‹ De l'équateur à la Méditerranée;Chapitre 180 sur 197 · Hvei' un mouillo^'c · texte numérisé non relu

Hvei' un mouillo^'c

Ciiiiaiiv .niit.'T.H iniu'..

lie 3 mùlres.

Halask..iin.

Ciiniiut il'inlrnH \\mr.

.Siimiiiicli.

OiUiiuv ij'iiiti'ivl jn-JM'.

liivt'PN |ti-lits i.'unaux. . .

iHvecs petits canaux. . .

ITJ

IRRIGATION - BASSE-ÉOYPTE 445

Le Béhéra possède de nombreux nayehs et esbehs, villages et hameaux, ressortissant à des biens tcheflicks dont les ouvriers étaient de droit exemptés de la corvée (1). Beaucoup d'autres villages ne cultivaient que le riz, culture qui absorbe un grand nombre de bras et ne permet de disjx)ser que d'un très faible contingent de corvéables ; d'autres sont la propriété d'étrangers qui, suivant une expression humoristique du colonel sir Scott Moncrietî, ont plus conscience de leurs droits que de leurs devoirs. Ces derniers, qui refusaient autrefois de laisser leurs ouvriers coopérer aux travaux de corvée, formulent maintenant des demandes d'exonération; mais ils oublient d'en verser la quotité, de sorte que certains districts, môme des plus importants, ne peuvent fournir que des contingents de 35 ou 40 corvéables.

Aussi, les travaux d'entretien, considérables dans le Béhéra par suite du grand développement de ses digues et de la position de certains canaux, obligeaient- ils à emprunter des hommes de corvée aux autres provinces, dont les habitants se voyaient contraints d'exécuter des travaux dont le résultat ne leur était, à aucun point de vue, profitable.

C'est dans le Gharbieh, le Menoufieh et le Dakahlieh qu'étaient levés les ouvriers employés au curage du Rayah de Béhéra. Les corvéables du Béhéra ne s'élevaient, en 1848, qu'à 48,000 hommes, chiffre très faible, étant donnée l'étendue de la province ; en 1887, elle n'a fourni qu'un contingent de 3,000 hommes, pendant 200 jours, aux travaux de corvée.

Le réseau hydrographique de cette province comprend :

Grandes artères A 3

B Dérivations des canaux A 172

C Dérivations des canaux B 229

Total 601

Clôturer ce qui a trait à l'irrigation égyptienne sans rappeler, au moins sommairement, la part considérable que l'on doit attribuer aux devanciers des ingénieurs, dont il a été question dans les pages précédentes, dans la conception et l'exécution des grands travaux

(1) Voir, dans la troisième partie : Agriculture, ExploitcUion tcheflick ou Concessions.

publics d'Égj'pte, serait commettre plus qu'une erreur, une grande injustice.

En effet, Tendi^ruement du Nil, le creusement des canaux du Saïd, la création du réseau séfi du Delta, œuvre* immense, la reconstruction de la digue d'Aboukir partiellement détruite en 1799 par Tarmée anglaise pour isoler les Français enfermés dans Alexandrie, la clôture de la digue du lac Menz<'ileh, la réfection de la digue de Kochéicha,de Tamieh, du Bahr-Bela-Ma, a^lle du pont d'EI-Lahoun, la construction du grand barrage du Bahr-Chibin et un grand nombre d'autres travaux d'une imf)ortance ca[>itale sont en majeure partie dus à un Français, Linant de Bellefonds-Pacha. Linant-Pacha fut pendant plus de quarante ans, d'aborrl ingénieur en chef et directeur général, puis Ministre des Travaux [mblirs d'Égjpte. Auteur, on le sait, de la première étude complète du pf.»rcement de l'isthme de Suez, cet ingénieur est, on l'a tro[) oublié, un des [)romoteurs de cette grande œuvre française.

Le grand Barrage, le cœusement des canaux Ibrahimieh et Ismaïlieh, pour ne parler que des travaux d'irrigation, sont (Clément dus à des Français, collaborateurs ou successeurs de Linant de Bellefonds.

Sur cette teire d'Egypte, où l'on ne trouverait pas un pouce de terrain que n'ait foulé un pied français, ces hommes d'initiative ont imprimé partout la marque de leur activité et de leurs talents. Quelques rares détracteurs — qui n'en a pas? — ont osé avancer qu'il eût été {)ossible de faire mieux.

Simples conseillers techniques isolés au milieu de fonctionnaires égj^ptiens, les Linant et les Mougt»l virent souvent leurs projets abandonnés dès les premiers coui)s de pioche ou, [)resque toujours, partiellement exécutés, par suite du caprice du souverain, de la mauvaise volonté de ministi'es plus ou moins bien inspirés ou intentionnés, ou du mauvais étiit des finances.

