INTRODUCTION
L'Egypte est un pays qu'on ne visite pas Tété h moins d'y être forcé. Les archéologu(»s, les Ijonnnes f)olili(|U(»s ou les touristes (jui la choisiss(Mït comme but de l(îurs rerlKîrches, de leiu's études ou de leurs |H»régrinations ne débarquent générnlenient à Alexandrie qu'à la (in de rautoinnc» ou au conimeneenicnt de l'hiver, alors que la neige s'est abattu(; sur les villiîs et les canq)agnes de l'EuroiK» et (jue tout c^ qui y végète s'est dé[K)uillé de feuillagr», a été moissonné, vendangé ou a péri sous Fétreinte du tVoid.
A cette même épixpKî de l'année, la tcMupératun^ de l'Egypte (»st semblable à celle des étés de l'Europe centrale : son sol dis[)araît sous un océan de verdure qui conmience à la mer et linit à Assouan.
La vue des champs et des pi\turag(*s luxuriants entrecoupés de canaux bordés (Viicimini (acacia niloti('a),i\cs sycomores, que domiiuMit d'élégants bouquets de judmiers, ralmosphère d'une merveilleuse pureté, l'asiKict des monuments colossaux et indestructibles, vieux de milliers d'années, (|u'un soleil radieux l)aigne de lumiènî et sendjle revêtir d'une éternelle jeunesse, rinex[)rimable l)eauté de ses nuits aussi radieuses (jue ses jours et d'autant plus étoTlées et j)lus belles
qu'on s'avanc(Ta davantage vers le Sud : tout, en un mot, dis|K)se le voyageur à l'admiration dont lut fra[»pé Amrou, le con(|uérant de rflgypte, admirai ion (prit peignit à son maîtri?, le khalife (hnar, dans une l(îttr(î célèbn» (pii comuHMïrait en ces l(»rmes :
« 0 I^rince des fidèles ! j)eins-loi une campagne magnilicpie, au milieu de deux chaînes de montagnes. Voilà l'Egypte ; toutes ses
Il INTKODUCTION
productions et st»s richesses lui viennent d'un fleuve l>éni qui coule avec majesté au milieu du [)ays.... »
Cette lettre finissait [)ar ces mots : « Béni soit le (Téateur de tant de merveilles! >>
Aussi les voyajjfeurs qui ont {)arcouru l'Egypte et les auteurs <|ui se sont occupés de cette antique terre des Pharaons sont-ils unanimes à vanter la fertilité de son sol, la l)eauté de son ciel, et le Nil, ce magnifique fleuve qui vient i)ériodiquement déix)ser, sur les six millions environ de ieddans (1) qui forment la sujKîrficie cultivable de l'Egypte tout entière, le limon fécondant que ses eaux tiennent en susjHins et qu'elles apiH)rtent du centre de TAfrique.
Le Nil, disent-ils, a donné à TÉgypte des terres d'une merveilleus(î fécondité ; un boisseau de blé semé en pnxluit cent, et c(î sol ne s'épuise jamais, puisque ses facultés repro<luctric^s sont constamment revivifiées par l'action bienfaisante des débordements annuels. Suivant une opinion généralement répandue en Euro[)e, il suffirait, pendant la crue, de laisser l'eau du Nil s'écouler naturellement dans les cham[)s, ou de faire, de distance en distance, des saigné(»s aux Ixîrges du fleuve et des canaux qui en dérivent, pour donner la vie aux terres ensemencées et l'abondance aux habitants de cette heureuse contrée.
Il y a, malheureusement, des ombres à ce riant tableau. Le ciel d'Egypte n'a pas cessé d'être toujours pur et le vieux Nil d'être un magnifique fleuve ; mais, obéissant à des lois naturelles souvent désordonnées, ce dernier déroute jKirfois toutes les pi'évisioiis humaines : tantôt il n'atteint pas son niveau normal et le pays tout entier souffre du manque d'eau, tantôt il dé[>asse trop ce niveau et se transforme alors en un torrent furieux ([ui dévaste tout sur son passage.
Même lorsque la crue est favorable, la distribution des eaux ne laisse pas que d'être très lalx>rieuse et beaucou[> [)lus compliquée qu'on ne le croit.
Sur la plus grande partie de son cours, le Nil n'a qu'une action très limitée sur les terres qu'il traverse ; les immenses espaces (jue l'on appelle le Soudan égyi)tien ne se couvrent de végétation qu(î |)endant la saison des pluies (kharif); celle-ci terminée, tout redevient
(1) La suiHîrlicie cultivée est d*envir()n cinq millions do feddans, soit 2,i00,000 hectares.