CHAPITRE II
Ses noms, se? altitudes, ses six cataractes. — Confluent des deux Nils. — Le Sabaloka ou sixième cataracte. — L'Atbara : ses sources, son bassin. — Le Takazzé, principal tronçon du résciiu hydrographique du grand affluent. — Régime de TAtbara; ses apports et son influence sur le régime du Nil proprement dit. — Fécondation de TAtmour par l'Athara. — Chendy, Molammeh, Berbère. — Débit du Nil à Berbère. — Débit des trois tronçons principaux: Nil blanc, Nil bleu et Atbara. — Descriptions de la cinquième cataracte, des rapides de Bagareh, Chellal-el-Amar, des rapides d'Om-Deras, Touari, Kabenat, d'Edermieh, de Bahak, de la quatrième cataracte, des rapides de Teraï et Guérendid. — Le Nil entre Amboukol et Dongola. — Naufrage de VAbbas, vapeur de l'arsenal de Khartoum, monté par le colonel Stewart et MM. Herbin et Power, consuls de France et d'Angleterre. — La province de Dongola : ses produits. — Le Nil entre Dongola et Hannek. — Description de la cataracte de Hannek. — Le Nil entre Hannek et Kohé. — Cataracte de Kaybar. — Rapides d'Amara, de Dal, d'Akacheh, d'Okmeh, de Tangour, d'Ambigol, de Wady-Attir, de Semneh.
— Cataractes de Wady-Halfa et d'Assouan. — Pentes erronées données au fleuve et pentes vraies. — Action des lacs et des cataractes sur le régime du Nil. — Destruction partielle des cataractes. — Tableau récapitulatif des rapides. —
— Altitudes, longueurs et pentes du Nil entre Khartoum et Assouan.
Au-dessous de Khartoum, la réunion du Bahr-el-Abiad et du Bahr-el-Azrac constitue le Nil proprement dit. Les Soudaniens donnent au grand fleuve le nom de El-Balir, la mer, ou El-Bahr-el- Azam, la plus grande des mers, c'est-à-dire le plus grand des fleuves, et bien qu'en Egypte on dise, pour désigner ce grand cours d'eau, El-Bahr-el-Nil, c'est en général la crue et non le fleuve lui-même qu'on désigne par le mot Nil.
A Rhartoum, le plan d'eau moyen du fleuve est à 369",948 audessus du niveau de la mer; à Berbère, à SSO^jSTO; à Don{i;ola-el- Agouz, à 235",88, et à Assouan à 94",258. La distance qui sépare Kharloum d'Assouan, en suivant le Nil, est d'environ 1,800 kilomètres; entre ces deux points il existe six rapides ])rincipaux, que Ton appelle ordinairement les six cataractes du Nil, dont voici les noms :
Assouan, 4« cataracte,
Wady-Halfa, Moghrat ou Solimanieh,
Hannek, Sabîdoka.
Outre ces six cataractes, il existe nombre d'autres ra[)ides; les uns et les autres seront successivement décrits en procédant comme précédemment, c'est-à-dire du Sud au Nonl. Cette description sommaire
ne comprendra i)as les chutes secondaires que les riverains, les bateliers et chelaliehs (pilotes des cataractes) désignent resi)ectivement par des noms différents; elle ne traitera que des rapides dont le nom est invariablement connu aussi bien des voyageui*s que des indigènes.
Le véritable j)oint de jonction des deux fleuves se trouve au Nord de la grande île Tuté, partiellement cultivée, qui divise remlwuchure du Bahr-el-Azrac en deux bras; cependant le mélange de leurs eaux ne devient complet qu'en aval de Khéraleh, haute colline qui s'élève sur la rive gauche, à 15 kilomètres au-^lessous de Khartoum. Plus loin et sur un parcours de 70 kilomètres, c'est-à-dire juscju'à la pointe méridionale des monts Agaba, le Nil proprement dit traverse de grandes plaines de formation alluviale s'élendant parfois à l'Est et à l'Ouest à des disliinces considérables des lx)nls. Ct»lles de l'Est ne sont cultivées que dans le voisinage d'Halfayeh, gros vilhige situé en face de Khéraleh. En aval on ne i*encontre plus que des traces insignifiantes de culture et la végétation n'est re[)résentée que par un mince rideau d'acacias, de mimosas et cjuelques rares palmiers doums courant en lx)rdure le long du Nil. Du côté Ouest, sur les terres, que ne recouvrent plus, dej)uis nombre d'années, les délx)rdements du fleuve, les cultures n'occupent que ses bords immédiats et sont arrosées au moyen du chadouf et de la saquieh. La vie agricole ne se manifeste avec quelque intensité que dans les îlots qui se découvrent à la décrue.
