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CHAPITRE XIV

DE l'effort

Après avoir méthodiquement développé son thorax, par la marche, la course, la déclamation, et tous les exercices de gymnastique, celui qui veut connaître sa puissance musculaire, voir en somme ce dont il est ca^ pabie, doit se livrer à l'exercice des gros poids, qui ne constitue k vrai dire que la dernière étape de Tentraînement. Or, comme ces mouvements exécutés avec de très grosses haltères ne peuvent s'accomplir sans déployer une force extraordinaire, sans, en un mot, faire un effort très violent et quelquefois même prolongé, nous pensons qu'il n'est pas inutile de nous appesantir un peu sur le mécanisme de l'effort. Aussi bien son étude physiologique nous fera comprendre tous les dangers qu'il peut y avoir h se livrer trop souvent ou trop longtemps aux exercices d'une gymnastique trop athlétique.

Nous allons commencer par quelques notions d'anatoniie sur le système veineux, et, examinant sommairement les principales parties du corps, voir comment la circulation veineuse, déjà plus difficile h Tétat normal que la circulation artérielle, est encore gênée par le fait de contractions musculaires exagérées et comment aussi, par d'heureuses dispositions de la nature, certains organes sont à l'abri des compressions résultant de la stagnation du sang pendant l'effort.

A la tête, tout ost admirablement disposé pour que, dans les mouvements violents, le sang qui éprouve de la difficulté à revenir au cœur, puisse se répartir librement sans comprimer le tissu fragile du cerveau. Aussi nous voyons les tissus de la dure-mère, les lacs sanguins, constituer des voies circulatoires et dérivatives d'un ordre tout à fait spécial. Mais ce n'est pas tout. On sait, depuis les recherches de Duret et d'Heubner, que les artères du cerveau irriguent des territoires indépendants et ne communiquent entre elles que par des rameaux très grêles. Les veines au contraire présentent des anastomoses nombreuses et volumineuses et les deux circulations veineuses intra et extra-crâniennes communiquent largement (Trolard, Labbé).

Au cou, la circulation veineuse s'effectue à l'aide des jugulaires. II y en a trois : la jugulaire externe, l'antérieure etl'interne ; cette dernière est la plus volumineuse. Lorsque le sterno-mastoïdien se contracte, il comprime ce vaisseau. Le gonflement de ces veines est facile à observer à la base du cou, sous Tinfluence de l'effort.

A l'épaule, la veine sous-clavière présente une dispo^ sition particulière. Trois aponévroses, une superficielle, l'autre moyenne, la troisième profonde, entourent la région cervicale. Or l'aponévrose moyenne se fixe au bord postérieur de la clavicule et sur l'aponévrose du muscle sous-clavier; mais elle donne aussi une enveloppe fibreuse à la veine sous clavière, et maintient ainsi béantes les parois veineuses. Ajoutons que la tension de cette aponévrose paraît due à la contraction du muscle omoplato-hyoïdien. Telle est du moins Topinion de Richet. Malgré cette disposition anatomique, la veine, qui est située entre la clavicule doublée du muscle sous-clavier et la première côte, se trouve comprimée dans relTort. A l'extrémité terminale des veines sousclavières, il existe deux valvules.

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Les veines du membre supérieur nous offrent toujours cette multiplicité des canaux veineux surtout nombreux à la périphérie des membres, sans compter que les veines profondes sont presque toujours au nombre de deux pour chaque artère. A la face palmaire de la main, les veines sont peu nombreuses ; le cours du sang aurait pu être gêné dans l'acte de la préhension; par contre» à la face dorsale, on remarque une multitude d'arcades veineuses. A lavant-bras, il y a de très grosses veines : la radiale, la cubitale, la médiane. Celle-ci au voisinage du coude se bifurque ; les deux branches de bifurcation : médiane céphalique et médiane basilique vont se jeterdans les veines radiale et cubitale qui prennent alors le nom de céphalique et de basilique. La céphalique passe dans rinterstice qui sépare le deltoïde du grand pectoral, traverse l'aponévrose clavi-pectorale et se jette dans la veine axillaire. La basilique se réunit à Tune des huméraies. Les veines superficielles communiquent avec les veines profondes. Ainsi, par exemple, au coudé, la veine communicante établit cette anastomose. Le réseau veineux sous-cutané du membre supérieur est peu apparent chez les enfants et chez les femmes; il est, au contraire, cxtraordinairement développé chez les sujets qui se servent beaucoup de leurs bras pour les travaux qu'exigent leurs professions.

Le système veineux du membre inférieur prête aussi à quelques considérations. La face plantaire du pied ne contient que des veines peu volumineuses, mais excessivement nombreuses, ainsi que Ta démontré M. Lejars, par de belles injections. Toutes ces veines superficielles se rendent à deux troncs volumineux :1a saphène interne et la saphène externe. La saphène interne monte le long de la face interne de la jambe et de la cuisse, puis, à quelques centimètres de l'arcade crurale, décrit un coude, traverse le fascia cribriformis et se jette dans la

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veine fémorale. La saphène externe, née de Textrémité externe de larcade dorsale du pied, passe derrière la malléole externe, se place dans le sillon longitudinal qui sépare les jumeaux. Au niveau du creux poplité, elle s'infléchit en avant, décrit aussi un coude et vient s'ouvrir à la partie postérieure de la veine poplitée.

