PSYCHO-DYNAMIE DU CHEVAL DE COURSE
l/entralnement que subit le cheval de course n'a pas pour seul objectif le développement du muscle, mais aussi Taccroissement de l'excitabilité nerveuse indispensable pour Teflort, qui est a cérébro-médullaire » autant que musculaire. Plusieurs facteurs concourent à ce résultat : d*abord la nourriture, Tavoine contient un principe très excitant, ensuite la gymnastique spéciale et rémulation. Certains poulains se prêtent très bien à tout ce qu'exigent les dures pratiques de l'entraînement, ils ne refusent jamais, ce sont des affirmatifs. Ce sont ceux dont Bulfon a dit : « Ils se livrent sans réserve, ne se refusent à rien, servent de toutes leurs forces, s'excèdent et même meurent pour mieux obéir ». D'autres au contraire finissent par se dégoûter ; on peut classer ces derniers dans les impulsifs devenus rétifs. Dégoûter un cheval est en effet un cas qui se voit très souvent à lentrainement; les meilleurs poulains finissent par ne plus vouloir s'employer et par prendre en horreur tout ce (|ui ressemble à une piste, car l'effort demandé certain jour est si violent pour eux qu'ils hésitent à le réitérer. Mais, chose bizarre, l'on voit souvent des chevaux rebutés en plat qui réussissent fort bien sur les obstacles. Pourquoi? On serait alors en droit de se demander s'ils sont attirés par la vue de l'obstacle ou la variété des sauts ; ou si c'est que l'animal sent très bien qu'en sautant le train est coupé et que par là même on lui demande un effort bien moins soutenu. Je ne peux m'empêcher de comparer cet état nerveux du cheval dégoûté à celui de l'homme qui, au début de l'entraînement, veut essayer de soulever des poids trop lourds, au-dessus de ses forces. J'ai vu beaucoup de jeunes gens venir, pleins d'ardeur, au gymnase et fascinés par
les poids que nous soulevions, s'épuiser en vains efforts sur des grosses haltères. L'effet était immédiat, ils ne revenaient plus à Tentraînement; ils disparaissaient à tout jamais, ils avaient été eux aussi dégoûtés. Aussi je recommande toujours de ne toucher aux poids que lorsque les muscles ont bien été fortifiés depuis longtemps par un exercice régulier. Quant à moi, j'ai fait pendant plus de trois ans de la gymnastique avant de songer à soulever de la fonte.
Le cheval de course qui a résisté au claquage, qui n'a pas été dégoûté, dont les muscles, le cœur et les poumons sont parfaitement en forme ; le cheval de course « réussi M en un mot, lorsqu'il arrive sur la piste pour disputer le prix de la course, se fait généralement remarquer par un air calme, qui contraste avec la nervosité excessive des chevaux bien nourris, mais qui ne font pas un exercice suffisant. Dans le cheval de course, la sédation nerveuse provient de l'équilibre parfait qui existe entre toutes les fonctions de Torganismo. Toute la machine animale est mise au point, à ce point précis, particulier, que donne Tentraînement et qui fait que le cheval n'est pour ainsi dire qu'un muscle relié à la moelle par des nerfs très excitables, mais seulement pour la fonction locomotrice poussée au summun.
Cependant les facultés mentales du cheval de course ne sont pas totalement anéanties et le cheval sur l'hippodrome, comme au cirque, comme dans la carrière présente une « cérébralité » variable selon chaque individu. Ici je cède la parole à M. de Saint-Albin (Les courses de chevaux en France, chap. V, p. 159) : « Il y a une grande différence souvent entre les résultats constatés h l'entraînement et les résultats constatés sur l'hippodrome. Un cheval de dourse, la plupart du temps, ne se révèle réellement qu'après avoir paru eu public. Le travail à l'entraînement, c'est le conserva-
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toire ; la course, c'est le feu de la rampe qu'on n'obtient qu'au théâtre.
» Les chevaux sont un peu des comédiens ; il y en a que la foule électrise, il y en a d'autres qu'elle aplatit. Vous trouvez des animaux d'un caractère étonnant, comme Achille^ toujours gais, toujours contents et toujours aussi courageux après douze épreuves où les plus ardents lutteurs laisseraient leur moral.
» D'autres animaux, comme Sans Pew\ se présentent sur le champ de course dans des conditions différentes, impossibles à prévoir. Tantôt ils vont au poteau de départ parfaitement calmes et disposés à s'employer; tantôt ils paraissent sur la piste en proie à un énervement inexplicable. La sueur les inonde au bout d'un simple canter et alors autant vaudrait les faire rentrer, sans même les conduire sous les ordres du starter ».
C'est absolument la même chose pour le cirque; et j'avoue que si j'ai toujours si bien réussi en public avec Germinal^ c'est que mon étalon aime la foule, le bruit et est un « passionné de la musique ». Aussi, loin d'en être effrayé, il écoute avec plaisir les cuivres de l'orchestre et recueille les bravos avec la satisfaction d'une prima-dona fêtée par ses admirateurs.
Je ne terminerai pas ce livre sans assurer le lecteur de ma persévérance inlassable pour la réhabilitation de l'intelligence de notre serviteur et ami : le cheval, et la continuation des recherches psychologiques que je poursuis.
Je n'ai rien dit du canotage, que j'ai cependant pratiqué de longues années, pour ne pas faire dégénérer cet ouvrage en encyclopédie ; ni de la chasse, sport récréatif, véritable remède du « spleen », qui développe la santé générale, le coup d'œil et la précision dans une
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large mesure parce qae là, je me suis trouvé arrêté par le dégoût du massacre.
Il sied mal, en e£Fet, à celui qui aime et observe la nature et les hôtes qui la peuplent, de prendre pour passe- temps une « cible vivante ». Tout en reconnaissant la nécessité de la destruction des animaux nuisibles et de ceux dont la prodigieuse fécondité serait vite menaçante pour l'homme; tout en admettant, pour le sauvage ou Têtre affamé, Turgence de chasser pour subvenir à ses besoins, je pense qu'on ne doit user de ce droit qu'avec une grande circonspection et je ne puis comprendre que, pour le plaisir d'établir un record, on dispose, après un bon repas et en manière de récréation, de la vie d'un innocent chanteur, d'un chevreuil ou d'une biche éplorée!
Sa bruyère Tattend ; ses faons sont nouveau-nés !
Les partisans nombreux de ce sport pratique et gastronomique me taxeront peut-être d'avoir une ridicule sensiblerie, je me contenterai de répondre en leur citant ce vers de notre immortel Hugo, doublement bien placé dans la bouche de celui qui pratique la médecine :
Ayons la vie et non la mort dans notre main !
Décembre 1901. Les Rouhet, près Monségur.
A Monsieur le Docteur ROUHET
Très respectueusement.
Rh bien, ce livre lu, que penses-tu lecteur De cet enthousiasme et de cette science ? N'est-ce pas ton avis qu'on goûte cet auteur Qui n*a jamais écrit qu'après expérience ?
Par sa méthode, fort comme un gladiateur, Et vrai modèle d'esthétique et de puissance, Combien nous sommes loin du classique docteur, Qui sur quelque grimoire appuie sa compétence !
Tu l'admirerais mieux si tu le pouvais voir Jongler de poids de fer, ou sur son cheval noir Palader comme un enchanteur d'un tout autre âge ;
Quand il déclame, il prend les yeux, l'esprit, le cœur;
Tu frémirais à sa voix sombre de charmeur
Et voudrais comme moi venir lui rendre hommage.
Jean Marguery.