‹ De l'enseignement primaire en BelgiqueChapitre 32 sur 59 · CONCOURS ET ENCOURAGEMENTS · texte numérisé non relu

CONCOURS ET ENCOURAGEMENTS

La loi (i) proclame que « des concours pourront être

(i) Loi du 23 sept. 1842 , artt, 2.), 30 , 31 et 32,

^stituës , soit par ressort d'inspection, soit par canton,

réunissant les écoles indistinctement ou en séparant îlles des villes d'avec celles des campagnes. La partiipation à ces concours est obligatoire pour les établissements soumis au régime de la loi, et facultative pour les écoles privées.

Une bourse peut êtr^ accordée par le conseil provincial à celui des élèves cpii , peu favorisé de la fortune , a subi les épreuves du concours avec le plus de distinction.

Le jury d'examen est composé de l'inspecteur cantonal , de deux membres désignés par la députation permanente du conseil provincial , d'un membre désigné par rinspecteur provincial , et d'un délégué du chef du culte professé par la majorité des habitants.

Les concurrents sont examinés , en ce qui concerne rinstruction morale et religieuse, par un ministre de la communion à laquelle ils appartiennent. Un règlement , préparé par l'inspecteur provincial et arrêté par la députation permanente du conseil provincial , fixe les matières d'examen et détermine le mode et la durée des concours , ainsi que l'époque à laquelle ils ont lieu.

D'après un ancien usage qui n'a pas été sanctionné par la loi, il existait, dans certaines provinces, des concours entre les instituteurs. Quant aux concours entre les élèves , admis sans observation par les Chambres en 1842 , les évêques se sont montrés peu favorables à leur organisation , lorsque la loi fut mise en pratique.

Je ne connais pas toutes les raisons que les chefs du culte catholique ont fait valoir pour motiver cette opposition. Le cardinal Sterckx s'en est expliqué en ces

236 CHAPITUE IV.

termes , dans une lettre , adressée au Journal de Bruxelles, le 2 janvier 1848: « Les principaux auteurs qui ont écrit sur la pédagogie, entre autres M. Rendu, désapprouvent ces concours , au point de vue moral. Dès lors les évêques étaient en droit d'engager le gouvernement à ajourner une mesure que la loi laisse encore facultative, et il n'y a ici, pas plus que dans les cas précédents , aucune apparence d'entreprise illégale contre l'indépendance du pouvoir civil , puisque le gouvernement est resté parfaitement libre de faire ce qu'il jugera le plus utile (i). »

Ce n'est qu'en 1852 (arrêté royal du 26 avril) (2) que le gouvernement se décida à instituer définitivement ces joutes scolaires , dont les avantages sont restés douteux. « Tous les ans, dit l'arrêté, des concours « seront organisés , dans chaque province , par les « soins de la députation permanente , entre les élèves « de la division supérieure d'un certain nombre d'écoles « primaires.

« Ils seront institués, soit par canton de justice de « paix , soit par ressort d'inspection.

« L'organisation des concours est obligatoire pour « les garçons et facultative pour les filles.

« Les garçons et les filles concourent séparément.

M La députation permanente désigne, sur l'avis de « l'inspecteur provincial , les cantons ou les ressorts « où les concours auront lieu.

(1) Voy. Recueil de iricces officielles , p. 119. (t) Rapport triennal , 1861-1863, p. en.

DE L*ENSEIGXEMEXT. 237

« Elle peut réunir les écoles indistinctement ou « séparer celles des villes d'avec celles des campagnes.

w Elle détermine le nombre des concurrents par u école. Ce nombre n'excédera pas la proportion d'un (( sur 5 pour les écoles , dont la division supérieure (( compte plus de 20 élèves. Il ne pourra pas y avoir « plus de 4 concurrents pour les écoles dont la division « supérieure compte moins de 20 élèves.

« Les concurrents sont désignés , moitié par l'instia tuteur et moitié par le sort , dans un délai de « quinze à trente jours , avant l'époque fixée pour (( les examens.

« Si les élèves , appelés à concourir , sont en nom- « bre impair , Tinstituteur en désignera la moitié « plus un. ))

Les députations permanentes ont adopté des règlements particnliers pour la tenue de ces concours , conformément à la loi (a. 32).

Pendant la période triennale 1864-1866, il y a eu (i), dans les neuf provinces, 109 (121) concours , auxquels ont pris part 1991 (2167) écoles , dont la division inférieure comprenait 16313 ( 12059) élèves. De ce nombre 2225 (1985) élèves ont été désignés par le sort et 3748 (3471) par les instituteurs ; total, 5973 (5456) élèves. 11 ne s'en est présenté que 5209 (4895) au concours, soit en moyenne 262 (226) par école.

Le rapport officiel ne dit pas , si parmi ces 1991

(i) Je place entre parenthèses , à titre do comparaison, les chiffres correspondants de la période triennale 1801-1863.

