc presque également invincibles pour lui; et le mot presque n'est ici nécessaire, que parcequ'il ne m'est pas permis de descendre dans la conscience de l'athée pour en faire l'autopsie et y rechercher des vestiges de mauvaise foi. Et cette certitude des choses d'en haut n'est point, dans l'état normal de la société , ébranlée par les doutes qu'il entend quelquefois bourdonner autour de lui : il en rencontre rarement, il les voit réprouvés par le sentiment général, contre lequel il ne peut donner raison à des sentiments particuliers, il s'aperçoit qu'ils manquent de permanence dans les insensés qui les ont émis, if distingue dans la même bouche le langage de la passion qui blasphème, et l'invocation qui s'échappe spontanément du Cœur dans certaine* circonstances solennelles. Aussi n'est-ce que quand le doute ou la négation ont envahi comme une
lèpre une partie assez notable d'une société, que, se présentant à l'individu avec les signes apparente de l'autorité, ils étendent leurs ravages à de nouvelles victimes avec une certaine facilité. '
On peut donc se représenter la certitude des premières vérités naturelles comme une mem* prane qui tapisse l'intérieur de rame, et qui, adhérant à toute sa surface, ne peut en être dé* tachée sans un déchirement mortel; et la certitude des premières vérité» révélées comme une seconde tunique étendue sur la première, liée fortement à celle-ci par des vaisseaux rudimentaires, mais fermes, imperceptibles à l'œil distrait} tunique d'un tissu un peu plus lâche ou un peu plus élastique, souffrant une faible extension, cédant k de médiocres efforts pour se prêter à un écartement partiel et à petite distance, mais ne pouvant être arrachée de l'ame sans y causer un double déchirement
Cette nécessité qui réduit l'homme à l'alternative de vivre de foi ou de périr d'une mort violente, ne détruit pas entièrement la liberté humayie ; l'homme peut toujours, jusqu'à un certain point, résister à la loi de sa nature et tenter un suicide : mais la nature l'arrête avant qu'il ait rompu le dernier fil qui l'attache à l'existence : ce dernier effort lui est impossible : il ne s'est point donné l'être, il ne peut se l'ôter;
il y aura toujours dans son ame quelque chose dont les plus violeqtes contractions ne la videront pas. Aussi, quand il entreprend de déraciner de son être les vérités vivifiantes comme de honteux préjugés, ce qu'il s'efforce de repousser d'une . main, il le ressaisit de l'autre par un. mouvement , naturel ; et c'est ce qui explique la contradiction où tombent inévitablement certains philosophes qui parlent et se meuvent, tout en niant la parole, le mouvement et l'existence; insensés, qui, pour se frayer de nouvelles routes, prétendent vivre sans communication aucune avec lathmosphère, et qui , pressés bientôt par . le besoin de respirer, courent involontairement, la bouche béante, les narines hautes et dilatées, briser la fenêtre de l'appartement hermétique, pour rendre plus vite à leurs poumons cet air vital dont la privation leur causerait infailliblement la mort!
Cest donc la nature elle-même qui nous im-i pose la certitude nécessitante à l'égard des vérités primitives des deux ordres; et, pour cette raison; nous appellerons encore certitude naturelle , la nécessité de croire à ces vérités. La certitude . nécessitante ou naturelle s'appellera particulièrerement certitude traditionnelle ou de tradition, quand elle aura pour objet les vérités révélées, et certitude immédiate, quand elle aura pour objet les faits de là nature.
