‹ De L'Épilepsie Consécutive A La TrépanationChapitre 4 sur 12 · MONSIEUR LE PROFESSEUR JOFFROY · texte numérisé non relu

MONSIEUR LE PROFESSEUR JOFFROY

Professeur de pathologie mentale à l'Asile clinique

Chevalier dé la Légion d'honneur

Avant-Propos

Durant les deux années que nous avous passées en qualité d'Interne à l’Asile public d’aliénés du Gers, il nous à certainement été donné d'observer beaucoup de cas d’épilepsie convulsive. Dans la suite pendant le cours de nos études dans les différents services hospitaliers de Paris, nombreux sont également les épileptiques que nous avons non seulement étudiés mais encore contribué à soigner. C’est ainsi que tour à tour nous avons vu appliquer au mal sacré les méthodes les plus récentes telles que celle de Flechsig, la méthode polybromurée, la trépanation. etc.

Tout récemment encore, un de ces malades atteint de crises convulsives se présentait à la consultation externe de l’hôpital Beaujon. Mais son cas spécial attira tout particulièrement notre attention. Notre sujet en effet n’était pas un épileptique ordinaire : ses crises étaient survenues à la suite d’une application de trépan.

Certes jusqu'ici nous connaissions l’épilepsie con-

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sécutive à des traumatismes crâniens, mais nous n’avions pas encore vu de crises convulsives survenir après une opération qui, semble-t-il, était destinée à les guérir.

Ces réflexions nous incitèrent à des recherches.

Justement la thèse du Docteur Truelle avait déjà paru, qui signalait une épilepsie consécutive à une ovariotomie ; le & Traité de l’Epilepsie » tout récent de Gélineau rapportait un cas de crises épileptiques succédant à une extraction dentaire, exemples qui nous permettait de dire que l’épilepsie pouvait fort bien succéder à un traumatisme opératoire.

D'autre part, le Docteur Paon, dans sa thèse d’hier, démontrait, en parlant du traitement de l’épilepsie par la craniectomie, que les résultats de cette méthode n'avaient pas toujours été favorables, et citait quelques observations où les malades étaient loin d'avoir bénéficié du traitement.

Nous pouvions réunir en outre trois observations d'individus absolument dépourvus de crises de mal caduc, qui étaient devenus convulsivants après une trépanation.

Enfin tout récemment, nous lisions un intéressant petit travail, encore inédit du reste, de notre camarade et ami le Docteur Wahl médecin adjoint des asiles d’aliénés, où l’auteur démontrait que don Carlos, fils de Philippe Il, roi d'Espagne, était mort d’épilep-

sie vraisemblablement consécutive à une trépanation.

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Dès lors, il nous parut intéressant d'étudier ce nouveau chapitre de la pathogénie de l’épilepsie et de voir s'il n'existait pas quelque corrélation entre la craniectomie et le mal sacré, névrose consécutive, en un mot de voir si la trépanation ne pouvait pas dans certaines circonstances être la cause de convulsions épileptiques. Et c’est cette étude que nous avons choisie comme sujet de thèse.

Notre travail sera donc très simple. Après un coup d'œil très rapide sur l’histoire de la trépanation, appliquée surtout au traitement du morbus sacer, nous publierons les observations de malades devenus épileptiques à la suite de l’opération du trépan. Dans un troisième paragraphe nous discuterons ces observations et enfin nous tirerons les conclusions qu’elles nous ont suggérées.

Mais avant d’entrer dans le cœur de notre sujet, qu'il nous soit permis d’adresser ici les hommages de notre reconnaissance à tous ceux qui, de près ou de loin,nous ont éclairé de leur science, nous ont aidé de leurs leçons, nous ont soutenu de leurs conseils.

Que tous nos maitres de l'Université de Toulouse et de l'Université de Paris, où nous avons fait tour à tour nos études soient assurés de toute notre gratitude.

Le docteur Nicoulau, médecin en chef de l’Asile d’aliénés de Cadillac (Gironde) dont nous avons été

l’interne, s’est montré pour nous, surtout en de pé-

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nibles circonstances, non seulement un maître, mais un ami dont la bienveillance et les sages conseils ne nous ont jamais fait défaut. Qu'il nous soit donné de l’assurer ici de toute notre amitié.

Le Docteur Paul Garnier, médecin en chef de l’Infirmerie spéciale du Dépôt, dont nous avons été l’élève pendant quelques jours malheureusement trop courts, a toujours été pour nous plein de sollicitude.

Enfin nos remerciements iront aussi aux Docteurs Rochard et Lyot, chirurgiens des Hôpitaux, au Docteur Ravanier, ancien interne des Hôpitaux qui nous ont toujours dirigé dans nos études.

Que Monsieur le Professeur Jofilroy qui a bien voulu accepter la présidence de cette thèse, et aux leçons de qui nous avons fait de si larges emprunts, reçoive ici l'hommage de notre respectueuse recon-

naissance.

