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HISTORIQUE

La querelle entre les partisans et les adversaires de l’épithélium pulmonaire dure depuis plus de vingt ans. Pendant quelque temps les premiers paraissaient avoir remporté la victoire, tant par leurs asser-

tions positives que par l’autorité du nom de leurs chefs. Mais dans ces dernières années plusieurs champions vinrent successivement défendre l’opinion contraire, c’est-à-dire la non-existence de l’épithélium, et la balance pencha de leur côté. En effet, les résultats de leurs observations étaient tellement concordants; les sources de l’erreur de leurs adversaires si bien indiquées, que plus dan changea de drapeau et se rallia à eux. Nos conclusions, comme Tin le verra, sont dénature un peu éclectiques, et volontiers nous dirions : In medio stat veritas.

Dans les premières années de ce siècle nous voyons le poumon être l’objet de longues discussions, qui portent presque exclusivement sur la forme des dernières ramifications pulmonaires. Les auteurs qui écrivent sur ce sujet sont loin de se douter que l’épithélium, dont ils daignent à peine prononcer le nom , jouera le rôle de la pomme de discorde et que des flots d’encre vont couler en son honneur.

Nous n’avons pas à remonter bien haut pour notre historique : la question qui nous occupe n’a pour ainsi dire qu’un intérêt d’actualité.

Parmi les premiers qui fassent mention de l’épithélium pulmonaire nous citerons Valentin et Purkinje (1840), qui, après avoir découvert le mouvement vibratile chez les animaux supérieurs, en exagérèrent singulièrement l’étendue. Voici en effet ce que dit Valentin1: «L’épi- « thélium vibratile se prolonge à travers les grosses bronches jusque « dans les fines ramifications et dans les vésicules pulmonaires, chez «les mammifères, les oiseaux et les reptiles.»

Kôlliker, dans les premières éditions de son histologie, ne parle déjà plus des cellules vibratiles des alvéoles, mais il les admet dans toute l’étendue de l’arbre bronchique: «l’épithélium est à plusieurs «couches, jusque dans les bronches de 0m,002 de diamètre; il se ré- «duit ensuite à une seule couche de cellules vibratiles d’une lon- «gueur de 0m,013. »

1 Wagner’ & Handwœrterbuch der Physiol. Art. Flimmerbewegung , t. I.

En 1842 Addison1 soutint que l’épithélium vibratile ne s’étend pas jusqu’aux plus fines bronches. Reinhardt2, probablement sans avoir connu le travail d’Addison, arriva un peu plus tard à des conclusions analogues. Voici comme il s’exprime: «Dans les petites ra- « mifications des bronches on trouve très-souvent chez les grands «mammifères ce qu’on appelle un épithélium de transition. Je le vis «très-bien sur le poumon d’une vache. Mais les dernières ramifica- « lions ainsi que les alvéoles sont recouvertes d’un épilhélium pavi- « menteux. »

On fut assez vite d’accord pour admettre l’épithélium pavimenteux des petites bronches , mais la discussion commença entre Addison et Rainey 3, pour savoir si ce même épithélium se continue dans les alvéoles, ce que Rainey niait.

Nous allons successivement passer en revue les partisans d’Addison et de Rainey et indiquer leurs travaux.

Remak4 dit avoir été le premier en Allemagne qui ait soutenu, en 1845, que l’épithélium alvéolaire est formé de cellules sphériques, transparentes, non granuleuses avec un noyau simple ou double. Il admet que les cellules ciliées des bronches se continuent jusque dans les plus fines ramifications, en s’aplatissant seulement. Ces cellules sont intimement unies aux parois qui les supportent, mais dans les alvéoles elles se détachent si facilement que Remak est tenté de supposer qu’elles ne sont maintenues que par la pression atmosphérique. Il conseille par conséquent de les chercher dans Yinfundibulum , c’est-àdire dans les extrémités élargies des bronches et non pas sur la paroi .des alvéoles. Le plus souvent Remak a vu ces cellules isolées, quelquefois réunies par groupes, surtout chez la brebis et le lapin.

1 Observations on the Anatomy ofthe Lungs. Philosoph. Transact. 1 842 , t. II , p. 1 62.

2 Virchow’ s Arcliiv. 1847, t. I, p. 46. Ueber Entstehung der Kœrnchenzellen.

3 Medic. Chir. Transact. 1845, t. XXVIII, p. 581 ; 1848, t. XXXI, p. 299 ; 1849, t. XXXII, p. 47. — Brilish and for. med. chir. Review. 1855, t. XVI, p. 491.