Dans ces conditions, doit-on s'élonner des hicunes ou des solutions de continuité qu'on peut rt^lever dans certiiines de leurs créations? Évidemment non. Aux prises avec des difficultés que bien d'autres à leur place aurai(»nt jugées insurmontables, il faut s'étonner qu'ils ai(»nt pu aa*oniplir d(» si grandes choses, et leur rendre une justice que leurs successeurs, il faut le reconnaître, ne leur marchandent pas.

La situation faite aux ingéni(»urs prêtés à TÉgypte par le gouvernement brilanni(jue est toule différente de celle de leurs prédéces-

seurs français. Ils sont les maîtres absolus au Ministère des Travaux publics et ils ont obtenu toutes les sommes qu'ils ont demandées pour l'exécution dans son intégralité du programme d'ensemble dont ils poursuivent l'exécution. C'est, d'ailleurs, dans ces seules conditions qu'il leur sera possible de le mener à bien.

Lord Duflferin, haut commissaire britannique, envoyé en Egypte par son gouvernement pour étudier la situation, a dit, dans son rapport, que la question égyptienne était surtout une question d'irrigation. C'est au colonel sir Scott Moncrieff qu'il a été donné de la résoudre. La tâche confiée à l'honorable colonel est aussi grande et aussi belle qu'un ingénieur la puisse rêver. Son importance ressort des sommes mêmes consacrées, chaque année, à l'exécution des travaux prévus et qui s'élèvent à plus de 28 millions de francs.

Les améliorations, succinctement décrites au cours des pages précédentes, apportées au système des irrigations de la Basse-Egypte sont considérables; d'autres, encore à l'étude, seront vigoureusement poursuivies et réalisées à l'époque où les travaux du Bandage seront complétés. Le but envisagé par le grand Méhémet-Ali sera ainsi atteint et le Delta possédera un ensemble de travaux permettant de régler et de distribuer abondamment les eaux, suivant les exigences de ses diverses cultures. Les résultats auront une importance incalculable.

Le lit même du fleuve, que Ton s'attache à rendre plus stable, a été amélioré ; partout on remplace les empierrements jetés un peu au hasard pour combattre l'érosion des berges par des épis en pierres sèches, des encoffrements de pierres, des arbres et des branchages destinés à fixer la direction du courant et à provoquer des dépôts d'alluvions.

Mais, s'il sera bientôt donné aux cultivateurs de la Basse-Egypte de pouvoir, en toute sécurité, confier leurs semences à la terre avec la certitude de voir grandir et mûrir leurs récoltes trop souvent endommagées jusqu'ici, soit par le manque d'eau, soit par les infiltrations, rien ne sera, toutefois, changé à la condition précaire du fellah du Saïd qui restera longtemps encore à la merci des irrégularités des crues.

Dans cette partie de l'Egypte, la situation est telle que, indépendamment des travaux mis en œuvre et ceux sur le point de l'être, d'autres d'une importance plus considérable devront être étudiés et entrepris à brève échéance. Le document officiel, dont voici la traduction, en fait ressortir l'urgence :

« Ixs dommiiges résultant de la crue exceptionnellement forte de 1887 et de rénorme superficie de terre qui restera inculte par suite delà fiûble hauteur atteinte par le >'il en ^888, démontrent, jusqu*À 1 évidence, îe danger que Ton ferait courir à TËgypte en laissant les choses en l'état. Le gouvernement égyptien sait que cette question doit être l'objet de toute sa sollicitude et de sa constante prt>occupation comme l'atteste la décision suivante prise par son Conseil des ministres dans sa séance du 6 rabi awel 1306(10 novembre 1888). » En laissant subsister l'état de choses actuel, le pays sera toujours exposé à ses consi^queiices désastreuses et à la misi*re. Toujours menacées de crises susceptibles d'ébranler son cnnlil, ses finances ne pourront jamais être équilibrées.

9 Les impôts auxquels le gouvernement a dû renoncer par suite des charakis (terres restées à sec et (lar conséquent incultes) se sont élevés, dans la seule aimt'e de 1817, à L. E. 1,200,0(M) (1). Cette année n'a cependant été ni la première ni la dernière, car il ne s'écoule pas une [)ériode de deux ou trois ans sans que le pays ait à souffrir de l'insuflisance de la crue; du reste, les précédents démontrent que les charakis se sont parfois produits pendant deux années consécutives.

ù La moyenne des pertes subies par suite de la séchere^^se est de 200,000 à 230,000 livres t^gyptiennes, auxquelles il faut faire face cha(|ue année. A cette sonnne considérable, il faut ajouter les pertes plus importantes encore (|ue subissent les populations.

» En conséquence, le Conseil décide d'inviter le Ministère des Travaux publics à apporter son attention toute particulière et sa plus grande sollicitude à Télude de cette question d'une importance vitale, à rechercher les moyens les plus pratiques et les plus efficaces pour garantir le pays contre ce fléau persistant et à soumettre le résultat de ses études, dans le plus bref délai possible, à l'appréciation du Conseil des ministres.»

Page 1