Sur ce parcours de 70 kilomètres, la largeur du Nil est conslam-
SABALOKA. — SIXIÈME CATARACTE
Distance de Kharloum 86 ^'i""-
— de Chendy .,90 —
— deEerbêre 259 -
— delaB' cîtaracle.. 306 —
— d'AfiSûuan 1,710 —
Longueur de la cataracte 18,000°, Altitude en amont SSB™ ,
— en aval ....__.__ ÏSO",
Pente moyenne . 0",61Û
Vitesse du courant 5».
LE NIL ENTKE KHARTOUil ET ASSOUAN 31
ment variable; il coule ensuite avec une vitesse moyenne de S'^JS par seconde, encaissé entre les monts Agaba, chaînes rocheuses qui Tenserrent et s'élèvent abruptes, presque verticalement au-dessus de ses eaux.
Dans ces parages, le lit se rétrécit jusqu'à 200 mètres de largeur; il est semé de hauts-fonds formés de rochers de granit, et sa vallée se réduit, de chaque bord, à une étroite bande de terrain qu'envahissent les crues. 18 kilomètres plus loin, son lit est étranglé par un immense rocher insulaire dont le sommet se dresse à plus de 200 mètres au-dessus des plus hautes eaux. Ce rocher ou, pour mieux dire, cette île porte, comme la montagne qui s'élève sur la rive droite, le nom de Raoyan et marque avec elle et le mont Adjour, de la rive gauche, le commencement du Sabaloka ou sixième cataracte. Tous trois semblent avoir formé un massif unique au travers duquel le Nil dut se frayer un [mssage pour couler vers le Nord.
SABALOKA OU SIXIÈME CATAUACTE
Le voyageur qui tente l'escalade laborieuse du mont Adjour est récompensé au delà de ses fatigues par la splendeur du sjKîctacle qu'il lui est donné de contempler. A l'embouchure du défilé formé par le rapprochement des monts Agaba, le fleuve s'élance dans une passe de 73 mètres à peine de largeur, couvrant d'écume les rochers dont elle est semée. Mais le chenal qu'il s'est creusé dans leurs blocs ne suffisant pas à la masse de ses eaux, il s'infléchit à l'ouest et, décrivant une grande courbe, il revient plus loin au Nord, enlaçant des îles et des îlots en si grand nombre que les mariniers mêmes, ne pouvant tous les connaître, les désignent sous le nom des quatrevingt-dix-neuf îles. Dans chacune d'elles, de sui)erbes massifs d'acacias, de trois variétés, môles à des gix)upes de jujubiers, enguirlandés de lianes et de plantes grimpantes, les font ressembler à de vastes bosquets toujours verts et d'un aspect d'autant plus délicieux que le contraste est rendu plus grandiose par les sombres rochers de la cataracte et des collines avoisinantes, ainsi que par les déserts sans bornes de l'Est et de l'Ouest.
indépendamment des îles et des îlots visibles même pendant les hautes eaux et de ceux qui se découvrent à l'étiage, il existe dans la
cataracte de nombreux bancs de sable, que séparent des passes profondes et qu'il faut éviter pendant près de six mois chaque année.
Les échappées de vue sur les flots mugissants, les teintes variées des rochers et des bancs de sable, tout cet ensemble réjouit les yeux et Ton se prend involontairement à rôver sur ce que |)Ourrait être ce |>ays s'il était habité par une race plus industrieuse, et surtout si son fleuve n'avait pas déserté d'énormes superficies de terres que l3aignaient autrefois les eaux de ses crues.
Dans plusieurs des rapides qui succèdent au Sabaloka, on rencontre également des mimosas et des arbustes formant des massifs de verdure qui font oublier la route silencieuse du désert. Dans les rapides, le bruit grondant des ondes (jui fuient parle aussi d'eau et de fraîcheur et paraît délicieux au voyageur fatigué de la morne solitude des sables qu'il a traversés. Mais, sur aucun autre point de son cours, le Nil n'est plus grandiose et plus pittoresque que dans le Sabaloka. Continuant sa route vers le Nord, le fleuve se déploie jusqu'à l'extrême limite de l'horizon comme un immense ruban qui étincelle sous les rayons ardents du soleil du Soudan. L'extension du Nil est frappante au-dessous de la cataracte : alors que dans les gorges il n'a que l'aspect d'un torrent, on le voit, en aval, se déployer avec une majesté qu'il n'a plus dans les parties inférieures de son cours.