4 Diagnosl. und pathogenel. Untersuchungen. Berlin 1845, p.87. — Deutsche Klinik. 1862, n° 20, p. 197. Ueber das Epithel der Lungenblæschen.

Cramer1 (1847). La surface interne de la vésicule est recouverte par une lame épithéliale très-mince. On l’aperçoit difficilement en place ; mais si on racle les vésicules on rencontre facilement tous les éléments de l’épithélium: noyaux libres, cellules jeunes arrondies et cellules âgées , grandes et comprimées. Il arrive souvent qu’on arrache des lambeaux formés de ces trois élément^.

Schrœder van der Kolk 2 a vu chez les mammifères une membrane mince , recouvrant les capillaires qui font souvent saillie dans les alvéoles.

Son disciple, Adriani 3 (1848), admet cette même membrane et dit avoir vu nettement les cellules qui la composent. Il en dessine les contours et en recouvre tout l’intérieur de l’alvéole.

Radelyff Hall 4 donne des dessins d’alvéoles du chat , du bœuf et de l’homme, dans lesquels on voit les noyaux et les contours des cellules épithéliales. Cependant il dit ne pas avoir vu nettement les contours des cellules. Il représente ces dernières tantôt séparées par des fentes, tantôt réunies par îlots de deux ou trois, tantôt en groupes plus considérables. Il n’a pas pu voir l’épithélium sur des poumons dont les vaisseaux étaient injectés.

Schultz5 (1850) et Black6 (1853) constatent également l’existence de l’épithélium pulmonaire.

Williams7 (1855) regarde le revêtement de l’alvéole comme une espèce particulière de tissu épithélique, à laquelle il donne le nom d'épithélium hyalin et dont les granules sont obscurément délimités.

1 De peniliori pulmonum hominis structura. Berlin 1 847, diss.

2 Nederl. Lancet , 2e série, 1. 1, p. 431 ; 3e série , t. II, p. 15.

3 Diss. inaug. , De subtiliori pulmonum structura. Utrecht 1 848 , p. 61 .

4 Provinc. med. sur g. Journal. 1 849 , p. 74. — Brilish and foreign med. chir. Review. Juillet 1857, p. 240. — On ihe epithelium ofthe air-vesicles.

5 Disquisitiones de structura et textura canalium aeri/erorum. 1 850 ; Dorpat. Diss.

6 Monthly Journal ofmed. Sc. Janvier 1853.

7 Todds Cyclopædia of Analom. and Physiol. 1855, p. 269. — Medic. limes and Gaz. Octobre 1855, p. 361.

Bourgery se borne à copier Kôlliker, qui admettait à cette époque un épithélium « pavimenteux, sans cils vibratiles, composé de cellules «polygonales, à granules incolores, contenant de la graisse dans cer- «tains cas pathologiques. Diamètre 0mm,0'109 à 0mm,0l53. Épaisseur «0mm,0065 à 0mm,0087. Il forme une simple couche située immédiate- «ment sur la membrane fibreuse de l’alvéole. »

Voici ce que dit M. Morel1, dans son Traité d'histologie , en parlant des alvéoles pulmonaires: «....Une tunique épithéliale composée d’une «simple couche de cellules polyédriques, à contours assez pâles, me- «surant en moyenne 1/80 de millimètre et dépourvues de cils vibra- «tiles; leur noyau est volumineux (1/133 de millimètre) et rempli de «granulations foncées. Cette couche épithéliale existe aussi sur les tra- « bécules. y>

Leydig2 (1857), sans donner sa propre opinion, se borne à produire un dessin , qu’il déclare lui-même schématique, et où l’on voit les alvéoles de l’homme revêtus par un épithélium continu formé de cellules polygonales régulières. Plus loin, en parlant du cobitis fossilis (loche d’étang), ce poisson bizarre qui avale de l’air par la bouche, et, après avoir absorbé une partie de l’oxygène, rend de l’acide carbonique par l’anus, il ajoute: «Ce qui paraît très-surprenant, c’est que, ni sur «des pièces fraîches, ni sur des préparations à l’acide acétique, je n’ai «pu réussir à trouver un épithélium intestinal.» Leydig n’est pas plus heureux dans l’étude de la cavité respiratoire des gastéropodes terrestres, sur lesquels il ne peut non plus constater de revêtement épithélial.

