‹ De l'équateur à la Méditerranée;Chapitre 33 sur 197 · WADY-HALFA. - SECONDE CATARACTE · texte numérisé non relu

WADY-HALFA. - SECONDE CATARACTE

A l'étiage

Échelle -

DisUnce de Khartoum . . 1.448""""-

— d'Hannek, , 381 -

— d'Assouan . .

Longueur de la caiaracie 17,000", AlLlude en amont

— enaïil iSO-. .

Penie moyenne 1",058

de Wady-Halfa, où les petits îlots et les écueils secondaires sont innombrables comme les chenaux qui serpentent au milieu de leurs masses. De ces derniers, un seul est praticable; il part de la rive {{auche, en face du village d'Aésha, et se dirige ensuite vers l'Est en se bifurquant autour d'une grande île habitée et en partie cultivée, à la pointe de laquelle il se ressoude et se retourne vers l'Ouest par un coude brusque. Plus bas, il traverse le milieu de la cataracte et va retomber en eau calme en face de Nahieh-Halfa. Quant aux autres, ils sont si nombreux, si enchevêtrés, qu'à une certaine distance on ne voit plus leurs eaux qui semblent s'être abîmées au fond des cluses étroites et profondes qu'elles se sont frayées dans la masse des rochers. Ces cluses sont la plupart ù sec pendant les basses eaux, elles j)ermettent de s'aventurer dans la cataracte et de se rendre compte de la vraie direction du courant.

Pendant les hautes eaux, la majeure {>artie des rochers est submergée; le reste forme alors un grand nombre d'îles, où le s<ible d'un blanc éblouissant, la verdure des mimosas et des plantes rabougries contrastent heureusement avec les rochers polis et noircis par l'action du soleil et de l'eau.

Wady-Halfa est le point le plus dangereux du Nil entre Khartoum et Assouan; les pilotes de cette cataracte n'en tentent jamais le passage avec des barques chargées, même [)endant les crues extraordinaires. C'est pour ces motifs qu'il avait été choisi comme tète de ligne du chemin de fer du Soudan.

Pour suppléer aux nilomètres de Khartoum et de Berbère, dont les indications ne parviennent plus à la métropole depuis 1885, on en a sommairement installé un autre à Wady-Halfa, sur la rive droite. On y accède par un escalier qui part de la bçrge et conduit dans un com})artiment carré, en maçonnerie, de 3 mètres de côté et de 3 mètres seulement de hauteur. Au centre de ce compartiment on a scellé un rail de chemin de fer portant les graduations qui ne s'élèvent qu'à 6™, 72 au-dessus de la cote d'étiage. Cette hauteur est insuffisante puisque les crues ordinaires atteignent 8'»,30 sur ce point et y dépassent 9 mètres dans les années exceptionnelles.

Situé sur la rive droite du Nil, à 1,296 kilomètres du Caire, Wady-Halfa était, avant la révolte du Soudan, une bourgade de quatre cents à cinq cents ûmes.

A part son nom, nullement ignoré, le village de Wady-Halfa ne se trouvait pour ainsi dire connu que des i*ares touristes désireux de

visiter la seconde cataracte et n'était, à vrai dire, qu'une expression géographique pour les habitants de rÉgjpte. Devenu, aujourd'hui, le siège d'un gouvernorat général qui embrasse l'administration civile et militaire de la province frontière du Sud de TÉgypte, Wady- Halfa a été, par suite des nécessités de la défense du territoire, transformé en un camp retranché destiné à arrêter les relx?lles s'ils entreprenaient de s'avancer vers le Nord. De fait, et bien que faisant géographiquement partie de la Nubie, Wady-IIalfa est actuellement ,1e chef-lieu d'une nouvelle province, la plus pauvre par suite de l'ingratitude de son sol et l'absence de commerce et d'industrie. Cet état de choses, également constaté en ce qui concerne la province de Dongola, a eu pour conséquence d'amener le mouvement d'émigration et la dépopulation de la Nubie inférieure. Lès villages de cette région, qui lx)rde le Nil sur un parcours d'environ 350 kilomètres, sont clairsemés et très éloignés les uns des autres et ses habitants ne dépassent pas 40,000 âmes.

Après Wady-IIalfa, on rencontre Abou-Siml^el ou Ibsamboul, célèbre par les magnifiques ruines de ses anciens temples et leurs statues colossales. Ces suj)erl>es monuments, cr(?usés et taillés dans le rocher môme des monts libyques, frappent d'étonnement le voyageur, même s'il a déjà visité Louqsor, Karnak, Denderah, Abydos et les Grandes Pyramides. Leurs énormes dimensions, leurs proportions savantes et le fini de leur exécution témoignent de la civilisation et de la grandeur du peuple qui les légua à nos générations.

Plus loin, à Séboua, à Dakkeh et à Kalaljcheh, d'autres anciens temples, de l'époque ptolémaïque ou romaine, se profilent dans l'atmosphère d'une pureté sans égale. Ils s'élèvent au-dessus des sables, interrompant la monotonie du paysage attristé par l'aridité implacable du désert dont le domaine envahit parfois la berge même du fleuve.

