‹ De l'enseignement primaire en BelgiqueChapitre 16 sur 59 · COMMUNES RURALES · texte numérisé non relu

COMMUNES RURALES

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si

Communales . .

Privées inspectées Libres ....

(i) Rapport triennal, 1861-1863. p. cxm.

ville de Gand , des asiles devraient être ouverts à plus de dix mille enfants de moins de sept ans , c'est-à-dire , que la fréquentation devrait être quadruplée.

Le dernier rapport officiel n'apprécie pas favorablement la situation actuelle des écoles gardiennes. L'auteur dit brièvement : « La plupart de ces « établissements sont tenus dans des locaux mal « appropriés, manquant du matériel nécessaire , et « les exercices y sont dirigés par un personnel qui « trop souvent laisse à désirer sous le rapport de « l'instruction et de l'aptitude (i). » 11 est déplorable qu'il en soit ainsi, et il faut espérer que les autorités communales et les personnes charitables et éclairées des villes populeuses et des centres industriels ne tarderont plus à porter un remède énergique à un tel état de choses.

Les appréciations sévères de l'administration centrale de l'enseignement primaire portent surtout sur les établissements subsidiés. Je puis affirmer que les écoles libres dirigées par les religieuses catholiques ne méritent pas ce reproche. Elles sont parfaitement entretenues et la plupart d'entre elles appliquent de bonnes méthodes. Par exemple , les jardins d'enfants de l Enfance catholique , créés depuis dix ans à Bruxelles par une association de dames charitables et dirigés par les Sœurs de la Sagesse , peuvent être cités comme des exemples.

(i) Eajiport triennal, 1864-1866, p. cm.

Quant à l'état peu satisfaisant dans lequel se trouvent en général les écoles gardiennes soumises à la surveillance officielle, les inspecteurs l'attribuent à deux causes : l'élévation du chiffre des frais de premier établissement et la difficulté de se procurer un personnel enseignant suffisamment nombreux. Les résultats de ces deux faits diminueraient grandement si l'administration centrale, au lieu de chercher à créer des établissements officiels, encourageait davantage les écoles privées inspectées et osait tirer un meilleur parti des services immenses que pourraient rendre les congrégations religieuses aux écoles gardiennes. L'administration est tellement jalouse de ses prérogatives , qu'une circulaire ministérielle du 9 novembre 1866 a interdit aux bureaux de bienfaisance d'organiser des écoles de cette espèce.

Depuis 1863 (i), la population des écoles gardiennes est restée à peu près la même. En voici la statistique au 31 décembre 1866 :

Écoles communales 1 1 ,747 élèves dont 9,346

» privées inspectées 23,756 » » 17,912 » libres 15,378 » » 5,955

fréquentaient les écoles gratuitement

(i) La population totale des salles d'asile était au 31 déc. 1863 de

48,905 enfants :

Ecoles communales 10,222 élèves dont 8779 fréquentent gratuitem* » privées inspec. 24,310 » » 15921 » »

» libres 14,373 » » 5082 « »

Ensemble 48,905 » » 33,382

Le nombre total des instituteurs, sous-instituteurs, institutrices , sous-institutrices, etc., chargés de la tâche ardue et méritoire d'élever ces petits enfants, était, au 31 décembre 1863 , de 784 ; et , au 31 décembre 1866 , de 884 (dont 10 religieux et 477 religieuses). 171 de ces instituteurs (dont 61 religieuses) étaient attachés aux écoles communales ; 713, aux écoles privées inspectées et aux écoles libres. Tandis que le nombre des écoles dues à l'initiative privée diminuait de 10, celui de leurs instituteurs et institutrices augmentait de 73.

Les dépenses pour l'enseignement dans les écoles gardiennes officielles qui s'élevaient, en 1862, pour 10,222 élèves , à 285,581 fr. 31 cent, (soit 27 fr. 74 c. environ par enfant) , étaient, en 1865 , pour 11,747 enfants, de 305,808 fr. 39 cent, (soit 26 fr. 03 c. par élève.) Cette dépense paraît effectivement considérable : il est à désirer qu'elle n'effraie pas trop tous ceux qui prennent intérêt à l'application entière de la loi de 1842 et à l'œuvre pie de l'éducation populaire.

