‹ De l'équateur à la Méditerranée;Chapitre 182 sur 197 · CARTE DU · texte numérisé non relu

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M. de La, Motte avait indiqué au Sud du Fayoum l'emplacement que devait occuper le second lac artificiel,

A cette même place, il existe dans le désert deux dépressions de peu d'importance : le Wady-Muélah et le Wady-Garrak, et une troisième, d'une étendue beaucoup plus considérable, qui porte le nom de Wady-Reyan.

Un voyageur américain, M. Cope Whitehouse, a repris la question soulevée par MM. Linantde Bellefonds-Pacha et de La Motte et, après une exploration du Wady-Reyan, il a obtenu du Ministère des Travaux publics qu'une mission d'ingénieurs fût envoyée sur les lieux pour en lever le plan et en faire le lùveWement ( Planche 66). On commettrait une exagération en disant que M. Cope Whitehouse a découvert le Wady-Reyan qui figure sur la carte du Fayoum dressée, il y a déjà bien des années, par Linant-Pacha. On doit reconnaître toutefois qu'il a précisé la question et formulé un programme.

Le Wady-Reyan affecte la forme d'un trèfle ; il est séparé du Fayoum par une longue bande de sable noirâtre d'une laideur variant entre 1 et 2 kilomètres. 11 est borné au Sud et à l'Ouest par des rochers à pic de formation calcaire et par de hautes dunes sablonneuses, s'inclinant en pentes douces vers l'intérieur de la dépression et dont les sommets s'élèvent jusqu'à 150 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Le sol de cette dépression est composé de sable mélangé de débris des coquilles pétrifiées. Sur les pentes, on rencontre çà et là des gisements ai^ileux, tendres et comme feuilletés à la surface et durs audessous. Des sondages pratiqués et poussés jusqu'à un mètre de profondeur ont donné du sable additionné de petites quantités de chlorure de sodium ; au-dessous, la sonde a rencontré des agglomérés sablonneux très durs.

Là superficie du Wady-Reyan est à peu près de 700 kilomètres carrés, soit approximativement 170,000 feddans; son point le plus bas se trouve à 40 mètres au-dessous du niveau de la mer.

Le programme de M. Whitehouse vise trois solutions :

1° Régulation du débit du Nil avec une prévision de dépenses de L. E. 500,000 (13 millions de francs) ;

2<> Création d'un réservoir susceptible de restituer au Nil 20 millions de mètres cubes pendant 100 jours de basses eaux ; la dépense iie serait dans ce cas que de L. E. 220,000 (5,703,000 francs) ;

3° Rendre le Wady-Reyan cultivable. On dépenserait pour ce faire L. E. 225,000 (6,832,700 francs).

RégtAlaiion du débit du Nil. — La protection de la Basse-Ëg}pte contre les montées exc<;ssives du Nil serait un bienfait; il faudrait dans ce but dis|)Os<T d'un rés(,Tvoir d'une ca[>acité telle qu'il puisse faire? baisser le niveau, au Caire, d'un demi-mètre et le maintenir àce]:)oint [>endant tœntt» jours. Or, chaque 0°s40 de montée en pleine crue corr(»s[)ondantàun volume d'eau de 48 millions de mètres cubes il faudrait donc enlever chaque jour du Nil 90 millions environ de mètres culies, c'est-ànlin» le dixième de son débit en crue. Le réservoir devrait, en conséquence, pouvoir approvisionner 90 millions de mètres culx»s x 30 = 2,700 millions de mètn»s culx*s.

Le Wady-R(»yan contiendrait peut-èln* ce volume d'eau que le Bahr- Youssef serait inca[>able de fournir, son débitmaximum ne dépassant pas 23 millions de mètres cubes. II seniit donc indispensable de crtHiser un canal de prise au Nil de 120 mètres de largeur passant en siphon sous Tlbrahimieh : ce canal aurait à franchir 5 kilomètres de collines rocheuses de 12 mètn»s environ de hauteur; il n'est toutefois pas rigoureusement éUibli que l'altitude génénde de ces collines ne <lé|)asse |)as 12 mètrt»s. La première [partie du canal, y compris le siphon, coûterait L. E. 300,000 et la seconde L. E. 380,000, soit L. E. 680,000 (18,828,000 francs) pour la totalité de son parcours.

Le IVody-Beyan réservoir, — S'il s'agit seulement de prélèvements d'eau pour les restituer plus tard au Nil, le Wady-Reyan de\Ta être empli en 80 jours au lieu de 30, ojHTation qui ne peut être effectuée qu'au moyen d'un canal, dont le plafond aurait 40 mètres, capable de débiter 31 millions de mètres cub(*s par jour. En tablant sur les données précédentes, on [)eut estimer le coût de ce deuxième canal à L. E. 460,000 (H ,925,000 francs).

Une somme moins forte consacrée à la consolidation des digues suffirait à les rendre invulnérables aux attaques du fleuve et donnerait au pays une sécurité plus grande que a»lle résultant de l'aménagement du Wady-Reyan. Mais M. Whitehouse avance que la mise en œuvre de ses propositions éviterait la dépt'use des sommes consaeréi»s chaque année aux travaux de défense contre les inondations (1).

(l) 11 y a danger pour les berges du Ml même lorsque les crues ne sont pas excc^ves. On doit déclarer sans hésiter que les sommes dépensées pour la défense contixî les inondations resteraient sans emploi en cas d(^ misi' en œuvre, soit du projiît de M. de La Motte, soit de celui de M. Coiw Wliilehouse. L'économie serait de L, E. 50,000 à 60,000 par an.

