Jalaguier. Loc. cit
présenté à l’Acadèmie des Sciences un mémoire en faveur de l’entérotomie pratiquée sur l’intestin grêle, et, Nélaton en tête, les chirurgiens d’alors avaient suivi Pimpulsion : donnée. Les incertitudes et les insuffisances du diagnos= tic qui ne permettaient d'intervenir qu’au moment où éclataiént les accidents d’obstruction, expliquent facilement cette préférence. Il y avait bien quelques discussions entre les partisans de l’anus contre nature pratiqué sur le gros intestin et ceux qui tenaient à exécuter l’entéromie sur l'intestin grêle, mais il était admis malgré tout que le mode d’intervention le plus rationnel et le meilleur était un anus contre nature dans toutes les obstructions. L’esprit de routine aidant, la tendance naturelle à suivre le courant établi, écartaient les audacieux des tentatives nouvelles, et l’on allait, continuant à mettre en pratique les enseignements d'autrefois, ne cherchant rien qui les remplaçät avec avantage, dans une croyance absolue à la supériorité de l’entérotomie.
Que reste-t-il aujourd’hui de ces objections nombreuses, de ces obstacles accumulés à l’envi devant la méthode nouvelle à l’heure de son apparition? Les données de la science en ont peu à peu fait justice. L’antisepsie a levé toutes les craintes qu’inspirait l'ouverture de l’abdomen, et l’on a oubliè depuis longtemps les malheurs du début devant les nombreux succès du prèsent. Des expériences ont créé la méthode à suivre et fait de l’entéroanastomose une opération bien règlée, ayant des procédés nets et précis. D’autre part, on a appris, instruits par l'expérience, éclairés par les découvertes anatomo-pathologiques et symptomatologiques qui ont permis de poser
AS
le diagnostic des rétrécissements, à èviter dans le traitement des occlusions aiguës l’application de l’entéro-anastomose, et à la pratiquer dans des cas nettement définis, en dehors de toute cause d’insuccès venant de l’affection elle-même. Enfin, la fortune change pour l’anus contrenature, et bien qu'il ait conservé la faveur d’un grand nombre, il n’en est pas moins vrai qu’à l’heure actuelle beaucoup de chirurgiens tendent à le remplacer, dans tous les cas où la chose est possible, par l’anastomose intestinale.
Une objection beaucoup plus sérieuse, la première soulevée et la plus longtemps mise en avant, celle que nous avons vu donner naissance à tant de modifications de l’o— pération primitive, est celle qui consistait à dire que laccumulation des matières alimentaires dans le segment intestinal isolé amênerait fatalement dans un avenir prochain des accidents formidables. Et la confiance dans cette affirmation êtait si complète, le fait devait se produire d’une façon si inévitable, que l’on ne s’était même pas donné la peine d’en chercher et d’en donner la preuve expérimentale; on n’en argumentait pas moins sur cette simple hypothèse. Jusqu'au jour où des faits expérimentaux vinrent démontrer la fausseté de pareilles assertions, l’entéro-anastomose resta sous le coup de cette accusation, purement gratuite, puisque les preuves manquaient à son appui. L’importance de cette objection était donc capitale, et de sa ruine dépendait le succès futur de l’entéro-anastomose de Maisonneuve. Aussi Senn écrivait en 1888 (1) : « Si on peut laisser de côté cette objection,