CONCLUSION
D'après notre manière de considérer ce sujet , la
» Il serait à souhaiter que i on eût, sur plusieurs parties des sciences morales, quelques disserUlions du même genre que le Tnti»éd€$ sophismes poiUiques, qui forme le second volume du livre intitulé : Tétetiquedes assemblées législa- ItVef, rédigé par M. Dumont,sur les papiers deM. J.Benlbam. Le chap. XIII des Tnùtés de législation civile et pénale du même auteur, tom. I, p. io« et suîv., oondeiit aussi d'utiles réflexions sûr les fausses manières de raisonner dans cette partie si importante des connaissances humaines. Enfin > sur la théorie du raisonnement , en général , il sera bon de lire et d'étudier la Logique de M. de Tracy , et les Leçons de PèUosopJkie de M. Laromiguière , particulièrement les leçons Xn* et Xin* du premier Tolume.
454 bECOSiW jPAHTlË.
pliiloiopUe B*a rflé et n*a pu é^re ^ àw tom les tem ps ,
qU0 CQ qHe nous Tjivoi^f montrée dao/s le cpurs de Cil ourrage, Tobierviitioii de rhomme 4»t de se^
C'ultés. Mais elle aspira , presxjue dès sou origine , à uoe dMiinée qui iui semblait plus imposante et plus sul>Hme. Elle se proclama elle^néme la science des pbp^ divines et humaines^ Daiis sou essor iiuU^itieiix, elle ne prétendît k neQ moins qu'à expliquer Dieu et Tunivers, Tbomme et ses destinées passées aussi Uen que futures. Depuis les époques les plus reculées dont il nous reste quelques documents authentiques, on la vue tantôt se précipiter avec ardeur dans Tuae de ces directions, toujours s'avancer lentement dans Tautre , et souvent s'ob«tiner à les suivre toutes deux à la fois. Mais, comme nous l'avons déjà remarqué , Phomme ne saurait franchir les limites assignées à ses facultés par l'auteur même de son existence. Comparez toutes les mythologies, toutes les cosmogonies des peuples de l'Inde, de la Perse , de l'Egypte et de la Grèce, toutes les modifications qu'elles ont pu recevoir de leur eoutiict mutuel, ou de la fantaisie de leurs innombrables interprètes : au fond de ce chaos de fables plus absurdes et plus extravagantes les unes que les autres , à travers ce délire d'une imagination qui semble çhercber ici à s'effrayer elle» mênie, en enfantant les monstres les plus hideux , et là, à se consoler ou à s'enchanter par la création des images les plus séduisantes et des plus riants tar
RAISOV*
bleaux , vous retrouvez toujours l'homme avec ses sentimeotSy ses dénn 9 ses pusiims et ses destinées , qu'il prend pour type de l'ordre éternel de rimWers, ou qu'il croit n'être qu'une imitation , une représentation de Thistoire du inonde lui-même.
Mais uy a-t-il pas des rapports évidents, néces* Mires, entre Dieu et Thomme? Les StoSciens, quoi* que plongés dans les tén^res du paganisme, M considéraient-ils pas, dans l'homme, le citoyen delà grande cité , c^est^à^re de l'univers , et le membre de la cité inférieure , ou de la société humaine? Sans doute , ces rapports existent ; ils ont même toujours été reconnus et solennellement proclamés dans la religicm naturelle , et c'est k l'exposition de celle-là que doit se borner la philosophie. Toute religion positive ne peut être l'objet que d'une croyance individuelle; parce que ses sectateurs, quelque nombreux qu'ils soient, sont, quant à leur croyance, entièrement indépendants de la loi de l'état , pourvu qu'ils la respectent et lui obéissent dans tous leurs actes extérieurs; eu un mot, parce que la philoscrphie et la théologie sont deux sciences entièrement distinctes et séparées. Laissant donc à des intelligences plus vastes, ou à des esprits plus téméraires, le soin de concilier deux genres d'études si différents, bornons* nous à constater ici quelques-uns des résultats les plus importants, qui nous semblent sortir naturellement des considérations que nous avons présentées sur le sujet particulier de nos recherches.