Outra ces croyances invincibles qui subjuguent notre ame, qui sont le premier principe de vie 4e notre intelligence, la loi fondamentale de notre être, et la condition sine quâ non de la conservation de notre existence, même physique, croyances qui sont dans tous les hommes, on peut dire sans exception , il y a des connoissances qui forcent aussi l'assentiment de tous les hommes, à l'égard desquelles ils ne sont pourtant pas aussi satisfaits de leur certitude subjective, et qu'ils admettent toujours avec une légère défiance quand ils ne leur connaissent pas d'autre appui. Il y a d'autres vérités sur lesquelles leur accord n'est pas aussi unanime, mais qui donnent lieu parmi eux à des discussions plu» ou moins vives, plus ou jnoins prolongées. Çest cette diversité dans les sentiments qui produit les différentes sectes, les différentes écoles entre lesquelles les raisons humaines se partagent par rapport à chacun des points contestés. Les vérités au sujet desquelles s'élève dans l'esprit un nuage presque imperceptible de doute ou plutôt d'hésitation, spnt les seçpndes vérités naturelles de la première classe; et celles pour lesquelles s'engagent des luttes entre les opinions, les secondes vérités de la seconde espèce et les vérités philosophiques ou scientifiques. Nous les renfermons tomes ici 4an* une même catégorie, parcequ'a
J'égard de toutes, l'esprit, manquant du lest nécessaire pour se maintenir dans un équilibre parfait, et se sentant flotter, au gré des opinions contraires ou de ses propres hésitations, sur une mer plus ou moins incertaine, cherche en dehow de lui-même un roc inébranlable dans les crevasses duquel il puisse jeter l'ancre pour se fixer dans le repos de la certitude. Il faut remarquer à l'égard des vérités secondes de l'ordre inférieur, que tous les hommes, en même temps qu'ils en reçoivent l'impression par les sens , en reçoivent aussi le plus communément, au moins en principe, l'expression de la société, et que cette condition donne à ces vérités un empire aussi puissant sur 'eur esprit, que celui des vérités premières métaphysiques. La certitude, en tant qu'elle s'applique à toutes les connoissances que nous venons de caractériser, pourra s'appeler certitude scientifique ou philosophique , non pqs qu'elle n'ait pour objet que les connoissances scientifiques et philosophiques,* ou les connoissances naturelles que lorsqu'elles sont réduites en un système scientifique, mais parcequa c'est die seule que les sciences et la philosophie invoquent a l'appui de leurs principes et de leurs théories.
Ainsi nous diviserons la certitude en certitude naturelle ou nécessitante , et en certitude philo-
sophique ou scientifique, suivant qu'elle aura pour objet les vérités premières, ou les vérités secondes et les connoissances , scientifiques. Remarquons qu'en certains cas, les premières vérités métaphysiques passent dans la dépendance de la certitude philosophique, et que, le plus souvent, les vérités secondes appartiennent par le fait à la certitude naturelle.
La certitude naturelle est la même dans tous les hommes : mais il n'en est pas ainsi de la certitude philosophique, qui, si l'on met à part les vérités secondes du j^emier genre, ne parle pas à toutes les raisons d'une façon uniforme, parceque son objet ne tient pas au fond de notre être d'une manière aussi immédiate que celui de la certitude nécessitante. Par la même raison, cette certitude n'est pas constamment la même dans un même sujet individuel : mais elle varie suivant les temps et les circonstances. Ce défaut d'universalité absolue et de permanence dans cette sorte de certitude, avertit la raison individuelle de sa foiblesse, et laisse quelquefois pénétrer le doute dans l'âme humaine.
Ces diverses sortes de certitude sont toutes subjectives; elles diffèrent entre elles, non seulement par leur objet, mais encore par la manière dont elles commandent à l'esprit, par la force avec laquelle les vérités qu'elles certifient tiennent à
finteUigence, par la profondeur à laquelle elles y enfoncent leurs racines, et par la Yivache~cles impressions qu'elles y produisent (a).
(') Les tableau ci-dessous présente.! différentes masises de les classer:
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On paît demander ici pourquoi, dans leur état normal et dans les mêmes circonstances t les hommes ne portent pas tous un même jugement sur une même chose, et pourquoi, les mêmes données étant posées, un même homme porte en différents temps des jugements divers sur un même objet? en d'antres termes, pourquoi 3 y a dans la raison humaine une partie variable et mobile à côté de la partie fixe et constante?
Cette question n'est point essentiellement liée à celle de la certitude. Pour résoudre cette dernière et établir le principe de là certitude , il suffit de prendre le fait comme il est, et de chercher un moyen, aussi infaillible qu'il est possible de l'avoir, de se préserver des suites de ce défaut d'uniformité et de permanence dans une partie de la raison humaine. Néanmoins, comme l'éclaircissement de ce point pourra jeter un peu de jour sur l'adtre question, nous allons développer les causes de ce phénomène d'après notre manière de voir personnelle, qui, loin d'entraîner dans aucun cas aucune solidarité de la part de la doctrine du sens commun, qui en est tout-à-fait indépendante, est toujours prête au contraire à se soumettre en tout aux décisions de la raison commune.
Puisque l'on a commencé par écarter de la thèse toutes les causes internes et externes qui peuvent influer sut nos jugements , telles que les passions de l'ame , la précipitation , la distance à laquelle les objets extérieurs agissent sur nous , tout ce que la logique qualifie source d'erreurs et d'illusions, pour ne faire entrer en ligne de compte que ce qui constitue dans l'homme l'état normal ou régulier; si l'on veut obtenir une réponse satisfaisante à la question » proposée , il faut d'abord se former des idées justes de l'état normal et de l'état anormal.