Les parents, qui ont été habitués à envoyer leurs enfants dans les écoles gardiennes, ne les priveront pas facilement des bienfaits de l'école primaire, dont elles forment pour ainsi dire la classe préparatoire ; et alors les écoles d'adultes , dont la destination est de devenir de véritables écoles moyennes professionnelles , rendront à la société d'immenses services. Nous entretiendrions ainsi le travail manuel dans une atmosphère permanente d'instruction ,

120 (.iiAPiruE II.

de morale et de religion, depuis 1 époque des joies naïves de l'enfance jusqu'au temps des austères préoccupations de la paternité.

DES ÉCOLES d'adultes.

Elles sont actuellement de véritables écoles primaires. — Le gouvernement les a négligées pendant longtemps. —Leur statistique en 1866 : écoles, élèves, corps enseignant, dépenses. — Caractère de la population de ces écoles dans leur état actuel. — De l'intervention du gouvernement. — Importance des écoles d'adultes. — L'instruction et les ouvriers. — Les nouveaux arrêtés sur l'application de la loi de 1842 dans les écoles d'adultes.

Les écoles d'adultes sont et resteront, pendant longtemps encore , de véritables écoles primaires. Dans l'état actuel de l'enseignement, elles sont utiles aux enfants qui fréquentent irrégulièrement l'école primaire et à ceux qui , avant l'âge indiqué par la loi , ont abandonné l'école pour aller travailler dans les ateliers ou dans les champs. Elles sont nécessaires aux jeunes gens de plus de quinze ans, que la paresse, une éducation négligée ou les circonstances ont maintenu dans l'ignorance primaire. Nous verrons plus loin que la masse de tous les pauvres privés d'instruction primaire est considérable.

Depuis la publication de la circulaire ministérielle du 9 avril 1843 , citée plus haut , le gouvernement s'était peu préoccupé de renseignement primaire des adultes, laissant l'initiative privée pourvoir aux besoins les plus urgents. Ce n'est pas moi qui lui ferai un

reproche de ne pas être intervenu d'une manière centralisatrice. Cependant, il était de son devoir d'agir, dans les limites de la loi de 1842, pour stimuler le zèle des communes et les engager à suppléer autant que possible à l'insuffisance de l'enseignement privé. L'eiFort le plus sérieux et le plus louable a été fait dans ce sens, en 1866, par le ministère de l'intérieur, sous l'administration de M. Alph. Vanden Peereboom.

Au 31 décembre 1866 , il existait :

269 écoles d'adultes communales, fréq. par 20,224 élèves 192 » » privées insp. » » 30,015 »

786 » » libres fréquentées » 128,902 »

Ces 1247 écoles d'adultes étaient donc fréq. par 179,141 »

dont plus de la moitié (97,780) n'avaient pas atteint l'âge de quinze ans. Ces chiffres prouvent que, dans l'état actuel de l'instruction populaire, les écoles d'adultes sont l'accessoire obligé des écoles primaires proprement dites, puisque plus de la moitié des élèves de celles-là devraient fréquenter celles-ci.

Sur les 179,141 élèves des écoles d'adultes, 49,412 fréquentaient en même temps une école primaire proprement dite, et 14,019, un ouvroir.

173,912 élèves , dont 127,698 âgés de moins de quinze ans, recevaient l'instruction gratuitement. 5229 seulement payaient un écolage.

Des 1247 écoles d'adultes, 251 étaient urbaines. Les 996 autres étaient établies dans des communes rurales.

35 étaient des écoles de midi*;

243 » » )) du soir ;

969 » )) » du dimanche,

Presque toutes les écoles dominicales, c'est-à-dire près des quatre cinquièmes des écoles d'adultes, étaient ouvertes dans un but de moralisation. L'enseignement proprement dit (ou civil, pour employer l'expression administrative belge) était fort incomplet.

Cependant , ce n'était pas la quantité des instituteurs et institutrices qui manquait , puisqu'ils étaient au nombre de 10,377, dont 377 religieux et 998 religieuses : les autres maîtres étaient sans doute des instituteurs et institutrices dirigeant en même temps d'autres établissements, des personnes charitables ou des dames patronesses comme à Bruxelles, des membres de la Société de Saint- Vincent de Paul comme à Gand, des associées de l'œuvre des Dames laïques de la miséricorde, etc., etc.

Malgré tout le bruit qu'on a fait depuis 1863 (i) autour des écoles d'adultes, on ne constate pas une amélioration sensible dans leur situation générale. Le nombre

(i) Au 31 décembre 1863, il existait 30 écoles de midi, 210 écoles du soir et 954 écoles de dimanche. De ces 1 1 94 écoles d'adultes, 232 seulement étaient urbaines : les 962 autres étaient rurales.

