‹ De l'entraînement complet et expérimental de l'hommeChapitre 28 sur 53 · DE L ESCRIME · texte numérisé non relu

DE L ESCRIME

C'est le sport le plus délicat, le plus brillant, le plus gracieux et qui, chose inappréciable, convient à tous les âges. C'est aussi un exercice complet qui met en action toutes les parties du corps, donne la bonne tenue, Télé* gance et qui, dans une certaine mesure, favorise le développement des muscles des membres inférieurs et des avant-bras, à la condition qu'il soit pratiqué selon certaines règles.

Je ne parlerai pas de ces règles, car c'est un volume spécial qu'il faudrait écrire pour développer chacun des sports que je recommande. Je dirai seulement, d'une manière générale, qu'il est surtout nécessaire d'avoir, sous les armes, une tenue irréprochable, à savoir : les épaules bien effacées, exactement à la même hauteur! les jambes bien écartées formant ensemble un angle très droit, enfin les deux talons placés sur la même ligne diagonale d'un rectangle mesurant sur un de ses grands côtés deux fois environ la longueur du pied De plus, il ne faut pas oublier de faire, comme toujours, travailler également les deux bras, sous peine de voir se produire un inégal développement dans les différentes parties du corps.

Pour mieux encore fortifier les muscles de l'avant-bras on pourra de temps en temps se servir d'épées lourdes qui feront paraître, dans les assauts que l'on fournira

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par la suite, les fleurets plus légers. On imitera en cela nos ancêtres les Gaulois.

M Nus jusqu'aux reins, brandissant

» De larges glaives, longs et lourds, d'un bras puissant •».

Tout Teffort de Tescrimeur tend k produire de la vitesse pour l'attaque ou la riposte; aussi tous les muscles sans exception entrent-ils en jeu pendant les différentes phases de Tassaut : feinte, rassemblement, etc.

Ajoutons que cet effort (plutôt nerveux que veineux) ne se produit qu'à de certains intervalles, ce qui laisse aux muscles le temps de se reposer.

C'est donc, au point de vue physiologique, un exercice parfait qui met surtout à contribution le train inférieur tout en ne laissant pas la partie supérieure du corps inactive.

M. Borderie, avocat à la cour de Bordeaux, amateur passionné et distingué de la lame, a bien voulu me communiquer à ce sujet ses appréciations, si justes et si bien pensées que je tiens à les placer sous les yeux du lecteur. Les voici :

« L'escrime, dit-il, est un art difficile qui ne s'apprend » point par la lecture de manuels théoriques, et qui » exige du débutant un labeur assidu et très long, sous » la direction de bons professeurs.

» Au bout de quelques années, le travail est encore » indispensable, pour maintenir ou accroître la force » acquise, mais, si grand qu'il soit, il ne suffit pas tou- » jours, car si on naît poète, on naît aussi tireur.

» Les qualités si étonnantes des Mérignac père et fils, » des Sauze, des Kirschoffer, des Rué, des Rossignol , etc. , » ont été développées, mais non créées par la pratique » des armes.

» Au point de vue physique, les avantages de cet M exercice sont nombreux el incoiîtcstablos; Tcscrime

» est en effet le remède souverain de Tobésité, de la )> neurasthénie, Tantidote des rhumatismes. Elle produit, » augmente et entretient l'endurance, Ténergie, Télasti- » cité du corps tout entier.

» Or, ne l'oublions pas, la souplesse est encore pré- » férable à la force, parce qu'elle survit à celle-ci.

w L'athlète, en effet, pourra moins, dans Tôge mûr, se » livrer sans danger aux exercices violents de la lutte )) et de la gymnastique; Tescrimeur, devenu vieux, » pourra « faire des armes » et si la détente de son » jarret est moins rapide, il aura en revanche cette n expérience et ce jugement qui le rendront toujours un » adversaire redoutable.

» Combien d'exemples pourrions-nous citer? Personne » n'ignore que M. Legouvé, membre de l'Académie » française et nonagénaire depuis plus de quatre ans, » continue à fréquenter la salle d'armes !

» A Bordeaux, nous voyons un excellent professeur, » M. Goût, malgré ses 85 ans bien sonnés, donner » encore des leçons et ne pas redouter les assauts de » ses élèves.

» Au point de vue moral, l'escrime amène cet heu- » reux équilibre du corps et de l'esprit, elle décuple la » puissance de la volonté, et ce n'est point là un résul- » tat à dédaigner dans notre société « de débiles » où » les arts, le commerce et l'industrie languissent, où » chacun n'ose dire tout ce qu'il pense.

» L'escrimeur, qui se sent à l'abri de l'offense, prend )) confiance en lui-même, il devient patient, — paliens » quia fortis — et n'est point arrogant, car il connaît » les dangers du duel, et se souvient du vieil adage : « Qui porte espée, porte paix ».

» Cet exercice mûrit le caractère, il donne du coup » d'œil, forme et augmente le sang-froid, habitue le » tireur aux luttes courtoises et loyales; il nécessite

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» Teffort continuel du cerveau, car lepée ne doit pas » seulement subir l'impulsion instinctive et mécanique » du feras, mais être animée, conduite en quelque sorte, » par rintelligence de l'escrimeur.

» L'escrime est indispensable pour le soldat :

« La guerre n'est qu'un duel sur une grande échelle », )) a dit Clausewitz, savant professeur à l'Académie de » Berlin, dans son ouvrage « Sur la guerre ».

» Aussi ne faut-il pas s'étonner que cet art soit l'objet » de prédileclion de nos meilleurs généraux.

» Le général LewaI, dans son livre : « L'escrime et ses » obligations nouvelles », s 'ex prime ainsi : « C'est l'uni- » que exercice offrant l'illusion du combat véritable, et » le plus propre à entretenir le goût du métier des » armes, du service militaire, comme à surexciter » les qualités physiques et morales de l'homme de » guerre ».

» La supériorité de la pointe a été souvent démontrée. » Le lieutenant-colonel Dérué, lorsqu'il commandait » l'école de Joinville-le-Pont, fit l'expérience suivante : » — 11 choisit les plus habiles escrimeurs à la baïonnette » et les mit en présence d'adversaires armés de l'épée » ou du sabre droit : l'avantage dans l'assaut resta tou- » jours à ces derniers ».

L'épée triompha encore du sabre recourbé dans une autre épreuve au 6'"' dragons (*).

Enfin disons, pour terminer, que le culte de l'épée est une tradition nationale et^glorieusc de notre pays. A Rome, le Brenn gaulois jeta son glaive dans la balance en proférant les mots célèbres : Vée Victis ! Les prouesses de la a Durandal » de Roland, neveu de Charlemagne, ont été célébrées par l'Arioste. Les Français n'ont pas oublié les exploits accomplis par les épées

(*) L'escrime dans l'armée, par le commandant Dérué.

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de Jeanne d'Arc, de Duguesclin, de Bayard, et plus près de- nous par celles de Lassalle, Murât, Hoche, Marceau, etc.

Et n'a-t-on pas gardé Thabitude de dire d'un homme courageux qu'il est : Brave comme son épée ?

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