Observons avant tout que ces deux états dans l'homme dépendent en partie dé sa position vis-à-vis ^le la société. Son état normal comporte son existence en société. L'homme qui seroit entièrement séquestré de la société ne seroit plus vraiment l'homme. Dans tout ce qui va
«ivre f nous supposerons l'homme en société , et nous ne considérerons Tétai normal et l'état anormal que sous le point de vue partiel où ne sont point admises les considérations de rapports sociaux.
D'après cela , ces deux états , selon nous , résident uniquement dans la partie de notre organisation consacrée an service de l'intelligence. Elle comprend, non seulement les cinq appareils par lesquels nous sommes en relatioq avec les objets extérieurs, mais encore les sens intérieurs qui nous avertissent de ce qui se passe dans notre organisation y et le sens interne de l'ame , l'organe propre de b pensée. II est pour tous ces organes certaines conditions d'existence qui constituent l'état normal , et certains vices en quoi consiste l'état opposé. Ces deux états ne sont autre chose que ce que leurs noms nous apprennent qu'il* sont, c'est-à-dire , que Fuir est l'état ordinaire ou com-i mun , et l'autre l'état exceptionnel.
Pour qu'un homme , pris comme être intelligent , soit dans Tétât normal, il faut donc que, chez lui, les organes de la vie de relation, les seuls dont nous parlions ici, remplissent toutes les conditions qui se trouvent communément dans la constitution des mêmes organes chez les astres hommes. Pour peu qu'ils s'en écartent, ils sont dans un état d'anomalie. Un individu peut manquer seulement d'une ou de quelques-uuc$ de ces conditions et satisfaire à toutes les autres ; d'où il suit qu'il y a différents degrés dans l'état exceptionnel L'état exceptionnel est simplement anomal ou irrégulier, quand il ne s'écarte pas trop de la règle commune. Mais , s'il place presque^ complètement un individu hors des conditions de sa nature propre, il est l'état anormal. L'état tout-à-fait anonpal seroit celui d'un individu qui ne remplirait aucune de ces conditions : ce seroit l'idiotisme absolu, l'absence d'intelligence, la mort même du corps. L'état normal, pris, pour le type de l'organisation, n'exige pas à la rigueur que tous ou presque tous les individus soient absolument sans défauts d'organisation. Pour nous faire mieux' com-
prendre , nous choisirons deux points de comparaison hors du sujet spécial que nous traitons. Il 7 a une organisation commune à l'espèce chevaline. Supposé qu'un individu de cette famille naquit avec les oreilles pendantes, un autre avec le sabot fendu, un autre avec une gibbosîté sur le dos , que tous en un mot fussent , par impossible , atteints chacun d'un vice différent d'organisation ; il n'en existerait pas moins pour le cheval un état normal , qui seroit l'ensemble de toutes les conditions qui se trouveraient dans tous \és sujets moins un , et ce seroit d'après cette constitution abstraite que l'on jugerait les irrégularités qui l'altéreraient en réalité dans tous le» individus* C'est ainsi que les peintres et les statuaires se sont faitune idée de la perfection de la forme humaine , quoiqu'elle n'existe dans sa pureté dans aucun sujet de la race. Au contraire , il ne peut y savoir une irrégularité universelle : car, dès lors qu'elle seroit universelle , elle ne ferait plus exception , elle rentrerait dans la règle. •%.
Entre les conditions communes et les conditions exceptionnelles d'organisation, il s'en trouve d'autres qui ne sont, ni assez générales pour être renfermées dans la première catégorie , ni assez rares pour être rangées dans la seconde. Par exemple , admettons que l'œil myope et l'œil du presbyte aient tous deux ce qui est essentiel à la conformation de l'œil t il y a cependant une grande différence entre eux. Et combien de degrés intermédiaires n existe-t-il pas entrç les degrés extrêmes de ces deux états , que nous pourrions regarder comme deux états d'anomalie opposés! Tous ces termes moyens ne sont, dans notre hypothèse , ni des conformations vicieuses , ni la constitution essentielle de l'organe de la vue. Pourvu que cet organe satisfasse aux conditions fondamentales de sa constitution i il est dans son état normal, malgré les conditions particulières auxquelles il est soumis, conditions qui ne sont pas communes à tous les yeux, mais qui le sont certainement à un certain nombre, quoique n'étant pas réparties ni combinées de la même manière
êtes tous les individus dans lesquels on les trouve. H en est, pose tout dire en un mot, des organes qui servent l'intelligence comme de tons les autres (•) organes , qui y entre les conditions indispensables à leur constitution normale et la constitution monstrueuse , admettent d'abord des défectuosités ou irrégularités partielles , puis d'autres enrôlions particulières d'existence qui ne sont point contraires à la loi commune. Dans l'état intellectuel d'un sujet ■àrridnel, ces dernières conditions constituent la sagaàtri,rarignialité, etc., en général, l'individualité.