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écoles concurrentes, il n'y avait que des écoles communales. Il eut été intéressant de savoir si les autres écoles ont pris part à la lutte et quel rang elles y ont conquis.

La moyenne des points obtenus par les concurrents a été peu satisfaisante , quoique un peu supérieure aux lïioyennes do la période précédente. Cependant les questions à résoudre nétaient pas bien difficiles pour les élèves d'une bonne école primaire , parvenus au terme de leurs études.

Le zèle ne parait pas grand dans ces concours , car , dit le dernier rapport , beaucoup d'écoles n'y prennent part que pour la forme. « J'en pourrais citer, « dit un inspecteur, dont les élèves n'ont jamais atteint « le quart du nombre maximum des points (i). »

De deux choses l'une : ou l'enseignement primaire ne répond pas dans les écoles communales à l'idée qu'on s'en est formé dans les régions officielles ; ou les concours ne répondent à aucun besoin réel de l'enseignement. Je suis disposé à admettre cette dernière alternative. On ferait donc mieux de supprimer ces concours nuisibles ou inutiles. Peut-être aurait-on déjà pris cette résolution , si la métaphysique de parti , qui est le plus grand obstacle en Belgique aux progrès de l'enseignement populaire, n'avait pas été introduite dans l'organisation de ces concours entre enfants de 12 à 14 ans. Déjà le rapport triennal de 1861-1863 s'occupait longuement de la place qu'il faut

(i) Vov. liapport triemiaU I864-186G, p. lxxxvii.

OE L*i:XSEl(JXEMEXT. ^39

l'aire, dans les moyeiiiios de points, à la branche de la religion et de la morale. Une petite difRcnltd pratique avait été soulevée dans le Hainaut ; un instituteur avait présenté un élève protestant au concours de 18(33. Or, 30 points sur \m m^xùniim da 150 devaient être attribués à l'enseignement de la religion et de la morale. « Le gouvernement , d accord avec Tinspecteur « provincial , proposa d'instituer un prix spécial pour (( ces deux branches importantes.

« Le ministre se rallia à cette proposition. En « outre , il pensa que l'institution d'un prix de l'espèce « serait encore fort bonne en soi , pour le cas où tous « les concurrents appartiennent à la même commuc nion : car , si les questions de religion doivent être « posées et les réponses à ces questions jugées par (( l'ecclésiastique, membre du jury , à l'exclusion de « ses collègues , le résultat final des épreuves , lorsqu'il « ny a des prix que pour l'ensemble des matières , (( peut dépendre presque entièrement de l'appréciation (( isolée de cet examinateur. » (i)

Depuis cette époque , on a fait de cette question si simple une grosse affaire , même au sein des conseils provinciaux. En fait on met en suspicion la bonne foi des ecclésiastiques , membres des jurys. En principe , on cherche à faire de l'enseignement de la religion et de la morale une branche de luxe. Si les raisons qu'on fait valoir sont réellement fondées, la

(i) Uappoi't trien., 18G3-1866 , p. c.

plupart des jurys d examen belges devraient être réformés ; car chaque examinateur y possède la même liberté d'appréciation pour la branche sur laquelle il interroge spécialement. Quoi qu'il en soit , le clergé semble disposé à céder : le sacrifice qu'il fera ne profitera pas , je le crains , aux concours , mais il maintiendra entre l'État et l'Église l'harmonie plus nécessaire que jamais à une bonne organisation de l'enseignement populaire.

.' En 1862, les frais faits par les provinces pour l'organisation de ces concours se sont élevés à fr. 8037,47. Une somme de 1150 francs a été dépensée pour la constitution de bourses accordées aux lauréats.

Pour les distributions annuelles de prix aux élèves des écoles communales , il a été dépensé dans la même année , par les communes , une somme de fr. 62,264.30 par la bienfaisance publique privée fr. 271.88

Ensemble fr. 62,536718 En 1855 le gouvernement a publié un catalogue de livres propres à être distribués en prix , et qui comprend 291 ouvrages , dont 91 proposés par les chefs du culte catholique et 200 par les inspecteurs provinciaux de l'enseignement primaire. Une nouvelle édition de ce catalogue a paru en 1863 , et la même année , on a publié un supplément , comprenant 126 ouvrages proposés, savoir : 5 par le cardinal-archevêque de Malines, 5 par le synode des églises protestantes et 116 par les inspecteurs provinciaux.

J'ai étudié, d'après les derniers documents officiels , situation de l'enseignement primaire en Belgique au 31 décembre 1836. Sans préjugé et sans théorie préconçue , j'ai analysé les chiffres et résumé les faits. Eclairé par cette étude ardue, compliquée de statistique, j'ai porté un jugement raisonné sur trois questions qu'on aborde trop souvent par leur coté philosophique : la généralisation de finstruction primaire , l'enseignement obligatoire et la gratuité de l'école.