L'esprit y l'ame ou l'enteodemeiit de Thomme, que nous avons envisagé sous deux points de vue , dans
les deux parties de ce traite, peut être cousidéré comme une force, une puissance d'une nature particulière, et qui ne ressemble qu'à elle-même. La variété, la multiplicité et la souplesse, s'il le faut ainsi dire , de ses modes d'action , tous presque éga« lement capables de manifester leur énergie , dans un moment donné; surtout la conscience que cette puissance a d'elle-m^e et de ses actes , en sont les caractères distiactifs, et l'offrent à sa propre contemplation, comme ce qu'il y a de plus admirable à la fois et de plus mystérieux, après la suprême intelligence, à laquelle elle remonte comme à sa cause. Unie à un système d'organès, ou à un corps d'une forme constante et déterminée, malgré Tafflueuce et la dispersion incessamment continuées des parties matérielles dont il se compose , si elle n'en est pas exclusivement la vie, elle est au moins la ccmdition supérieure ou transcendante et àninemment caractéristique de la vie des êtres qui ont un tel système d'organes. Ce corps est d'ailleurs tellement approprié à l'universalité des objets matériels , au milieu desquels il existe , il y a une correspondance si intime , des rapports si étroits, une liaison si parfaite entre toutes ^ parties , qu'il peut , à son tour , être considéré comme un seul organe; aussi plusieurs philosophes anciens Tont-ils appelé lorgane de l'ame,
OU de la puissance intelligente dont nous parlons.
JjC corps, et Famé qui y est unie, ont chacun leur développement propre, quoique simultané en. apparence, et semblent passer, chacun de son câtë, par des séries d^évoiutious qui se correspondent à chaque instant Ce qui est impression, altération, modification, mouvement, combinaison de parties matérielles, dans Tuu, est sensation, intuition, perception, souvenir, sentiment dans l'autre. Quoique chacun des faits, soit de Tame, soit du corps, puisse être Tobjet d'une consdence distincte , et nettement reconnu à part, aucun n'a pourtant d'existence absolue , ou indépendante de tous les autres ; leur concours est nécessaire pour déterminer l'un quelconque d'entre euK, parce que sa déterminaison suppose le sentiment ou la connaissance implicite de ses rapports avec tous les autres. Mais le lien qui unit ces deux ordres de phénomènes nous échappe la plupart du temps , et quand même nous parviendrions à Tentrevoir et à constater son existence, dans tous les cas, le mode même de cette union serait toujours pour nous un mystère impénétrable.
La puissance intellectuelle dont l'homme est doué a une activité invincible et constante; elle semble être Tactivité même dans son essence. Mais cette activité a ses tendances nécessaires et irrésistibles ; elle a , en quelque sorte, ses instincts propres, dont la manifestation coïncide avec les divera degrés ou
les diffîrontM périodes du développemeni et du
perfectionnement des organes , ou de Torgane gênerai avec lequel elle est en rapport*
Nous pouvoas placer au premier rang , parmi ces instincts, la sympathie morale et le langage, c'est* à>dir8 l'emploi des signes d'institutioa, ou plu^ la fendaace à employer de pareils signes. De ces deux conditions y unies entre elles par un lien indissoluble, s&compose la sociabilité , caractère essentiel et dominant de l'espèce humaine , et cause d'une perfectibilité indéfinie, qui n'est pas sans doute le privilège de l'homme, mais celui de riiumanité , ou de l'espèce humaine considérée dans toute la durée de son enstenœw
£n effet, la parole fixe et détermine les intuitions primitives de temps et ^'espace sous lesquelles sont comprises, pour des intelligences telles que la nôtre, toutes les sortes d'existences ; elle fixe et détermine les intuitions d'infini, d'absolu, de cause, d'unité, de nombre, qui nous servent à étendre indéfiniment beonnMSsancequenousacquéffons de ces existences, et à circonscrire dans leurs limites naturelles celles qui sont accessibles à nos fiicultés. £lle fait passer ces intuitions de l'état de pur phénomène , ou de simple idée, à celui de notion, et les rend ainsi , à leur tour , des objets de contemplation et de méditatiou pour notre esprit. C7est ainsi qu'elle devient la cause et le fondement de la science; c'est ainsi que
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niomme, joignant à la &ciilté dm oonnaitve^ cpii
semble lui être commune avec les animaux, la £icultë àù savoir , qui lui est esdusivement iiropre , a sur eux une supériorité immense et incontestable. Car cette supériorité ne consiste pas seulement dans le degré d^étendue et d'énergie plus grandes d'une même force « mais dans la nature entièrement difFé* rente de cette force.
Comme instrument d'analyse , la parole nous aide à porter la lumière , k introduire l'ordre dans le chaos des êtres qui nous environnent; à en démêler les parties 9 les qualités, les propriétés; à les coordonner entre eux , d'aprèa l'infinie variété des rapports qu'ils nous présentent. Comme moyen de synthèse , elle en forme, pour ainsi dire à son gré , des systèmes plus ou moins vastes, plus ou moins réguliers, qu'elle peut modifier incessamment, en sorte qu'ils tendent toujours davantage à devenir l'expression exacte et fidèle de la nature et de la vérité. Aussi quelques philosophes ont«iis regardé la per^ fiection du langage comme la cause de la perfection des sciences, parce qu'en effet, ces deux sortes de progrès se prêtent un mutuel appui , s'aident et s'ac> compagnent, pour ainsi dire, nécessairement l'un l'autre.
