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DES ATELIERS D'APPRENTISSAGE

Statistique de ces écoles en 1866. — Dépenses, — Conditions d'admission. — État peu satisfaisant dans lequel se trouvent ces écoles. — Les écoles-manufactures et l'enseignement par l'État. — Décadence des ateliers d'apprentissage.

Depuis longtemps il existe en Belgique , particulièrement dans les Flandres, sous le nom d écoles dentellières, ouvroirs, écoles-manufactures, ateliers ou écoles de charité ou d'apprentissage, etc., un certain nombre d'établissements, dont le but est de combiner l'école avec l'atelier, de manière à permettre aux élèves de s'instruire et d'apprendre en même temps un métier , de recevoir à la fois l'instruction et un salaire. L'idée est certainement heureuse; mais il est regrettable qu'elle ne soit pas mieux comprise par tous ceux qui sont chargés de l'appliquer ou qui s'en sont donné 1^ mission.

En 1866, on ne comptait plus que 681 de ces établis sements : 178 dans les villes ; 423 dans les commune rurales. 526 étaient destinés aux filles; 42, aux gai çons; 33 étaient mixtes.

Presque toutes ces écoles ont été créées par des pf ticuliers ; car :

434 étaient libres';

136 privées inspectées ; ■ 31 seulement étaient communales.

553, dont 479 de filles, appartenaient aux deux' Flandres, 24 à la province d'Anvers, 9 au Brabant, 6 à la province de Liège , 5 au Hainaut , 2 au Luxembourg , et 1 à chacune des provinces de Namur et du Limbourg.

Le personnel enseignant était assez considérable : il comprenait 1084 maîtres, maîtresses, etc., dont 5 religieux et 610 religieuses.

La population était, au 31 décembre 1866, de 33,281 élèves , dont 23,995 étaient âgés de moins de 15 ans et dont 20,657 étaient admis gratuitement. 13,385 de ces élèves fréquentaient aussi une école primaire; 12,484, une école d adultes. Les ateliers d'apprentissage officiels ne contenaient qu'une population de 1544 élèves ; les ateliers privés inspectés , 10,249 ; les ateliers libres, 21,480.

L'entretien des 31 établissements officiels , subsidiés par les communes , les provinces , la bienfaisance publique ou privée et par l'écolage des élèves, a coûté en 1865, fr. 30,309-30 ; chaque élève aurait donc coûté en moyenne environ fr. 19,63.

Les documents officiels donnent peu de renseignements sur l'organisation particulière des écoles privées inspectées et des écoles libres. La plupart d'entre elles étaient , à l'origine , des externats de Workhouses, créés à des époques de crise industrielle, particulièrement lorsque l'industrie linière fut si profondément atteinte dans les Flandres par l'introduction des machines et la concurrence du coton. Aujourd'hui la plupart des ateliers d'apprentissage sont des ateliers de dentellières.

136 CHÂI'ITKE II.

C'est une pensée charitable qui leur donna naissance. Mais ce n'est pas la même pensée qui a toujours présidé invariablement à leur développement.

Pour être admis dans les ateliers officiels d'apprentissage, organisés conformément aux arrêtés royaux du 26 janvier 1847 et dul0févrierl861,il faut être âgé de douze ans au moins. L'enseignement est donné par l'instituteur communal ou par toute autre personne choisie par l'autorité locale, conformément à l'art. 10 de la loi de 1842. La durée de l'enseignement est au moins de deux heures par jour.

Les rapports triennaux, n°^ V et VII, apprécient sévèrement l'ensemble de ces institutions , dont la plupart ne mériteraient pas le nom d'école; d'après le dernier rapport de la Chambre de commerce de Hasselt , à l'atelier d'apprentissage de St-Trond , subsidié par le bureau de bienfaisance et dirigé par une corporation religieuse, il n'est donné que deux heures d'instruction par semaine. Dans les écoles-manufactures, tenues par des religieuses, dans la Flandre Occidentale, les élèves ne recevaient, il y a quelques années , qu'une demi heure d'instruction par jour. Dans les écoles dirigées par des laïques, l'enseignement était nul. Ces deux catégories d'institutions se font une concurrence acharnée, qui rend impossible la réduction des heures de travail : une école dentellière qui abrégerait le travail au profit de l'instruction serait immédiatement désertée (i). La cause de cet

(i) De la nécessité d'une loi sv.r le travail des enfants dans

état de choses est , suivant le V^ rapport triennal , « la rapacité des parents. » Le travail manuel ne saurait être trop long au gré de leurs désirs. Aussi dure-t-il douze et jusqu'à quinze heures par jour. Et il y a dans ces écoles des enfants de six ans !

