L. II. FARABEUF
in 2015
https://archive.org/details/b22298046
Après avoir mis la dernière main à ce travail je suis épouvanté moins de ce que j’ai fait que de ce qui me reste à faire. Enfermé dans un sujet immense, j’ai dù faire face de tous côtés, mais je ne me dissimule pas la faiblesse de mes remparts, et les nombreux points favorables à l’assaillant.
J’avais d’abord eu la pensée de traiter seulement des épithéliums en général, mais le premier mot du titre qui m’avait été imposé, me fit croire qu’on me demandait plus. J’ai donc essayé d’entrer dans les détails de la question, mais je sens aujourd’hui que j’aurais eu tout avantage à réserver mon temps pour l’étude générale des épithéliums.
Je voudrais exposer ici, non pas mon plan que chacun saisira facilement, mais les raisons qui me l’ont fait adopter.
D’abord, j’ai rejeté l’étude de l’épiderme à la fin ; non pas pour le sacrifier, on le verra du reste, mais pour rester méthodique et ne pas séparer ce qui doit être uni.
Ensuite, j’ai compris que sous le nom d’épithéliums, il s’agissait de membranes et non d’éléments. À ce propos, je ferai remarquer la confusion de langage qui règne dans presque tous les écrits consultés, entre deux mots exprimant deux choses aussi différentes que le tout et la partie, le tissu et l’élément. Je me suis efforcé de ne pas tomber dans cet écueil.
L’étude que j’avais à faire, touche en particulier a la plupart (les sujets d’anatomie et de physiologie ; et de plus, elle confine aux
questions de doctrines les plus controversées.
Qu’est-ce qu’on doit entendre par le mot épithélium ? Comment
naissent les cellules épithéliales et comment se multiplient-elles ! Comment se nourrissent les épithéliums?
La première de ces questions, je l’ai résolue contre llis qui divise les membranes épithéliales en deux classes les endothéliums et les épithéliums suivant qu’elles naissent du feuillet intermédiaire ou des autres feuillets du blastoderme. J’avais pour moi de grandes autorités et qui plus est, des faits, comme on le verra plus loin.
11 eut été intéressant de suivre l’évolution des épithéliums depuis la formation du blastoderme jusqu’à la naissance. Avec les données de la science actuelle sur ce chapitre, on comprendra que je l’aie né-
gligé.
Comment naissent les épithéliums ? Ici je me trouve en face des deux théories de la genèse et de la prolifération. Si genèse signifie seulement génération spontanée, et prolifération multiplication par segmentation, les deux théories sont inconciliables.
A mon avis, il n’en est point ainsi. On verra que j’ai employé le mot prolifération dans son sens le plus large à savoir multiplication, quel que soit le processus. Quel que soit le mode de la génération, le résultat est le même : la multiplication des êtres.
Je me suis servi du mot retour à l’état embryonnaire en l’élargissant parallèlement. Car s’il est vrai que des cellules adultes ou vieilles peuvent accidentellement retrouver une espèce de virilité qui leur permette de se multiplier, le lait n’en est pas moins exceptionnel pour un grand nombre d’éléments épithéliaux.
Après la desquamation, si les éléments nouveaux sont embryonnaires, ce n’est point par retour, c’est par progrès : ce sont les éléments de la nouvelle génération qui sont embryonnaires.
Les deux théories concernant la production des éléments épithéliaux interviennent encore pour expliquer leur nutrition.
De l’ancienne Faculté de Strasbourg sont sortis de nombreux travaux sur la physiologie des épithéliums, la plupart, sinon tous, inspirés par un homme dont le beau caractère et la grande originalité, viennent pour ainsi dire de nous être révélés. Les élèves de Küss, réfugiés au milieu de nous et fraternellement accueillis, se sont empressés de faire revivre pour sa mémoire et à notre grand avantage, l’enseignement de leur maître préféré. J’ai bien regretté de n’être pas initié depuis longtemps aux idées de cet esprit original ; comme j'ai regretté d’un autre côté, que les circonstances m’aient interdit l’accès d’une source où j’aurais, en d’autres temps, trouvé tant de choses concernant mon sujet.
Ivüss et ses élèves, Billet, Bédoin, Lahillonne, font du globule épithélial un être qui vit et se reproduit d’une manière indépendante, tantôt aux dépens de la membrane, tantôt aux dépens du milieu qui baigne l’épithélium.
I tobin, au contraire, et son école (Cabadé, Taule, Clémenceau), sacrifient le globule; ce n’est plus qu’un produit du blastème, produit lui-même d’une membrane ou d’un tissu sous-jacent.
La cellule épithéliale est probablement et moins libre et moins indépendante. Pourquoi ne serait-elle pas comme un végétal vivant à la lois et du sol et de l’athmosphère ?
Est-ce que les épithéliums ne ressentent pas comme la plante les influences salutaires ou pernicieuses des milieux avec lesquels ils sont en rapport?
Si la membrane sous-épithéliale est chargée de préparer les aliments des cellules, ne voyons-nous pas l’humus jouer un rôle semblable en faveur des racines de l’arbre? Cependant, cet arbre recèle une force d’assimilation et de désassimilation personnelle. Il se reproduit par semis et par boutures; transplanté, il continue à vivre.
Les éléments épithéliaüx, eux aussi, peuvent être transplantés, eüx aussi, dans le jeune àge$ se multiplient par segmentation. Pourquoi ne donneraient-ils pas de graines?
Nous ne savons rien de précis là-dessus, mais il ne me parait pas déraisonnable1 de porter son esprit vers ces questions.
Pour ce qui regarde l’ordre adopté dans ce travail, je renvoie cà la table analytique que j’ai dressée pour la commodité du lecteur et l’agrément de mes argumenlatours.
Parmi lus ligures contenues dans cette thèse, les unes sont tirées des ouvrages de Kôlliker et de l'rey ; je les dois à l’obligeance désintéressée de MM. Masson et Savy -, les autres m’ont été prêtées par M, Ranvier, elles sont inédites et regardent les épithéliums des séreuses et du tissu conjonctif. M. Mierzejiesky m’a communiqué un très-beau dessin représentant l’épithélium épeudymaire. Enfin, j’ai emprunté aussi aux dessins préparés par M. Hénocque pour notre Traité d'anatomie.