De l'épithélium pulmonaire
La Faculté a arrêté que les opinions émises dans les dissertations qui lui sont présentées, doivent être considérées comme propres à leurs auteurs, et qu’elle n’entend ni les approuver ni les improuver .
DE
L’épithélium pulmonaire est le revêtement interne des vésicules aériennes.
L’anatomie normale de cette membrane forme le sujet de la dissertation que nous présentons à nos juges. Donner les preuves de l’existence d’un épithélium pulmonaire continu chez tous les vertébrés, voilà notre but.
L’épithélium pulmonaire nous offre un des exemples les plus frappants de la difficulté extrême que présente l’étude histologique de certains tissus, et en même temps de la facilité avec laquelle beaucoup d’observateurs, parlant d’une idée préconçue, admettent comme vrais des faits mal observés, pourvu qu’ils soient en harmonie avec leurs théories.
Dans presque tous les traités d’anatomie, publiés en France dans ces derniers temps, les auteurs mentionnent plus ou moins brièvement le revêtement interne des vésicules pulmonaires. Quelques-uns consacrent même trois ou quatre lignes à sa description , indiquent la forme des cellules épithéliales, leurs dimensions etc. Il y en a même à qui l’on serait en droit de reprocher une précision exagérée; ainsi Bourgery donne les dimensions de ces cellules en longueur et en épaiseur à un dix-millième de millimètre près !
Les anatomo-pathologistes, partisans de la théorie cellulaire, vont s. i
encore plus loin. Ils décrivent parfaitement les transformations des cellules épithéliales dans les différentes maladies qui affectent le parenchyme pulmonaire 1.
Hypertrophie et dégénérescence graisseuse dans le premier degré d’irritation inflammatoire. Multiplication des noyaux et formation de jeunes cellules, qu’on appellera globules' muqueux ou purulents, suivant que le clinicien aura diagnostiqué une pneumonie catarrhale ou purulente. Prolifération excessive dans le cancer. Le tubercule luimême, pendant quelque temps, provenait de la cellule épithéliale, cependant aujourd’hui on enseigne généralement, du moins à Strasbourg, que c’est la cellule plasmatique qui en fournit les éléments.
En somme, rien ne nous semblait mieux connu que l’épithélium pulmonaire et grand a été notre étonnement en apprenant que quelques auteurs regardaient ces cellules tant choyées comme une simple vue de l’esprit; que d’autres, sans les nier complètement, rétrécissaient singulièrement leur étendue et leurs fonctions, et que ceux-là même qui les admettaient avouaient presque tous qu’ils ne les avaient jamais vues en place.
Un tel désaccord sur une question qui paraît aussi simple au premier abord , était de nature à nous frapper. Entraîné par goût vers les études histologiques, nous avons été curieux de savoir à quoi tenaient ces divergences , en étudiant autant que possible la question par nousmème.
Nous ne nous dissimulions pas l’aridité de ces recherches, et la présomption dont on pourrait nous accuser d’avancer des faits non contrôlés par une autorité scientifique; mais notre but sera atteint si nous parvenons seulement à attirer l’attention des micrographes français sur un point de la science qui, dans ces derniers temps, a été presque exclusivement étudié en Allemagne.
Presque tous les auteurs insistent sur la nécessité d’étudier l’épilhé-
1 Par ex.: M. Yillemin dans sa brochure : le Tubercule
lium pulmonaire sur les animaux, à cause de la facilité avec laquelle on se procure leurs poumons frais , circonstance capitale dans l’étude de cellules aussi délicates que celles qui nous occupent. Cette méthode présente un autre avantage : elle permet à l’observateur de suivre une marche méthodique, en allant du simple au composé, c’est-à-dire en étudiant d’abord l’appareil respiratoire chez des animaux inférieurs tels que les reptiles. Chez là' salamandre aquatique par exemple le poumon se compose d’un simple tube à parois parfaitement lisses et sans aucune ramification. Quoi de plus simple que de l’inciser, de l’étaler sur une plaque de verre et de le placer sous le microscope? Et cependant le revêtement épithélial est si délicat, si transparent que certains observateurs l’ont méconnu complètement. On comprend dès lors toutes les divergences, quand il s’agit du poumon des mammifères, dont la structure est beaucoup plus compliquée.
Nous allons analyser rapidement les travaux les plus importants publiés dans ces derniers temps, surtout en Allemagne. Us pourront servir de guide à ceux qui voudront, en France, reprendre et compléter cette étude. Nous mentionnerons les moyens mis en usage par les différents observateurs pour rendre les cellules épithéliales plus apparentes , nous indiquerons les conclusions de leurs travaux, nous réservant la critique pour la seconde partie de notre travail, où nous exposerons nos propres observations, leur concordance avec celles de certains auteurs, et enfin les conclusions qui nous paraissent se rapprocher le plus de la vérité.