Donders 3 (1856) dit que les parois alvéolaires sont recouvertes plus ou moins complètement par un épithélium pavimenteux, simple, formé de cellules arrondies , ne se touchant pas par leurs bords et conte-

1 Traité d’histologie humaine. 1864, p. 166 et pi. XX.

2 Lehrbuch der Histologie des Menschen und der Thiere. Francfort 1857 (traduit en français par Lahilonne , 1866).

3 Physiologie des Menschen. 1 856, t. I , p. 351 .

nant des noyaux, quelquefois des granulations graisseuses. Les capillaires sont en grande partie à nu.

Moleschot 1 se rallie à la première opinion de Kolliker et admet un épithélium pavimenteux continu.

Waters 2 (1860) est également un partisan de l’épithélium. Il recommande beaucoup l’emploi de l’acide acétique dilué pour rendre les contours des cellules plus apparents.

Virchow3 (1862), dans un de ses opuscules, exprime ainsi son opinion: «Des capillaires, très-fins, incomplètement recouverts par un «mince revêtement de cellules, se répandent dans les parois des al- « véoles. y>

En 1857 Mandl4 fait des recherches sur le sujet qui nous occupe, et Milne-Edwards 5, dans son Anatomie comparée, nous présente les résultats obtenus.

« Les parois utriculaires se composent d’une membrane transpa- « rente, pourvue de corpuscules dont les plus gros ont 0mm,01.» Mandl est porté à croire que « c’est une lamelle de granulins épithéli- «ques,» les corpuscules étant les noyaux de très-jeunes cellules épithéliales qui, dans l’état normal, ne se développent pas de façon à former des plaques squamiformes, mais qui sont susceptibles de revêtir ce caractère dans divers états pathologiques.

Eberth6, de Würzbourg , est un de ceux qui ont étudié le plus

1 De Malpighianis pulmonüm vesiculis. Heidelberg 4845. ■ — IVien. medic. Wochenschrift. 4 859 , n° 52. — Unlersuchungen zur Nalurlehre , t. VI, p. 393.

2 The Anatomy ofthe humanlung. Londres 4 860.

3 Vier Reden über Leben und Krank sein. Berlin 4 862.

‘‘Anatomie microscopique , t. II, p. 326. — Gazette hebdomadaire. 4 857, p. 387 et 429. Recherches sur la structure intime du poumon.

3 Leçons sur la physiologie et l’anatomie comparée. 4 857, t. II.

6 Virchow’ s Archiv. 4 862 , t. XXIV, p. 503. Der Slreil über dus Epithel der Lungenblæschen. — Zeitschrift für wissenschaflliche Zoologie. Leipzig 4 863, t. XII, p. 427. Ueber den feineren Bau der Lunge. — WUrzburger naturwissenschaftliche Zeitschrift, t. III. Ueber das Darmepilhel von Cobitis fossilis. — Idem , t. V. 4 864, p. 84. Zu den Controcersen über das Lungenepithel.

consciencieusement l’épithélium pulmonaire. Il a examiné de préférence des poumons de veau ou de cochon , qu’il séchait après les avoir insufflés à l’état frais, ou bien après avoir injecté les vaisseaux avec de la gélatine ou du carmin. Quelquefois il les faisait durcir dans l’alcool, ou même les séchait après les avoir laissés pendant quelque temps dans l’alcool. Il faisait ensuite des coupes minces, superficielles, comprenant la plèvre et les alvéoles terminales.

Voici ses conclusions:

a) Le fond et les parois latérales des alvéoles pulmonaires possèdent un épithélium délicat, interrompu, occupant principalement les mailles du réseau capillaire. Les bords libres des cloisons alvéolaires sont dépourvus d’épithélium.

b) L’épaisseur de la couche épithéliale dépend de la dilatation des alvéoles et du degré d’injection des vaisseaux.

c) Les saillies que forment les capillaires placés entre les cellules épithéliales ont conduit jusqu’ici à admettre un épithélium complet.

d) Les corpuscules placés dans les mailles des capillaires et qu’on a regardés quelquefois comme les noyaux du stroma sont les noyaux des cellules épithéliales.