Ce qui caractérise surtout les veines des membres inférieurs, c'est que leur appareil valvulaire est très riche. Ainsi la saphène externe possède à elle seule de huit à quinze valvules. De plus, ces veines ont des parois très épaisses « rappelant par leur aspect celles d'une artère et restant béantes quand on les incise de même qu'un gros vaisseau artériel ».

Les veines du thorax, je ne m'occupe ici que des veines pariétales, comprennent pour chaque côté les deux mammaires internes qui, après s'être réunies en un tronc commun, se jettent dans le tronc veineux brachio-céphalique correspondant; les veines intercostales, au nombre de vingt-quatre, douze de chaque côté, qui se terminent dans la veine azygos. La situation des veines intercostales dans l'espace intercostal, et entre les deux muscles de même nom qui se « coupent en ciseau »>, fait que ces veines sont comprimées dans un effort violent.

Les veines du rachis peuvent être divisées en : veines intra-rachidiennes, veines des corps vertébraux, veines de la moelle, veines extra-rachidiennes. Toutes ces veines forment autour du rachis et de la moelle autant de plexus très riches qui assurent la circulation veineuse dans les diflférents mouvements de la colonne vertébrale.

Toute la circulation veineuse de l'abdomen serait intéressante à étudier au point de vue de l'effort. Nous nous contenterons de signaler les veines spermatiques, qui, du testicule où elles prennent naissance, remontent dans

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Tabdomcn divisées en deux groupes, forment le plexus pampinifornie et finalement se résolvent en deux veines qui se jettent, celle de droite, dans la veine cave inférieure, celle de gauche dans la veine rénale. C'est principalement sur la veine spermatique gauche que s'accentuent les effets de Tetfort. Cela tient à plusieurs conditions. D'abord à la longueur plus grande de la veine de ce côté, le testicule gauche descendant plus bas que le droit. En second lieu h la compression de cette veine par la portion iliaque du colon; enfin au mode d abouchement de la veine spermatique gauche dans la veine rénale qui se fait à angle droit. Toutes ces causes gênent la circulation du retour et favorisent le développement du varicocèle, surtout à gauche.

Les veines épigastriques cheminent dans la gatne du muscle grand droit. Aussi sont-elles comprimées lorsque ce muscle se contracte fortement. La contraction du diaphragme dans Teffort, le refoulement, par ce fait, des viscères abdominaux, contribuent encore à produire la stase veineuse dans ces vaisseaux.

La circulation du sang présente aussi quelques particularités, dans les veines du rectum, qui nous permettent de comprendre comment Teffort peut favoriser le développement des hémorroïdes. Les deux principales veines du rectum sont : Thémorroïdale supérieure, qui est tributaire de la veine porte, et Thémorroïdale inférieure, qui se rend dans la veine cave inférieure. Ces veines présentent à leur origine de petites dilatations, des ampoules de la grosseur d'un grain de millet à un pois. Il résulte de cette disposition que, dans les efforts, une grande quantité de sang peut stagner dans la partie inférieure de l'intestin, mais aussi que, sous Tinfluence d'efforts trop violents ou trop répétés, les dilatations deviennent plus considérables constituant alors de véritables varices du rectum^ les hémorroïdes.

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Enfin je mentionnerai les gros troncs veineux, veinés rénales, veines iliaques primitives, veine cave inférieure, remiarquables en ce qu'elles ne contiennent pas de valvules dans toute Tétendue de leur parcours.

La circulation du sang se produit par Tinte rmédiaire du cœur, des artères, des capillaires et des veines. En quelques mots, le cycle circulatoire est le suivant : un globule sanguin, parti du ventricule gauche, est lancé dans une artère, passe dans les capillaires, puis revient au cœur droit en suivant une veine. Du ventricule droit, il est porté par Tartère pulmonaire dans le poumon où il subit Taction de loxygone dé Tair et revient par les veines pulmonaires dans le ventricule gauche d'où nous Tavons supposé partir. Laissant de côté la circulation artérielle et capillaire, quelles sont les conditions physiologiques qui favorisent la marche du sang dans les veines? G*est ce que nous allons rapidement examiner, nous basant, pour cette étude, sur les travaux de M. le professeur Marey : « La circulation du sang à letat physiologique et dans les maladies ».

Remarquons d'abord la disposition générale des vaines qui sont plus nombreuses que les artères et qui ont par conséquent une capacité beaucoup plus grande. La majeure partie de la masse du sang est logée dans le système veineux. « C'est aussi dans le système veineux que se loge temporairement la masse des liquides que nous empruntons à nos boissons et qui parfois représente un volume considérable » (Marey). Mais ce qui caractérise surtout le sytème veineux, c'est la présence, à l'intérieur de ces vaisseaux, de valvules dont la disposition ne permet pas au sang de revenir en arrière et de lutter ainsi efficacement contre la pesanteur. C'est, dit le professeur Verneuil, comme lorsqu'on monte une échelle. Quand on a gravi un échelon, ou n'est pas sûr de pouvoir aller plus haut, mais en tout

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cas, on est cërtaiin de ne pas descendre. Les veines ne sont pas seulement élastiques, par conséquent très dilatables, mais aussi contractiles. Ce ne sont donc pas^ comme le croyait Hun ter, des vaisseaux purement passifs.

