‹ De l'enseignement primaire en BelgiqueChapitre 18 sur 59 · ECOLES PRIMAIRES SUPERIEURES · texte numérisé non relu

ECOLES PRIMAIRES SUPERIEURES

Il existait autrefois, pour les garçons, dans la plupart des provinces, des écoles modèles officielles, appelées ainsi parce que l'enseignement y était plus complet

(i) En 1863, elles étaient au nombre de 78, dont 38 pour les garçons, 39 pour les filles et 1 pour les deux sexes. 163 instituteurs et sous-maîtres des deux sexes étaient commis à leur direction. La population de ces écoles s'élevait à 5,531 élèves (dont 2,695 étaient âgés de moins de 15 ans), divisés en 3,367 garçons et 2,164 filles.

que dans les écoles rurales et devait servir de type aux diverses écoles primaires voisines. La loi de 1842, dans le but de généraliser le principe de ces institutions, prescrivit au gouvernement d'établir avec le concours des communes au moins une école primaire supérieure dans chaque arrondissement judiciaire (a. 33). Cette prescription ne fut guères appliquée. Un grand nombre d'écoles primaires supérieures libres étaient répandues dans le pays (principalement des pensionnats pour les filles). Ces établissements, dont la plupart existent encore , sont généralement trèsflorissants. En 1850, la nouvelle loi sur l'enseignement moyen , proposé par le cabinet libéral de 1847, a soustrait les écoles primaires supérieures officielles au régime de surveillance et d'inspection établi par la loi sur l'enseignement primaire et les a transformées en écoles moyennes. Pour justifier cette mesure, on a prétendu, non sans raison, je crois, que le programme des études imposé aux écoles primaires supérieures par la loi de 1842 était plutôt du domaine de l'enseignement moyen.

Cependant on a douté parfois de la sincérité de cette allégation, depuis qu'une fraction du parti libéral veut détruire les garanties religieuses que les catholiques trouvent dans la loi de 1842 et dont les nouvelles écoles moyennes ne jouissent pas au même degré. Ce doute est devenu plus sérieux, dans ces dernières années : en effet, depuis que les écoles primaires supérieures de garçons ont été supprimées ou transformées, ce même parti s'efforce de provoquer

la création d'écoles primaires supérieures de filles, en soutenant que ces institutions ne doivent être soumises en aucune manière au régime de surveillance prescrit par la loi de 1842. La raison en est très-simple. Le but de ces écoles , dans l'esprit de leurs promoteurs, est de faire, à l'aide des seuls deniers de la commune, de la province et de l'Etat, concurrence aux écoles et aux pensionnats libres , surtout à ceux qui ont été en si grand nombre établis par les catholiques.

Le septième rapport triennal justifie, il est vrai, autrement la création de ces écoles nouvelles : « les jeunes filles de la bourgeoisie dont les familles n'ont pas assez de fortune pour les placer dans les pensionnats ne peuvent en général, dit-il, recevoir que l'instruction qui se donne à l'école primaire. Cependant elles ont pour la plupart besoin de connaissances plus étendues. Ces connaissances où pourraient-elles les puiser , si ce n'est dans une catégorie d'écol^ qui n'existent guères et qu'il serait si utile de propage! au moins dans les grands centres de populations ? | Ces écoles existent dans tous les grands centr^ de population , où des externats sont annexés à plupart des pensionnats. « Jusqu'ici, dit ce huitièi rapport triennal (1863-1866), cet enseignement a en quelque sorte le monopole des pensionnats priv^ qui sont, pour la plupart, tenus par des corporation^ religieuses (i). Ces pensionnats échappent à la sui

(i) C'est uniquement pour ce motif , que la fraction bruyante du

veillance des autorités et nous n'avons aucun moyen de constater s'ils présentent les garanties nécessaires. En tout cas, ils sont loin de suffire, attendu qu'ils ne sont pas accessibles aux jeunes filles de toutes les classes de la bourgeoisie , lesquelles cependant ont besoin d'une instruction plus forte que celle qui s'acquiert à l'école primaire. »