Dans un autre travail Eberth examine le poumon des reptiles en ayant recours à l’injection des vaisseaux avec la gélatine colorée en bleu et Fimbibition de la préparation avec le carmin pour rendre les cellules plus apparentes. Il trouve une membrane amorphe (cuticule) recouvrant la surface interne des alvéoles et portant à sa face profonde des cellules épithéliales placées entre les capillaires. Le triton (salamandre aquatique) semble faire exception à la règle. Chez lui la cuticule est formée de cellules unies intimement, et ce sont les noyaux de ces cellules qui, réunis en groupes, remplissent les mailles des capillaires.

Kolliker1 (1863), dans la dernière édition de son histologie, se

1 Gewebelehre. 1863, 4e édition.

rallie à l’opinion d’Eberth. Il suppose que, lors de la première inspiration du nouveau-né, le revêtement épithélial, d’abord complet, se déchire par suite de la distension de la vésicule et devient interrompu. Le dessin du poumon de l’homme que Kôlliker donne dans cette dernière édition est le même que celui de la première. On ne peut le comprendre que comme dessin schématique, et même comme tel il n’est d’aucune valeur, puisqu’il ne cadre plus avec les opinions de l’auteur.

Hertz1 (1863). Partisan d’Eberth. Il examine surtout les poumons de veau et de brebis et obtient les meilleurs résultats par l’injection des artères avec de la gélatine colorée au chromate de plomb ou au chlorure d’argent. Il plonge ensuite le poumon pendant quelques jours dans l’alcool, le fait sécher, et fait alors seulement des coupes minces, qu’il examine dans de la glycérine additionnée de 1 à 3 p. 100 d’acide acétique. Il voit alors dans les mailles du réseau capillaire des cellules, tantôt isolées, tantôt réunies par petites groupes et appliquées contre les capillaires. D’autres fois, il est vrai, il n’en trouve aucune trace.

Arnold2 (1863) vient encore corroborer les observations d’Eberth, en constatant chez les mammifères l’existence d’un épithélium interrompu, dont les cellules occupent les mailles du réseau capillaire. Il arrive à des résultats identiques sur l’homme, le veau, le chien, le mouton et le porc. Il essaie différents procédés. Après avoir injecté les bronches ou les vaisseaux , il fait durcir le poumon dans l’alcool et colore les préparations avec le carminate d’ammoniaque. Il emploie également le nitrate d’argent (1/400 à 1/100) sur des poumons frais et desséchés, injectés et non injectés, mais sans arriver à un résultat satisfaisant. Le procédé qui lui réussit le mieux est le suivant : après avoir insufflé et séché le poumon, il fait de fines coupes, qu’il trempe dans le carminate d’ammoniaque pendant six à douze heures et puis dans l’acide acétique (1/100) pendant deux à six heures. Les cellules

1 Virchow’ s Archiv , t. XXVI, p. 459. Zur Histologie des Lungengewebes.

2 idem , t. XXVII, p. 396. Vorlæufige Miltheilungen iiber das Epilhel der Lungenalveolen. — Idem , t. XXVIII, p. 433. Zur Histologie der Lunge.

qu’il aperçoit alors sont le plus souvent isolées , rarement réunies par groupes de plus de trois K polygonales, à contenu granuleux. Elles mesurent 0mm,009 à 0mm,013 et leur noyau Omm,0O4 à 0mra,009.

Colberg1 (1863) a principalement étudié le poumon des embryons (homme et autres mammifères), où il constate un épithélium continu recouvrant le réseau capillaire. Sur un fœtus de huit mois l’épithélium a la forme d’une membrane mince semée de noyaux , mais sans les contours des cellules épithéliales, qu’on aperçoit sur des fœtus plus jeunes. Colberg croit aussi à l’existence de cette membrane épithéliale chez l’adulte, mais il n’en donne pas une démonstration suffisante.