Trois conditions principales favorisent la circulation du sang dans les veines; ce sont : là vis à tergo, la contraction musculaire et l'aspiration thoracique. Le ventricule gauche, à chaque révolution cardiaque, chasse dans les artères le sang qui passe ensuite dans les capillaires et delà dans les veines. Eh bien ! cette force du cœur ne s*épuise pas dans les capillaires, mais se fait sentir aussi jusques dans les vaisseaux à sang noir. C'est cette force à laquelle on a donné le nom de vis k tergo. Les expériences de Magendie ont nettement établi cette action systolique du cœur sur la circulalion des veines. Bichat pensait au contraire que le sang veineux n'était pas soumis à Tinfluence du cœur, mais à la contraction du système capillaire qu'il regardait comme une sorte de « cœur périphérique ».

La contraction musculaire favorise la progression du sang dans les veines. Dans la saignée, par exemple, il suffit de dire au malade de serrer le poing pour voir le sang couler avec plus d'abondance.

L'aspiration thoracique joue aussi un grand rôle dans la circulation veineuse. Lorsque nous faisons une inspiration, la cavité thoracique se dilate, la pression diminue à son intérieur et le sang s'écoule avec une grande facilité dans les vaisseaux veineux qui avoisinent le thorax. Lorsqu'au contraire nous faisons un effort, la pression à l'intérieur du thorax devient plus forte et le sang est arrêté aux abords de cette cavité ; c'est ce que le gonflement des jugulaires, à la base du cou, permet facilement de constater. L'attraction du sang dans les veines rapprochées du thorax, pendant l'inspiration,

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comme aussi son reflux, durant Texpiration forcée et Teffort, sont favorisés par les dispositions anatomiques que nous avons déjà signalées : à savoir surtout les adhérences des veines aux aponévroses, adhérences qui font qu'elles restent béantes à la coupe. Mais ce qui est un résultat heureux, envisagé au point de vue de la circulation, devient un véritable danger dans les opérations pratiquées k la base du cou, opérations dans le cours desquelles on voit quelquefois survenir un accident redoutable : Tentrée de Tair dans les veines. Tout le monde connaît le fait de Dupuytren qui, opérant une tumeur fibreuse du cou, entendit un sifflement et vit aussitôt sa malade trembler convulsivement et mourir.

Quant à l'influence des mouvements de l'abdomen sur la circulation veineuse, elle est moins importante et plus complexe, aussi nous nous contenterons de dire ([ue « si la cavité Ihoracique est un appareil d'aspiration, la cavité abdominale est un appareil de compression ou d'expulsion » (Marey).

L'action de la pesanteur sur la circulation du sang dans les veines est manifeste. 11 suffit, par exemple, de faire alternativement de la massue et des haltères pour voir bientôt les veines du bras et de Tavant-bras se dessiner sous la peau, gorgées de sang. Dans ces conditions, si on élève le bras en Tair pendant quelques instants, on s'aperçoit que la peau devient blanche, que les veines se vident complètement et que le bras diminue beaucoup de volume.

Toutes les fois que nous faisons un efl'ort, nous introduisons dans notre poitrine une grande quantité d'air par une profonde inspiration. Cela obtenu, les muscles expirateurs tendent à faire sortir cet air, mais la glotte se ferme, et le thorax demeure immobile et fixe. Cette situation du thorax le met dans les meilleures condi-

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lions pour fournir un point d'appui aux muscles qui viennent y prendre insertion.

Verneuil admet trois sortes d'efforts :

V L'effort général ou thoraco-abdominal, dans lequel la poitrine est dilatée et immobilisée comme dans tout effort, mais où la glotte est fermée en même temps que tous les. autres sphincters.

2° L effort abdominal ou expulsif. Ici une partie des sphincters est fermée, l'autre ouverte.

3* L'effort thoracique. La respiration n'est pas suspendue. La cage thoracique est dilatée. La respiration continue à se faire ù l'aide du diaphragme. •

Voyons d*abord l'état des muscles dans l'effort. D'une manière générale, dans tout effort, quels que soient son degré et son intensité, outre la contraclion des muscles qui servent au mouvement lui-même, il y a aussi, en vertu de la loi des synergies musculaires, une contraction des muscles souvent très éloignés du « foyer du mouvement ». On peut dire que toute action musculaire, si peu qu'elle soit intense, s'accompagne d'abord de la contraction des muscles destinés au mouvement lui-même, comme je l'ai dit souvent de la contraction des antagonistes, et enfin de la contraction des muscles destinés à donner au squelette une immobilité, une fîxité, suffisantes pour cette multiple action motrice. Un exemple fera mieux saisir notre pensée. Dans l'action de donner un coup de poing, le corps tout entier doit être assujetti sur une base de sustentation solide; ce sont les muscles du bassin, de la cuisse et des jambes qui concourent à ce résultat. En second lieu, le thorax est immobilisé et cela pour plusieurs raisons : il doit y avoir effort, or nous savons que dans Teffort le thorax est dilaté et fixe. Ensuite les muscles qui doivent produire le mouvement d'extension de l'avantbras sur le bras ont leur contraction portée au maxi-

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muiu, ce qui ne peut se produire sans Timmobiliié de l'épaule. Quant aux muscles antagonistes, les fléchisseurs de Tavani-bras sur le bras, ils sont dans le reiàchenient absolu, si l'extension doit ôtre complète; mais si le mouvement doit être borné, si, par exemple, celui qui frappe porte le coup avec 1 intention de le retenir, les fléchisseurs se contractent aussi pendant lextension ; c'est ce qui résulte des expériences de Demeny (Marey).