Ce que nous venons de dire de l'organisation* n'est qa ne application particulière d'une loi générale à tons les êtres. Ici donc, comme dans tout ordre de choses, il ont distinguer ce qui est essentiel et immuable de ce qui est variable et accessoire. Sans cette distinction, il n'existerait pas de familles nahirelfes , et il n'y auroit ,"ni genres, ni espèces , mai* seulement des individus ; ou bien tous I* tires d'une^héme famille sqroient d'une ressemblance nonotoue, et la nature perdroit le charme de la variété dans l'uniformité. Ajoutons encore un mot sur ce chapitre : c'est que ces différences d'organisation, défectueuses ou m, n'ont pas lieu seulement d'un individu à l'autre , mais encore d'un temps à l'antre dans un même individu.
A Infraction faite de toute influence étrangère, les organes de b sensation, placés dans les mêmes circonstances, doivent être impressionnés par les mêmes objets de la ■fane manière dans tous les hommes, en ce qu'ils ont { essentiel , de fondamental ej de commun dans leur constitution, et les impressions qu'ils reçoivent à cette condition* doivent être conformes* la loi de la nature. Dans ce qu'ils ont de variable, mais non d'irrégulier, ils doivent recevoir des impressions diverses; et, dans ce cas, nous sommes
(*) Le «ex, par exemple, est toujours nés, tant qu'il est renfermé dans certaines limites de conformation, indépendamment de *ei dimensions et de sa tournure particulière. 11 ne cesse d'être »**t eue lorsqu'il sort de ces limites.
tous portés à croire que les impressions les plus communes doivent être celles qui sont conformes àja loi de la nature. Cette différence dans la sensation peut être corrigée en plusieurs circonstances par des précautions relatives à la différence d'organisation. L'œil myope ne verra point , par exemple, le ciel étincelant d'étoiles; il une certaine distance , les objets voisins se confondront pour lui ; mais dans le premier cas , il rapprochera les astres de lui à l'aide du télescope; dans le second, il séparera les objets confus au moyen de verres biconcaves} et , d'autres fois , quand il le pourra , il se placera à distance convenable de l'objet qu'il voudra examiner. En revanche , il n'aura pas besoin du secours du microscope pour lui grossir certains objets imperceptibles par leur petitesse à une prunelle aplatie. Dans un état anomal et dans l'état anormal , un individu éprouvera , en ce en quoi il est sous l'influence de l'anomalie et de l'anomalité , des impressions contraires à celles qui affectent le commun des hommes , et ces affections doivent être par coiiséqnent contraires à la loi de la nature.
Quelle que soit la manière dont les organes de la sensation soient affectés, le compte qu'ils rendent à l'ame de leurs impressions est toujours vrai, quand même il n'y auroit pas entre ces impressions et les objets extérieurs la connexion que nous sommes portés à y reconnoitre.
L'ame reçoit dans son organe propre les impressions qui lui sont transmises par les sens , elle les voit dans cet organe et à l'aide de cet organe , et elle acquiert par cette vision ce qu'on appelle des notions.
Indépendamment des impressions qui viennent à lame par les sens , elle en reçoit d'autres du langage , qui loi apporte aussi des vérités : elle aperçoit encore ces vérités par son organe propre, et cette aperception lui donne des idées et de nouvelles notions.
