‹ De l'équateur à la Méditerranée;Chapitre 39 sur 197 · LE NIL AU SUD DU DÉFILÉ DE GEBËL-SELSELEH · texte numérisé non relu

LE NIL AU SUD DU DÉFILÉ DE GEBËL-SELSELEH

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Quant au bassin lacustre, dont l'existence ne saurait être mise en doute, il se trouvait à 840 kilomètres au Nord d'Assouan, là oà la chaîne libyque forme une énorme enceinte entourant une dépression du sol. Les points les plus bas de cette dépression sont à |»lus de 50 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée. On accède dans ce vaste cirque pjir un long rax'in formé de i'écartement de deux des contreforts les plus à l'Est delà montagne. C'est ce ravin qu'emprunta

(1) Note manuscrite de M. le liculenanl-colonel Ross, à qui l'auleur est en oulre redevable île nombreux renseigncmeiiU sur les t)assin9 d'inondation de la Hautc- I^ptc et sur leur ronctionncment.

le Nil lorsque, coulant à l'Ouest de son lit actuel, il vint, à une époque qu'il serait difficile de préciser, déboucher dans la dépression et la remplir.

Pendant des siècles, le régulateur ainsi formé reçut les eaux des crues et les restitua librement au fleuve à l'étiage. Puis, soit que le Nil ayant abandonné son lit primitif, les eaux n'arrivèrent plus par le canal de dérivation qu'en quantité insuffisante, soit qu'à la suite d'un bouleversement géologique il se fût produit un soulèvement partiel du sol au point d'arrivée des eaux, le bassin lacustre s'assécha graduellement et découvrit des couches d'alluvionsqui transformèrent ce lieu autrefois désert en une oasis habitable et fertile.

Cette oasis, c'est la province du Fayoum, célèbre par le labyrinthe et le lac artificiel créés par Amenemha, le roi Moéris des Grecs, qu'Hérodote, Strabon, Pline et Diodore de Sicile visitèrent et décrirent et qui furent détruits depuis.

A 968 kilomètres d' Assouan et à 23 kilomètres en aval du Caire, le Nil se partage en deux branches et traverse l'immense plaine qui constitue la Basse-Egypte. La branche de TEst a 236 kilomètres de développement. Celle de l'Ouest, un peu plus courte que la précédente en direction générale, fait de nombreux contours, et son développement est sensiblement égal à celui de la première. Sous les Pharaons et les Ptolémées, le Nil formait sept bras ; les eaux en abandonnèrent successivement cinq qui se comblèrent. Ce sont : les branches Canopique, Sébennitique, Mendésienne, Tanitique-Saïtique et Pélusiaque. Les deux principales, la Phatnitique ou de Damiette et la Bolbitique ou de Rosette, sont seules alimentées de nos jours par la branche maîtresse.

La forme triangulaire de la Basse-Egypte lui a fait donner le nom de Delta. Elle est formée des alluvions apportées par le fleuve. Son littoral présente une base de 300 kilomètres limitée à l'Est par les ruines de Péluse, et à l'Ouest par la ville d'Alexandrie. La bouche de Damiette est à la latitude de 31« 20' et celle de Rosette à 31'* 28'. La superficie totale du Delta, avec ses marais, ses lagunes et ses dunes, est de 22,276 kilomètres carrés, dont la moitié environ est seule cultivée.

Au sommet du Delta, c'est-à-dire au point où le Nil se sépare, on a édifié un immense ouvrage de retenue d'une importance capitale. Cet ouvrage, c'est le grand Barrage du Nil, dont il sera longuement parlé dans les chapitres consacrés aux irrigations*

Du Barrage aux embouchures, la pente varie entre lâ-ôFn et

suivant la hauteur de la crue.

Depuis quarante ans, la branche de Damiette n'a cessé de s'affamer à l'étiage et le fond s'y est relevé de S^jSO. La section mouillée n'a pas cessé, non plus, d'aller en diminuant. Diverses solutions ont été préconisées [)our prévenir lesatterrissements et l'invasion des eml)Ouchures par les eaux de la Méditerranée.- La première consisterait à augmenter le débit du Nil à l'étiage pour refouler les eaux salées. Elle est impraticable, puisque c'est précisément pendant cette j)ériode que les eaux sont le plus nécessaires aux irrigations du Delta et qu'il faut les détourner du fleuve pour les dériver dans les canaux. Voici l'économie de la seconde : le pays ayant une pente de plus en plus faible en avançant vers la mer, le fleuve ayant une largeur sensiblement constante et le fond diminuant, il faut nécessairement réduire les profondeurs d'eau en crue, en approchant des embouchures pour que les digues ne soient pas rompues, puiscjue le plan des hautes eaux dans la Basse-Egypte s'élève de plus en plus chaque année et devient menaçant même par des crues ordinaires.

En conséquence, on doit, pendant les [>lus hautes périodes de la crue, dériver par les grands canaux et par le Bahr-Saïdi (1) la plus grande partie des eaux qui s'écoulent à la mer. La sécurité des digues n'étant plus menacée et les quantités d'eau limoneuse passant [)ar les deux branches, considérablement réduites, les déi>ôts diminueraient dans la même proportion. Cette [proposition ne saurait être prise en considération. Il est indiscutable que les dépôts formés par les eaux ne sont pas proportionnels aux quantités de matières solides qu'elles transportent, mais sont en raison inverse des vitesses dont elles sont animées.

La troisième proposition est diamétralement opposée à la précé* dente : elle préconise la réduction du nombre des passages et le libre écoulement dans les deux branches des immenses quantités d'eau de la crue, comme seul moyen d'en augmenter la section mouillée par suite de l'affouillement qui résulterait de l'intensité du courant. D'après de nombreux exeniples et notamment ceux des ex[)ériences faites sur le Mississipi, on peut conclure que la dernière solution proposée est la plus rationnelle avec d'autant plus de raison que la

(1) Dérivation naturelle de la branche de Rosette qui débouche dans le lac Broulos.

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