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tempéré par la bonté , qui vous fasse tout à la fois aimer et respecter. Ne parlez au maître , surtout devant les élèves , que selon les bienséances de votre état et du sien , afin de maintenir son autorité et d'obtenir que de son coté il fasse respecter la vôtre. Cette réciprocité d'égards est d'une haute importance pour l'avenir (i). »
« Quoique vous ne soyez appelés qu'à diriger et à surveiller l'enseignement religieux et moral , vous profiterez de l'ascendant que vous exercez sur l'esprit des enfants , pour exciter aussi leur émulation , et favoriser leurs progrès dans les autres branches de l'instruction ; pourvu toutefois que cette intervention, tout ollicieuse , soit agréable au maître et aux autorités compétentes (2). »
« Les remarques que vous ferez dans ces différentes visites sur la conduite des élèves , sur renseignement religieux , sur l'état moral de la classe , ainsi que tous les renseignements relatifs à l'école , devront être consignés dans un registre , uniquement destiné à cet usage , qui restera toujours accessible aux inspecteurs ecclésiastiques (3). »
(( Ne vous bornez pas à la visite de l'école ; soj'CZ , messieurs , partout le soutien de f école et du maître. Faites souvent sentir aux parents , et par tous les moyens que votre ministère mot à votre disposition ,
(1) Circulaire de 1843 , § 24.
(2) Id., § 25.
(3) Id., § 27.
combien ils sont obligés de procurer à leurs enfants une éducation solidement chrétienne , et par conséquent de les envoyer à l'école. Prévenez , réfutez leurs objections , allez au-devant de leurs difficultés ; usez de tout votre ascendant et de toutes vos ressources , pour déterminer les parents à faire profiter leurs enfants du bienfait de l'instruction gratuite, que leur offre la loi ; exhortez , encouragez ces enfants , attirez-les à lecole. Annoncez à l'église , si vous le trouvez bon , les solennités, de l'école , telles que les examens , la distribution des prix , les expositions d'ouvrages, etc. ; et relevez, autant que possible , ces cérémonies par votre présence (i). »
« Montrez à l'instituteur , messieurs , beaucoup de bienveillance et d'intérêt. Assurez-le de votre concours, tant que son école répondra à votre attente , et convainquez-le par vos actes, que vous ne vous bornez pas à des paroles stériles. Accueillez-le avec bonté , mais en évitant de prendre à son égard un ton familier qui diminue le respect et affaiblit l'autorité. Aidez-le de vos lumières et de vos conseils , pour tout ce qui concerne l'enseignement religieux, le bon ordre et la moralité de la classe. Secondez ses efforts dans les améliorations à introduire. Entretenez son zèle et relevez son courage , au milieu des difficultés inséparables de son état. Environnez ses modestes fonctions , que le monde apprécie souvent si mal , de toute la considération qu'elles méritent. Inspirez-en à lui-même une grande estime
(i) Girculair.3 de 1843 , § 28.
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qui le porte à les honorer , par une conduite conforme aux devoirs qu'elles imposent. Que l'homme guidé par un sordide intérêt n'y voie qu'un métier qui fournit à sa subsistance ; pour lui , élevant ses vues plus haut , il comprendra toute la grandeur de sa mission , qui intéresse à la fois les familles, la religion et la patrie. Il se verra investi d'une fonction sociale des plus importantes , d'une espèce de sacerdoce (i). »
« Estimez-vous heureux , messieurs , si vous possédez , dans vos paroisses , des instituteurs qui comprennent ainsi leur état. Ce sont des auxiliaires puissants dans l'accomplissement des devoirs de votre saint ministère; les services qu'ils vous rendent méritent toute votre attention et votre reconnaissance (2). »
« Si malgré les soins que vous donnerez à renseignement primaire , un instituteur était assez malheureux pour s'écarter de son devoir , vous le reprendrez d'abord avec douceur , entre vous et lui. Avant de porter plus loin votre plainte, vous userez d'une grande patience, vous épuiserez tous les moyens de persuasion; et dans les circonstances difficiles qui pourront survenir , vous n'adopterez , par vous-mêmes , aucune mesure de quelque gravité ; vous en référerez à l'inspecteur ecclésiastique du canton , et même , s'il est nécessaire , à celui du diocèse , qui agira d'après nos conseils. Entretemps vous continuerez à donner vos soins à l'école, à la visiter, comme il est prescrit plus haut (3). «
(1) Circulaire de 1843 , § 30.