Le Sabaloka a un développement de 16 à 18 kilomètres; il est limité au Sud, comme nous l'avons dit, par le pic de Raoyan, et au Nord par l'île de Marnad. La différence d'altitude entre ces deux points est d'environ 14 mètres. L'île de Raoyan est à 86 kilomètres de Khartoum, à 81 de Chendy, à 248 de Berl)ère et à 291 environ de la cinquième cataracte. Les deux plus mauvaises fiasses sont celles du Sud et du Nord de l'île de Raoyan; la vitesse des eaux y est telle que leur profil transversal y affecte un arc de cercle dont la corde, représentée par le milieu du courant, s'élève de plus d'un mètre au-dessus du niveau de l'eau qui coule près des bords. Il faut que le pilote qui s'engage dans les passes, à la descente, maintienne sa barque au point culminant de la courbe sous peine de ne plus pouvoir gouverner, de glisser à droite ou à gauche et d'aller infailliblement se briser -sur une roche quelconque.
Ce phénomène n'est pas spécial au Sabaloka, il a été constaté par d'autres explorateurs sur d'autres ix)ints du Nil et notam-
ment dans la quatrième cataracte, à Hannek et dans le rapide de Tangour .
Poussées par un fort vent du Nord, les l)arques mettent deux jours à remonter le Sabaloka pendant les hautes eaux, époque où le courant a une vitesse de 5 mètres par seconde. A la descente, un bon pilote ne met pas plus de deux heures pour sortir de la cataracte. A l'étiage, la navigation devient plus difficile entre c^tte longue série d'écueils, qui ne forme ce[)endant pas le plus sérieux des obstacles que doivent vaincre les bateaux qui pairourent le Nil de Khartoum à Assouan.
En aval de l'île de Marnad, le fleuve s'étend sur une largeur considérable et coule, libre de tout obstacle, jusqu'à Chendy et Motammeh, localités situées presque en face l'une de l'autre. La f)remière, qui fut autrefois un centre fort peuplé, est aujourd'hui à peu près déserte; elle ne s'est pas relevée des mesures terribles qu'a[)pHqua Mehemet- Ali-Pacha à ses habitante pour les punir du meurtre de l'un de ses fds. La seconde, prise pour objectif [)ar l'expédition anglaise, envoyée en 1884 au secours du général Gordon, avait été antérieurement choisie comme point terminus d'une voie ferrée qui, partant de Wady-Halfa, longeait le Nil jusqu'à Amboukol, au kilomètre 600, traversait du Nord-Ouest au Sud-Ouest le désert de Bayouda et venait aboutir à Motammeh, au kilomètre 889.
Cette ligne, qui devait drainer tout le commerce du haut bassin du Nil et le diriger sur rÉgy[)le ne reçut jamais qu'un commencement d'exécution.
Au-dessous de Chendy on rencontre une série de hauts-fonds, connue sous le nom de Abou-el-Ramleh, difficile à franchir pour les barques qui viennent du Nord. Le mouillage manquant sur les bords, elles ne peuvent se faire haler et doivent, en se maintenant au milieu du courant, attendre que le vent leur [)ermett6 de le remonter. Les vapeurs d'un tirant d'eau moindre de 0",90 jieuvent cependant parcourir cette partie du Nil pendant toute l'année dans les deux sens.
Durant les hautes eaux, lorsqu'il ne fait pas c^lme plat, le vent vient presque constamment du Sud ; les barques qui ont, en outre, à lutter contre le courant mettent parfois plus d'un mois à franchir la distance qui sépare Chendy de Khartoum. A l'étiage, l'effet contraire se produit : les vents soufflent du Nord et s'opposent à la descente des barques que le courant n'est plus assez fort pour entraîner.
34 NIL, SOUDAN, KCIYPTE
ATBAUA
A 320 kilomèlres de Khartouin, eiitn; Cliendy et IkT^TC», mais plus rapprochée de celle dernière ville, au poinl que rencoutre la lijiue idéale où s'arréteiil les plui(»s Iropicales, selrouvereuilKiUchure de l'Albara (17^37' do latitude Xord).