D'après le dernier rapport triennal (1863-1866), les ateliers d'apprentissage « laissent toujours à désirer sous le double rapport de l'hygiène et de l'instruction. » Au dire de quelques inspecteurs , le travail manuel auquel on assujettit les élèves est aussi déplorable que le travail forcé des enfants dans les manufactures et les houillères. La spéculation semble avoir tué la pensée charitable dans beaucoup d'écoles, qui ne répondent plus au but de leur création.

A différentes reprises, le gouvernement s'est occupé des réformes à introduire dans ces établissements. La commission centrale de l'instruction primaire avait même élaboré un projet de règlement, destiné à extirper les abus signalés. Mais le chef du département de l'intérieur, n'ayant pas foi dans l'efficacité des mesures proposées , pensait alors qu'une loi sur le travail des enfants pourrait seule introduire une réforme si vivement désirée. Provisoirement, il a préféré recourir aux remèdes administratifs. Une circulaire du 6 octobre 1856 a recommandé aux gouverneurs des provinces d'intervenir , de concert avec l'inspecteur provincial de l'enseignement primaire , auprès des auto-

manufactures , par A. Wagener. Gand, 1867. Voy. p. 18, d'après les rapports de MM, Dumont et 4e Nobele,

rites et des maîtres dirigeant les ateliers de charité , pour les engager à y introduire les réformes les plus urgentes. Au besoin, les gouverneurs doivent proposer le retrait des subsides , en appliquant l'art. 46 de la loi de 1842 , si les établissements sont communaux.* Aux établissements privés entièrement libres on peut , en cas d'abus grave , appliquer , avec une extrême prudence , les lois sur la police sanitaire.

Tous ceux que préoccupent , à titres divers , les moyens de perfectionner l'éducation populaire , déploreront vivement une situation qui force l'autorité publique à recourir à de pareilles menaces. En effet , les écoles-manufactures pourraient être très-utiles , si elles étaient organisées dans l'intérêt exclusif de ceux qui les fréquentent et dans un but d'instruction , de moralisation et de perfectionnement religieux. En effet, quel plus puissant moyen d'éducation pourrait-on imaginer que l'école annexée , pour ainsi dire , à l'atelier, sous l'œil des patrons ? Evidemment , partout où cela est matériellement possible , la combinaison de l'enseignement avec le travail manuel rétribué offrirait , dans un grand nombre de cas , le meilleur mode d'éducation populaire. Donner à l'ouvrier ou à ses enfants , dans l'atelier même , le pain réclamé par leur intelligence et le salaire dû à leur travail , associer pour ainsi dire le capital , le travail et l'instruction , en les cimentant par le patronage , établir dans un but moral une solidarité étroite entre l'atelier et l'école , ne serait-ce pas , en vérité , rendre à la classe la plus nombreuse des pays civilisés de l'Europe un service , qui obtiendrait infai

lement les bénédictions de la terre et du ciel ?

L evêque de Gand , dans le rapport adressé par lui en 1863, sur l'état moral et religieux des écoles officielles de son diocèse, constate à regret que les enfants pauvres ne fréquentent pas assez les écoles primaires ou les quittent trop jeunes pour en profiter suffisamment. Il cite , par exemple , une école gratuite de filles , où , sur 530 élèves , 22 seulement étaient restées à l'école jusqu'à leur douzième année. Toutes les autres étaient parties pour les ateliers. Le prélat conclut ainsi : « Les écoles-manufactures , où l'on combinerait l'enseignement avec le travail rétribué, pourraient porter remède à ce mal. Les administrations feraient chose utile , en accordant un généreux patronage à ces écoles (i). » En d'autres termes , l'évêque de Gand conseillait, au gouvernement de contribuer au développement et à la généralisation des ateliers d'apprentissage. Cependant l'expérience semble avoir démontré suffisamment que l'intervention directe du gouvernement ou de la commune n'est guères féconde ; quant au patronage , l'autorité publique ne peut l'accorder que sous la forme de Vadoption , telle qu'elle est prescrite par la loi , et cet avantage n'est pas considérable dans le cas cité. Le moyen le plus efficace pour atteindre le but désigné par le chef du diocèse de Gand , ce serait de recourir à la charité privée : le zèle des particuliers ofi're plus de garanties que l'aveugle bienfaisance de l'État ou de la commune pour l'administration compliquée et la sur-