233 étaient des écol. comm., fréquent, par 15,676 élèves 177 » » écol. priv. insp. » » 32,138

784 » » écol. libres, » « 141,076

Les 1194 écoles d'adultes étaient donc fréquent, par 188,890 élèves, dont 98,338, plus de la moitié, n'avaient pas atteint l'âge de 15 ans.

181,376 de ces élèves, dont 97,702 âgés de moins de 15 ans , recevaient l'instruction gratuitement. 74,910 fréquentaient en même temps soit une école primaire, soit une école d* apprentissage.

Le nombre des instituteurs et institutrices était de 10,675 dont 360 religieux et 835 religieuses.

des écoles n'a augmenté que de 53 ; mais celui des élèves a diminué de 9,149. Celui des instituteurs et institutrices a diminué aussi de 296. La population des écoles communales d'adultes a augmenté de près de 25 °/o : celle des écoles privées, inspectées ou libres, a, au contraire, diminué de 10 7o.

La dépense totale pour les écoles officielles d'adultes, en 1865, s'est élevée à 83,883 fr. 27 cent. J'évalue à 6 fr, 38 cent, la dépense moyenne par élève.

On demandait à un religieux flamand, connu par son zèle ardent pour la moralisation des classes ouvrières, pourquoi, dans l'école dominicale qu'il dirigeait, on n'attachait pas plus d'importance à l'enseignement « civil. )) 11 répondit par un précepte de Platon : « Avant « d'instruire certains hommes, il faut les guérir. » En effet, les élèves qui fréquentent les écoles d'adultes, sont en général des enfants mal élevés, des jeunes gens ou des hommes faits que l'on attire le dimanche, dans certains locaux, par tous les artifices les plus ingénieux de la charité , pour soustraire leurs âmes peu cultivées aux séductions du cabaret ou à d'autres distractions funestes aux classes ouvrières des deux sexes , et pour les maintenir, tant bien que mal, comme on peut, dans les nouvelles résolutions prises ou dans les bonnes intentions manifestées.

C'est ainsi que l'on agit dans les Patronages d'ouvfHers et cVouvrières , qui se multiplient si heureusement depuis quelques années. Actuellement , les institutions créées en faveur des adultes sont plutôt des associations de préservation que des écoles tech-

niques. Et il n'en sera guères autrement, tant que l'instruction primaire ne sera pas plus générale et que les enfants abandonneront l'école primaire avant l'âge de quatorze ans. Dans l'état actuel de l'enseignement primaire, l'école d'adultes ne peut être, pour ainsi dire, qu'une école de moralisation ; car si l'adulte n'a pas su profiter de toutes les occasions qui lui étaient données de s'instruire à l'école primaire, pendant les sept ans fixés par la loi, il lui sera en général fort difficile de récupérer dans les écoles dominicales tout le temps précieux qu'il a perdu. Je n'élève pas cette assertion à la hauteur d'une règle générale; mais j'estime qu'elles sont rares les exceptions constatées, par exemple , dans les écoles dominicales ou dans les écoles du soir , créées par le Kolping de la Belgique, le R. P. Van Caloen, de la Compagnie de Jésus. Les écoles d'adultes , dont on célèbre tant l'excellence au point de vue de l'enseignement civil, en Suisse, en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis, sont de véritables écoles moyennes et professionnelles : elles sont généralement fréquentées par des élèves qui déjà ont fait un bon cours d'études primaires. Il en est autrement en Belgique.

Je ne dis pas que l'intervention du gouvernement sera préjudiciable à l'enseignement des adultes ; mais c'est S3 bercer d'illusion, je crois, que de prétendre comme le ministre signataire de l'arrêté du V^ septembre 1866, que « l'initiative privée est impuissante pour se charger de cet important service : une expérience de trente-six ans en avait fourni la preuve irréfu-

>le. Tout le monde du reste, sauf le Conseil provincial de la Flandre Orientale, était d'accord pour reconnaître que l'intervention de l'Etat, dans une mesure plus large que par le passé, était légitime, nécessaire, indispensable. »

Il faut avouer que le Conseil provincial de la Flandre Orientale avait, pour repousser le principe de Tintervention de l'Etat, d'excellentes raisons. En effet, sur les 1194 écoles d'adultes, qui existaient en 1863, la Flandre Orientale en possédait, à elle seule, 420, dont 387 entièrement libres, 25 communales et 8 privées inspectées. Sur les 390 écoles de la Flandre Occidentale, 47 seulement étaient comiyiunales ; et les sept autres provinces réunies n'avaient que 465 de ces institutions. 11 faut noter aussi que les 387 écoles d'adultes libres de la Flandre Orientale étaient presque toutes des créations catholiques , dont le but était exclusivement moralisateur. Si les fondateurs de ces écoles avaient annoncé l'intention de faire de l'enseignement technique l'objet principal des réunions dominicales, beaucoup d'entre elles auraient été désertes.