IG

STATISTIQUE DES ÉLÈVES QUI FRÉQUENTENT DES ÉTABLISSEMENTS d'enseignement PRIMAIRE.

Population des écoles primaires proprement dites en 1830, en ISôl, en 18Ô0, en 1803, en 18(53. — Du chilïre des absents. — Statistique d^3 la population des écoles primaires proprement dites au 31 décembre . 18G6. — Compai'aisons avec la statistique de la .l>ériode précédente. — Diminution du nombre des élèves dans les écoles libres des communes rurales. — Augmentation dans les écoles libres des villes. — Chiffre total des élèves de toutes les écoles primaires du royaume.

Le nombre total des élèves de toutes les écoles primaires proprement dites du pays était. :

En 1S30, de 293,000 ;

En 1851, de 498,705;

En 1860, de 515,892.

En 1863 , ce nombre était augmenté de 28,869 et porté à 544,761.

Au 31 décembre 1866 , l'augmentation n'a été que de 19,131. Le chiffre de la population des écoles primaires était de 563,892.

A l'administration centrale de l'enseignement primaire officiel , on évalue le nombre des enfants en âge de fréquenter l'école (de sept à quatorze ans) à 15 % de la population générale. D'après cette proportion , les écoles auraient dû être fréquentées, en 1866, par 747,652 élèves. 183,760 enfants de sept à quatorze ans étaient donc malheureusement absents. Un quart environ ,

60 7o » àes enfants en a^e d'école étaient privés . (les avantages et des bienfaits de l'enseignement pri-

Rkaire.

[ Dans la période triennale précédente , le nombre es enfants en âge d école était évalué par l'administration centrale à 734,110. Les absents étaient au nombre de 189,3i9 , c'est-à-dire , 25.79 % des enfants en âge d'école. Il y aurait donc un progrès dans le nombre des enfants qui fréquentent l'école : la valeur de cette progression était de 1.19 7o en 1866. Remarquons cependant que le rapport de la population du royaume au nombre des enfants qui fréquentaient l'école en 1863 était de 11.13 % ; en 1866 , ce rapport n'était plus que de 11.11 7oi c'est-à-dire 0.02 7o de moins. De la comparaison de ces chiffres (119 7o et — 0.02 7o)i il résulte une contradiction, que le rapport officiel n'aide pas à expliquer.

Il convient , d'autre part , de remarquer que de ce nombre trop considérable de 183,760 absents , il faut déduire les enfants de plus de sept ans et de moins de quinze ans , qui fréquentaient les écoles gardiennes , les écoles moyennes , les collèges , les athénées , les écoles d'adultes , les ateliers d'apprentissage , ceux qui sont élevés au domicile de leurs parents et ceux qui peuplent les écoles ressortissant au ministère de la justice. En tenant compte aussi des enfants qui, âgés de moins de quinze ans , ont quitté l'école pour l'atelier ou les travaux agricoles , on arrive à diminuer les présomptions légales de l'ignorance civile.

En supposant largement que l'ensemble de ces excep-

CHAPITRi: V.

lions s'élève à 50,000 enfants , on constate encore avec regret que le sixième environ des enfants arrivés à l'âge d'école sont privés de tout enseignement primaire. J'ai dressé , d'après les renseignements du dernier rapport officiel , le tableau suivant :

Caractère

dos

écoles.

Population au 31 décembre 1S6G.

Garçons.

Filles.

Total.

Comparaisons.

Communales . . . ,

aii82

AJoptt^es

1 Privées inspccl* (écoles).

IJ. (p.nsionnals) .

Libr s (écoles) . . . .

1(1. (pensionnât-;) .

Totaux. . .

1243K villes.

439537 corn m. r.

7 garçons.

S5 filles.

En faisant la comparaison raisonnée de ce tableau avec les chiffres officiels de la période triennale précédente (i), on arrive à des conclusions instructives.

Pendant la période triennale de 18(U- 1865- 1866 , la

(i) Pour les lecteui'3 qui désireraient faire par eux- manies cette étude comparée , je transcris ici le tableau de la période précédente (1861-62). (Voir à la page suivante.)

nivS KLEVES

population scolaire, quoique matériellement augmentée de 19,131 élèves, est à peu près restée la même, quand on la compare à la population générale du royaume.

A la fin de la période triennale précédente , on avait constaté que la population des écoles soumises à l'inspection avait augmenté de 27,454 et que celle des écoles libres s était accrue de 1,415 élèves. En 1866 , les écoles soumises à l'inspection avaient gagné 20,723 sujets ; mais les écoles libres en avaient perdu 1 ,5^. Les écoles communales officielles avaient 28,316 élèves de plus ; mais l'ensemble des écoles dues à l'initiative privée (adoptées, privées inspectées ou libres) avaient

Caractère

des

écoles.

Populat

on au 31 décembre 1863.

Ga

rçons.

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