(i) Rap. trien. 1861-1863, p. xcii.

veillance difficile des écoles-manufactures dans tous leurs détails. La fondation d'une école - manufacture doit être une œuvre sociale privée , une bonne oeuvre. L'État, dont le droit d'enseigner est douteux, est incontestablement un mauvais industriel.

Pour donner de la même main , dans le même local , l'instruction et le salaire , il faut des vertus que l'État ne peut posséder et des qualités qui font défaut souvent aux personnes les plus zélées. Si la charité n'est pas sincère , l'instruction sera sacrifiée au désir du lucre. Si le pouvoir public est maître de l'école , celle-ci est exposée au péril de devenir une sorte « d'atelier national » , où le salaire sera mal réparti et souvent immérité. Il semble donc que les écoles-manufactures ne soient réalisables , même par la charité privée , que sous deux formes : soit que des personnes généreuses attirent les enfants à l'école en leur offrant le moyen de gagner sérieusement un salaire , soit que des industriels intelligents établissent des écoles au milieu de leurs ateliers pour transformer les enfants qu'ils emploient en ouvriers instruits , habiles et vigoureux. Mais , en règle générale , l'école étant un temple , il vaut mieux exclure de ses auditoires l'idée du lucre ou les préoccupations du travail salarié. Pour obtenir le résultat qu'on recherche théoriquement dans les écoles-manufactures , il existe d'ailleurs un autre moyen beaucoup plus simple et plus généralement applicabl^H c'est celui du demi-temps {Ealftime System)^ dont nous parlerons plus loin.

Les ateliers d'apprentissage, dans leur forme àctue

ne semblent pas destinés à prospérer. A chaque période triennale , Taiitorité constate une décadence nouvelle.

ÉCOLES RESSORTISSANT AU mNISTÈRE DE LA JUSTICE.

On comprend sous cette dénomination les écoles de réforme de Beernem et de Ruysselede, les écoles des dépôts de mendicité, les écoles des prisons, des orphelinats, les instituts de sourds-muets et aveugles.

Les inspecteurs provinciaux et cantonaux ont été chargés de visiter au moins deux fois par an les écoles de cette catégorie, situées dans leurs ressorts (i). Les instituteurs de ces établissements ont été invités à assister régulièrement aux conférences trimestrielles des maîtres d'école.

Le dernier rapport triennal ne parle pas avantageusement des orphelinats, dont le personnel enseignant « laisserait beaucoup à désirer , surtout sous le « rapport de l'instruction. » Le rapport ajoute : « Un inspecteur émet justement le vœu que les « instituteurs et les institutrices soient choisis parmi « les candidats diplômés. » J'en conclus que les instituteurs et institutrices, si défavorablement signalés, sont religieux. J'ignore sur quels faits cette appréciation est basée. Les orphelinats libres catholiques,

{}) Annales imrJementaires, 1 avril 1868, p. 981.

placés sous la direction de certaines congrégations religieuses laissent parfois à désirer sous le rapport des méthodes ; mais, à tous les autres points de vue , ce sont des modèles d'école.

Au 31 décembre 1866 (i), il existait 109 écoles ressortissant au ministère de la justice (51 de garçons ; 56 de filles ; 2 mixtes). Elles étaient dirigées par 212 instituteurs, institutrices, sous-instituteurs, etc., et fréquentées par 6,332 élèves (3,357 garçons et 2,975 filles) , dont 3,843 étaient âgés de moins de quinze ans.

Les écoles de réforme de Ruysselede (garçons) et de Beernem (filles) établies près de Bruges dans la Flandre Occidentale en faveur des jeunes vagabonds ou délinquants âgés de moins de dix-huit ans, sont dans un état florissant. Elles mériteraient, à elles seules, une étude spéciale.

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