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Histoire de la maladie. — Le 21 décembre 1899, Emile P... était occupé à soigner son cheval lorsque celui-ci lui
lance une ruade qui l’atteint au côté droit de la tête et l’étend sans connaissance.
Transporté sur le champ à l'hôpital dans un état comateux, en résolution musculaire complète, la tête ensanglantée, il est admis immédiatement par le Docteur Pasturaud, médecin en chef de l'hôpital d’Etampes, qui a bien voulu nous communiquer son observalion et qui constata ce qui suit :
« Le frontal droit était enfoncé sur une étendue assez considérable ct il n’y avait qu'une plaiv de tête de quelques centimètres Le blessé était dans un état comateux dont on le sortait avee peine et avait une hémiplégie gauche. »
Le surlendemain, aucune modification n’étant survenue daus l’état du malade, l’opportunité d’une intervention devint évidente et la craniectomie fut décidée. La trépanation « eut lieu le 31 décembre 1893. Après uacincision en T, nous écrit M. le D' Pasturaud, et le cuir chevelu relevé, j'ai enlevé le fragment enfoncé dans la substance cérébrale. Ce fragment était plus grand qu'une pièce de5fr. J'ai trouvé au dessous un gros caillot sanguin qui a été enlevé : la loge qui le contenait lavée… à l’eau bouillie, j'ai rempli toute la cavité avec un tampon de gaze iodoformée et j'ai réuni ou plutôt j'ai rapproché les lèvres de la plaie, en laissant une ouverture suffisante pour faire le pansement. Pansement sec ordinaire qui a été renouvelé après 7 ou 8 jours. Pas de tem: pérature. »
Le malade reste pendant 15 jours sans connaissance, plongé dans la stupeur ; alimentation très pénible : l’hémi-
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plégie persiste, la main et le pouce gauche surtout sont paralysés. Au commencement de la troisième semaine, Emile P.... revient à lui, il se trouve complètement étonné, ignore ce qu'il fait en ce moment à l'hôpital, ne se rappelle plus les circonstances qui l'y ont conduit. 11 ne sent même pas qu'il a une plaie et se demande pourquoi il a la tête enveloppée d'un |ansement ! Il commence à manger et à reprendre ses forces : son hémiplégic tend à disparaître insensiblement et en février, encore faible et paralysé, mais guéri de son opération, il quitte l'hôpital.
Après un mois de repos, il essaie de se remettre au travail quoique bien gêné, lorsque un dimanche du mois de juin, au cours d'une promenade, il a un éblouissement, un étourdissement el tombe brusquement sans connaissance. Pas de convulsions, pas d'écume, pas de cri. Quelques instants après il se relève, n’attache aucune importance à son accident, et ie lendemain reprend ses occupations, lorsque 15 jours après, tout d’un coup, sans phénomènes prémonitoires, au milieu de son travail, il pousse un cri, tombe ct après quelques secondes de contracture, le malade présente des convulsions généralisées surtout sensibles à gauche. Ia face est congestionnée, penchée sur l'épaule droite, les yeux convulsés, la langue projetée hors de la bouche, qui laisse écouler une écume sanguinolente. Quand la crise fut termiuée, le malade resta dans un état d'affaissement qui dura une heure ; ses vêtements étaient souillés d'urine et de matières fécales.
Telle est du moins la descriplion que nous à donnée la mére, de la crise convulsive dont a été atteint Emile P...
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et qui correspond sans aucun doute, à une attaque typique d'épilepsie généralisée.
Depuis cette époque, ces attaques se renouvellent assez souvent dans le mois. Dès le début, Emile P... maigrit tout d'un coup de 10 kilogrammes en 20 jours. Il est denenu sombre, taciturne, ne parle pas, la mémoire est amoindrie, sinon pis ; chaque attaque, identique du reste à celle que nous avons décrite, avec perte de connaissance subite, convulsions, coma consécutif et incontinence d'urine, est suivie d’une irrilabilité excessive du caractère. Cependant on ne note pas de päleur subite, ni d'absence, ni de vertige. [’hémiplégie n’a pas régressé et le malade a toujours de l'impotence fonctionnelle de sa main gauche et surtout du pouce. L'appétit est diminué, la sensibilité, surtout dans le membre paralysé, est amoïindrie, les réflexes sont bons, le système digestif et le cœur normaux. Pas d'impulsions, pas d'excitation génitale.
Résumé. — Crises d’épilepsie généralisée survenant six mois après une craniectomie chez un sujet de souche saine, en apparence, mais présentant par-
mi ses ancêtres une vésanique et peut être un éthylyque.
OBSERVATION V (Personnelle)
Recueillie dans le service du Docteur Toupet, médecin des Hôpitaux (Consultation externe de l'hôpital Beaujon).
