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CONSEILS D'AGRICULTURE

Depuis 1871, les travaux d'irrigation, d'intérêt général ou privé, ressortissaient aux conseils d'agriculture. Ces conseils, au nombre de cinq : trois dans le Saïd, deux dans le Delta, étaient assistés de comités régionaux institués dans chaque markaz ou arrondissement. Ils étaient composés d'un président, d'un ingénieur vice-président, tous deux choisis parmi les fonctionnaires du gouvernement, et de membres élus, pour une année, par les notables; ils devaient être permanents, mais ne le furent jamais.

Les conseils d'agriculture examinaient les tableaux des diverses cultures pratiquées dans les villages de chaque moudirieh, convo-

9ùi NIL, SOUDAN, ÉdYPTE

quaient les comités régionaux à des réunions où assistaient les mou- (lirs ou gouverneurs de province, les ingénieurs inspecteurs, les ingénieurs en chef et ceux chargés de la distribution des eaux. Ils statuaient sur les travaux à exécuter, dont les états étaiiînt dressés par les comités et les projets et devis étudiés par les ingénieurs inspecteurs ; ils h»s divisaient en catégories, suivant que les travaux concernaient :

Le Nil et ses digues ou les grands canaux avec prise au Nil et intéressant plusieurs moudiriehs ;

Les canaux alimentés par le Nil ou par d'autres canaux intéressant une seule niondirieh;

Les canaux (ît rigoles intéressant les commun(»s de plusieurs arrondissements ;

Les ciinaux et rigoles desservant les communes d'un même arrondissement;

Les canaux si)éciaux à une ou deux conmumes ou intéressant seulement des particuliers.

Les conseils d'agriculture fixaient la pai't de dé[)ens(»s incomliani aux moudiriehs, arrondissements, conmmnes (»t particuliers de leur ressort, les matériaux à fournir, les délais dans lesquels les travaux devaient être exécutés; ils en surveillaient l'exécution. Ils fixaient également les indemnités à payer aux pro[)riétaires de ternuns dégradés par suite de l'exécution de certains travaux publics et s'assuraient que les ouvriers n'étaient l'objet d'aucun mauvais tniilement pendant la durée des travaux. Ils pouvaient s'opposiT à la mise en œuvre de travaux sur lescpiels ils n'auraient pas été appelés à délibérer et mettre les gouverneurs de province en demeure de suspendre les travaux de cette natun», dont la mise à exécution aurait été connnencée.

Plus tîird, la part incombant aux moudirs dans les travaux d'irrigation fut considérablement augmentée. Os fonctionnaires, représ<Mitant.s immédiats de l'autorité khédiviale, furent également chargés de surveiller Texécution des travaux aux éfKxpies fixées par les conseils d'îigriculture. Us durent veiller à la fourniture et au trans|K)rt des matériaux nécessaires à J^aJimentalion (l(»s chantiers, recheix-her les causes des soiifliVances de l'agriculture el, au cas où elle aurait |H»riclité du fait d'irréguJarilés dans h» service* des irrigations ou du mauvais état des canaux, preiidn» des mesures en consé<iuence. Ils durent, en outre, surveiller el activer l(»s opérations des comités

régionaux. De ce fait, les moudirs devinrent les représentants techniques du pouvoir central dont ils étaient déjà les agents administratifs et politiques.

Or, les moudirs, les présidents, les membres des conseils d'agriculture et ceux des comités, aussi animés qu'ils pussent être du désir de bien faire, ne possédaient ni les connaissances spéciales ni l'expérience sans lesquelles il est bien difficile de faire quoi que ce soit de bon et d'utile en tant qu'irrigation. D'autre part, un grand nombre d'entre eux étaient trop directement intéressés pour être impartiaux et, suivant l'influence de tel moudir ou de tel notable, des communes, des arrondissements et même des provinces furent trop souvent favorisés au préjudice de l'intérêt général, complètement sacrifié parfois au profit d'un seul. Dans ces conditions, des grands travaux inutiles furent exécutés alors que d'autres, d'une uigence incontestable,' étaient négligés et l'on exigea des populations une somme énorme de labeur dépensée en pure perte.

En outre, les ingénieurs avaient bien dans la main le régime des grands canaux, mais la distribution des eaux n'était pas réglée dans les innombrables artères secondaires, c'est-à-dire dans la partie de la canalisation où elle touche à tous les intéressés. Eussent-ils voulu, par un effort particulier de bonne volonté, essayer de régler les irrigations de détail qu'ils se fussent trouvés dans l'impossibilité d'être utiles en l'absence de règlements et de volontés plus puissantes que leur bon vouloir. D'ailleurs, l'étendue des circonscriptions excluait l'idée qu'une personne seule pût y régler le régime des eaux et prendre la responsabilité de le plier aux variations malheureusement trop grandes de l'artère principale; et l'on n'entendait parler des ingénieurs chargés de la distribution que par les abus dans lesquels ils se compromettaient.

Le gouvernement comprit enfin la nécessité de contrôler et de diriger plus efficacement les opérations relatives aux irrigations et créa le « Diwan el Maneinfa » ou Direction générale d'utilité publique, qui fut chargé de l'examen et de la coordination des projets préparés par les ingénieurs de chaque province et, après avoir statué, d'en ordonner l'exécution avec le concours des moudirs et des conseils d'agriculture; c'était un progrès. On reconnut bientôt que la Direction d'utilité publique ne répondait pas a toutes les nécessités de la situation, qu'une centralisation plus complète était nécessaire et que, dans ce pays où la richesse publique a pour unique base les produc-

tioiis agricoles du sol et où celles-ci (lé[)en(lent absolument des quantités d'eau que Ton i)eut donner à la terre, il fallait créer une administration com[)Osée de s[)écialistes, lui confier le soin d'étudier toutes les améliorations, modifications et compléments à apporter au régime des eaux, et d'en poursuivre l'exécution armée de tous les pouvoirs pour ce faire.

Telle fut l'origine du Ministère des Travaux publics d'Egypte. Le premier secrétaire d'État attaché à ce département fut un des princes fds de i'ex-Khédive Ismaïl.

Aujourd'hui, le Ministère des Travaux publics comporte un ministre indigène et un sous-secrétaire d'État, le colonel sir Scott Moncrieff, successeur de Rousseau -Pacha, un de nos compatriotes; il est divisé en trois grands services :

Une Inspection générale des irrigations, sulxlivisée en cinq ins|Xictions qui se partagent la Haute, la Moyenne et la Basse -Egypte;

Une Direction générale des travaux d'art et deux directions. Ce service est chargé de l'étude et de la construction de tous les travaux neufs payés sur le million de la Convention de 1885; il poursuit la réparation des grands barrages du Nil, travail d'une importance capitale dont il sera parlé plus loin;

Une Direction générale des villes et des bâtiments de TÉtat.

Des services auxiliaires sont chargés de l'administration et des bateaux appartenant au Ministère.

Les conseils d'agriculture n'ont pas cessé de fonctionner. Ils se réunissent comme autrefois et discutent l'importance des travaux de curage et d'entretien à efTectuer, le nombre d'hommes de cor\ée à fournir par chaque province. Leurs débats sont éclairés et guidés par les avis d'un ou deux inspecteurs d'irrigation ou même par ceux de rins|>ecteur général de ce service délégué par le Ministère des Travaux publics. Mais c'est à ces inspecteurs seuls qu'il incombe maintenant d'assurer la mise à exécution de tous les projets d'ensemble ou de détail élaborés soit par leurs soins, soit par l'Administration centrale.

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