Cette action musculaire esttellementgénéralisée dans Teffort, que les muscles de la face eux-mêmes, par leur contraclion répétée, accentuent les traits d'une façon spéciale, selon le genre d'exercices auxquels on a Tlia- ])itude de s'adonner. Tous ceux qui ont fait des poids pendant longtemps savent quelle expression particulière de dureté prend le visage à la suite d'efforts violents incessanmient renouvelés. Tout le monde sait aussi que la physionomie du lutteur a un cachet tout à fait à part et qu'on ne peut comparer, par exemple, à celui de Tacrobate, du spadassin ou du boxeur.

LVfl'ort modifie aussi la circulation artérielle et veineuse. C'est ce que nous allons maintenant rapidement examiner. Pour ce qui est de la circulation veineuse, nous avons déjà vu, à propos de la physiologie, que, dans TetTort, la pression augmentait dans l'intérieur du thorax et que les veines avoisinant cette cavité éprouvaient une grande difficulté à se vider. Mais ce ne sont pas seulement les veines du thorax ou du cou dont la circulation est ralentie, ce sont presque toutes les veines de l'organisme dont la circulation est gênée, surtout lorsque l'efi'ort est violent et prolongé ; ce qui se traduit du côté du cœur par une énorme surcharge sanguine de l'oreillette et du ventricule droits.

Voici maintenant, d'après Marey, auquel nous empruntons ces détails, les modifications que subit le pouls pendant l'effort. « On voit d'abord, dit le savant

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professeur, s'élever la ligne d'ensemble du sphygmographe et plus TefiFort est violent plus cette ligne monte haut; puis quand Tetfort cesse elle s'abaisse brusquement. Mais là ne se bornent pas les modifications du pouls, il devient aussi plus fréquent et en même temps dicrote; ce qui tient « à la moindre réplétion de Taorte qui devient plus extensible et ensuite à la diminution du volume des ondées ventriculaires. »

M. Marey explique comment Teffort, à son summum, comprime Taorle thoracique et Taorte abdominale et commentcette pression extérieure, secondée par l'élasticité aortique, chasse vers les artères périphériques le sang et augmente la tension. Puis, ces artères périphériques débitent leur contenu plus facilement, Taorte elle-même se vide de plus en plus ; comme elle perd de sa tension élastique, il en résulte que finalement elle envoie moins de sang dans les vaisseaux et que la ligne de tracé du sphygmographe s'abaisse. Toutes ces particularités sont bien mises eu évidence dans les tracés du pouls pris pendcint toute la durée de l'effort (V. Marey, La circula/ion du sang, ch. XXVIII, §318).

Examinons maintenant comment la circulation artérielle de la tète et du cou est modifiée dans Teffort. M. le professeur Guyon fait jouer un rôle important au corps thyroïde dans ce phénomène. En effet, pendant Teffort, on ne sent pas les pulsations dans certaines artères, telles que la faciale, la coronaire, l'occipitale ou la temporale; cela tient à ce que les lobes latéraux du corps thyroïde gorgés de sang veineux comme une éponge, compriment assez fortement les carotides pour empêcher le sang artériel de passer. L'artère carotide interne baigne dans le sang des sinus carotidiens et cavernaux. Les artères vertébrales sont aussi entourées d'un véritable sinus veineux pendant leur trajet dans le canal vertébral; or, durant l'effort, le sang stagne

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dans ces sinus et comprime ces artères. Enfin, d'après Trolard, la partie spongieuse, vasculaire du corps pituitaire jouerait vis-à-vis de la carotide interne le môme rôle que le corps thyroïde vis-à-vis de la carotide primitive. Turgescent et augmenté de volume pendant l'effort, il comprimerait la carotide (Poirier).

Ces différents phénomènes circulatoires vont nous aider à comprendre ce qui se produit du côté du cerveau pendant l'effort. Il faut se rappeler que le cerveau obéit aux mêmes lois que les autres organes, quant à SCS changements de volume liés à la dilatation et au resserrement de ses vaisseaux. Ces changements de volume des organes en rapport avec l'état de leur circulation ont été étudiés par M. F. Frank. En introduisant la main dans un vase de verre cylindrique, rempli d'eau et qui communique par un tube avec un appareil enregistreur, on peut noter les changements de volume considérables de la main, suivant l'état de sa circulation. Ainsi, par exemple, en plaçant une ligature sur les veines de l'avant-bras, on remarque que le volume de la main s'accroît. Quand, au contraire, on comprime l'artère humérale,on voit ce volume diminuer. Eh bien! le cerveau obéit aux mêmes lois. Si le retour du sang veineux est gêné comme dans l'effort, ou lorsque la tête est en bas comme dans l'équilibre sur les mains, le cerveau augmente de volume. Or, ces changements de volume sont sans inconvénients pour le cerveau, grâce à la présence du liquide céphalo-rachidien et sa libre circulation dans le canal vertébro-crànien ; en effet, ce liquide remonte lorsque le vide se fait dans le crâne, et reflue en bas, au contraire, lorsque les veincs^ se gorgent de sang. Le canal verlébro-crânien est donc un véritable tuyau de sûreté. C'est du moins l'opinion de Richet»

L'effort varie aussi selon les muscles qui entrent en

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jeu. D'une manière générale, on peut dire que, dans presque tous les exercices gymnastiques qui se font soit avec les agrès, soit avec les poids, il y a effort. Néanmoins l'eflfort varie pour chaque mouvement et nous sommes obligés d'étudier chaque exercice spécialement pour mieux montrer comment se produit ce phénomène.