On voit donc que la vérité des notions et des idées dépend de la bonne conformation des organes de la sensation , et de la justesse du coup d'œil de l'ame , ou de
b constitution normale de son sens interne. On voit encore qu'en tant que la vision s'exécutera sons l'influence de fétat normal, eue sera uniforme dans tous les hommes et permanente dans l'individu. Si elle est soumise à l'influence d'une anomalie ou d'un état anormal, la même anse produira dans les perceptions des variétés et des errons. Enfin, eu égard aux différences d'organisation, H y aura aussi des différences correspondantes dans les perceptions. Il en est de la vue de l'esprit comme de la vae 4i corps : on peut faire disparaître la différence qui exûte entre ses perceptions dans différents sujets , par des précautions convenables, que chacun apprendra à conaoôre pour soi par l'habitude de confronter sa manière Je voir avec celle de ses semblables. Par exemple, il peut se faire que l'œil intérieur ait un champ peu étpndu : car il est ne myopie de l'âme comme une myopie de l'œil externe. Pour accorder sa vision avec celle des autres hommes , celui qui a une petite portée d'esprit, devra examiner partiellement l'objet qu'il voudra connoifre, à moins qu'une mbe personne ne se charge de lui faire cette analyse. Sas ce travail préliminaire, il s'expose à voir faux. La famneté de l'esprit dépend , ou d'un défaut organique qui vide Pacte de la vision , ou de la négligence à prendre les précautions voulues pour se mettre en état de voir comme tout le monde» (*) Les perceptions de l'ame , quoique fausses par rapport
(•) Quelques personnes trouveront peut-être que nous matériafaons trop In pensée. Unis , comme notre opinion particulière sur *•* mécanisme est sens conséquence psx rapport aux faits, nous Arrhrens que nous sommes prit a y renoncer , pour peu que le testament général y aperçoive de danger, et à interpréter dans te *** le plus spirituel que Ton voudra f nos paroles sur la vue de !**■< et sur son organe propre. Son organisation ne %era , si Ton Te*t, que la loi purement intellectuelle de la pensée. C'est pour *** que nous avons distingué plus haut l'organisation physique et Ittgauiiation intellectuelle.
à leurs objets, sont cependant toujours vraies par rapport à lame, en ce sens qu'elles sont réellement en elle et qu'elles font partie de son sentiment intime*
Quand l'ame s'affirme à elle-même la justesse de son idée ou 4e sa notion , et quand elle s'affirme qu'il y a impossibilité de percevoir deux idées ou deux notions sons une même perception compréhensive , elle porte un jugement. Dans le premier cas , le jugement est proprement affirmatif\ dans le second « il est négatif.
.Ainsi, la notion pure, l'idée pure, c'est le résultat immédiat de la vision ou de l'aperception de l'ame , c'est l'effet pur et simple de la perception de la vérité par voie de sensation ou par voie d'enseignement , et le jugement c'est la conformité de ridée ou de la notion avec son objet, certifiée à l'ame par elle-même.
Puisque les sens transmettent toujours fidèlement à l'ame les sensations qu'ils éprouvent» lame les perçoit toujours telles qu'elles sont, et les juge toujours avec certitude; elle n'est exposée à l'erreur qu'en tant qu'elle juge, d'après ces sensations, des causes externes qui les ont produites. Néanmoins , dans l'état normal , elle n'a point à craindre ce danger, par.ceque les sensations sont dans les conditions requises pour produire la connoissance de leurs .objets.
L? jugement, n'étant que l'affirmation de la justesse d'une perception, est vrai ou faux comme la perception, et il est soumis aux mêmes conditions qui rendent les perceptions uniformes ou variables parmi les hommes. Les jugements que nous recevons tout formés des autres hommes, peuvent être vrais en eux-mêmes et dans la généralité des esprits , et faux par rapport à nous , si notre esprit n'en saisit pas le sens ou la portée.
Mais , si les jugements peuvent être faux dans leur objectivité extérieure , ils sont toujours vrais par rapport à l'ame, qui peut bien s'abstenir de juger, mais qui ne peut juger que conformément à sa vision ; ils sont l'adhésion de lame à sa vision, et l'expression nécessairement vraie de son sens intime.
Le raisonnement n'est qu'un jugement rendu en conséquence de deux jugements précédents : les deux premiers jugements étant posés, le troisième en résulte nécessairement : comme conséquence, il est donc toujours vrai : il est l'effet d'une loi universelle de l'esprit humain. Mais eu lui-même et par rapport à son objet, il peut être faux, pareequ'il dépend de deux aperceptions' antérieures qui sont elles-mêmes dans la dépendance de causes qui peuvent les vicier , et influer de la même manière sur la conformité dn jugement conséquent avec sa réalité ou son objectivité extérieure.
En résumé , l'on voit donc que , si Ton met de côté toute cause étrangère , la vérité et la fausseté , l'uniformité et la variété des jugements humains, dépendent des conditions d'organisation sous l'influence desquelles ib sont rendus, conditions qui sont normales, ou anormales, ou simplement anomales; et qui, dans l'état de parfaite régularité , comportent similitude eh ce qu'elles ont d'essentiel, et différence en ce qui ne l'est pas.
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