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BORDEAUX FERKÏ ET FILS, ÉDITEURS

15, COURS DE l'intendance, 15

Le 30 juillet 1881, je soutenais devant la Faculté de Médecine de Paris une thèse intitulée : Recherches expérimenlales sur les effets physiologiques de la gymnastique et de r entraînement. Cette thèse, faite dans le laboratoire de M. le professeur Marey, avec le concours de M. François Franck, me valut quelques éloges et fut récompensée.

Aussi, aidé par les encouragements de mes maîtres et soutenu par cette idée que la gymnastique est indispensable à Thomme pour augmenter ses forces et maintenir sa santé dans un état d'intégrité parfaite, ai-je toujours continué à m entraîner.

Par des exercices variés, continuels et réglés, je suis arrivé au degré de force et de résistance que je recherchais et mes muscles ont acquis un volume que les professionnels eux-mêmes ne peuvent guère dépasser. C'est ce qui m'a décidé à publier aujourd'hui les résultats ainsi obtenus. Certainement, si je n'avais pu fournir, à l'aide de photographies et à l'appui de ce que j'avapce, des preuves indéniables, je n'aurais jamais songé à écrire ce livre, car je pense qu'en hygiène, comme en médecine, il faut surtout des faits.

Je pourrais intituler ce livre : Histoire d*un entraînement, car c'est, pour ainsi dire, une observation que je mets sous les yeux du public ; peut-être à ce titre cet ouvrage ne sera-t-il pas sans valeur.

J'ai sacrifié à la gymnastique et au muscle bien des

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ambitions! C'est pourquoi j ai Tespoir qu'après m'avoir lu, le lecteur comprendra ce qu'ils m'ont coûté de privations et de persévérance.

On me tiendra compte, je l'espère, d'une expérience que j'ai poursuivie sans relâche pendant déjà plus de vingt cinq ans et qui dure encore ! On voudra bien reconnaître aussi que j'ai dû montrer une certaine force de caractère pour avoir laissé passer sans m'émouvoir les critiques qui n'ont pas manqué de se produire, quand on m'a vu, dans le pays où j'exerce, faire mes poids sur la place publique, montrer mes chevaux au cirque, dire des vers au théâtre ou enfin pratiquer, tout suant et « coram populo », l'hydrothérapie en hiver.

J'agissais ainsi en apôtre fervent, que je suis toujours, voulant instruire et convaincre par la meilleure des méthodes, celle de Texemple.

Je me suis livré à presque tous les sports, parce que chacun d'eux agit sur Téconomie d'une façon déterminée. Mon entraînement ayant été continuel, persistant, j'ai pu me rendre compte des modifications profondes produites sur l'organisme par l'exercice.

L'hygiène suivie par moi a toujours été très sévère, et j'ai tout essayé, tout employé pour arriver à augmenter ma force et ma résistance à la fatigue qui m'était fatalement imposée par les travaux laborieux. Toutefois, j'ai soigneusement évité le surmenage, et lorsque j'augmentais la dose d'un exercice, je diminuais celle des autres de manière à maintenir toujours le corps dans un état de parfait équilibre.

J'insiste pour faire remarquer quelle contrainte je me suis imposée pour parvenir à régler mon existence d'une manière aussi précise; ne donnant à chaque exercice que juste le temps fixé par mon programme et évitant foutes les occasions qui pouvaient me distraire de ma ligne de conduite.

Je n'ai jamais tenu compte des railleries de gens qui ne discernaient pas le but que je me proposais d'atteindre, qui est surtout le relèvement physique et intellectuel de l'homme. J'ai toujours marché sans souci de la critique inévitable quand on sort des sentiers battus, estimant que j'avais bien le droit de consacrer les loisirs, qu'en somme chacun sait se procurer, à l'équitation, à la déclamation, aux poids et à l'hydrothérapie ; d'autres font bien de la politique, de la musique, de la peinture, vont au cercle, ou même plantent leurs vignes ou leurs choux, chacun selon son penchant !

Bien avant que le curé Kneipp fût à la mode, je préconisais, dans ma petite sphère, les moyens hydrothérapiques et balnéatoires que j'employais dans les maladies aiguës (broncho-pneumonies des enfants^ fièvrç typhoïde, etc.), et les affections chroniques.

