FAYOUM (I
Le Fayoum est un bassin profond, lai^e, presque rond, séparé de la vallée du Nil, limité au Nord, au Sud et à l'Est par le désert, et à l'Ouest par un lac d'eau saumâtre, le Birket-el-Keroun.
La dépression occupée par cette province résulte apparemment d'un affaissement général, comme l'indique l'inclinaison des stratifications calcaires qui forment le sous-sol.
LeWady-Reyan, au Sud, et les lacs échelonnés au Nord du Fayoum témoignent que cet affaissement ne fut pas local et que ses effets se firent sentir sur divers points éloignés les uns des autres. Peut-être est-il contemporain du cataclysme à la suite duquel une partie de l'Egypte suivît du sein de la Méditerranée ?
Lorsque l'ancien Nil coulait dans le lit qu'occupe le Bahr-Youssef, le Fayoum était à l'yard du fleuve ce que, de nos jours, le lac Albert-Nyanza est au Nil blanc, c'est-à-dire un réservoir naturel servant de régulateur aux eaux de la crue qu'il emmagasinait et restituait au Nil inférieur dont il maintenait l'étiage à une hauteur inconnue de nos jours. Cet immense bassin lacustre, disparu, fut remplacé plus tard par le lac artificiel, création du roi Moéris. Les géographes et les égyptologues contemporains ne sont pas d'accord sur l'étendue de ce lac et sur son exacte position.
Plus tard encore, les eaux du Nil se retirèrent de son lit primitif et ne l'occupèrent plus qu'en crue, c'est-à-dire pendant trois mois chaque année. Cet ancien lit forme ce que l'on appelle dans la Haute- Egypte le canal Sohagieh et, dans la Moyenne, le Bahr-Youssef.
Après un parcours de 207 kilomètres en direction générale, le
(1) Voir la planche N» 66 (Carte du Fayoum et du Wady-Reyan).
Bahr-Youssef pénètre dans le Fayourn par un défilé formé du rapprochement de deux des contreforts rocheux de la chaîne libyque, le Sidiment et le Gisr-el-Gadala, et rencontre le seuil d'El-Lahoun. On donne ce nom à une assise qui fait partie de ces deux contreforts et dont la crôte domine de 10 mètres le niveau des terres de la vallée du Nil les plus rapprochées. Le Bahr-Youssef ne put franchir cet obstacle que lorsque son lit se fut suffisamment exhaussé au-dessus des couches de limon qu'il déposa pendant une longue suite d'années,
Ck)ntinuant sa route à l'Ouest, le Bahr-Youssef traverse une goi^ de 1,500 mètres de laideur et forme, sur un parcours de 19 kilomètres, un long bief se terminant en une sorte de bassin, le Taksimel-Mia, ou répartiteur, d'où partent des canaux de distribution qui, se subdivisant en rigoles, vont arroser les terres des villages disséminées dans toutes les directions. Ces canaux alimentent aussi un certainnombredeAAazans, petits lacs qui servaient de réserve lorsque les dérivations du Bahr-Youssef se tarissaient, par suite de l'assèchement de celui-ci.
Afin de régler les recettes d'eau, le seuil d'El-Lahoun fut complété par un double barrage, comportant chacun trois arches, une de 4 mètres et les deux autres de 3 mètres d'ouverture. Celui d'amont a subi, à diverses époques, de graves dommages qui ont nécessité le renforcement par des enrochements de celui d'aval, lequel supporte maintenant la plus forte poussée des eaux. Au delà du seuil, on rencontre plusieurs grands ouvrages de construction ancienne comme celle des barrages précédents. Le premier, sur la rive droite, sert à la fois de • régulateur à la prise du Bahr-Silah et de berç;e aux eaux du Bahr- Youssef, au-dessus du Bahr-Bela-Ma (fleuve sans eau), c'est la digue d'Awarat-el-Makta. Le second, plus à l'Ouest et sur la rive droite, clôturait à Minieh-el-Eït (village de la Muraille) le plus grand bassin d'inondation du Fayoum, régularisait les recettes d'eau du Balir- Nazleh et, passant en aqueduc au-dessus de ce dernier, il alimentait le canal Abou-Nour.
Au cours de sa longue histoire, l'Egypte a, parfois, possédé des souverains ou des gouvernants, délégués de ses maîtres, qui, jaloux de développer sa fécondité et sa richesse, la dotèrent de grands travaux. Ces travaux furent négligés ensuite par rinsouciancc et l'incurie de leurs successeurs, ou par suite des guerres qu'ils eurent à soutenir, ou encore parce que ces derniers ne tirent que passer au pouvoir.
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