L'AU)ara i>rend sfi source dans le versîmt Ouest des montajjjnes d'Élhiopie ; il arrose la province de Taka et le territoire qu(» les anciens ap|)elaient l'île de Méroé. Il est formé de la réunion de plusieurs j^rands coui*s d'eau : le Sahuini, rAn}j:rdl> et surtout le IJahr-Settit ou Takazzé, puissiinte rivière cpii re(;oit les apiJjorts de dix aflluents ini|>orUnils |)Ossédant eux-mêmes un ji;rand nond>re de tril)utaires et qui d'.^vrait donner, à ce réseau hydrof(rdphi(pie d'un Ixissin de 120,000 kilomètres carrés, un nom qu'a usur[)é rAtl)ara.
Le Takazzé, s'il était en eau toute Tannée, |)ourrait être considéré comme l'une des sources du Nil. II naît d'une source thermale dans le Lasta, à jkhi de dislance et à l'Est du lac Tsiuia, et forme la fn)ntière nalurelle (pii séjwu'c» le Tij^ré d(» l'Amarna. Il déroule son cours en demi-cercle, au fond d'un inmiense ravin de 1,000 mètres, creusé dans le massif suprême de l'Ethiopie septentrionale, (pii ne s'élève |ms à moins de 3,o00 mètres au-flessus du niveau de la mer. Le Takîizzé couU» d'alxjrd à l'Ouest, comme pour aller se jeter dans le lac Tsana; mais son lit, inférieur au massif, s(» recourbe vers le Noi'd et, jmr une série de cataractes, dont l'une n'a jkis moins de 400 mètnîs de chute» per[)endiculaire, il s'abaisse jusqu'à 1,300 mètres. De ravin en ravin il (juiltc» enfin la réj^ion des plateaux |>our (entrer dans l(»s |»laines du Taka où, à 800 kilomètres de sa source», il rencontre» un adhient, l'Albara, dont le nom s'est substitué à l'artère principale de cette ramure hydro;xraj)hique.
Pendant la saison pluvieuse, c'est-à-dire de mai à s(?ptembre, les montagnes de l'fithiopie voient éclater de horribles orages: l'eau ruisselle <Ie toutes [)arls. Leurs ravins sont transformés (»n torrents qui roulent dans leurs flots épaissis les alluvions, les f)lantes et les arbres déracinés cpie l'Albara reçoit, avec d'énormes quantités d'eau, et déverse» clans le Nil. (les eaux donnent de l'impulsion à la crue, ell(»s la portent à un degré d'élévation cpii lui permettra d'aller, au Nord, inonder l(*s terres de l'Kgypte.
Les premières pluies tombant sur des terrains»desséchés et crevassés par la chaleur torride de la saison sèche sont vite absorbées par le sol. Le flot limoneux des torrents ne commence à gagner les principaux affluents que vers la mi-juin, à l'époque même où le mouvement ascensionnel des deux Nils s'est fortement accusé. Cependant, dans l'Atbara, la crue est irrégulière ; le niveau, avant d'atteindre sa cote maxima, subit des oscillations sensibles et parfois très brusques qui dépendent des pluies plus ou moins abondantes que reçoit son bassin. En général, il reste en eau pendant trois mois, au cours desquels sa portée est considérable, et les quantités d'eau qu'il déverse dans le Nil sensiblement égales à celles que débite chacun des deux tronçons qui se rejoignent à Khartoum.
L'Atbara est le collecteur des eaux qui tombent au Nord, au centre et à rOuest de l'Abyssinie jusqu'au 11® degré de latitude Nord ; son régime est torrentiel, puisqu'il n'est alimenU) que par des pluies qui finissent en septembre, et sa pente est fortement accentuée. Plus tard il s'assèche, et bien que ses différents tributaires ne cessent pas de drainer les pluies accidentelles et les sources des régions qu'ils traversent, leurs eaux viennent, après la saison j)luvieuse, se perdre dans le thalweg sablonneux de l'Atbara qui ressemble alors, jusqu'à 250 kilomètres de son embouchure, aux Bahr-B(»la-Ma ou fleuves sans eaux des déserts arabiques et libyques. Au delà, et de distance en distance, il se forme, aux endroits aflbuillés par la course impétueuse de la crue, de grandes flaques d'eau, ayant parfois plusieurs kilomètres de longueur, où se vautrent les crocodiles et les hip[)0potames, et où viennent se désaltérer les éléphants et les fauves qui abondent dans ces parages.
