‹ De l'équateur à la Méditerranée;Chapitre 161 sur 197 · IRRIGATIONS - FAYOUM · texte numérisé non relu

IRRIGATIONS - FAYOUM

Awarat-el-Makta et Minieh-el-Eït sont des exemples de cet abandon ; les eaux firent brèche dans le premier, s'engouffrèrent dans le Bahr-Bela-Ma, qu'elles creusèrent, élaiprent et bouleversèrent; puis rencontrant à Tamieh la forte digue en maçonnerie qui forme le déversoir du canal de ce nom, elles la détruisirent. Quant au second, l'aqueduc s'effondra en même temps qu'une partie du barrage et le Bahr-Nazleh fut profondément raviné. A la baisse des eaux, on répara ces désastres, mais Taqueduc ne fut jamais reconstruit et 60,000 feddans de terre furent, de ce fait, perdus pour la culture. Les fellahs de la région, véritables serfs ne possédant rien, abandonnèrent leurs huttes en terre et se transportèrent sur d'autres points mieux pourvus d'eau.

Ces désastres se reproduisirent dans d'autres localités : la rupture des digues de divers bassins d'inondation a transformé en ravins sans eau ou en canaux ravinés, tels que le Bahr-Bela-Ma et le Bahr- Nazleh, un grand nombre d'artères d'irrigation du Fayoum.

Les terres du Fayoum sont alluviales et formées de couches de limon qui vont en s'affaiblissant au fur et à mesure qu'elles s'éloignent de Médineh; le sol y est léger et comporte de nombreuses ondulations. Loin de présenter la déclivité uniforme du bassin du Nil , elles sont divisées en trois plateaux concentriques distincts, chacun ayant une pente différente des deux autres, 'mais identique dans les directions Sud-Ouest et Nord. Le premier plateau finit, à l'Ouest, à Médineh, chef- lieu de la province, avec une pente kilométrique de 0",60; le second va jusqu'à Senhourès avec une pente de 0",95. De ce point jusqu'au Birket-el-Kéroun, la pente s'accentue brusquement et atteint près de 7 mètres par kilomètre. Le peu de résistance du sol et du sous-sol aux érosions des eaux et leur disposition à se raviner qu'accentue la pente générale des terres, ont amené les habitants à barrer chacun de leurs canaux par un ou plusieurs « nasbehs » au moyen desquels ils règlent les quantités d'eau à fournir à leurs cultures. Ce procédé leur permet d'irriguer la presque totalité de la superficie de la province sans le secours des machines (1).

Antérieurement au creusement de l'Ibrahimieh, les terres du Fayoum étaient, comme celles du Saïd, aménagées en bassins

(i) Dans les parties trop ravinées de quelques canauîc^ on fait usage de roues à palettes mises en mouvement par le courant de l'eaui.

d'inondation. A l'étiage, le Bahr-Youssef, presque à sec, ne lui apportait plus que les infiltrations saumûtres des terres de la Moyenne- Egypte qu'il longe dans leurs parties les plus basses. La transformation du régime de ce cours d'eau, devenu séfi par suite de son raccordement avec l'Ibrahimieh, a entraîné la suppression de l'inondation que remplacent les cultures séfi sur toute l'étendue de la province, sauf dans le hod El-Toyour de 8,000 feddans d'où elle aura bientôt disparu. Le seuil d'El-Lahoun, qui opérait autrefois la retenue des eaux emmagasinées dans le Fayoum et dont les fonctions actuelles sont diamétralement opposées, est donc devenu le point de partage entre deux régions : l'une de bassins d'inondation, l'autre de cultures d'irrigation.

Du Taksim-el-Mia, bassin que forme le Bahr-Youssef à son point d'arrivée, les canaux rayonnent comme les branches d'un immense éventail ; l'extrémité du plus grand nombre se tourne dans la direction du Birket-el-Kéroun, qui est leur tributaire et qui semble cependant les alimenter. C'est dans cette énorme cuvette de 45 kilomètres de longueur que vont s'accumuler leurs eaux de trop-plein ainsi que celles qui ont servi aux irrigations de la province. La cote moyenne du Birket-el-Kéroun est à 41 mètres au-dessous du niveau moyen de la Méditerranée et à plus de 61 mètres au-dessous du seuil d'El-Lahoun; sa superficie dépasse 300 kilomètres carrés. C'est en mars que son niveau est le plus élevé et en octobre qu'il est le plus bas. Ses eaux sont fortement saturées de chlorure de sodium.

Par sa configuration, le Fayoum se trouvait, au point de vue des irrigations, dans des conditions spécialement favorables, et j>ar le creusement de l'Ibrahimieh, qui permet de maintenir le Bahr-Youssef en eau toute l'année, ses habitants disposèrent de :

En avril 2.000.000 mètres cubes

En juillet 2.500.000 —

En octobre 7.000.000 —

jusqu'en 1886; mais ils en abusèrent. Ils prirent constamment plus d'eau qu'ils n'en avaient besoin, rompant ainsi l'équilibre entre les recettes du Birket-el-Kéroun et l'évaporation normale susceptible de se produire à sa surface ; aussi ce lac s'était-il enflé et avait-il envahi 10,000 feddans de bonnes terres qu'il avait transformées en marais salants.

Le Ministère des Travaux publics combat les envahissements du

IRRIGATION - FAYODM

Birket-el-Kéroun par une distribution plus rationnelle des eaux. Le débit du Bahr-Youssef a été régularisé; il est maintenant de :

En avril 2.000.000 mètres cubes.

En juillet J. 000.000 —

En octobre 5.000.000 —

Les diverses mesures prises ont eu des effets salutaires et l'on a pu constater qu'un repère placé au bord même du lac, en 1885, en était maintenant distant de 650 mètres. Voici, d'ailleurs, les cotes des trois dernières années (en mètres au-dessous de la mer Méditerranée) :

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