(2) Id., §31.
(3)Id.,§32.
Jtapporis du curé avec Viiisi:ectetir civil et avec rinsj^ectettr ecclésiastiqve.
Les autorités diocésaines ont prescrit des règles uniformes aux curés , pour les guider dans leurs relations avec les inspecteurs civils ou ecclésiastiques des écoles. Ces règles sont le commentaire des deux principes suivants :
P Lorsque MM. les inspecteurs civils vous feront visite , recevez-les toujours avec les égards qui sont dûs à l'autorité dont ils sont revêtus. S'ils vous invitent à les accompagner dans les écoles , faites-le de bonne grâce , et donnez-leur avec franchise tous les renseignements qui pourront être utiles.
2"^ Vous accueillerez les inspecteurs ecclésiastiques comme nos délégués , comme des amis et des auxiliaires que nous vous donnons, pour partager avec vous le soin des écoles , pour seconder les efforts de votre zèle , et assurer aux enfants le bienfait d'une éducation religieuse (i).
Voilà de quelle manière le clergé intervient « à titre d'autorité » dans les écoles primaires officielles. Si lescurés exécutent fidèlement les ordres qu'ils ont rel^U^ de leurs évéques , cette « autorité » doit être eu^>efft?iê
l'iii ; •iiij'Mii (i) Circulaire de 1843 , §§ 33 , 35. '' "'* Mt'.l-r«..^ j:
bien grande ; car elle repose sur les plus nobles sentiments de la nature humaine.
HE l'union pe l'église et de l'état dans l'enseignement
PHIMAIHE,
Je ne veux pas quitter ce sujet sans communiquer au lecteur deux réflexions importantes que m a inspirées la lecture attentive des documents ci-dessus, résumés.
J'ai trouvé dans l'introduction du recueil des j^ièces officielles , publiées par le corps épiscopal belge ., cette définition des rapports de l'Eglise et de l'État :
« Lorsque l'Europe était encore ensevelie dans les ténèbres du paganisme , on soupçonnait à peine la séparation de ces deux pouvoirs ; c'était pour ainsi dire un dogme public , que le chef de l'État était en même temps le chef du culte.. Le christianisme vint éclaircir cette vérité comme tant d'autres : son divin Fondateur ordonna à ses disciples de rendre à César ce qui appartient à César , et à Dieu ce qui appartient à Dieu ; mais il ne voulut point que César réglât les rapports de ses sujets avec Dieu : c'est à ses apôtres et à leurs successeurs qu'il confia la direction de la société spirituelle qu'il était venu établir sur la terre. Le monde fut d'abord étonné de cette doctrine , il s'en irrita même ; mais il finit par comprendre la distinction de la société civile et de la société religieuse. Aujourd'hui
DE l'knseigxement. 231
il n'est personne qui ne reconnaisse l'existence de deux pouvoirs distincts et indépendants. Chercher à les confondre , et surtout à soumettre le sacerdoce à l'empire, ce serait s'exposer au repi^oche de faire rétrograder la civilisation vers le paganisme.
(( L'Eglise et l'État ont chacun leur domaine séparé, c'est-à-dire, un cercle d'attributions qui leur sont propres. Tout ce qui est spirituel , est de la compétence de l'Église : tout ce qui est temporel est du ressort de l'Etat.
« L'Église et l'État ne sont nullement opposés l'un à l'autre : ils sont comme deux vaisseaux amis qui voguent sur des lignes parallèles : ils doivent éviter de s'entre-choquer. Leur intérêt même exige qu'ils s'entreaident , afin d'atteindre plus facilement leur but commun , qui est le bonheur des hommes....
« L'Église et l'État peuvent se donner mutuellement des avis et des conseils ; ils peuvent même se demander des services réciproques ; mais ils doivent s'abstenir de rien exiger en maître , ou d'empiéter sur leurs attributions respectives. S'il s'élève des doutes ou des conflits , ils doivent se concerter et s'entendre (i). »
La loi de 1842 sur l'instruction primaire est la justification de ces principes rationnels , qui sont rigoureusement orthodoxes et ne trouvent aucune contradiction dans la constitution belge.