Je suis persuadé que si tous les catholiques étaient animés du beau zèle qui enflamme leurs coreligionnaires flamands, en peu d'années le pays entier pourrait être couvert de nombreuses écoles libres du même genre. C'est le meilleur argument que peut invoquer le gouvernement actuel ; car l'indiflerence des particuliers et des communes , sans justifier la thèse de l'intervention de l'Etat , a au moins pu servir d'excuse à M. Vanden Peereboom , quand il a conseillé au roi

de poser l'acte généreux du P'' septembre 1866.

Lorganisation de bonnes écoles d'adultes dans la plupart des grandes communes du pays est évidemment utile. Il est de l'intérêt de la société de continuer à moraliser les adultes des classes laborieuses , qui forment l'immense majorité de la population , et de les instruire , s'ils sont restés ignorants. A une époque 011 le travail et le capital ont pris , dans l'économie nationale , une si grande place, il importe que les ouvriers , instruments principaux de la production , soient éclairés continuellement sur leur véritable rôle et qu'ils apprennent à se contenir , dans leur propre intérêt , par une connaissance plus réfléchie de leurs droits de citoyens et de leurs devoirs d'hommes. Il importe aussi de leur donner les moyens d'améliorer leur condition matérielle , en augmentant la valeur du travail par l'instruction. Que de routines peuvent être abandonnées, que de préjugés redressés , que d'erreurs combattues , à l'aide de quelques leçons paternellement données et d'autant plus fécondes qu'elles s'adressent à des jeunes gens ardents ou à des hommes faits qui vont les répandre comme une pluie bienfaisante sur la terre sèche de leurs familles et de leurs ateliers.

L'ignorance engendre la misère et la misère est trop souvent la mère des passions brutales : or , on ne combat l'ignorance que par l'instruction ; et on supporte la misère avec résignation lorsqu'on sait que la pauvreté n'est pas un vice par elle-même , qu'on peut la diminuer ou la vaincre par le travail et l'épargne, et que si, parfois, il est matériellement impossible de la dompi

il est toujours méritoire de la subir et même de l'embrasser volontairement. Ces prodiges sont les fruits de l'instruction.

Et par instruction , il va sans dire que je n en tends pas la connaissance stérile de quelques faits techniques ou cette science de perroquet qu'aifectent de recommander quelques esprits orgueilleux , « instaurateurs » de confusion et de ténèbres , pour lesquels beaucoup de science éloigne de la religion. Mais j'entends cette instruction chaude et vivante, qui anime le cœur en ornant l'esprit , qui rend modeste et patient , laborieux et rangé , qui met sans cesse la créature intelligente en présence du Créateur des riches et des pauvres , des savants et des ignorants , qui fait honorer la fortune et bénir la médiocrité , qui rend les ouvriers forts , intelligents, habiles et pieux comme ces maçons du moyen âge dont la fière devise était : Lahorare et or are. Il n'est pas dans la société humaine de spectacle plus magnifique et plus consolant que celui d'un ouvrier laborieux , probe et actif, dont les mains vigoureuses et calleuses dirigées par une intelligence cultivée commencent et finissent leur travail quotidien par le signe de la prière. Il ne faut pas craindre d'instruire les classes populaires , car c'est un devoir de le faire. Dans de bonnes écoles , plus les ouvriers seront instruits , plus ils seront religieux ; et plus ils seront religieux , plus ils désireront s'instruire. Cette double lumière de l'instruction et de la religion éclairera leur travail et le fécondera, en diminuant leurs peines et en augmentant leurs ressources. Les

ouvriers , au lieu de chercher à abaisser ceux qui sont au-dessus d'eux , s'élèveront naturellement vers le niveau des supériorités sociales. Telle est la vraie loi de 1 égalité civile , que doivent favoriser les écoles d'adultes.