Pendant la saison pluvieuse, la largeur moyenne de l'Atbara est de 400 mètres. Les mouvements de ses crues étaient enregistrés chaque année, depuis 1875, au moyen d'un repère que l'on plaçait dans le lit même du cours d'eau, près du village de Dakla, à 4 kilomètres du confluent. Les indications fournies par ce repère ont permis de constater que la cote maxima atteinte par les eaux variait entre 5™,50 et 5",80. Les nivellements effectués entre Dakla et le Nil ont étabK que la pente moyenne du lit était de 24 centimètres par kilomètre.
Pendant la crue, l'embouchure de l'Atbara a 600 mètres de largeur. Le plan de ses eaux domine celui du Nil d'environ 25 centimètres; son courant, d'une violence extrême, traverse le fleuve, va affbuiller
la berge de la rive gauche et former dans les terres un bassin d'une certaine étendue.
Lorsque la crue du Nil blanc et celle du Nil bleu se sont rencontrées, elles suivent en aval une progression qui résulte de l'action modératrice des lacs et des marais. Les fluctuations que Ton remarque au-dessous du confluent de l'Atbara sont produites jmr les apports irréguliers de cette grande rivière, qui est susceptible de s enfler ou de diminuer pour les causes ci-dessus exposées.
Les terres traversées par l'Atbara sont alluviales et très fertiles: on y récolte le doura, le coton et tous les produits cultivés dans les autres parties du Soudan.
Au-dessous du confluent, le Nil se dirige du Sud au Nord; il passe à Berbère et à Abou-IIamed, puis, s'infléchissant à l'Ouest-Sud-Ouest, il contourne l'Atmour ou grand désert de Nubie (1) et revient au Nord avant d'avoir franchi la cataracte d'Assouan. Il continue dans cette direction jusqu'à la mer, avec des inflexions peu accusées vers l'Est. Sur ce long parcours il ne reçoit plus d'autre affluent; aussi les pertes qu'il subit, par suite des infiltrations et de réva[)oration, ne sont-elles pas compensées i)ar rapi)ort des torrents passagers qui se forment, à l'Est et à l'Ouest, à la suite de quelques rares pluies.
Méhémet-Ali-Pacha songea un moment à féconder le désert de l'Atmour au moyen des eaux de l'Atbara qu'il voulait dériver. La mise en (lîuvre de ce projet aurait coûté des sommes énormes, indéjXîndamment des dommages irréparables que l'on eût fait subir à l'Egypte en détournant une partie des eaux (jue doit lui ap[X)rter son Nil.
Berbère, chef-lieu de la province de ce nom, est un des centres les plus importants du Soudan, au point de vue commercial comme à celui du Nil. Eii effet, c'est là que se formaient les caravanes se disposant à traverser TAtmour pour rejoindre le fleuve à Korosko, ainsi que celles se dirigeant vers Souakin. C'est également vers BerlH»re que convergeaient la presque totalité des marchandises (jui remontaient la vallée du Nil et celles qui pass^iient par Suez, la mer Bouge et Souakin. D'autre part, c'est seulement à qu(;Iques kilomètres en amont de Berbère que se réunissent toutes les sources et que commence le Nil proprement dit.
(1) Ce grand désert sépare Abou-Hamed de Korosko.
Cependant la généralité des voyageurs, attirés au Soudan par l'amour de l'inconnu et la soif des découvertes, ne considéraient Berbère que comme le terme d'une première étape ; ils ne s'y arrêtaient pas. Au retour, fatigués et souvent malades, n'aspirant qu'à regagner des contrées moins inclémentes, ils n y séjournaient que le temps nécessaire à la réunion des chameaux dont ils avaient besoin pour constituer leur caravane. Aussi, jusqu'en 1876, aucune étude sérieuse du Nil n'y avait-elle été faite (1) ; c'est dans le courant de cette année que fut opéré le jaugeage du grand fleuve. Les résultats de cette importante opération ont été consignés dans le tableau suivant :
No 10. — DÉBIT DU NIL, A BERBÈRE, EN 1876.
MOIS