‹ De l'entorse juxta-épiphysaire et de ses conséquences immédiates ou éloignées au point de vue de l'inflammation des osChapitre 2 sur 14 · L. OLLIER. — DE l’entorse juxta-épiphysaire · texte numérisé non relu

L. OLLIER. — DE l’entorse juxta-épiphysaire

L’absence de déplacement et de lésions anatomiques immédiatement appréciables peut expliquer ie peu d’importance qu’on a accordé jusqu’ici aux désordres produits dans le tissu osseux par les mouvements forcés des articulations * ; mais l’innocuité habituelle de l’entorse légère nous parait la principale raison de l’examen super ficiel dont elle a été l’objet.

Beaucoup de ces douleurs qu’on appelle douleurs de croissance, et qui surviennent chez les enfants au moment où l’accroissement de leur squelette est le plus actif, sont provoquées par des chutes, des exercices fatigants ou des marches relativement forcées et s’expliquent par la diminution de consistance des portions juxta-épiphysaires récemment formées. Plus la prolifération est active à un moment donné dans un tissu, plus sa susceptibilité morbide augmente. Aussi est-ce à ces périodes de développement rapide qu’on doit craindre l’effet des divers traumatismes sur les os. C’est dans l’ébranlement du tissu osseux juxta-épiphysaire et, à plus forte raison, dans les désordres profonds et multiples que peut présenter l’entorse juxtaépiphysaire que nous trouverons l’origine de beaucoup d’ostéites qu’on est trop facilement porté a regarder comme des affections spontanées.

Notre attention a été attirée sur ce point il y a dix-huit ans déjà par un fait singulier d’arrêt d’accroissement de l’humérus, survenu à la suite d’une chute sur le bras, sans abcès, sans inflammation violente. Je signalai ce fait à la Société des sciences médicales de Lyon, dans mon mémoire sur l’inégalité d’accroissement des extrémités des os longs *.

Voici les notes que j’ai pu retrouver à ce sujet :

Une jeune fille de quinze ans entra à la salle Sainte-Marthe en mars 1863, pour une contusion du genou, et elle profita de la circonstance pour nous demander s’il n’y aurait rien à faire pour son bras droit, qui était resté plus court et plus faible que l’autre.

Elle nous raconta qu’elle avait fait une chute de voiture, à l’âge de sept à huit ans; que l’épaule était restée pendant quelque temps douloureuse; mais on lui avait dit souvent qu'on ne lui avait rien fait et qu’on se repentait ne ne pas l’avoir fait rhabiller. Il n’y avait pas trace de suppuration ancienne : pas de cicatrice cutanée; pas d’adhérence profonde.

1. Bonnet, qui le premier a étudié dans de nombreuses expériences les effets des mouvements forcés sur les diverses articulations, a surtout expérimenté chez l’adulte. Il fait toujours remarquer cependant la différence des résultats en rapport avec l’âge des sujets. (Voy. Traité des maladies des articulations, t. I et II.)

2. De l’inégalité d’accroissement des deux extrémités des os longs cheg l'homme, 1803. (Extrait des Mémoires de la Société des sciences médicales de Lyon.)

REVUE DE CHIRURGIE

L’humérus avait? centimètres de moins que celui du côté opposé ; il était aussi mobile, passivement et activement, quoique le bras fût sensiblement moins fort; il avait à peu près l’épaisseur du côté sain • peut-être même était-il un peu plus gros au niveau du col ; mais pas de douleurs, ni spontanées, ni provoquées. L’avant-bras paraissait également développé des deux côtés.

Je fus très embarrassé pour expliquer cet arrêt d’accroissement. Je pensai à un décollement épiphysaire ; mais on n’avait fait aucune manœuvre pour le réduire, et il n’en restait pas de trace. Il n’y avait pas la moindre saillie indiquant la sortie de la diaphyse à travers la gaine périostique et la reconstitution de l’os par l’ossification de cette dernière gaine, d’après le mécanisme que nous avions déjà observé dans nos expérimentations.

Il est vrai que cette saillie de la diaphyse aurait pu s’effacer depuis sept ans et l’ossification de la gaine se confondre avec l’os ancien. Mais il n’y avait pas de changement de direction et surtout, je le répète, il n’y avait pas eu de manœuvres de réduction.

Bref, je fus très embarrassé pour expliquer ce mécanisme, et je me préoccupai dès lors de rechercher les effets des différents traumatismes sur les éléments de l’accroissement du tissu osseux. L’expérimentation sur le cadavre des jeunes enfants et sur les jeunes animaux me montra immédiatement les effets physiques de l’entorse juxta-épiphysaire ; mais je ne rencontrai pas, et je n’ai pas rencontré depuis, d’arrêt d’accroissement, survenu à la suite d’une chute, sans ostéite appréciable ou du moins sans suppuration, aussi frappant que celui de la jeune fille que je viens de citer. Je ne rencontrai du moins qu’un arrêt d’accroissement du radius explicable par le môme mécanisme, mais moins prononcé que l’arrêt d’accroissement de l’humérus (22 millimètres seulement) L

1. Paul Vogt, de Grieswald, dans un mémoire paru il y a deux ans dans les Archiv fur klinische Chirurgie, XXII Band, p. 343, 1878, Die traximatische epiphysenlrennung und daren Einfluss auf das Limgenwa chsthum der Rôrhrenknochen {Du décollement traumatique des épiphyses et de son influence sur l’accroissement des os longs), cite un cas de raccourcissement plus grand encore; mais il y avait eu là fracture juxta-épiphysaire. Ce raccourcissement était de 13 centimètres, et la fracture avait eu lieu à l’âge de dix ans; le sujet en avait vingt au moment de l'observation. Humérus sain, 33 centimètres ; humérus raccourci, 22.

Vogt cite à ce propos deux faits, appartenant l’un à Birkett, l'autre à Bryant.

Chez celui de Birkett, il y avait eu raccourcissement de 6 pouces ; l’humérus sain mesurait 13 pouces ; l’humérus malade, 7 pouces seulement. Une ostéite suppurée, dont on voyait la cicatrice, avait été la cause de l’arrêt d’accroissement.

Dans le cas de Bryant, il s’agissait d’un traumatisme reçu dans l’enfance ; il n’y avait pas eu de suppuration, mais il y avait ankylosé de l’épaule. Le raccourcissement était de 5 pouces.

Dans la discussion a laquelle donna lieu le mémoire de Vogt, Bider cita un

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