Les terres basses de la plaine de Wady-Halfa, sur une longueur de 12 kilomètres, sont parfois recouvertes par les eaux des grandes crues. A Faras et à Toski, en aval, les terres arables communiquent avec le Nil au moyen de petits canaux, sim|)les rigoles, qui se remplissent pendant les hautes e<aux. A Dekerrah, il existe, connue à Wady-IIalfa, des terres qu'inondent les crues exceptionnelles. Mais, ne pouvant eonii)ter sur rexce[)tion, les riverains ont, partout où ils l'ont pu, creusé, tant sur le bord du Nil que dans rintérieur des

terres, des puits qui leur fournissent chacun Teau nécessaire à l'arrosage de 4 à 6 feddans (un hectare et demi à deux hectares et demi). Dekerrah et Ichkeh possèdent cent cinquante de ces puits, au moyen desquels ils cultivent 1,260 feddans et 34,000 dattiers.

Si l'on en juge d'après son tem[)le et les ruines des nombreux villages qui l'entourent, Dakkeh fut autrefois un centre très important. Il possède encore des cultures de quelque étendue, situées partie en bordure sur le Nil, j>artie près des habitations. Les terres en bordure sont à l'",50 au-dessus de la cote qu'atteignent les plus hautes crues Comme celles de l'intérieur, elles sont arrosées au moyen de puits dont le niveau est constant, quelle que soit la hauteur du plan d'eau dans le fleuve.

Au Nord de Dakkeh, le Nil peut encore exceptionnellement arriver au niveau des terres alluviales qu'il a autrefois créées; mais, en aval de Korosko, toute l'eau amenée à la surface des terres mises en culture est élevée soit au moyen du chadouf, soit avec la saquieh. L'absence de tout combustible végétid et le |)rix extraordinaire que coûte le charbon dans ces parages ont, jusqu'ici, empêché l'emploi des machines à vapeur. Au Sud de Korosko, l'eau à l'étiîige est puisée à 5 mètres; au Nord de ce point, on doit l'élever à 10 mètres à la même époque. La pente du fleuve semble en eff*et inégalement réjyartie entre Wady-Halfa et Assouan. C'est entre Korosko et Assouan qu'elle paraît être plus forte. Il faut peut-être attribuer cette diflTérence à la disparition complète d'un ou de |)lusieurs rapides ou à l'action du courant rendu plus violent par rétranglement de Kalal3cheh, défilé formé à 49 kilomètres d'Assouan par le rapprochement des deux chaînes bordières. La vitesse du courant a pu affouiller le lit du fleuve dans les parages de Kalabcheh plus qu'il ne l'a fait en amont de Korosko.

Ce dernier village, placé sur la rive droite du Nil, à 180 kilomètres d'Assouan, n'a d'autre importance que celle d'être le point qui commande le chemin des caravanes du Soudan et la route conduisant à travers le désert, à Abou-Hamed et Berbère. Vu du Nil, où des bouquets d'acacias et de palmiers voisins de la rive forment un rideau de verdure, Korosko tranche par son aspect riant sur les rives désolées du fleuve.

Une vaste plaine précède Kalabcheh, localité appelée peut-être à devenir dans un avenir rapproché un point d'une importance primordiale dans l'hydrographie du Nil. Un savant français, M. de

La Motte, auteur d'un vaste projet dont il sera question dans la troisième partie de cet ouvrage, a signalé au gouvernement et aux ingénieurs d'Egypte la position exceptionnellement favorable de ce site. Selon M. de La Motte, un barrage jeté en travers du Nil dans un endroit restant à déterminer permettrait d'arrêter au passage plusieurs milliards de mètres cubes d'eau et de les approvisionner dans la plaine de Kalabcheh. Cette masse liquide serait graduellement restituée au fleuve à l'étiage, c'est-à-dire à l'époque où sa portée trop faible ne lui permet plus de distribuer aux canaux du Delta des quantités d'eau suffisamment abondantes.

Le défilé de Kalabcheh commence à deux kilomètres en aval du village de ce nom. Constitué par trois groupes d'îles qui se succèdent sur une longueur de 3 kilomètres, il se termine à El-Bab (la Porte) étranglement résultant du rapprochement des montagnes basaltiques de l'Est et de TOuest. Les îles de Kalabcheh, d'origine ignée, appartiennent sans conteste au banc granitique qui, venant d'Arabie et plongeant sous la mer Rouge, court de l'Est à l'Ouest, pour se relever dans le bassin du Nil et jusque dans son lit qu'il obstrue de ses pics hérissés.

On ne pourra se prononcer sur la question du barrage régulateur de Kalabcheh que lorsqu'elle aura été l'objet d'études qui permettront de statuer sur la valeur pratique de cette proposition. Tout ce qu'il est possible de dire en l'état, c'est que rien ne s'oppose à l'édification de ce barrage, soit à El-Bab, soit sur un autre point quelconque du défilé.

Page 1