Dans les poids, il y a toigours un effort violent à produire; c'est pour cela que Texercice des grosses haltères réclame une vigoureuse constitution, une puissante musculature et une très grande énergie. Pourtant ici, même dans son intensité, Teffort est variable selon le mouvement à effectuer. Ainsi, « la volée » nous représente le type de Teffort thoraco-abdominal, mais violent et court. La main qui serre, la tête qui se porte brusquement en arrière, les muscles sacro-lombaires qui redressent la colonne vertébrale, enfin le membre inférieur qui se tend, représentent une série d'efforts partiels, localisés, qui s'ajoutent les uns aux autres, pour, en définitive, mettre l'haltère h bout de bras.

Dans le deux temps, l'effort est plus prolongé. Au premier mouvement, le poids est attiré à côté de l'épaule; il y a effort pour Ty placer. Gomme on k maintient toujours quelques instants dans cette situalion, il y a une énorme compression des veines du membre supérieur et du cou. Enfin l'autre effort se produit lorsqu'on fait « monter » le poids au-dessus de la tête.

Le (c développement » est le mouvement qui nécessite l'effort le plus intense et le plus soutenu. Lorsqu'on soulève de cette manière, une très grosse haltère, la circulation cérébrale est suspendue, ce qui se traduit par des éblouissements et des vertiges. Pour se livrera un pareil exercice, il faut être jeune et avoir des artères à toute épreuve.

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Il ne faudrait pas croire qu'il n'y ait, dans les anneaux, que des exercices de souplesse ; certains mouvements, au contraire, nécessitent beaucoup d'efforts : comme la planche en avant ou en arrière, Tangle droit avec un seul bras. Mais ce qui caractérise surtout les anneaux, ce sont les attitudes tourmentées qui ont pour effet de comprimer les veines. Le thorax est immobilisé et la respiration suspendue. Il en est de même dans la corde lisse et dans les barres parallèles.

Si nous comparons ces exercices faits de force et de ccu)pression, à ceux, sinon moins violents, du moins plus en rapport avec la nature physique de Thomme» tels que la course, la boxe et la lutte, exercices qui mettent en jeu tous les membres, font travailler dans une égalé mesure le train inférieur et les bras, et où la volonté règle elle môme Teffort à produire selon le besoin de la défense ou de l'attaque, on comprendra sans peine pourquoi la gymnastique sportive doit être préférée à la gymnastique des agrès et aux poids pendant Tadolescence.

L'effort peut être suivi d'accidents qui tiennent k la violente contraction des muscles et aux compressions yeineuses qui en sont la conséquence. Toutefois, chez les individus méthodiquement entraînés, ces accidents s'observent très rarement. Ainsi les ruptures musculaires et tendineuses sont exceptionnelles ; il en est de même de l'orchite aiguë que M. le professeur Tillaux attribue à la contusion du testicule brusquement appliqué contre le pubis par une énergigue contraction du crémaster. Les hernies se voient peu souvent chez ceux qui font de la gymnastique d'une façon régulière. Cela se conçoit, caria sangle musculaire abdominale est singulièrement renforcée par des exercices journaliers. Les fibres aponévrotiques du grand oblique, qui se prolongent sur le pubis, sous forme de piliers et, limitent l'an-

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neau inguinal externe, sont plus fortes chez les individus entraînés et ne se laissent plus distendre sous la pression des intestins.

Les veines, principalement les veines superficielles, présentent chez les différents sujets un développement plus ou moins considérable. Cette disposition à la dilatation veineuse, qui se caractérise, soit par les varices, les hémorrhoïdes ou le varicocèle, est encore accrue par Teffort répété.

Les varices du membre supérieur s'observent chez ceux qui se servent surtout de leurs bras, comme les forgerons, les boulangers et les gymnastes. Quant à la dilatation des veines du membre inférieur, elle est surtout fréquente chez ceux qui exercent plus spécialement le train inférieur, comme les marcheurs, les coureur^*, les facteurs ruraux. Enfin les professions qui exigent une station debout longtemps prolongée, comme les blanchisseuses et les menuisiers, y exposent encore davantage. Gerdy a aussi remarqué la plus grande fréquence des varices chez les individus de haute taille.

Le varicocèle est aussi, sinon produit, du moins considérablement augmenté, par les efforts fréquemment renouvelés. 11 ne faut pas oublier, en effet, que la prédisposition individuelle joue un grand rôle dans les dilatations veineuses. Les dispositions anatomiques que nous avons signalées plus haut font qu'on observe le varicocèle surtout du côté gauche. Pour expliquer son développement rapide chez les jeunes recrues, obligées de manœuvrer dans l'immobilité et sous le poids de l'équipement, Gaujot a invoqué la fixité donnée à tout le côté gauche du corps par la contraction musculaire, pour permettre les exercices du côté droit (Bouilly, Manuel de pathologie externe).

L'effort peut augmenter des hémorrhoïdes préexistantes, mais à lui seul est il capable de provoquer Tappa-

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rition de ces tumeurs ? Je ne le peuse pas. Les hémorrhoïdes, en efifet, sont surtout Tapanage de certains tempéraments, tels que les arthritiques, les goutteux, les rhumatisants ou les herpétiques; Teffort peut certainement jouer un rôle adjuvant, mais il n'est jamais la cause principale.