Historique

L'origine de l'opération du trépan se perd dans la nuit des temps. Si l’on en croit les travaux très érudits de Prunières, de de Baye, de Broca, les hommes de l’âge préhistorique, ceux de l’époque néolithique connaissaient la trépanation (1). Les anthropologistes ont découvert en effet nombre de crânes, munis de perforations régulièrement faites, sur les côtés ou sur la voùte de l'enveloppe osseuse du cerveau. Ce qui semblerait donner raison aux conclusions de ces savants, c’est que de nos jours encore, certaines peuplades de l'Océanie et quelques tribus de Kabyles connaissent parfaitement l'opération du trépan (2).

Sans vouloir rechercher avec les anthropologistes si l'opération que nos ancêtres faisaient subir aux crânes de leurs contemporains était employée dans un but chirurgical, sans vouloir trouver dans cette opé-

ration l’origine de la tonsure des prêtres de la religion

(1) Dechambre. — Dict. des Sciences médicales, Trépanat. (2) Martin. — Lettres à un confrère, Montpellier, 1867.

catholique ou celle des brahnimes(r),et y voir par conséquent un but d'initiation religieuse, il est certain que la craniectomie est bien antérieure à Hippocrate.

Notre but n'étant pas de raconter l’histoire détaillée de la trépanation non plus que de suivre pas à pas les différentes modifications que traversa l'instrument lui-même pour arriver à être ce qu'il est aujourd’hui, nous dirons simplement que les Grecs se servaient déjà de tarières, bientôt remplacées par la couronne tranchante d'Hippocrate très bien décrite par Celse.

C’est au moyen-âge seulement que nous voyons les médecins se servir de la trépanation pour ( ouvrir la porte à l'esprit » cause des convulsions épileptiques : mais il faut arriver à Chauliac, à Ambroise Paré et à Taxil, en 1603, pour voir les chirurgiens traiter de façon rationnelle les paralysies corticales l’un par le râclage, — tout comme les Océaniens de nos jours ruginent le crâne dans certains cas de névralgies à l’aide d’un morceau de verre (2), — les autres par la trépanation complète ou incomplète.

Après ces essais la trépanation comme traitement de l’épilepsie essentielle tomba peu à peu dans l’oubli et malgré Pott, Dionis et Bichat, qui arrivèrent à donner au trépan sa forme à peu près définitive, et qui

(1 Lucas Championnière. Etude historique et Clinique sur les trép. Paris, 1878. | (2, In Lucas-Championnière, dito,

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préconisèrent l'opération du trépan comme traitement de l’épilepsie symptomatique ; malgré Larrey, Velpeau (1), Denonvilliers (4) et Broca, ce dernier surtout qui, en 1866, parla du traitement du morbus sacer essentiel par la craniectomie ; en butte aux attaques de Gama (3) et surtout de Malgaigne, la trépanation, non-seulement en tant qu'opposée à l’épilepsie, mais la craniectomie en général, fut complètement abandonnée.

De nos jours la question entra dans une phase nouvelle grâte à Lucas Championnière qui, en 1878, fit paraître son « Etude historique et clinique sur la trépanation ». Remise à l'étude à nouveau, devenue moins grave grâce à l’antisepsie, elle était toute indiquée dans certains cas de lésion de l'écorce grise cérébrale. Aussi, eût-eile en Péan, Reynier, Terrier, Chipault, etc., de vigoureux défenseurs. Le docteur Guéniot en parla comme d’« une opération libératrice, qui permettrait à l’encéphale de prendre au moins en partie son expansion naturelle » ; et le professeur Lannelongue (4) le premier appliqua l’opération du trépan, à laquelle il donna son nom de craniec-

tomie, non plus aux idiots, comme il lavait fait pré-

(1) Velpeau. — Thèse de concours.

(2) Denonvilliers. — Compendium de chirurgie. (3) Gama. -— Traité des plaies de têtes et de l’encéphalite, Paris, 1813.

(4) Lannelongue. — Nouv. Icon. de la Salpétrière, 1891. V, Id. Académie des sciences, 1890,

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cédemment, mais aux microcéphales arriérés présentant avec ou sans convulsions épileptiformes, des troubles moteurs ou psychiques. Au cours de ses travaux sur la question,il remarqua que ses malades, qui avaient des crises épileptiques étaient considérablement améliorés, sinon guéris. Dès lors le traitement du mal sacré par la trépanation entrait de nouveau dans la pratique.

L’engouement devint immédiatement extraordinaire. On trépana à outrance tout épileptique et à en croire les statistiques, les résultats étaient surprenants. L'école allemande par exemple avait de 60 à 70 0/0 de guérison.

Mas on ne tarda pas à faire la juste part des choses : naguëre MM. Graf Braun démontrèrent le peu de précision des statistiques et réduisirent le taux des épileptiques guéris par la craniectomie à 4 0o.

Tout récemment encore le docteur Paon, dans sa thèse inaugurale, arriva à prouver que la trépanation en tant qu'opposée à l’épilepsie avait déçu l'espérance que l’on fondait sur elle, qu’elle donnait aux malades un soulagement qui n’était que passager et ne procurait pas de bienfait durable (1). Enfin, nous même avons étudié un malade et réuni plusieurs observations où des crises convulsives survinrent à la suite d’une craniectomie.

(1) Thèse de Paris 1900.

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