‹ De l'Épididymite syphilitique: tertiaireChapitre 8 sur 26 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(Et, Rollet, ArcA. prov. de chir., 1893.

Syphilis tertiaire : Ostéomyélite gommeuse du cubitus gauche. — Syphilides tuberculo-ulcéreuses. — Epididymite syphilitique tertiaire droite. — Chancre en août 1891.

R... M..., Eugène, trente-six ans, maçon, né à Sèvres, entre à l'hôpital de l'Antiquaille (clinique de M. le professeur Gailleton, suppléé par M. Et. Rollet, professeur agrégé), salle Sainte- Camille, n° 16, le 19 décembre 1892.

Rien du côté des antécédents héréditaires. Homme surmené. Pérégrinations entre Paris, Lyon, Marseille, Lyon.

En août 1891, il entre dans le service de M. Mauriac, à l’hôpital du Midi. Quelques jours après, douleurs en urinant, écoulement blanchâtre, phimosis inflammatoire. Les balsamiques et les injections sous-préputiales font disparaître l'écoulement et la douleur. Mais le phimosis persiste; le malade quitte le service malgré M. Mauriac qui lui assure qu’il y a quelque chose caché sous le prépuce, En effet, quelques jours après, résolution du phimosis, apparition de l’ulcération chancreuse, En septembre, céphalie, alopécie, roséole généralisée.

En mai 1892, boutons aux régions anale et fessière.

À son entrée dans le service, on constate :

À la nuque et aux épaules, macules pigmentaires d’un rouge clair. Démangeaisons, traces de grattage. C’est un prurigo pédiculaire. Syphilides tuberculo-ulcéro-croûteuses sur le thorax, le bras droit, la partie interne de la jambe gauche, Lésions cireulaires ou ovalaires de la largeur d’une pièce de 5 francs; peau d’un brun cuivré. Gros bourrelets avec nodosités crevassées, :

— loi

pertes de substance en différents points. Le derme est attaqué dans toute son épaisseur ; infiltration des bords des vulcérations, liquide ichoreux, croûtes recouvrant les surfaces ulcérées. Mêmes lésions dans l'hypocondre gauche.

A la partie inférieure et postérieure de la jambe droite, ulcération profonde, circulaire; bords taillés à pic, auréole périphérique rougeâtre avec détritus de couleur jaune. Rien à la face ; dans la bouche, pas de plaques muqueuses.

Dans la région supéro-externe de l’avant-bras gauche, tuméfaction du volume d'une mandarine, manifestement fluctuante, sans modifications du côté de la peau, A ce niveau, douleurs ostéocopes très intenses, surtout nocturnes. La palpation et la pression ne révèlent aucune douleur. La tuméfaction adhère profondément au cubitus dans son tiers supérieur,

Il s'agit d'une ostéomyélite gommeuse circonstrite du cubitus,

Le malade se présente dans le service à cause des douleurs intenses qu’il ressent dans les hourses, du côté droit. Elles ont débuté brusquement et forcé le malade à suspendre son travail. Les enveloppes scrotales, surtout à droite, sont tuméfiées, mais la peau a sa couleur normale. Pas de liquide dans la vaginale, à droite, Epididyme volumineux; la tête et la queue présentent un noyau de la grosseur d’une petite noix; le corps a le volume d’un doigt annulaire d'homme adulte. La consistance est ferme ; nodosités dures, mais pas de sensation ligneuse ou cartilagineuse. L’épididyme entier peut être facilement détaché du testicule Il est très douloureux, douleurs spontanées et provoquées. Testicule absolument sain : volume normal, consistance habituelle, sensibilité spéciale conservée. Douleurs irradiées au niveau du cordon.

À gauche, le testicule et l’épididyme sont sains.

Pas le moindre écoulement urétral, Cicatrice assez étendue sur la face muqueuse du prépuce à droite. Adénopathies multiples.

On prescrit : iodure de potassium, 4 grammes; frictions d’onguent napolitain.

24 décembre. — Le malade a été présenté hier aux élèves de la

er

Clinique. La peau, en raison des examens répétés, est rouge, tendue, prête à s’ulcérer.

9 janvier. — £a peau a repris sa couleur normale à l’avantbras gauche ; la gomme osseuse à considérablement diminué. Les syphilides disséminées disparaissent, L’épididymite ne cause plus de douleurs ; diminution très notable de l’engorgement.

16 janvier. — La gomme osseuse a le volume d’une noix, L’épididyme est très peu sensible, La tuméfaction du corps a disparu ; à la tête et à la queue, noyaux du volume d’un haricot.

Iodure de potassium, 6 grammes. Emplâtre de Vigo sur les syphilides.

13 janvier. — L’épididyme droit a son volume normal. Tuméfaction osseuse disparue.