Donc, en résumé, non seulement l'efifort, mais les plus légères constrictions faites sur letrajet d'une veine, peuvent entraver la circulation de retour. Une chaussure trop juste, une jarretière trop serrée, un corset mal confectionné, une ceinture mal appliquée, un col de chemise trop étroit sont susceptibles d'empêcher le sang des saphènes, des iliaques, des épigastriques, des jugulaires de se déverser librement dans le torrent de 1^ grande circulation. Enfin il est bon d'ajouter que l'augmentation de pression sanguine dans les veines peut bien produire une certaine dilatation des vaisseaux à sang noir, mais pour qu'il y ait « varices », à proprement parler, il faut au préalable, une altération des parois veineuses, sous l'influence de laquelle elles finissent à la longue par se laisser distendre; telle est du moins l'opinion de M. Quénu.

Le moment n'est pas éloigné, où, grâce aux progrès de labiologie, on pourra décrire autant de fatigues qu'il y a d'exercices spéciaux ; c'est-à-dire qu'on pourra analyser minutieusement tous les phénomènes qui se produisent du côté des muscles et des organes principaux : cerveau, poumon, cœur, foie, etc., dans les différents entraînements. Cette étude des phénomènes internes de la fatigue n'étant pas complètement faite, nous nous bornerons à l'examiner d'une façon sommaire, empiri-

que pour ainsi dire, indiquant simplement ce que nous avons observé sur les autres et sur nous-même.

Toutes les fois qu*on pratique un exercice nouveau, on ne tarde pas à éprouver rapidement une sorte de pesanteur dans les muscles qui ont spécialement travaillé. Cette fatigue varie selon le genre de sport. Elle apparaît plus vite quand la contraction musculaire est continue que lorsqu'elle est interrompue. Ainsi, par exemple, la fatigue survient plus rapidement lorsqu'on fait un bras tendu avec le poids de 20 kilogs que lorsqu'on fait avec l'haltère du même poids un certain nombre de développements, car, dans ce dernier cas, il y a un repos alternatif de plusieurs muscles.

Quand on travaille avec les grosses haltères, la fatigue, principalement après les volées, est considérable, au point que le mouvement fini il faut se reposer quelques instants avant de recommencer. Il y a une dépense nerveuse excessive et l'on pourrait dire ici que la fatigue est plus <c nerveuse » que « musculaire ».

11 n'en est pas de même pour d'autres exercices, comme, par exemple, la course. Là, c'est le cœur qui est immédiatement troublé dans son rythme, au point que ses pulsations arrivent à 160 et môme 180. C'est lui qui se fatigue d'abord.

La fatigue est pour ainsi dire un phénomène physiologique qui nous avertit que le muscle a besoin de repos et rentrainemeut retarde justement beaucoup cette sensation que les sujets non habitués ressentent dès les premières contractions de leurs biceps. Certaines conditions spéciales, telles que la colère, la volonté, Témulation, etc., retardent aussi beaucoup l'apparition de la fatigue.

Lorsqu'on se livre à un exercice nouveau ou même lorsque, quoique entraîné, on fait durer un exercice habituel un temps trop long, il reste, pendant quelques

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jours, une sorte d'endolorisseiuoiit des muscles qui out été soumis à des contractions réitérées, c'est la courbature. La courbature atteint surtout les groupes musculaires qui ont produit le mouvement; mais quelquefois, au début d'un exercice, la courbature est générale.

Lorsque les exercices physiques sont répétés trop fréquemment, lorsqu'ils ne sont pas en rapport avec Tâge du sujet, lorsqu'ils dépassent enfin en intensité et en durée la puissance de Torganisme, on dit qu'il y a surmenage. A vrai dire, le surmenage est rare chez les adultes qui font de la gymnastique hygiénique ; je lai observé très rarement dans ces cas-là. 11 est au contraire assez fréquent chez les gens du peuple, qui faisant toute la journée un travail manuel, s'entraînent le soir aux tours de force. C'est surtout dans les exercices de longue haleine, comme la marche, la course et la bicyclette, qu'on a pu observer les effets du surmenage. Dans ces dernières années, tous les exercices physiques étant devenus en grand honneur dans les établissements scolaires, des lendits ont été organisés à la suite desquels on a pu constater certains cas de surmenage chez des jeunes gens déjà fatigués par des travaux intellectuels intensifs.

Dans les armées en campagne, lorsque le moral des troupes est affecté après une défaite ou à la suite de privations prolongées, on voit se produire des accidents qui tiennent à cette fatigue exagérée. Dès la plus haute antiquité, puisque Homère parle déjà dans V Iliade « des guerriers qui pourrissent promptement » (D"" Monin),les terribles effets du surmenage ont été observés. A ce point de vue, il n'est peut-être pas sans intérêt de faire remarquer que ce ne sont pas toujours les sujets les plus forts, les plus grands, les plus parfaitement entraînés aux exercices gymnastiques des agrès qui résistent le mieux aux fatigues. Il semble au conlrraire

([ue le paysan, moins habitué aux exercices [jhysi([ues « de parade », mais plus entraîné à la marche et moins exigeant pour son régime de vie, supporte mieux les privations inhérentes à Tétat de guerre. M. le professeur Bouchard fait remarquer que lorsque les Romains, pour défendre la patrie contre Tenvahissement des barbares, voulurent enrôler les gladiateurs comme soldats, ils s'aperçurent vite que ces hommes, qui faisaient si belle figure dans larène, étaient de piètres guerriers. Du reste, ne voyons-nous pas le même phénomène se produire dans l'espèce chevaline ? Les races du Nord fournissent des sujets de taille élevée, bien piusclés, à os volumineux, cependant moins sobres et moins endurants que les anglo-arabes qui sont plus petits, d'un poids moindre et d'une ossature moins épaisse.