Dans l'application de cette loi , les deux pouvoirs distincts et indépendants sont restés chacun dans
(i) Recueil de 2'icces officielles , p. 7.
leur domaine séparé ; et ils ont uni leurs efforts , en se donnant de mutuels avis ; en se concertant , pour s'entendre , dans l'intérêt de la société. Et les deux vaisseaux amis ont vogué sur des lignes parallèles , en évitant de s'entre-choquer , pour atteindre le but commun , qui est la fin de l'homme sur la terre. Pourquoi ne pourrait-il en être ainsi toujours ? Ce sera l'honneur des catholiques belges devant la postérité d'avoir donné un tel exemple au monde.
La deuxième observation , à laquelle je faisais allusion tantôt, se rapporte au loyalisme du clergé belge, je dirais à son libéralisme, si on n'avait fait de ce mot un si déplorable abus. Dans leur circulaire de 1843, les évêques , réunis en conseil , écrivent aux curés :
« En travaillant , comme nous venons de l'indiquer , à fortifier dans ses élèves les sentiments de religion , l'instituteur s'efforcera aussi de leur inculquer tattacheme7it aux institutions du 2JCiys , l'obéissance aux lois , un amour sincère pour notre auguste souverain et pour sa dynastie, et ce dévouement au bonheur de la patrie, qui distingue dans tous les temps , les enfants de notre religieuse Belgique (i). »
Et comme si cette recommandation n'était pas suffisante , ils inscrivent dans le règlement de 1846 un article , que je deriiande la permission de citer intégralement pour ne pas en affaiblir l'expression :
« Art. 11. Dans les écoles primaires les plus complètes , l'enseignement religieux devra être , pour la division supérieure , plus solide.
(i) Circulaire de 1843 , § 11.
« Les élèves de cette classe répéteront régulièrement comme dans les divisions inférieures , les leçons déjà apprises. Le maître s'attachera à leur faire comprendre plus à fond le catéchisme , et à leur en faire rendre compte avec précision. Un catéchisme avec explication sera mis entre les mains des élèves.
« C'est alors que les entretiens devront être ménagés avec art , pour inspirer plus efficacement l'amour du devoir , le zèle pour les pratiques de la religion , une ferme résolution d'observer partout les règles de la modestie et de la bienséance chrétienne.
« C'est alors encore que l'instituteur se fera un devoir d'inculquer à ses élèves un attachement inviolable aux institutions du pays , un dévouement entier au bien 2jublic et im amour sincère pour tauguste dynastie qui nous gouverne. »
Donc les évêques recommandent d'avoir , pour ainsi dire , un respect religieux pour les institutions nationales ; et ce respect doit être inculqué aux enfants comme un enseignement de notre mère la Sainte Eglise.
Le pouvoir civil , par l'organe du ministre de l'intérieur de cette époque , le vénérable comte de Theux , s'est associé en ces termes à ces grandes pensées , en écrivant aux inspecteurs de l'enseignement :
« Vous aurez soin , M. l'inspecteur , que les instituteurs ne perdent jamais de vue que le plus précieux avantage que les enfants doivent recueillir de la fréquentation des écoles , c'est l'éducation. Des mœurs douces , des habitudes de politesse , le respect des personnes âgées ou de celles qui sont investies de fonc-
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tions publiques , une bienveillance générale envers tout le monde, telles seront les marques auxquelles on reconnaîtra les enfants formés dans les écoles bien dirigées.
« Les évéques recommandent à MJ\I. les inspecteurs ecclésiastiques et à MM. les curés d'inviter les instituteurs à s'appuyer de l'autorité de la religion pour inspirer aux élèves un attachement inviolable aux institutions du xjctys , un dévouement entier au bien public et un amour sincère 2^our Vauguste dynastie qui nous gouverne. Le concours de vos collègues ecclésiastiques vous rendra plus facile , M. l'inspecteur , la tâche si importante qui vous incombe de répandre ces mêmes sentiments dans les écoles ; il n'est pas en effet un seul de nos devoirs , même de nos devoirs civils , qui ne trouve son principe et sa sanction dans la morale religieuse. ))
Quand je pense que ces nobles enseignements ont été donnés et ont régné dans un pays libre, de nos jours, sans avoir été imposés ni d'un côté, ni de l'autre, je me laisse involontairement attrister par le spectacle de ces hommes aveuglés et de ces gouvernements imprévoyants qui traitent l'Eglise chrétienne comme « lennemi du genre humain. »