Chrzonszczewsky 2 (1863) examine avec Fœrster le poumon des mammifères. Le procédé qu’il emploie est encore plus compliqué que celui de ses prédécesseurs. Après avoir insufflé le poumon frais, il injecte les vaisseaux avec du bleu de Prusse, trempe alors tout l’organe dans une solution de nitrate d’argent (0,05 à 0,50 p. 100) pendant dix-huit à vingt-quatre heures, puis dans l’alcool pour le durcir. Ce n’est qu’alors qu’il fait des coupes, colorées elles-mêmes par le carminale d’ammoniaque et examinées dans la glycérine et l’acide acétique. Sur ces coupes il aperçoit quelquefois des lambeaux d'épithélium continu , mais le plus souvent le revêtement paraît interrompu. Dans ce cas l’auteur admet que quelques cellules ont été détruites par les différentes manipulations auxquelles il les a soumises.

Plus tard (1865) il répète ces expériences et se défend contre les attaques d’Elenz, qui lui reproche avec raison d’avoir trempé le poumon entier dans la solution de nitrate d’argent, de façon à colorer presque exclusivement la plèvre, au lieu d’injecter le réactif dans les vésicules par les bronches.

En résumé Chrzonszczewsky admet un revêtement régulier, con-

1 Observationes de penitiore pulmonum structura. Halis 1 863.

2 Würzburger medic. Zeitschrift. 1863, t. IV, p. 206. Ueber das Epithel der Lungenblæsclien der Sæugethûre — Virchoiv’s Arehiv. 1866 , t. XXXV. Zur Lettre von dem Lungenepithel.

tinu , formé de cellules polygonales, chez les reptiles comme chez les mammifères.

Otto Weber1 (1864) a vu chez l'homme adulte des cellules épithéliales placées sur les capillaires, mais la disposition la plus générale lui semble être celle décrite par Eberth. Il reproche à ceux qui nient l’épithélium de ne pas avoir examiné des poumons d’embryons, où on le constate très-facilement. Sur un embryon Weber a même pu retirer avec une aiguille tout le revêtement épithélial d’un alvéole.

Meyer2 (1864) a vu chez les mammifères l’alvéole pulmonaire revêtu d’une membrane finement striée, avec des noyaux arrondis. Il regarde cette membrane comme un épithélium transformé, semblable à celui de l’arachnoïde, où les cellules sont également en partie confondues et forment de grandes plaques parsemées de noyaux. Deux ou trois fois il il a pu nettement constater l’épithélium alvéolaire chez l’homme.

Sappey 3 parle également des cellules épithéliales alvéolaires. « Elles «ne sont pas polygonales, mais arrondies, légèrement ovalaires et se « trouvent séparées les unes des autres par de légers intervalles. »

E. Elenz4 (1864) contrôle les observations d’Eberth à l’aide d’un moyen d’investigation plus simple et en même temps d’une action plus sûre, c’est le nitrate d’argent. Voici le procédé employé par Elenz. Après avoir tué les animaux par décapitation, pour être moins gêné par la présence du sang dans les capillaires pulmonaires, il enlève les poumons, adapte une seringue à la trachée et aspire autant que possible l’air contenu dans le poumon. Il injecte ensuite par la même voie une solution de nitrate d’argent (1/200). Le poumon distendu.il lie la trachée et expose l’organe librement suspendu à l’action de la lumière

1 Virchow’ s Archiv , t. XXIX, p. 177. Ueber Slruclur der Lunge.

2 Idem , t. XXX, p. 44. Untersuchungen über die histologische Entwicklung der Tuberkeln.

3 Traité d' anatomie descriptive. 1864., t. III, p. 433.

4 Ueber das Lungenepilhel. 1864. Diss. reproduite dans Würzb. naturw. Zeitschrift , t. V, p. 66.

diffuse, jusqu’à ce que les tissus prennent une teinte brune. Il incise alors le poumon (chez les reptiles), le lave avec de la glycérine contenant un peu de chlorure de sodium et l’examine dans de la glycérine pure. Sur les poumons des mammifères il fait des coupes périphériques, soit immédiatement, soit après avoir fait durcir le poumon dans l’alcool.

Il arrive de cette manière à des résultats complètement différents de ceux de ses devanciers. Voici comment il les résume :

a) Épithélium pulmonaire complet chez tous les vertébrés.

b) Amphibies. Épithélium régulier formé de grandes cellules aplaties.

Reptiles. Épithélium formé de petites cellules à noyau et de grandes cellules aplaties sans noyau.