Tout ceci prouve que la véritable gymnastique doit avoir principalement en vue d'endurcir le corps au travail et de lui procurer par là une santé plus vigoureuse qui sera toujours à l'abri des effets du surmenage.

Quelles sont les conditions physiologiques dans lesquelles se trouvent les muscles, à la suite d'une fatigue exagérée? Le muscle à Tétat de repos est alcalin. Lorsqu'il se contracte il absorbe de l'oxygène et exhale de l'acide carbonique. En môme temps il devient acide, il se fait dans son intérieur une production exagérée de matériaux toxiques, principalement d'acide lactique et de phosphate de soude. A Tétat normal, ces produits sont rapidement enlevés par le sang qui, lui, étant alcalin, remet la fibre musculaire dans les conditions favorables à sa contraction. Ces métamorphoses chimiques sont loin d'être très bien connues. Elles peuvent se produire, d'après C. Richet, dans le muscle, sans même le secours du sang. Quoi qu'il en soit, lorsque ces produits acides sont fabriqués en quantité exagérée, lors-

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qu'ils ne trouvent pas dans les énionctoires naturels une élimination suffisante, on ne tarde pas à voir se manifester dans l'organisme des symptômes d'empoisonnement, de véritables intoxications aiguës. Tous les liquides de l'organisme acquièrent un haut degré de virulence. M. le docteur Tissié, quiaétudié la fatigue intense et le surmenage chez les vélocipédistes, a remarqué que les urines, dans ces cas, possédaient une toxicité aussi grande que celle qu'on observe à la suite des fièvres infectieuses graves; c'est ce qu'il a constaté avec Denigès et Sabrazès, sur le coureur Stéphane, pendant son record de 24 heures, sur piste. Ayant injecté à un lapin des urines de la fin de la course, l'animal fut tué rapidement.

Les animaux forcés à la course, les épileptiques à la suite de crises fréquemment répétées produisent aussi des poisons qui, n'étant pas éliminés suffisamment, entraînent la mort en produisant cette rigidité cadavérique précoce et cette virulence des différentes humeurs qui sont la caractéristique d'une fatigue musculaire poussée au-delà des forces de l'organisme. Mais là ne se bornent pas, dans le surmenage aigu, les accidents observés. Du côté du poumo.n, du cœur et du cerveau, on note des phénomènes non moins remarquables. Les respirations deviennent plus superficielles, plus fréquentes, il y a de l'essoufflement. Du côté de l'organe central de la circulation tous les signes du cœur forcé : « souffle tricuspidien, bruits de galop, battements hépatiques », etc. Enfin les troubles nerveux bien étudiés par M. Tissié -sur les vélocipédistes se montrent sous forme de délire, d'idées fixes et quelquefois d'exaltation de l'imagination, etc.

Ce sont là les accidents.aigus du surmenage. Les accidents chroniques apparaissent au bout d'un temps plus ou moins long et sont caractérisés par des atrophies musculaires, des paralysies, des crampes. L'organisme

s'affaiblit de plus en plus et devient plus apte à contracter les maladies contagieuses. Tout le monde sait qu'en temps d'épidémie les premiers atteints sont les ouvriers soumis à de durs travaux et qui vivent dans les plus mauvaises conditions hygiéniques.

Je ne terminerai pas ce chapitre sans dire quelques mots du surmenage chez Tenfant et l'adolescent. Cette question a beaucoup préoccupé les médecins au moment où les exercices physiques ont été rendus obligatoires et pratiqués dans presque toutes les maisons d'éducation. Le docteur Lagrange, dans son livre de Thygiène de l'exercice chez les enfants et les jeunes gens, a montré combien le surmenage était fréquent à cet âge de la vie et donné des conseils pour l'éviter. « De l'exercice, dit- il, mais pas de fatigue ». Ceci est absolument vrai pour l'adulte, mais acquiert une importance encore plus considérable, quand il s'agit non pas d'entraînement véritable chez les enfants, mais d'exercices ou même de jeux destinés à favoriser le développement général du corps. A tous les âges, mais surtout pendant l'enfance^ il est bien difficile de doser la quantité d'exercices nécessaires, indispensables à chaque sujet. Les enfants faibles et chétifs ne peuvent, en aucun cas, suivre les mêmes exercices que les enfants robustes et vigoureux. Quoi qu'il en soit, la courbature de fatigue est assez fréquemment observée de 5 à 10 ans. Entre 7 et 15 ans, à la suite de fatigues prolongées, on peut aussi voir se développer la fièvre dite de croissance, bien étudiée par Bouilly et qui est produite par des lésions osseuses, au voisinage du cartilage juxta'-épiphysaire. Une autre espèce de surmenage chronique, celui-là moins bien connu, est celui qu'on observe assez souvent à la campagne, chez de petits paysans, pendant la période scolaire. Voici comment les choses se passent d'ordinaire. Le jeune enfant part le matin de sa maison, souvent

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après un repas peu substantiel, presque toujours insuffisant; il se rend à Técple quelquefois assez éloignée de sa demeure. Il passe sa journée sur les bancs à écouter les enseignements de Tinstituteur. À midi, au lieu de manger la maigre pitance qu'on lui a donnée pour son repas, il joue, il se fatigue et au bout de quelques jours il maigrit et devient profondément anémique. Je crois qu'il y a là une cause réelle de débilitation pour les enfants de la campagne, véritablement surmenés par le travail intellectuel, les jeux, et qui sont mal nourris.