Au mois d'août 1900, venait nous trouver à la consultation un malheureux chemineau, Abel T..., âgé de 30 ans, qui se plaignait d’être dans un état d’infériorité sociale considérable par suite de crises auxquelles il était en proie depuis deux ans environ à la suite d'une opération qu'il avait subie à la tète en 1898. Voici son histoire :
Antécédents héréditaires. — Père inconnu. 3
Mère vivante, bien portante quoique nerveuse et sujette à des colères violentes, surtout lorsqu'elle a bu. — Fille naturelle elle-même, elle se connait deux sœurs, probablement de pères différents. L'une est morte à 38 ans d'un «transport au cerveau » (?) après une maladie de 6 jours. La seconde vivante encore, âgée de 40 ans environ, se livre à la prostitution et s'adonne à la boisson. — Caractère difficile, violente, a eu un enfant mort de convulsions.
Une sœur âgée de 23 ans a quitté le domici'e maternel à l'âge de 15 ans : on ne sait ce qu’elle est devenue.
Pas de renseignements en ce qui concerne la syphilis.
Antécédents personnels. — Enfance pénible : diarrhée, bronchite, débilité physique « Pour un rien il était malade » Flevé longtemps dans la rue, fut mis à l’école à l'âge de six ans, mais « on né pouvait rien en faire ». Turbulent, indis-
sure
Cipliné, on le retire bientôt pour le mettre en apprentissage chez un plombier.
A dater de cette époque, rien de nouveau dans son existence: santé physique bonne, mais intelligence assez peu développée, puisqu'il n’arriva Jamais à faire un bon ouvrier. Pas de syphilis. Boit quelque peu ! « un demi-setier 3 fois par jour » et « le pousse-café de temps en temps. »
I y à à peu près 2 ans, en avril 1898, il était sur un toit où il travaillait en qualité de garçon couvreur, lorsqu’à la suite d'un faux mouvement il roula et fit une chute de la hauteur d’un troisième étage.
Relevé inanimé et plein de sang, il fut transporté immédiatement sur un brancard à l'Hôtel-Dieu où il fut admis d'urgence. Là, après une toilette minutieuse, on constata chez lui une fracture du crâne, avec enfoncement et esquilles multiples au niveau de la zône rolandique du côté gauche. Concurremment il présentait une plaie contuse et était plongé dans le coma, avec aphasie, respiration stertoreuse, résolution musculaire.
En présence de ce diagnostic, et devant la menace d'accidents plus graves encore, le chirurgien crut devoir recourir à l’opération du trépan. — C'est du moins tous les renseignements que nous avons pu obtenir de la bouche même du malade.
Les suites opératoires furent très simples. La plaie se cicatrisa complètement, le malade revint à lui. Il recouvrait l'appétit et ses forces, bien qu’il fut encore lourd et légèrement hébété, lorsque, brusquement, trois semaines après l'opération, il fut pris un beau matin d’une crise caractéristique d’épilepsie Bravais-Jaksonnienne, type brachio-cépha-
lique qu'il nous décrit ainsi : « Tout d’un coup, avant la visite, je fus pris de fourmillement dans le bras droit, comme si je l'avais plongé dans de l’eau froide, et immédiatement après j'ai perdu connaissance; quand je fus revenu à moi, je me sentis fatigué, j'avais mal à la langue et ma chemise élait mouillée par de l'urine. L'infirmier et divers voisins me direntque j'avais eu une crise qui avait duré une demi-heure environ : j'avais tout d'un coup poussé un soupir, et on m'avait vu sur le lit, mon bras droit plié, raidi, animé de secousses, ainsi que la figure grimaçante; une écume sanglante sortait de ma bouche. Je suis, paraît-il, resté dans cet état pendant cinq minutes, tout contracturé, tout grimaçant, bavant sur moi une salive rouge et puis je me suis endormi. On m'a appris tout cela à mon réveil. »
A dater de ce momént le malade présente assez fréquemmentdes crises de même nature: souvent même la crise se généralise, il pousse un cri, tombe et des convulsions agitent tous ses membres. Mais presque toujours, il sent venir son attaque et l'aura se montre chez lui dans la main et l'avant-bras droit, sous la forme de fourmillements. D’autres fois ses crisessontremplacées par des vertiges, des absences et presque toujours chacunes des manifestations de son affection sont accompagnées d'émission involontaire d'urine.
Examen du malade. — Abel T... est d'une apparence miséreuse, l’air fatigué et un peu hébété. Il présente de l’asymétrie faciale très nette, le crâne est un peu allongé dans le sens antéro-postérieur. Légèrement prognathe. Dentition bonne, mais voûte palatine ogivale. Le crâne présente à la région opérée un léger bourrelet osseux circons-