On entend souvent exprimer des doléances sur les tendances redoutables des classes ouvrières actuelles, sur leur esprit d'indépendance , sur .leur turbulence , sur leurs singulières prétentions à l'aisance et au bienêtre. J'estime qu'il ne faudra pas s'en effrayer outre mesure , tant que les classes supérieures de la société feront leurs devoirs. Les révolutions violentes ne reçoivent jamais leur impulsion d'en bas. Les désastres des siècles de Luther et de Voltaire ont été accomplis peut-être par les classes inférieures , mais ils ont été préparés et commandés par d'autres , et favorisés surtout par des circonstances dont les classes dites éclairées ou supérieures étaient responsables. La renaissance et les progrès du christianisme en notre siècle ont été signalés surtout par de grands et générei efforts tentés par l'Église en faveur des classes lab^ rieuses. Son ingénieuse tendresse et son inépuisab^ fécondité se sont manifestées sous mille formes verses , pour s'emparer des cœurs que l'orgueil d^ progrès matériels du monde moderne cherchait à il arracher. Sa charité s'est multipliée pour distribua l'aumône du corps, le pain de l'âme et l'aliment l'intelligence. Depuis quarante ans surtout , dans 1< pays catholiques, on peut dire que l'Eglise s'est ei parée des masses par la crèche , l'ouvroir , l'hôpital

DES ÉCOLES. Iâ9

Thospice, la confrérie, l'école. Tant d'efforts porteront des fruits, n'en doutons pas. On croit souvent que les masses ne sont pas chrétiennes ou qu elles vont cesser de l'être , parce qu'on les voit s'agiter au moindre vent des révolutions civiles ; mais on oublie qu'elles sont toujours conduites par des hommes appartenant aux classes lettrées. Continuons à moraliser les classes populaires par l'enseignement religieux , efforçonsnous de leur donner une instruction civile suffisante , et nous diminuerons les périls de ces agitations violentes , qui sont d'autant plus terribles que leurs auteurs sont plus ignorants. J'ai la conviction que le jour est proche , où l'ouvrier plus instruit cherchera par l'association , la solidarité et la mutualité à récolter un meilleur salaire, soit en en augmentant le chiffre, soit en diminuant l'intensité de son travail et le prix de sa propre consommation. Ce sera une des grandes révolutions de notre siècle. Une plus grande révolution , qui se prépare pacifiquement , apparaîtra alors : l'ouvrier distinguera mieux ceux qui l'ont aimé pour son âme de ceux qui l'ont recherché pour ses muscles. Il se souviendra de ce qui a été fait pour lui et les siens , et , comprenant mieux la cause pour laquelle on lui a montré tant de sollicitude, il l'aimera davantage , il la défendra et il la propagera à son tour. Les multitudes deviendront plus chrétiennes , quand elles seront plus instruites.

Aussi je ne m'étonne pas qu'on ait cherché en ces derniers temps à arracher les écoles d'adultes au régime de surveillance et d'inspection religieuse établi

par la loi de 1842. Ces essais partent des rangs turbulents du parti libéral anticatholique. Mais tous les membres de ce parti ne les ont pas approuvés. MM. A. Vanden Peereboom et Ch. Rogier se sont publiquement séparés de leurs amis politiques sur cette question. M. Vanden Peereboom a démontré que la loi de 1842 ne souffrait pas d'exception à cet égard, et que l'enseignement religieux était d'autant plus nécessaire dans les écoles d'adultes que dans leur constitution actuelle elles ne sont fréquentées que- par des élèves qui ont particulièrement besoin d'être moralises , et que d'ailleurs plus de la moitié de leur population comprend des enfants de dix à quinze ans. M. Ch. Rogier , s'inspirant des meilleures traditions de sa carrière politique, s'est livré devant la Chambre , pour défendre l'arrêté de son collègue , aux considérations de l'ordre le plus élevé. On en jugera par le fragment suivant de son discours :

« Je vais dire quelque chose qui peut-être étonnera M. le ministre de l'intérieur : c'est que si l'on me donnait le choix entre les écoles d'adultes et les écoles d'enfants pour décider dans laquelle des deux catégories il importe de maintenir l'enseignement religieux et la double inspection légale , j'opterais pour les écoles d'adultes.

« Si l'enseignement religieux , comme vous le définissez , est aussi bon , aussi fécond que vous le dites , M. le ministre , en termes si éloquents et si vrais , au lieu de le restreindre , il faut l'étendre ; au lieu de le distribuer avec timidité et en quelque sorte avec avarice, il faut verser à pleine main ce breuvage si salutaire et si bienfaisant...

