‹ De l'epithélioma primitif de la rateChapitre 2 sur 12 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L’hypertrophie de la rate est un phénomène pathologique d’observation commune dans un grand nombre d’états morbides fort différents. Si même on laisse de côté les hypersplénies transitoires, qui sont sous la dépendance de la fièvre typhoïde et des autres pyrexies infectieuses, on voit que l’hypertrophie chronique et persistante de la rate est un symptôme commun à l’infection paludéenne, à la leucocythémie, à la cirrhose du foie et à la plupart des affections cardiaques. Toutes ces hypertrophies spléniques secondaires, si variables d’origine, résultent néanmoins du même processus anatomopathologique dans tous les cas. Quelle que soit la théorie que l’on adopte sur la nature des éléments propres de la rate, qu’on les considère avec Ch. Robin comme des épithéliums nucléaires, ou, avec d’autres histologistes, comme des cellules lymphatiques, tous les auteurs sont d’accord pour attribuer l’hypertrophie de la rate à la prolifération des éléments de la pulpe splénique, précédée d’une période de congestion simple, et accompagnée bientôt, surtout dans les formes indurées, d’un degré variable d’hyperplasie de la trame conjonctive de l’organe.

Mais les notions qui précèdent ne s’appliquent qu’à l’hypersplénie secondaire ou symptomatique; il existe cependant

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certains cas, rares à la vérité, d’hypertrophie primitive ou idiopathique de la rate : or, c’est sur une variété particulière d'hypersplénie idiopathique , dont les caractères histologiques ne sont pas encore connus, que je désire appeler l’attention.

L’observation qui forme la base de ce mémoire a été recueillie à l’hôpital Cochin, dans le service de M. le Dr Bucquoy, que je prie de vouloir bien agréer mes remerciments. Cette observation est relative à une femme atteinte depuis de longues armées d’une hypertrophie énorme de la rate , sans fièvre , sans leucémie sans ascite , et, à l’autopsie de laquelle, l’examen histologique m’a permis de reconnaître une forme spéciale et non encore décrite d’hyperadénie splénique. Cette rate gigan- * tesque présentait à l’œil nu, toutes proportions gardées, la la forme et la couleur d’une rate normale, sa surface était lisse et unie; à première vue, on l’aurait considérée comme une hypertrophie simple, et la nature véritable de la lésion aurait échappé sans l’examen microscopique. Cependant il s’agissait là d’une altération bien singulière : le parenchyme splénique hypertrophié était le siège d'une transformation épithèliomateuse totale.

Je ne sache pas qu’on ait jamais décrit l’épithélioma de la rate ; et, même les exemples authentiques de cancer de la rate sont tellement rares dans la science, que E. Besnier, dans une étude spéciale *, n’a pu en réunir que dix-neuf cas, sur lesquels on trouve quatorze cancers secondaires et seulement cinq cancers primitifs, Les cinq cancers primitifs, pour lesquels, à la vérité, l’examen microscopique paraît avoir été pratiqué, parfois, bien superficiellement, ne renferment pas un seul épithélioma.

Et d’ailleurs, dans le cas présent, il n’est pas question de cancer dans le sens clinique du mot. Cette dégénérescence totale de la rate, à laquelle je donne le nom d’épithéliome,

1. Voir Dict. encyclop. des sciences médic., art. Rate, et J. Grasset. — Mémoire sur le cancer de la rate (1874).

uniquement à cause de ses caractères histologiques, ne présentait aucun des symptômes habituels de la cachexie cancéreuse. 11 ne s’agit pas non plus d’épithélioma propagé ou généralisé, car il n’y avait de tumeur dans aucun autre viscère; et, si l’on admet la dénomination que je propose, l’affection splénique particulière, dont l’étude fait l’objet de ce mémoire, est bien réellement un épithéliome primitif et isolé.

En présence de cette lésion remarquable, j’ai dû rechercher dans les auteurs s’il n’existait pas de cas analogues. Mais la littérature médicale est peu riche en observations de splénopathies, et notamment d’hypertrophies primitives de la rate, indépendantes de la leucocythémie et de l’infection paludéenne1. Je n’ai pu trouver que trois faits qui, au point de vue clinique, présentent une certaine analogie avec celui que j’ai observé; mais comme, dans aucun d’eux, il n’est fait mention d’examen microscopique, leur assimilation ne doit être admise qu’avec une extrême réserve. Ces faits qui appartiennent à MM. Colin, Yigla et Moutard-Martin, sont relatés dans les bulletins de la société médicale des hôpitaux de Paris (24 décembre 1862 2). Dans les trois cas, il s’agit d’hypertrophie primitive et progressive de la rate, à marche assez lente, sans fièvre, sans leucémie, sans ascite. On trouvera le résumé de ces observations à la fin de mon mémoire ; mais, en raison des lacunes considérables qu’elles présentent , on comprendra que je me serve seulement de mon observation personnelle, pour la description clinique de l’épithélioma primitif de la

rate .

Cf* — - E. Besnier, article Rate ( Pathologie ) du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.

— Peltier, thèse de Paris, 1871. — Pathologie de la rate.

— Führer, Gaz. hebdomad. de médecine , 1855, t. II, et 1856, t. IJ I : Des altérations pathologiques de la Date.

— Et Bulletins de la Soc. anatomique de Paris , passim, etc., etc. Il n’est ouestion nulle part des hypertrophies simples et primitives de la R3te.

-• Voir Bull, de la Soc. méd. des hôpitaux de Parisy 1862, t. V, p. 362.

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