Mammifères. Ilots de cellules séparés par de grandes plaques irrégulières, membraneuses.

c) L’épithélium a une position type relativement aux capillaires : chez les amphibies les noyaux des cellules sont placés dans les mailles ; chez les reptiles et les mammifères ce sont les groupes de cellules. Les capillaires sont recouverts par des cellules aplaties sans contenu.

Nous venons de passer en revue les auteurs qui admettent, plus ou moins complètement, l’épithélium pulmonaire. Examinons maintenant les travaux de leurs adversaires.

En Angleterre nous voyons Todd et Bowman 1 et en Allemagne Deichler parmi les plus ardents défenseurs de l’opinion de Rainey.

Deichler2 (1861) nie complètement l’existence de l’épithélium, tant au collet des vésicules pulmonaires qu’au fond des alvéoles. Les cellules qu’on y voit quelquefois , isolées ou réunies par petits groupes , proviennent des dernières ramifications des bronches; les noyaux, si-

1 The physiological Anatomy and Physiology of Man. 1856, t. II, p. 393.

2 Beitræge zur Histologie des Lungengewebes. Gœttingen 1 861 . — Zeitschrift fiir ration. Medizin. 1860, 3e série, t. X, p. 195. Zur Frage ob die Lungenblæschen ein Epithelium besitzen oder nicht.

tués dans la paroi des vésicules, appartiennent au tissu conjonctif et sont très-rares. Dans les vésicules bien dilatées, les capillaires sont placés dans l’épaisseur de la paroi, mais si la vésicule n’est pas distendue, le vaisseau fait saillie dos deux côtés de la paroi, et quelquefois même toute la circonférence du vaisseau est placée en dehors de la cloison , tout en y restant intimement adhérente. Ce sont ces proéminences formées par les capillaires qui, d’après Deichler, ont été prises par beaucoup d’observateurs pour des cellules épithéliales vues de profil.

Remarquons en passant que cette dispositon des capillaires se voit effectivement très-souvent. Elle est généralement admise aujourd’hui. Buhl1 (1859) qui ne la croyait pas connue et la regardait comme pathologique, l’a décrite un des premiers en Allemagne. Avant lui Rainey l’avait indiquée brièvement (1845), et un peu plus tard (1848) d’une façon plus explicite dans un second mémoire.

Ecker2 (1854) représente également ces saillies des capillaires. Voici ce que dit ce dernier auteur à l’égard de l’épithélium pulmonaire : « Il n’est pas rare de trouver des cellules granuleuses (D. 0mm,010) «isolées ou réunies par petits groupes, disséminées dans les alvéoles « ou quelquefois appliquées contre leurs parois. Mais on ne peut pas «constater un véritable revêtement épithélial, même chez des ani- « maux fraîchement tués, et les capillaires semblent pour ainsi dire « exposés à nu à l’air, disposition qui doit faciliter beaucoup l’échange « entre l’air et le sang. »

Zenker3 a vu comme les précédents les capillaires recourbés en anse, dépassant le niveau de la paroi alvéolaire et exposés librement à l’air. Il a cherché en vain l’épithélium alvéolaire sur des animaux fraîchement tués et sur un supplicié une heure après la mort, mais il

1 Virchow’ s Arcliiv , t. XVI, p. 559. 1859.

2 Wagner' s Icônes physiologicæ , pl. X. Leipzig 1854.

3 Beitræge zur normalen und pathologischcn Anatomie der Lunge. Dresde 1862.

n’indique pas nettement le procédé qu’il a suivi dans ses recherches.

Aucune membrane, d’après lui, ne recouvre les capillaires, et les dernières ramifications des bronches possèdent seules un épithélium pavimenteux.

Munck1 (1862) est complètement d’accord avec Deichler. Pour éviter la présence des bulles d’air dans les préparations soumises à l’examen microscopique, il produit un pneumo-thorax sur un animal vivant en lui ouvrant la cavité pleurale. Le poumon devient atélectasique. Après avoir tué l’animal, Munck injecte les bronches avec de la gélatine (méthode du professeur Traube) et quelquefois en même temps les vaisseaux avec des matières colorantes. Pendant qu’il s’occupait de cette élude, de Recklinghausen publia son travail (1862) et indiqua le procédé pour voir les cellules épithéliales en place, au moyen de l’imprégnation avec le nitrate d’argent. Munck essaya également ce procédé et injecta dans les bronches une solution de nitrate t d’argent, ou bien de la gélatine contenant cette même substance.

