‹ De L'Épithélioma: Sur cicatrices de brûluresChapitre 10 sur 33 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(Inédite)

(Prise ans le service de M. le Professeur Dubreuilh).

M. B..., cultivatrice, 32 ans.

Rien à noter dans sa famille.

Vers l’âge de deux ans, elle s’est brûlé la main gauche et la partie ‘droite de la face, mais ses brûlures se sont parfaitement cicatrisées.

Il y a deux ans environ, elle s’est piquée avec un sarment de vigne le dos de la main gauche, en arrière du petit doigt. Cette piqûre n'a cessé d'augmenter malgré la toile-dieu qu’elle y ap-

pliquait.

Etat actuel. — A la face, on trouve du côté droit une cicatrice grande comme une pièce de cinq francs, assez irrégulière, simple et rétractile. Pas de croûtes séniles. Sur la face dorsale de la main gauche, on observe une grande cicatrice très ancienne, assez difficile à délimiter en certains points, parce qu’elle se confond avec l’état sénile de la peau. On y distingue surtout

sur chacun des trois doigts une longue traînée cicatricielle occu-

pant. le côté cubital de la face dorsale, depuis l’ongle jusqu’au mélacarpe, et sur la face dorsale de la main quelques lignes cicatricielles ramifiées, sans épaississement ni dureté. Au niveau de ces traînées, on remarque des sortes de croûtes épidermiques qui les suivent et constituent des squames ou écailles très dures el très adhérentes. Ces squasmes existaient depuis l’enfance el occupaient les endroits où la cicatrice était la plus prononcée. Sur le bord cubital de la face dorsale de la main et sur le trajet d’une bride cicatricielle, se voit une ulcération ovale de 15 millimètres sur 12 millimètres. Le fond est finement mamelonné, ferme, à peu près plan, saignant facilement. Le fond de l’ulcère est un peu surélevé par rapport aux parties voisines de la peau, mais il est dominé par un bord légèrement saillant, irrégulièrement découpé, calleux, recouvert d’écailles épidermiques. |

Tout autour de l’ulcère, un petit bourrelet, à peine saillant, rosé, de consistance dure et fibreuse, sans limitation très nette.

La base de l’ulcère est également dure.

Il s’agit, en somme, d’une ulcération assez superficielle, creusée dans une plaque dure et fibreuse, offrant la consistance du tissu chéloïdien, mal limitée, à peine saillante, occupant toute l’épaisseur de la peau, et parfaitement mobile sur les parties profondes. Cette lésion est le siège de quelques élancements douloureux. Elle a débulc il y a deux ans, et depuis, a toujours évolué.

Il s’agit évidemment d’un néoplasme, en raison de la plaque infiltréc dans laquelle est creusée l’ulcération. Sa persistance el son accroissement progressif depuis deux ans éliminent une simple plaie à guérison torpide, On n’y trouve aucun des caractères de la tuberculose verruqueuse, aucun état papillaire des bords, l’ulcération est unique ; pas de suppuration, consistance ferme de la surface ulcérée.

Aucune analogie avec une lésion syphilitique. Il faut admettre un épithélioma sur cicatrice, d'autant plus que les brides cicatricielles voisines présentent des altérations épidermiques sous forme de petites plaques hyperkératosiques, adhérentes, tout à fait analogues aux croûtes séniles de Ia main, et qui ont été probablement le début de lépithélioma.

Traitement: excision.

La malade part guérie, et na pas été revue depuis.

OBSERVATION II (Inédite)

(Prise dans le service de M. le Professeur Dubreuilh).

J. B..., 26 ans, née à St-Macaire (Gironde).

Parents vivants: n’ont pas de kératose sénile de la face.

Pendant la première enfance, elle s’est brûlée plusieurs fois en tombant dans le feu, de sorte que tout la pourtour de la bouche, le menton, la partie inférieure de la joue droite, sont occupés par par une large cicatrice, souple, mais irrégulière et bridée, rétrécissant l’orifice buccal. Cette cicatrice est du reste aussi hâlée que le reste de la face, qui est d’un rouge cuivré intense. Il y a quatre ans, la malade a remarqué un petit bouton croûteux sur la lèvre supérieure à gauche, en un point occupé par la cicatrice. Dès le début, il s'agissait d’une petite croûte qui s’arrachait facilement et saignait. La lésion était un peu douloureuse. Elle a depuis grandi avec les mêmes caractères des lésions croûteuses sans avoir jamais subi aucun traitement.

Actuellement, le côté de la lèvre supérieure est occupé par un petit groupe de croûtes brunes ou noires inégalement épaisses, couvrant une largeur de 15 millimètres sur 10 millimètres de hauteur. La lésion s'étend sur le bord libre de la lèvre, qui est ulcéré, rose, mamelonné, et s'arrête brusquement à l'union du bord libre avec la face muqueuse, par un bord net mais sans dureté ni bourrelet.

La partie muqueuse de la lèvre supérieure est intacte, bien qu’elle soit en contact avec des dents ébréchées, très pointues et

Por

tranchantes, sur lesquelles elle est appliquée par le rétrécissement et la tension de la lèvre.

Il n'y a pas de tuméfaction de la lèvre, pas de bourrelet à la palpation, qui est assez difficile à cause du rétrécissement de l’orifice buccal. On trouve une induration localisée, mais pas de tumeur. Sur le bord libre, la surface ulcérée est finement mamelonnée, rose, saignant au moindre contact et très douloureuse. Du côté de la peau, on trouve sous les croûtes une surface rosée, lisse, avec quelques inégalités, sans apparence d’ulcération, mais humide, très douloureuse, ferme au toucher, sans dureté li-

gneuse, et saignant au moindre contact. Pas de ganglions.

Il s’agit évidemment d’un épithélioma.

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