Mais la sympathie morale est, sinon la cause, au moins la condition nécessaire de l'exercice et du développement de cette faculté d'abstraire et .de
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parler dont nous venons d'indiquer les merveilleux effets.. En unissant par des sentiments et des intérêts communs, les individus d'une même fruiille , les fiimilles d'une même cité , les cités d'un même territoire, elle a formé ces grandes associations d'hommes auxquelles on donne les noms d'elats ou d'empires. C'est par le développement et le perfectionnement de sa sympathie morale que l'individu devient capable de se faire des notions exactes de la vertu et du bonheur; ét la même cause, en agrandissant ses idées , en même temps qu'elle étend ses sentiments, le conduit à envisager, dans certains cas, tous les hommes qui existent sur*la terre , comme les membres d'une seule et même famille.
Cependant, à coté de la sympathie morale, et tenant, s'il le faut ainsi dire, à des racines encore plus profondes, plus étendues, s'élève le sentiment de la personnalité, sans cesse en opposition ou en lutte avec la sympathie , bien que celle-ci triomphe souvent de lui, au moins jusqu'à un certain point. Car il ne peut se satis&ire qu'en empruntant à son antagoniste quelque secours ou quelque appui. £a effet, l'individu n'ayant par lui-même ni force durable, ni consistance, est forcé, quoi qu'il veuille entreprendre ou exécuter, de s'associer d'autres individus capables de le seconder et de le servir; pour cela, il faut qu'il les seconde et les serve à son tour, ou qu'au moins il leur persuade qu'il peut et qu'il
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veut les servir. Voilà pourquoi la plus monstrueuse de toutes les contradictions, la plus flagrante de toutes les absurdités , est celle qui tend à fairé des volontés ou des caprices d'un seul homme , Tunique règle des actions et des sentiments d'un grand nom* bre de ses semblables; à faire des opinions et de la raison d'un seul individu, le type ou la loi des croyances et de la raison de l'espèce tout entière.
La philosophie , comme science ou comme étude de la nature humaine, tend, au contraire, incessamment à diminuer le pouvoir de Thomme sur son semblable , pour y substituer celui de la loi , ou de ce qui est reconnu comme vrai, comme utile à la société, par la raison de tous ou du plus grand nom» bre. Mais tout se tient et s'enchaîne dans notre esprit, comme dans les phénomènes que lui présente l'univers, et la philosophie, qui est aussi l'étude des rapports de l'homme avec le monde extérieur et avec tous les objets qui le composent, donne naissance à toutes les sciences et à tous les arts , dont elle reçoit, à son tour, des lumières qui l'agrandissent et la fortifient. Par là , elle contribue plus essentiellejnent qu'aucun autre genre de connaissance au but principal de l'humanité, ou à la civilisation , c'est-à-dire au développement et au progrès de l'aptitude naturelle des hommes à vivre en société. Mais ce progrès dépend lui-même essentiellement de celui, de l'instruction et de la raison publiques.
46a SEGOHDE PARTIS. RAISON.
Car les ëcrivaios qui n'ont vu la civilisation que daus rac croM i cm ent du luxe et de» richesses , ou dans la
perfection des arts quon appelle libéraux, n'en ont eu qu^une notion , incomplète , et par conséquent inexacte. Il est bien vrai que c'est le plus souvent à ces caractères que Ton peut reconnaître un commencement de dtîlisatîoa, puisque l'effet ordinaire de la poésie, de l'éloquence et des autres arts, est d'adoucir les sentiments et les moemrs de ceux qui les cultivent on qui les aiment , et que cette heureuse influence s'étend, au moins jusqu'à un certain point, tnr toutes les classes de la société* Mais le principe de la véritable civilisation est dans la sagesse des institutions ou des lois, et plus encore dans des habitudes qui y soient généralement conformes. Or c'est surtout la philosophie qui , en se perfectionnant eUe-mème, peut le plus efficacement conduire- âi un pareil résultat. C'est clone comme moyen d'é(;lairer , d^agrandir et de fortifier la raison humaine, qu'elle ffiSîà «Irriter le magnifique éloge que lui donne JHaXqfkf jioraqii'il die qu'elle est le don le plus pr^ éiàlÊL qu^^tHifité ait fiiit mx hommes.