C'est surtout pendant l'adolescence qu'il faut éviter la fatigue dans les exercices physiques. La gymnastique athlétique doit être alors absolument proscrite; môme les agrès seront utilisés avec une grande sobriété; car les elTorts qu'ils nécessitent produisent sur les extrémités des os des déformations dont le squelette porte les empreintes toute la vie. Les professeurs de gymnastique ont une tendance à pousser trop tôt leurs élèves vei^ les exercices de force. Cette grave erreur a compromis le développement physique de bien djes jeunes gens. H ne faut pas que l'ambition des gros bras fasse aborder prématurément les tours de force.

Pour résumer toute ma pensée en termes précis, je dirai : « L'entraînement bien compris ne doit pas porter atteinte à la longévité; il doit, au contraire, l'augmenter. S'il est commencé trop tôt, il use prématurément; s'il est trop intensif, il produit les tares. L'entraînement doit indii(uer les moyens de se servir des forces exubérantes de la jeunesse et les diriger méthodiquement vers un but déterminé. Si ces forces n'existent pas déjà, il doit indiquer les moyens de les produire ou de les éveiller par une hygiène bien réglée. Etant donné un sujet, on ne peut pas dire tout d'abord ce qu'il produira sous l'influence de l'entrainement; tel sujet, en apparence bien doué, s'arrête en

INÉGALE APTITUDE DES SUJETS A s'EiNTRAINER 233

chenùn; tel autre, au contraire, qui n'avait donne que de faibles espérances au début, va beaucoup plus loin. [1 ne faut jamais qu'un maximum à atteindre soit fixé à l'avance pour tous les individus ; cela équivaudrait à dire que tous sont faits sur le même moule, ont la même force, la même volonté ».

INÉGALE APTITUDE DES SUJETS A s'eNTRAINER

Il est presque impossible de donner une explication nette et précise touchant les inégalités physiques qui s'observent sur des sujets bien conformés, pas plus, par exemple, que sur les différences intellectuelles entre des personnes ayant une conformation absolument régulière de la boite osseuse crânienne. Ce qui domine dans la nature, c'est l'infinie variété ; deux êtres vivants d'une même espèce ne se ressemblent jamais entre eux d'une façon complète, et une modification en apparence insignifiante d'une portion du corps ou d'un organe en entraîne de considérables dans toute la machine, ce sont là les lois de sélection naturelle si bien étal)lies par Darwin et qui peuvent nous aider à comprendre combien il est difficile, à priori, de juger de l'aptitude d'un sujet donné à s'entraîner. Dans cette appréciation, il faut en effet tenir compte de son poids, de sa taille, de son squelette, de sa capacité respiratoire, de son foie, de ses muscles, de son cerveau. La conformation régulière extérieure est bien certainement très importante, mais elle n'est pas tout; il faut en même temps la résistance des organes profonds, qu*on ne voit pas, mais dont la physiologie a su pénétrer le secret fonctionnel.

Ainsi, par exemple, un sujet n'étant pas résistant à la fatigue, il faudra rechercher la cause de cette infériorité, non pas seulement dans les muscles, mais en-

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core dans le cœur, les gros vaisseaux ou le foie dont la fonction glycogénique sera entravée, ou, par nature, moins active. Nous voyons des sujets, en apparence grêles, à poitrine peu développée même, mais qui ont un cœur puissant, des artères solides, un foie d'un fonctionnement parfaitement régulier et qui par cela même supportent Teffort violent et prolongé, alors que d'autres, sous des apparences herculéennes, mais dans des conditions inverses, sont tout de suite hors d'haleine. On ne peut expliquer d'une autre manière ce fait connu : que des chevaux mal nourris, inférieurs comme race, à conformation extérieure tout à fait défectueuse, sont néanmoins infatigables en dépit de tout. H y a aussi la question de l'atavisme de la force. Certains sujets peuvent bien transmettre à leurs enfants la taille et d'autres qualités physiques d'ordre secondaire, mais, n'étant pas entraînés eux-mêmes et n'ayant pas développé leur énergie musculaire, ils ne peuvent communiquer à leur descendance cette aptitude à devenir des gymnastes ou des athlètes accomplis.

Quoi qu'il en soit, voici en quelques mots ce que l'expérience m'a appris touchant l'aptitude variable de chacun à s'entraîner.

1" J'ai vu des sujets de haute taille, ceux que dans le monde on appelle de beaux hommes, venir au gymnase et ne pouvoir jamais, malgré leurs efforts, arriver à soulever le 90. Au simple examen, leur infériorité physique était notoire. Ils avaient les membres grêles, le ventre proéminent, la poitrine étroite, de la graisse sous la peau; ceux-là étaient par avance condamnés à ne jamais devenir forts, d'autant plus que leur volonté était toujours en rapport avec leur faiblesse corporelle.

2° Dans une autre catégorie, on trouve des individus presque aussi mal conformés, mais ayant une plus

INÉGALE APTITUDE DES SUJETS A s'EiNTRAINER 235

grande énergie; ceux-l^â ont d«?s « nerfs », sont capables de s'entraîner, mais n'arrivent jamais pourtant à de grands résultats.

3*" Enfin les sujets bien conformés, de taille moyenne, à volonté énergique, arrivent à vaincre toutes les difficultés. Rien ne leur est impossible. Partis du 70, ils peuvent arriver au 130 à la volée. Ils sont aptes à bien marcher, à courir; ils font facilement du muscle; ce sont « les pur sang » de l'espèce humaine.

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