On a regardé pendant longtemps comme de la fantaisie originale les bains que je prenais en plein hiver dans la rivière.

Il y a bien des années aussi que j'emploie le massage, devenu uiîe pratique courante. Je ne compte plus tous les succès qu'il m'a donnés dans les engorgements des membres, certaines atrophies musculaires, les fractures, etc.

Cette médication pour ainsi dire nouvelle, importée de Paris à la campagne, j'ai été le premier et le seul pendant longtemps à m'en servir.

Mes exercices ont toujours été basés sur les données de l'anatomie et de la physiologie, car je pense que la gymnastique non éclairée par le flambeau de ces deux sciences est une chose inutile, presque dangereuse; on en a vu des exemples quand on a laissé ce soin aux pédagogues.

Le médecin seul est apte à devenir un gymnaste accompli. Les anciens le pensaient et ils avaient raison.

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Hippocrate disait : « Il faut que le médecin connaisse la médecine, cela est évident ; mais aussi la gymnastique et le massage ». Ce qui signifie que l'hygiène a toujours été, est, et sera la première parmi toutes les sciences biologiques.

Tous les sports auxquels je me suis livré m'ont été enseignés à Paris où je faisais mes études et où j'ai pu me mettre en contact avec les professeurs les plus en renom en : boxe, escrime, poids, déclamation et équitation.

Quoique m adonnant avec passion aux exercices physiques, j'ai toujours accordé la prépondérance à la médecine que j'aimais plus encore. Lanatomie a été surtout mon étude de prédilection. J'aurais voulu à la fin de ce volume présenter au lecteur une véritable description anatomique esthétique et physiologique de chacun des muscles développés et assouplis par mon procédé. Mais ce sujet étant spécial et un peu aride, je le réserve pour une publication ultérieure. Je puis affirmer que jamais mon entraînement, si intense qu'il fût, ne m'a fait oublier ni mes livres ni mes malades ; il m'a donné en outre la force et la santé surtout utiles et précieuses au médecin. En effet, disait-on autrefois : « Qui eniîn bonanon sitnt corporis habiludine^ vulgoexistintantur cœlero7nim curam non recte habere passe ». J'ajouterai que je n'ai jamais reculé devant aucune opération urgente : amputation, hernie étranglée, trachéotomie, etc., quand je la jugeais nécessaire pour sauver une existence, absolument convaincu, comme le dit le docteur Lejars, que quand on sait ce qu'il faut faire et surtout quand on « veut » le faire, on arrive à vaincre toutes les difficultés.

On croit généralement que les exercices physiques, les poids surtout, alourdissent la main et la rendent moins souple ; les personnes qui m'ont vu monter au

cirque ou les confrères qui m'ont assisté dans une opération peuvent témoigner que ma main n'est pas moins légère que celle d'un autre, comme j'ai pu le prouver dans certaines opérations délicates sur les yeux, la cataracte en particulier.

Si mes exhibitions publiques m'ont^valu quelquefois au début de sévères appréciations de la part de mes confrères, je dois reconnaître pourtant qu'après avoir fait ma connaissance, et m avoir entendu expliquer mes idées, la plupart d'entre eux devenaient mes amis. De même lorsque j'eus présenté mon étalon Germinal, élevé et pour ainsi dire créé par moi, les quelques concitoyens que cet acte d'indépendance avait pu scandaliser se sont, à part de bien rares exceptions, rapprochés et ralliés.

Peut-être ont ils enfin compris que la société a de bien subtiles distinctions; que si, par exemple, mon cheval avait eu simplement de bons jarrets et de la vitesse au lieu d'avoir un cerveau développé, et que je l'eusse conduit sur le turf, personne n'aurait songé à m'en blâmer, les sportmen qui font courir étant très bien vus et très cotés. Mais le travail de Germinal ne pouvant facilement s'exécuter en plein air, je ne pouvais guère faire autrement que je n'ai fait, c'est-à-dire en montrer les résultats dans le cirque.