En ce qui concerne la * fourniture annuelle de 2,000 millions de mètres cubes pendant le bas Nil, comment cette magnifique masse d'eau pourrait-elle être utilisée? L'évaporation et l'infiltration en absorberaient de 10 à 15 0/0. Cinq millions de mètres cubes par jour devraient être employés à relever le plan dans les deux branches du Nil jusqu'à la mer, à refouler les eaux salées et à fournir de l'eau aux irrigations le long des berges.

L'irrigation du Béhéra serait assurée sans Tassistance des pompes du Khatatbeh et de l'Atfeh, ce qui permettrait de réaliser une économie de L. E. 25,000 à l'expiration du contrat de la Compagnie des Irrigations dans le Béhéra, c'est-à-dire en 1915 seulement. La province du Fayoum serait irriguée pendant le bas Nil sans le secours du Bahr-Youssef et environ un million de mètres cubes par jour deviendrait disponible pour l'extension des cultures séfi dans les provinces d'Assiout et de Minieh. Les terres du lac d'Aboukir asséché, et celles du Nubarieh, pourraient être cultivées en coton ; enfin les irrigations séfi pourraient être pratiquées dans le voisinage du lac Menzaleh dans le Charkieh et dans les Béréris du Gharbieh. Nous avons fait la part lai^e. Quels seraient les résultats de ces améliorations au point de vue des revenus de l'Egypte?

Les superficies susceptibles d'être mises en culture ou améliorées au moyen des eaux du Wady-Reyan auraient une étendue que nous supposerons de 300,000 feddans. Or, avec les moyens dont il dispose, le Ministre des Travaux publics peut, pendant la crue, donner de l'eau d'inondation aux terres que propose d'irriguer M. Cope Whitehouse. 11 y aurait, dans ces conditions, en faveur du projet du Wady- Reyan la différence entre les impôts fonciers payés par les terres irriguées et ceux acquittés par les terres inondées. La moyenne pour les premiers étant de P. E. 150, et pour les seconds de P. E. 120, l'augmentation de revenu de P. E. 30 par feddan serait de L. E. 90,000 pour les 300,000 feddans en question. Si à cette somme on ajoute les L. E. 25,000 qu'on économisera dans vingt-cinq ans par la suppression des pompes du Khatatbeh et de TAtfeh, l'augmentation de revenus directs par la restitution des prélèvements d'eau emmagasinés dans le Wady-Reyan serait par conséquent de L. E. 115,000.

M.Whitehouse porte cet accroissement de revenus à 2,500,000 livres égyptiennes en 1890, et à L. E. 100 millions, l'augmentation de la fortune de l'Egypte avant dix ans. Ses chiffres s'écartent sensiblement des précédents et il ne tient pas compte des dépenses à prévoir

pour le creusement des nouveaux canaux de distribution, soit L. E. 1 par feddan irrigué, non compris le coût des canaux d'^outtement (masrafs).

Mise en culture du Wady-Beyan. — Ceci comporte deux hypothèses : ou le Wady-Reyan est, comme Ta supposé M. Whitehouse, l'ancien lac Moéris, et le sol d<» cette dépression est formé d'une couche de limon qui sc^ couvrira de verdure au simple contact de Teau ; ou la dépression n a, à aucune époque, reçu ce contact, et le défrichement sera beaucoup plus laborieux. L'un et Tautre cas nécessitent :

L*élargi&scment du Bahr-Yousscf L. E. 50,000

Une dérivation du — 75.000

Une canalisation à établir dans le Wady-Reyan . . . 100.000

Total L. E. 225.000

Les terres du Fayoum, qui avoisinent le Wady-Reyan, sont irriguées en tout temps et acquittent en moyenne P. E. 105 d'impôt foncier. Étant' donné que c<41es du Wady-Reyan ne seront arrosées que pendant la crue et en supposant qu'en dix ans on ait défriché 180,000 feddans imposés à raison de P. E. 40, le revenu direct que l'État tirera de ces terres à cette époque sera de 180,000 x 40 iir P. E. 7,200,000 = L. E. 72,000 (soit 1,820,000 francs).

Mais le sol de la dé[)ression est un composé de sable coquillier et d'argile qu'il faudra longuement colmater, de sorte que ce revenu de L. E. 72,000 ne pourra être perçu qu'à une date qu'on ne saurait préciser et dans tous les cas éloignée.

Examinons maintenant quels avantages recueillerait le Saïd de la mise en œuvre du projet Cope Whitehouse.

Le Wady-Reyan est, à vol d'oiseau, distant du Caire d'environ 70 kilomètres et de 514 d'Assouan. Il pourrait être rempli en huit ou dix ans et commencer à fonctionner deux ans plus tard, à moins toutefois qu'il ne se produise dans l'intervalle une crue aussi exceptionnellement faible que celle de 1888. Son influence indiscutable sur le régime des eaux de la Basse-Egypte serait absolument nulle sur le parcours du fleuve depuis la première cataracte jusqu'à Beni- Souef, c'est-à-ilire sur la presque totalité du Saïd, qui resterait par conséquent exposé aux conséquences des inondations désastreuses et à celles plus redoutables encore de la sécheresse. Rien ne serait donc

NIL, SOUDAN, ÉOYPTE

2* Le creusement de 584 kilomètrf»s de canalisation pour augmenter le pareours d'autp(*s canaux; 3^ La construction de nouvelles digues; 4® Des travaux considérablc^s de maçonnerie. Le toutréparti comme suit :

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