« Si renseignement religieux est tout ce que vous dites , et je crois qu'il l'est , il faut plutôt le prodiguer que le restreindre , et j'ai souffert à voir l'esprit intelligent et la dialectique si forte de M. le ministre de l'intérieur chercher par tous les moyens , par des inductions, des interprétations, des distinctions, à démontrer que les écoles d'adultes ne devaient pas être soumises à l'inspection légale. Je ne sais quel profit il entend retirer d'une pareille argumentation. Mais véritablement , après ses prémisses , il m'a été impossible de comprendre sa conclusion.

« On parle du catéchisme ! Mais personne au monde n'a compris que l'enseignement religieux, dont s'occupe notre législation, se bornât au catéchisme. Si vous prétendez qu'il ne s'agit que du catéchisme dans l'enseignement légal , c'est dans le catéchisme seul qu'il faudrait enseigner dans nos écoles normales , dans nos écoles primaires supérieures , dans nos collèges , dans nos athénées? Cela n'est pas sérieux! L'honorable M. Pirmez a parlé en termes élevés de l'enseignement religieux. Les évêques en ont parlé de la même manière , et ils ont montré qu'ils comprenaient parfaitement ce que devait être l'enseignement religieux , quand il s'adressait non pas à des enfants , mais à des élèves d'une intelligence et d'un âge plus élevés. Il y a dans une circulaire épiscopale de 1845 un passage qui mériterait d'être cité tout entier. Je ne suis pas ici pour prôner MMgrs les évêques, mais quand ils parlent bien, quand ils font bien , il m'est impossible de ne pas applaudir à ce qu'ils font et à ce qu'ils disent. »

132 CHAPITRE n.

L'orateur donne lecture d'un passage de la circulaire épiscopale de 1845 , puis il continue en ces termes :

« Il résulte de cette circulaire que dans l'esprit même de messeigneurs les évêques, les écoles d'adultes devaient , comme les autres , être de leur ressort au point de vue de l'enseignement religieux. Ainsi le comprenait aussi l'honorable M. Nothomb, dans une circulaire de 1843 qui range les écoles d'adultes parmi les établissements qui doivent être inspectés. »

MM. Vanden Peereboom et Ch. Rogier avaient , avant cette discussion , sacrifié leurs portefeuilles à leur conviction sur cette question importante : il faut les en féliciter.

Le nouveau ministre de l'intérieur, M. Eud. Pirmez, a essayé de concilier la loi de 1842 avec les tendances de la fraction du parti libéral représentée par le chef actuel du cabinet, M. Frère.

L'arrêté du P'^ septembre 1866 a été modifié en ce sens que les communes seront libres de soumettre les écoles d'adultes fondées par elles au régime de double inspection établi par la loi. Cette interprétation , dont les bonnes intentions du ministre ne suffisent pas à établir la légalité complète , rompt l'unité du système qui a présidé jusqu'ici à l'organisation de l'enseignement^l primaire. Quelques grandes communes, celles-là même™ qui ont le plus besoin de moraliser leurs populations ouvrières , ouvriront des écoles d'adultes , dont on excluera en droit l'enseignement religieux, uniquement pour « faire pièce au clérical, »

Une proposition faite récemment (1868) au sein du

Conseil provincial du Hainaut , la province la plus arriérée en matière d'enseignement primaire et celle qui aurait besoin surtout de moraliser les écoles et les classes ouvrières , a montré à nu la haine qui anime une fraction du parti libéral. Un conseiller libéral a demandé que le subside provincial alloué aux communes en faveur des écoles d'adultes , ne soit distribué qu'aux communes qui ne soumettraient pas ces écoles au régime d'inspection ecclésiastique établi par la loi de 1812. Cette proposition surprenante n'a été rejetée que par trente-sept voix contre seize , quelques mois après les sanglantes grèves du Borinage.

Ce n'est pas ainsi qu'on parviendra à atteindre le grand but de l'éducation populaire.

Toutefois , j'ai la confiance que les conséquences du nouveau système ne seront pas trop désastreuses ; car le zèle des particuliers se ranimera à cette nouvelle contradiction , et il naîtra de nouvelles écoles libres , qui coûteront peu et seront beaucoup fréquentées , tandis que les écoles officielles , sans cours de religion , feront plus de bruit , à plus de frais , pour produire un résultat moindre.

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