Toutes ces expériences n’eurent aucun succès, et Munck ne put voir la moindre trace d’épithélium alvéolaire.

Wagner2 (1862) répète en partie les expériences de Zenker et se trouve complètement d’accord avec lui. Il examine des poumons d’animaux soit immédiatement après leur mort, soit après avoir injecté les bronches avec de la gélatine.

Luschka 3 (1862) n’a pas non plus pu voir l’épithélium sur des poumons mis immédiatement après la mort dans une solution d’acide chromique. Ce procédé a l’avantage de durcir fortement les poumons, de sorte qu’au bout de quelque temps on peut faire les coupes les plus fines à l’aide du rasoir.

1 Virchow’ s Archiv , t. XXIY, p. 603. Ueber das Epilhel der Lungenalveolen . — Deutsche Klinik. '1862, n° 8, p. 80. Ueber das Verhallen des Epitheliums der Respirationsschleimliaul etc.

-Archiv für Heilkunde. 1862, 4e cahier.

3 Anatomie des Menschen. 1862, t. I, p. 311.

Bakody l, en 1865, publie un mémoire qui n’est, pour ainsi dire, que la critique de ceux d’Eberth et d’Arnold, dont il attaque toutes les conclusions. Ainsi, tout en louant l’exactitude des dessins d’Eberth, il les explique tout autrement et prétend que les cellules épithéliales, qui y sont représentées, ne sont que des saillies ou des coupes de capillaires.

En résumé il n’admet aucune espèce d’épithélium alvéolaire, ni chez les mammifères ni même chez la grenouille.

Henle2, dans un ouvrage tout récent, s’étend assez longuement sur la question de l’épithélium pulmonaire. Il cherche surtout à expliquer d’où provient l’erreur dans laquelle sont tombés, d’après lui, les partisans de l’épithélium. Henle étudie le poumon au moyen de l’injection des vaisseaux et de l’imbition des coupes par le carmin. De cette façon il dit avoir parfaitement vu les noyaux propres de la paroi (cellules plasmatiques du tissu conjonctif?), placés assez régulièrement dans les mailles du réseau capillaire, ainsi que les noyaux des capillaires eux-mêmes, mais pas de traces d’épithélium.

Au moment de livrer notre dissertation à l’impression, nous apprenons par la Gazette hebdomadaire (n° 28, 13 juillet 1866), que la Société micrographique qui vient de se constituer à Paris, a ouvert ses séances par la discussion de l’épithélium pulmonaire. M. Villemin, professeur agrégé au Val-de-Grâce, a mis en doute son existence, en se fondant sur « un nouveau procédé de préparation des vésicules « pulmonaires. Après avoir insufflé et desséché des portions de pou- « mon, il en fait de minces coupes, qu’il laisse macérer pendant quel- « ques secondes daus une solution de bichlorure de mercure, de 2 mil- « ligrammes pour 1 gramme d’eau , il ajoute une goutte d’ammoniaque « diluée et colore la préparation par l’iode... La majorité de la Société « n’a pas été convaincue par les préparations de M. Villemin; le mode

1 Virchow’ s sire hiv. Der Slreil über das Epiihel der Lungenblæschen. -1865, t. XXXIII , p. 264.

2 Handbuch der systematischen Anatomie des Menschen , t. II, p. 281 . Braunschweig \ 866.

«même de préparation, le dessèchement, l’action des solutions fe- « rait disparaître la couche d épithélium pavimenteux, ou la ren- « drait méconnaissable. »

M. Villemin, comme Henle, parle de «noyaux particuliers, en- « chassés régulièrement dans la membrane fondamentale des vésicules « pulmonaires, occupant les interstices des vaisseaux, et jouant un « rôle spécial dans la nutrition du parenchyme pulmonaire. »

Nous ne savons sur quoi se fonde M. Villemin pour attribuer à ces noyaux un rôle spécial dans la nutrition. Il nous paraît bien plus simple de les regarder comme les noyaux de cellules épithéliales, dont les contours ont disparu par suite de l’action des réactifs, et principalement de l’ammoniaque.

Du reste, M. Villemin, d’après une communication orale que nous a faite M. le professeur Schützenberger, va publier un mémoire où il exposera plus complètement ses idées nouvelles et le mode de préparation par lequel il les démontre.

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