Se fondant sur ces motifs, « le gouvernement a pensé que l'on doit aider les communes à fonder pour les jeunes filles des écoles primaires supérieures -eœter-

parti dominant aujourd'hui , laquelle n'est composée ni de protestants sincères, ni d'israélites croyants , n'en veut à aucun prix. Pour donner une idée des sentiments qui animent ces étranges réformateurs , je citerai un passage qu'on lisait naguères dans leur principal organe {Indépendance belge, n^ du 23 juin 1868, éd. D) :

« D'après la Liberté , la bulle de convocation , qui vient d'être annoncée par le Pape, serait une nouvelle édition du Syllabus. Suivant ce qui aurait été arrêté , le point principal sur lequel le concile aura à statuer serait celui de l'élévation du pouvoir temporel à l'état de dogme pour l'Eglise catholique. On doit discuter également à propos de l'enseignement et de l'éducation catholiques , et en particulier de l'enseignement des femmes , les moyens de renforcer la surveillance de l'Eglise. Nous ne nous fussions jamais avisés de l'insuffisance des moyens actuels , et nous avons peine à nous imaginer par quels moyens on y suppléera. On recrutera quelques Machelards en jupons de plus , mais qu'on s'en donne autant qu'on voudra , cela ne fera qu'affermir dans leur voie les pères de famille qui se refusent à laisser élever leurs filles sur les genoux de l'Église. Et , quant aux autres , cette pratique révoltante de l'espionnage , qu'on élève à la hauteur d'une institution , ne peut que hâter le moment où , comprenant à leur tour la nécessité de confier à de meilleures mains l'éducation de leurs enfants , ils laisseront se surveiller entre eux , si cela leur convient , les pieux surveillants et les saintes surveillantes embauchés

par l'épiscopat. »

nats. » Un arrêté du 25 octobre 1861 prescrit l'organisation de cours nouveaux destinés à la formation d'institutrices capables de diriger des institutions de ce genre. Diverses circonstances ont fait ajourner l'application de cette mesure jusqu'après l'ouverture des nouvelles écoles normales décrétées par la loi du 19 mai 1866. En attendant, quelques écoles ^jr2maires supérieures de jeunes filles ont été établies par quelques communes avec le concours de l'Etat et placées, plus ou moins, sous le régime de la loi du 13 septembre 1842. Elles sont comprises dans la statistique des écoles primaires proprement dites.

Le grand reproche qu'adressent, aux écoles primaires siqjérieures de filles actuellement existantes , les promoteurs du projet auquel je fais allusion, c'est que dans beaucoup d'entre elles les méthodes laissent à désirer. Pour ma part, je suis disposé à admettre que ce reproche n'est pas toujours sans fondement : un monopole séculaire et les traditions qui à la longue se forment naturellement dans les corporations enseignantes ont peut-être empêché l'adoption de méthodes plus perfectionnées et l'introduction de certaines réformes rationnelles : ces défauts diminuent chaque jour, depuis que ces corporations, excitées à la fois par leur zèle, l'intérêt de leurs œuvres et les paternell observations des évêques belges, ont introduit ell mêmes la plupart des réformes désirées. Ces défa s'ils existent , sont d'ailleurs largement compensés par l'éducation morale qui est donnée aux jeun filles avec tant de sollicitude et de dévouement.

Est-il bien utile, nécessaire, légitime que le gouvernement se mêle de cette question ? Qu'il intervienne plus ou moins largement dans l'organisation des écoles primaires, des écoles gardiennes et même des écoles d'adultes , partout où cette intervention est commandée par les besoins évidents de l'enseignement et de l'éducation populaire , on le comprend , parce que cette intervention peut être regardée comme l'accomplissement d'un grand devoir civil ou comme une mesure de prévention sociale, quoique ce devoir luimême n'existe plus , quand l'initiative privée des citoyens a pourvu aux besoins indiqués : même en matière d'enseignement primaire , l'Etat ne devrait intervenir qu'en cas d'insuffisance notoire des eiForts privés. Mais de quel droit se- préoccupe -t -il des défauts des méthodes employées dans les écoles primaires supérieures de filles ? Si les écoles, qui ne coûtent rien au trésor public, ne conviennent pas à certains groupes de citoyens, que ces messieurs en créent d'autres, à leurs frais : la loi les y autorise et leur conscience leur en fait un devoir. S'ils en appellent à la force de l'Etat, pour fonder des écoles de leur goût et pour leur usage particulier, ils font à leurs concitoyens , plus dévoués , qui ont eu la patience et la générosité d'établir des institutions , à leurs propres frais, une concurrence déloyale et ils s'efforcent d'annuler les conséquences pratiques de la liberté d'enseignement. Quant le gouvernement se rend à cet appel, il agit sans droit, il abuse de son pouvoir et travaille à l'établissement d'un véritable

