De l'entorse juxta-épiphysaire et de ses conséquences immédiates ou éloignées au point de vue de l'inflammation des os
DE SES CONSÉQUENCES IMMÉDIATES OU ÉLOIGNÉES AU POINT DE VUE DE l’inflammation DES OS
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Je désigne sous le nom d’entorse juxta-épiphysaire l’ensemble des lésions produites dans la portion juxta-épiphysaire de la diaphyse des os longs par les mouvements forcés des articulations contiguës, ou par certaines violences exercées sur les os eux-mêmes.
§ I. — De l’entorse juxta-épiphysaire dans ses rapports avec les affections osseuses de l’enfance.
Chez l’adulte les mouvements forcés des articulations amènent la distension et la déchirure des ligaments, avec ou sans arrachement des saillies osseuses auxquelles ils s’insèrent; chez les jeunes enfants, les ligaments et les cartilages résistent, et c’est au delà de l’articulation, dans la portion la plus souple ou la moins consistante de l’os, que la lésion se produit.
Les épiphyses, encore en totalité ou en partie cartilagineuses, échappent par leur élasticité à l’action de la cause vulnérante, et c’est dans la portion renflée de l’os qui leur est contiguë, et qui constitue la région juxta-épiphysaire de la diaphyse, que retentissent les effets du traumatisme. 'Ces effets varient suivant la flexibilité et la friabilité de l’os. Ils sont différents dans le tissu spongieux profond et dans la couche souple et flexible qui constitue le tissu compact périphérique. Il se fait profondément des écrasements, des tassements trabéculaires, et dans d’autres points des distensions, des torsions, des déchirures, qui, pour n’être pas apparentes à l’extérieur,
1. Ou pour parler plus exactement des os à. épiphyses; car le calcanéum qui n es pas un os long, et le corps de l’omoplate qui n’a qu’une épiphyse marcrinale peuvent présenter des lésions analogues.
Hev. de CHiR., tome I. — 1881.
REVUE DE CHIRURGIE
n’en constituent pas moins des lésions qui peuvent être la cause immédiate ou tardive des diverses inflammations osseuses.
Ce sont ces lésions intimes du tissu spongieux juxta-épiphysaire, non apparentes à l’extérieur, dont je me propose d’étudier aujourd’hui le mode de production et les conséquences au point de vue de la nutrition ultérieure de l’os.
L’entorse juxta-épiphysaire n’est souvent que le premier degré du décollement épiphysaire, de même que l’entorse articulaire n’est que le premier degré de la luxation. Cette comparaison nous fait comprendre et légitime le nom de l’affection que nous nous proposons de décrire, et qui ne nous parait pas avoir attiré jusqu’ici l’attention des chirurgiens, bien que tous les expérimentateurs, qui ont étudié les décollements épiphysaires sur le cadavre humain et les animaux, l’aient nécessairement produite et accidentellement observée. La disjonction des épiphyses a suscité de nombreux travaux depuis Reichel et Bertrandi, jusqu’à Loucher ^ et aux chirurgiens contemporains qui ont multiplié les observations relatives à ce genre de lésion ; mais on s’est occupé surtout de la séparation avec déplacement plus ou moins complet de l’épiphyse sur la diaphyse, et si l’on a étudié les disjonctions sans déplacement on ne s’est pas arrêté sur les lésions qui précèdent et préparent ces disjonctions. Je m’empresse de dire du reste, que le décollement du cartilage de conjugaison n’est pas une lésion nécessaire de l’entorse ; il manque dans un grand nombre de cas, et ce n’est pas au niveau de la couche spongoïde normale qu’on observe les effets de l’entorse, mais à quelques millimètres au-déssus. Tout dépend, comme nous le verrons plus loin de l’âge de l’enfant, de la constitution de son tissu osseux, et de ses dispositions au rachitisme. Ce n’est pas en effet chez les enfants rachitiques que le cartilage a plus de- tendance à se décoller de la diaphyse ; il est au contraire relativement plus adhérent que chez les enfants sains ; c’est au delà, dans la portion renflée de l’os, dans la région bulbaire (Lannelongue), entre la fin du canal médullaire et la couche 'spongoïde, que s’opèrent la flexion et l’infraction de 1 os.
Grâce à l’élasticité de cette couche périphérique, qui se remet en place dès que la torsion de Fos ou le mouvement forcé de l’articulation ont cessé, et dont l’inflexion est masquée par le périoste environnant, ces désordres peuvent passer inaperçus sur le vivant.
1. Recherches sur la disjonction traumatique des épiphyses, Paris, 1S60. Dans ce mémoire, un des meilleurs travaux expérimentaux qui aient été faits sur la matière, Foucher étudie comparativement les elfets de la traction directe et des mouvements forcés des articulations sur le décollement des épiphyses, et montre toute l’importance de ce dernier mécanisme. Moniteur des sciences, 31 juillet 1860.