1% février, — Rien au testicule. Epididyme droit indolent ; on le délimite sous forme d’un petit ruban uniforme coiffant letesticule, Périostose irrégulière donnant la sensation d’une rugosité superficielle au tiers supérieur du cubitus. Les syphilides disséminées laissent une cicatrice rougeâtre. Exeat.

OBSERVATION II (personnelle),

(Due à l’obligeance de M. le professeur agrégé. Et. Rollet.)

Chancre en 1884. — En 1894 : gomme ulcérée du gland. — Syphilose pulmonaire. — Epididymite aiguë.— Induration totale. — Vaginalite.

Joseph H..., quarante et un ans, meunier. Entre le 13 avril 1894, à l’Antiquaille, service de M. le professeur Gailleton,

En 1884, ulcération du gland qui a persisté pendant trois mois. Avant la guérison de cette première ulcération et deux mois .après son apparition, le malade a présenté des boutons et des lésions humides à la fesse et à l’anus, des plaques muqueuses dans la bouche et la gorge, de la céphalée. Soigné à cette.époque par un docteur de Villefranche, il se soumit ensuite pendant deux ans au traitement ioduré des équinoxes,

En 1889, blennorragie ayant duré trois mois et compliquée d’épididymo-orchite gauche.

En 1892, légère urétrite dissipée au bout de quelques jours.

Aucune manifestation spécifique jusqu’en février 1894. A cette époque, apparition sur la partie dorsale de la couronne du gland d’une petite tuméfaction dure, peu douloureuse, qui, lentement est parvenue à J'ulcération. |

Il y a trois semaines, la bourse gauche est devenue douloureuse tuméfiée (le malade ne présentant aucun écoulement urétral).

La douleur, supportable pendant le repos s’exagérait par la marche et la station debout. Aucun traitement. Pas de suspensoir.

Le malade a considérablement maigri depuis quelques mois, il tousse et a eu de fréquentes hémoptysies.

C'est un individu surmené surtout au point de vue génital.

Actuellement (13 avril) l’ulcération du gland persiste toujours. C'est une perte de substance taillée à l'emporte -pièce, indolore, sans base indurée, Le fond en est purulent, recouvert d’une sécrétion jaune doré.

Du côté des bourses, en avant et à gauche, épanchement dans la vaginale, l’épididyme du même côté est gros, noueux dans sa totalité et il est le siège de vives douleurs spontanées et provoquées,

L’épanchement de la vaginale empêche de se rendre un compte exact de l’état du testicule.

A droite, testicule et épididyme sains,

Le malade tousse fréquemment, ses hémoptysies se produisent encore presque journellement. Cependant, l'examen du poumon ne révèle aucune lésion bacillaire,

On hésite à se prononcer sur la nature de ces lésions, MM. Gail- ‘ leton et Rollet songent à des manifestations tuberculeuses.

On essaye le traitement antisyphilitique. Iodure de potassium, 4 grammes. Frictions à l'onguent napolitain. Suspensoir.

20 avril. — L’épanchement de la vaginale a notablement diminué et permet un examen méthodique de la glande, Le testicule est absolument sain. On l’isole aisément de l'épididyme qui est volumineux, irrégulier, douloureux.

Au bout de quinze ou vingt jours l’alcération du gland a com-

he plètement disparu. Résolution de l’épididymite, l'organe se sent nettement comme un petit ruban coiffant le testicule.

Etat général excellent. Le malade prend de l'embompoint. Les hémoptysies se réduisent à quelques filets de sang dans les crachats.

22 mai. — Le malade quitte le service complètement guéri.

M. Et. Rollef l’a revu le 24 juillet en excellente santé.

Nous nous permettons ici de faire ressortir le haut intérêt clinique que nous offre cette deuxième observation. En même temps qu’elle nous montre la grande puissance curative des médicaments spécifiques, elle met en évidence la nécessité de poser d’une façon ferme le diagnostic de la lésion qui nous occupe.

Voici un individu porteur d’une ulcération qui n’a d’une facon nette ni les caractères du chancre mou, ni ceux d’une gomme, ni ceux d’une lésion tuberculeuse ; ce malade à beaucoup maigri, tousse, crache du sang et enfin présente une induration totale de son épididyme. A quoi songer ? À une lésion gonococcienne ? Le malade n’a pas eu d'écoulement depuis deux ans, À une épididymite secondaire? Mais nous sommes en pleine période tertiaire. Reste une dernière hypothèse, celle de tuberculose génitale et pulmonaire. Alors c’est soumettre le malade, et dans l’espèce sans aucun résultat, au traitement créosoté, à l’huile de foie de morue, et peut-être aussi c’est lui enlever un organe dont plus tard il déplorera l'absence. Mais pour quiconque connaît la localisation possible de la syphilis tertiaire aussi bien à l’épididyme qu’au poumon, l'épreuve du traitement anti-syphilitique sera suivi du succès le plus complet,

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