monopole officiel, qui corrompera les méthodes beaucoup plus dangereusement que n'ont jamais pu le faire les corporations religieuses enseignantes.

Ce que je dis ici de l'État s'applique aussi à la commune. Depuis quelques années certaines communes ont créé , aux frais des contribuables , de ces écoles supérieures de filles , à Bruxelles , à Bruges , etc. Le but de certains de ces établissements, de celui de Bruxelles, par exemple , est manifestement anticatholique. Je trouve tout naturel que les Bruxellois anticatholiques s'associent entre eux pour créer une école dans laquelle leurs filles soient élevées suivant leurs principes ; mais de quel droit forcent-ils les contribuables catholiques de Bruxelles de les aider dans cette entreprise pour eux coupable ?

Un pareil acte , non - seulement est contraire à la Constitution , mais il donne aussi une idée défavorable des principes qui l'ont provoqué, puisqu'ils ont besoin pour être réalisés de la puissance de l'Etat , tandis que les catholiques qui paient leur part des subsides accordés aux écoles officielles créent encore des écoles spéciales libres avec leurs propres ressources et pour ainsi dire malgré le gouvernement.

Les tendances que je signale ici sont doublement déplorables , et parce qu'elles sont hostiles à l'esprit de nos institutions politiques et parce qu'elles tran forment les écoles en arènes des partis ou des factions

Une autorité sage et prudente ne devrait pas les favoriser , car elles nuisent profondément à l'enseigne ment.

La plupart des écoles primaires supérieures actuelles de filles sont accessibles même à la petite bourgeoisie ; car presque toutes ont des externats , et le prix de lecolage est relativement modique. Si renseignement moyen pour les filles lui tient réellement à cœur , le gouvernement , à l'aide de quelques faibles encouragements , peut-être même sans bourse délier , pourrait obtenir la création d'écoles moyennes de filles dans toutes les localités importantes où il n'en existe pas encore. Les institutrices dévouées ne manqueront pas : il est vrai que ce seront ordinairement des religieuses.

En cherchant à établir , aux frais du budget , de nouvelles écoles moyennes de filles , on fait entendre qu'on y admettra gratuitement la plupart des élèves. En principe général , est-il légitime et raisonnable de rendre gratuit tout autre enseignement que l'enseignement primaire. Je ne le pense pas. Donner gratuitement l'enseignement primaire peut être un acte de bon gouvernement ; il est certainement un acte de charité bien entendu ; mais dépasser cette limite , ce serait faire du socialisme. L'instruction même primaire ne doit être donnée gratuitement qu'à ceux dont les parents sont incapables de payer l'écolage. Quant à l'instruction moyenne , il ne faut la rendre gratuite qu'exceptionnellement, pour des enfants pauvres exceptionnellement doués ou pour des situations spéciales. Si on admet que l'Etat doit l'instruction moyenne gratuite aux filles de la petite bourgeoisie ', pourquoi s'arrêter en si beau chemin : reconnaissons tout d'un coup que

l'État doit à tous l'instruction , même supérieure , et cherchons à réaliser quelque république platonicienne. Que des particuliers , que des associations privées se donnent la mission généreuse et vraiment chrétienne de généraliser l'instruction et de créer des ressources pour permettre pratiquement , même aux enfants pauvres , de continuer d'étudier , au sortir de l'école primaire , rien de plus légitime et de plus louable. Mais une telle mission charitable ne peut être B^ttribuée à l'Etat , qui représente les" contribuables.

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