Bien plus, je prétends que mon contact avec le public m'a été d'un grand enseignement professionnel, tant il est vrai que rien n'est négligeable pour le médecin qui veut tout rapporter à son art. En effet, après ces violentes émotions, j'avais plus de confiance en moi-même, je me sentais le cœur plus ferme, plus solide pour affronter les émouvantes situations de la médecine opératoire. Je me rappelle en particulier une embryotomie pratiquée dans des conditions difficiles et pathétiques où je n'ai du le succès qu'à ma force physique et à

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un puissant effort de volonté que je n'aurais certainement pu fournir, si je n'avais été parfaitement entraîné et absolument maître de moi.

Je suis entré dans tous ces détails, pour bien pénétrer le lecteur de ce que rentraînement ne nuit d'aucune manière à l'-exercice d'une profession et que même il est réellement utile à tous, au médecin en particulier, car il contribue à former des hommes honnêtes, résolus et énergiques ; qualités essentielles pour la pratique d'un art où il faut savoir faire accepter des principes et même les imposer, car le médecin à la campagne a en face delui, plus que partout ailleurs, l'ignorance, autrement rebelle à vaincre que toutes les difûcultés sportives ou médicales.

AVANÏ-PIIOPOS

En écrivant ce livre, je me suis proposé d'atteindre plusieurs buts.

V J'ai voulu d'abord indiquer Jes moyens qui favorisent le mieux le développement des muscles et leur donnent la plus grande vigueur. Ayant poussé Tentralnement jusqu'à ses dernières limites, j'ai montré à quels résultats inouïs Thomme peut arriver lorsqu'il exerce ses forces d'une manière régulière. J'ai essayé d'opérer sur le corps humain les merveilles que les horticulteurs et les laboureurs accomplissent sur les plantes et les animaux. « Créer la matière organisée, dit Bérard, est et sera à tout jamais au-dessus de la puissance de l'homme. Mais qu'on donne à l'homme une créature vivante, il la modifie, il la pétrit à son gré. Pour subvenir à ses besoins naturels, pour satisfaire ses appétits factices, il a transformé en quelque sorte les animaux qu'il s'est soumis. Chez ceux-ci, qu'il desiine à sa table, il a amoindri le poids relatif du squelette, diminué la tête, raccourci les membres et démesurément amplifié les masâes charnues et succulentes que la digestion élaborera. Chez ceux-là, dont il utilise la vitesse, il a élevé la taille, effilé les membres, élargi la poitrine et desséché les muscles. Ce pouvoir de modifier les êtres vivants, il le fait sentir à ses semblables; et tandis q^ue soumis à certaines pratiques, tel homme acquiert les formes athlétiques et l'énergie musculaire

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qui assurent le triomphe dans ces luttes si chères à TAugleterre, cetautre, obéissant à des règles différentes, se verra méthodiquement réduit au poids qu'il ne pourrait dépasser sans renoncer à la profession qui le fait vivre ».

Tout ce que j*ai écrit sur Tentrainenient est le fruit de mon observation personnelle. J'ai mis dans cet ouvrage des photographies destinées k faire voir, d'une façon éclatante, tout ce qu'on peut obtenir par cette gymnastique raison née.

2** 1/hydrothérapie a toujours été pour moi le complément indispensable de tout exercice gymnastique. J'ai essayé de montrer faction bienfaisante de l'eau froide sur les muscles, sur la peau et sur l'organisme tout entier. Je voudrais que le corps fût soumis à des ablutions quotidiennes. On ne saurait trop insister sur Timporlance de cette méthode qui devrait être appliquée, dès le jeune âge, à l'éducatioa physique des enfants.

« L'hydrothérapie est une grande force, a dit Fleury, elle donnera la régénération physique, intellectuelle et morale de nos races abâtardies et cacochvmes. Elle fera revivre, sous une forme compatible avec nos mœurs, nos habitudes, nos affaires, les pratiques hygiéniques, balnéatoires, gymnastiques, auxquelles nos ancêtres ont dû leur force physique et leur énergie morale ».

M. Jules Simon, dans son mémoire sur « l'éducation physique dans les lycées et collèges », a parfaitement indiqué aussi l'utilité de l'hydrothérapie lorsqu'il a dit : « De l'eau, de l'eau et encore de l'eau. De l'eau froide, de l'eau froide, et encore de l'eau froide. 11 n'y a pas de comparaison pour la santé du corps et de l'esprit et pour la bonne humeur, entre un enfant sale et frileux, ou un enfant que le contact journalier de l'eau froide, habitue à la propreté, aguerrit contre les chances d'une

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